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samedi 19 août 2017

Hales Corner

Hales Corner est originaire de Bloomington dans l'Indiana et formé en 2015, il signe dès le mois de mai 2016 son premier album. Arrivée lors d'une déambulation hasardeuse sur un des titres, je suis restée accrochée sur l'album Garden View. Je l'écoute, en boucle, l'appréciant davantage à chaque fois. En général c'est l'inverse qui se produit. Alors je le grignote dans tous les sens et rien ne me lasse, même pas la très jolie pochette. Leur style est décrit comme 'malaise sunshine rock' et j'entends dans leur style du Tindersticks, Cousteau, Nick Cave, Scott Walker, Mark Kozelek.
C'est Caleb Adams à la guitare et Wesley Cook à la guitare, chant et clavier qui écrivent et s'accordent pour les arrangements accompagnés de Ben Craig à la batterie, basse et clavier. Le trio enregistre et gère le mixage des dix chansons incroyablement matures, sophistiquées et harmonieuses dans la maison de Wesley à Bloomington et accueille depuis un quatrième musicien à la basse, Ryan Boyce.



Le disque commence sur Pale Light et un son de guitare puissant, lumineux. La mélodie pop alterne et zigzague joyeusement entre les gammes et le tempo de la batterie. Le texte sautillant nous dessine le décor : Le personnage décrit ce qui l'entoure, une vue sur l'extérieur de sa chambre et l'odyssée musicale est sublime. Garden view avec son oeil affûté nous invite à suivre la vision de l'auteur humble et optimiste sur la basse groovy et la voix de Wesley, magnifique. L'air réussi nous invite à danser et à chanter le refrain 'That’s all right, might as well stay, A smallish one bedroom, but there’s a garden view'. Puis le regard, toujours lucide, arpente le quotidien peu souriant et se demande Why Aren't You Laughing sur la basse jazzy et boogie quand le génial Futility In Motion arrive avec son air virevoltant et lancinant à l'image des mots moqueurs et sarcastiques sur quelqu'un qui réussit dans la vie et se contente de son état de planqué. Puis Joseph K telle une parabole pop ensoleillée, sur le chant de Wesley si beau et les guitares taquines qui tournent comme des roues nous balade en évoquant le thème de la justice, du réalisme. Hand Me Down, habité et résonnant, offre un schéma alternatif en symbiose avec les paroles oniriques. L'harmonie de If You Come Around continue d'envoûter avec sensualité mise en forme par le tempo langoureux, la voix chaleureuse et le clavier voluptueux. De nouveau, Joseph K Theme nous renvoie au rêve avec sa guitare subtile qui arpente doucement la mélodie pour subjuguer et dématérialiser les pensées avant Return et ses arrangements de guitares, basse, clavier, batterie contemplatifs et perspicaces. C'est un virage à 180 degrés dans le temps et dans l'espace. Le soleil fait une réapparition sur Sundress après avoir brillé sur d'autres titres et Garden View se termine sur un bijou solidement écrit et joué. L'album qui émerge d'une chambre est en perpétuel mouvement et progression et composé à la perfection, il me laisse croire à une fort belle suite des Hales Corner.
HalesCorner

jeudi 17 août 2017

The Proper Ornaments

Les londoniens sont très bien ancrés dans le style pop qui nous anime depuis des décennies. Ce cocktail magique et essentiel des The Proper Ornaments est blindé de mélodies, des voix lo-fi, des instrumentations sans artifice analogique, avec des curseurs sixties comme les Byrds, Beatles, Love, seventies avec les Carpenters, Harry Nilsson, eighties avec les Smiths, Cure, The Field Mice, nineties avec Mercury Rev, Paul Stewart, The Auteurs et 2000 avec Mac Demarco, Ultimate Painting, the Clientele et Elliott Smith.

Ils sont anglais, ils sont quatre, cela vous rappelle quelqu'un?
Le premier single Recalling parait en 2010, feuillu, solide, fort saisissant avec ses distorsions dans les guitares et son chant. Fichtrement bien cousu, son tempo extasiant, tend à danser comme un siou, avec ou sans plumes. Novembre 2011, The Proper Ornaments recharge le fusil et le carquois pour délivrer le somptueux EP Taking the Gamble out of Buying où guitares, basse et batterie sont affranchies ornées de voix profanes qui honorent cette pop naïve raffinée qui, sous cape, est tout un monde underground sensuel .



Aux commandes il y a un artiste qui plus le temps passe, se distingue et devient le parrain du milieu indie. James Hoare écrit sans anicroche des pépites pop, les interprètes avec sa guitare et son grain de voix en nous mettant à genoux. Le génie de James resplendit dans d'autres projets qu'il mène d'une main de velour dans un gant de fer, Veronica Falls et Ultimate Painting. Pour ceux qui ne sont pas amateurs de pop, je précise qu'aujourd'hui, The proper Ornaments, Ultimate Painting, Mazes sont 'the place to be' et surtout 'the bands to see'. James est accompagné de Max Oscarnold du groupe Toy, autre maestro, qui écrit et compose tout en formant l'axe central du groupe. Avec eux, Daniel Nellis joue de la basse et Robert Syme assure la batterie, tels des dieux de la mythologie pop. 2014 annonce le premier album Wooden Head et ses 14 titres néo-psychédéliques fabuleux. 

Cette année 2017, The Proper Ornaments sont de retour avec un disque incroyable comme si le stress et le complexe de faire encore mieux après un succès devenait une légende. Non seulement, ils tapent fort, encore, mais en plus de la maison, enregistré dans le home-studio de James. Travaillant sur piano dans un premier temps, Max et James, multi-instrumentistes, peaufinent les 11 titres, les façonnent à leur guise sans contrainte de temps ni d'argent. Foxhole prend forme!

Les musiciens sont aux manettes de Foxhole du début à la fin. Ils sont ingénieurs, mixeurs, producteurs, toutes ces casquettes ont le mérite d'offrir un bijou pure, sans intervention extérieure, qui sonne comme ils le voulaient, au son minimal avec une production allégée avec des moments de silence, de respiration entre les instruments. Cela offre un résultat soyeux, plein de fraicheur, similaire aux premiers albums de Lennon en solo et d'Imagine dont le groupe est fan.



Le disque commence avec force et beauté en laissant entrer les notes grâcieuses de Back Pages. La guitare envoûtante lance une mélodie rythmée qui s'enroule autour de la batterie et des mots langoureux. L'immédiateté et la spontanéité de Cremated (Blown Away) avancent hardies et vivantes, en ritournelle sage qui alterne avec l'espièglerie quand le piano vibrant de Memories joue de la douceur en demi-teinte dans les mots et l'interprétation aussi fine qu'un rayon de soleil. Le contraste apparait aussi dans la composition et le jeu, décidé et ferme, qui se frotte aux thèmes romantiques et poétiques. Just a Dream poursuit la perfection musicale avec ses inclinaisons et ses changements d'arpèges où l'âme d'Elliott Smith vient planer. Emotion. L'ambiance se retourne avec le titre 69 qui fait des loopings polissons psychédéliques entre les guitares, la basse, le synthétiseur et le piano. The Frozen Stare se glisse dans le sillage des Pink Floyd. Le morceau magnifique est habillé par la batterie qui martèle avec élégance la mélodie, guidant avec audace le chant et les guitares. 
L'endurance des Proper Ornaments ne faiblit pas avec le magique Jeremy's Song qui donne l'impression de sentir la chaleur aux bouts des doigts de chacune des cordes de guitare. Le refrain entêtant offre une instrumentation grandiose et insistante 'keep your head down in the Foxhole'.
Les guitares alternent légères sur When We Were Young pour reprendre la main, entreprenantes, sur les harmonies pop de Bridge By A Tunnel où on se surprend à chanter sur la mélodie. I Know You Know sous ses airs sinueux propose un texte offensif et sarcastique. De façon là encore délibérée, la pudeur des notes coiffée du style Velvet Underground sur The Devils balance entre l'amour et la haine avec poésie offrant ce contre-jour, ce spectre lumineux persistant sur Foxhole.
L'album entier est une réussite! La magie de l'enregistrement à la maison sur un 8 pistes agit et le disque sculpté dans l'or brut, sans artifice, illico envahit les oreilles, tout l'espace et domine les émotions. L'effet épidermique se mêle au psychique. Les cordes de piano surgissent, le bois des guitares craque, le corps de la basse grésille et la peau de batterie se fendille pour créer une entité sonore soignée et intemporelle.
TheProperOrnaments



mercredi 16 août 2017

The Crayon Set

The Crayon Set est un groupe irlandais qui dépose brillamment sa culture, tempéraments, traditions, croyances et beauté de l'âme des habitants du pays dans les mélopées. J'aime et suis le travail de Robert Baker depuis presque cinq ans quand parait le premier EP, I wanted You en 2012, peaufiné par Nick Brine, producteur des Stone Roses, Arctic Monkeys, Super Furry Animals et des Teenage Fanclub.

Pour leur premier album en 2013, je partage mon avis ici "nouvel album monumental qui est, à mes yeux, une des meilleures productions indie-pop de l’année 2013" "Dans la veine pop des Camera Obscura, l’album est irrésistiblement ludique, charmant, coloré de mélodies destinées à l’intemporalité. The Crayon Set réussit un coup de maitre en faisant briller le genre orchestral pop qui fait danser depuis des lustres et le dépoussière par la qualité des compositions ornées d’un violon à l’âme irlandaise. La délicatesse constante qui émane des morceaux, l’intelligence des instrumentations, le talent dans les arrangements de voix, tiennent de la performance parfaite. Les dublinois (...) font rayonner l’élégance de la pop sur scène et au travers de l’album The Crayon Set, en promettant une belle persistance contemporaine à l’indie- pop."



Quand le single Attack parait en 2014, je reprends ma plume "Quand on entend The Crayon Set entonner "OK explose, let's attack", mieux vaut ne pas être dans le champ de tir des celtes. Le groupe offre une fraicheur rock'n roll dont certains groupes de pop orchestrale ou symphonique savent faire preuve avec brio. Ici, les musiciens qui artistiquement viennent d'horizons variés, jazz, rock ou classique, le montrent avec vigueur et réussite. Prolifiques, les irlandais ont encore une quinzaine de chansons dans leur besace et songent à un double album, tout en assurant une tournée au Royaume-Uni, ce qui ne nous laissera surement pas sans de belles nouvelles avant 2015. Piggledy Pop est No 1 Fan de The Crayon Set !"
TheCrayonSetPiggledyPop2013

J'ai une sacrée veine de recevoir le tout dernier bijou Lost Languages à paraître le 10 octobre 2017 prochain. Sa découverte m'invite à un état de pop-syncope. En lisant l'Irish Times, je constate que je ne suis pas la seule à flatter les irlandais, méritants : "The Crayon Set are as catchy as a virus". "If you're looking for the kind of purity in indie-pop that you thought had gone missing far too many years ago, then their debut album will see you so right you'll never be wrong again".



Lost Languages annonce la couleur pop avec Are You Ready. Son défilé de guitares, son tempo vivant mené au galop est ceint de paroles frondeuses qui avancent à découvert "are you ready for the Lord, are you climbing up the walls...but don't come too near, don't stray too far". La mélodie danse, fait des ressacs entrainants où les métaphores bibliques délicieusement offensives partent en croisade. Down About It poursuit la cavalcade de guitares sur la voix habitée de Robert Baker, reconnaissable avec cette manière d'épingler chaque mot à la façon feutrée d'un autre Robert nommé Dylan. Avec son timbre de voix profond comparable à Thurston Moore, il rehausse ses chansons, qui à mes yeux, quand leurs auteurs les naviguent font davantage d'effet et chavirer. L'instrumentation merveilleusement arrangée de Yesterday Man, offre une allure langoureuse celte. Mais l'allègement ne dure qu'un moment avec les Crayon Set qui relancent les guitares en première ligne et regagnent du terrain avec Attack. Les violons, les claviers et les guitares rock'n roll font corps et l'envie de danser est amorcée. Closed Lines écrite par George Guilfoyle nous immerge avec grâce dans le mystère irlandais avec un extrait de 'The Sleeping Beauty' de Lord Alfred Tennyson. Ses mythes et légendes gaéliques, la beauté de la mélodie, les voix envoûtantes nous font suivre les sirènes dans les eaux sombres juste avant de reprendre de la hauteur et des particules d'oxygène avec Aeroplane. L'orchestration limpide et solide avec sa guitare électrique planante est magnifique suit les décollages et atterrissages d'une femme insaisissable.



The Crayon Set, autour de Robert sont George Guilfoyle à la basse, harmonium, Sean Finn aux synthétiseurs, clarinette et guitare, Ben White aux guitares, basse, batterie et trompette, Phil Casey aux percussions, guitare, batterie, Kate Dineen au chant, et Gavin Glass qui tient les rênes de Orphan Recordings et produit Lost Languages avec beaucoup de talent, de savoir-faire pour les arrangement de cordes et de claviers qui signent sa renommée au royaume-uni. La pop festive de Regional Tennis séduira les amateurs du sport qui connaissent le stress du service foiré et du coup droit trop mou les jours 'sans'...désespérant. Le clavier psychédélique répand la bonne humeur et jongle avec la rythmique sur un texte souriant perlé d'humour qui redonne le sourire et titres de noblesse au sport régional. The Crayon Set offre un I Can't Say No comme une machine à remonter le temps magique avec sa basse à l'âme pop sixties et sa guitare seventies sur un harmonica qui fait des échappées rafraîchissantes. L'ambiance virevoltante poursuit avec le grandiose Hand-surfing et ses images qui sautillent entre la pluie, le cerf, l'arc-en-ciel, les nuages qui font voyager enveloppées par les harmonies gaillardes réjouissantes. L'atmosphère se fait plus grave et revêt l'écharpe de confession, d'erreurs et de pardon sur le piano, la guitare, la batterie qui forment la sacro-sainte trinité pour sauver l'irlandais de ses penchants sur O'Connell Street.

Le bijou Lost Languages se termine sur la ritournelle somptueuse More Love dont l'énergie spontanée et amoureuse se propage sur les instruments qui déploient leurs gammes et leurs ailes. L'ensemble des chansons, exquises et étourdissantes, pour évoquer la difficulté de trouver les mots quand l'amour nous échappe et disparait, laisse une éclaircie et une chance à un nouvel amour naissant. The Crayon Set signe un album passionné, émouvant, avec cette perfection dans la composition délicatement ourlée et ouatée et l'interprétation élégamment sincère. Le langage des dublinois me trouve et ne me quitte plus en cette fin d'année. Je classe Lost Languages dans mon top 10 des albums 2017.
TheCrayonSet

lundi 14 août 2017

The Lemon Twigs

Les deux frères new-yorkais Michael et Brian D'Addario mènent le projet The Lemon Twigs depuis 2015 en offrant l'EP fantastique What we know et le premier album de génie, Do Hollywood en 2016. Ils sont accompagnés par Megan Zeankowski à la basse et Danny Ayala au piano et claviers. Les deux musiciens de 18 et 20 ans respectivement ont la particularité d'être tous les deux guitaristes et batteurs ; Ils s'échangent les instruments tour à tour sur scène en fonction des chansons. Leur style pop théâtral ressemble à l'univers de la scène rock underground new-yorkaise des années 70. Ce que j'aime chez eux est ce style, ce sens inné de la composition et cette autonomie magnifique qui montre leur personnalité. Produits pour Do Hollywood par Jonathan Rado, les new-yorkais décident de rester à la maison, enregistrent sur leur 8 pistes les six titres du deuxième EP, Brothers of Destruction, qui paraitra le 22 septembre 2017 prochain.



Le grandiose psychédélique et alternatif Night Song apparait en guise de single ces jours ci et m'impressionne tant il est solide, plein de l'âme et de la douce folie créatrice de Syd Barrett. Michael et Brian sont fondus des Beatles et des Beach Boys ce qui s'entend dans les arrangements mais aussi dans leur manière de créer qui est un travail de scientifique 'borderline savant fou', aux frontières du baroque des Zombies et des Kinks. The Lemon Twigs ont de l'humour, de l'énergie et véhiculent un monde imagé avec eux qui montre un sens artistique inné et une sensibilité créatrice à tout épreuve. Les frères D'Addario montent cet été sur les grandes scènes internationales, à Austin, Glastonbury, Lollapalooza etc où de leur enfance nourrie des disques de leur père musicien, auteur-compositeur, ils offrent au public des reprises d'artistes qu'ils aiment comme John Prine et Jonathan Richman.

Brian, 20 ans, chante, joue de la basse, de la guitare, du piano, de la batterie, du violon et de la trompette. Michael, 18 ans, chante, joue de la basse, de la guitare, du piano et de la batterie. Cela semble simple à priori écrit noir sur blanc, mais les deux jeunes hommes passionnés et inspirés travaillent aussi énormément. Sur Do Hollywood, ils ont complété l'instrumentation de violoncelle, xylophone, violoncelle et de cuivres. L'album commence sur un I wanna prove to you romantico-psyché, où l'on décèle déjà un humour second degré puissant. La mélodie au tempo mellow emmène illico nos petites oreilles tendues dans cette ambiance barbapapa et sucrée bubblepop fifties menée par les voix en chorale et les guitares vibrantes.



Le titre Those Days Is Comin' Soon suit avec sa fraicheur dans la rythmique pop qui trottine sur les cuivres langoureux et amoureux. Haroomata arrive somptueuse avec sa structure en zigzague, bondissante et duveteuse, souriante et sentimentale. Batteurs, pianistes et guitaristes, Michael et Brian composent et offrent des mélodies qui mettent autant en exergue le rythme que les notes de piano et les arpèges de guitare. Chaque instrument y a sa place comme sur Baby Baby, groovy et rebel qui illustre une relation en forme de glaçon d'amertume qui plonge dans une menthe à l'eau et dont la qualité me sidère et m'évoque McCartney & the Wings. Les titres s'enchainent, aussi beaux et bons, avec le magistral These Words au Moog boogie et aux trompettes polissonnes, à couper le souffle. L'amour emplit chaque plage avec une lumière délicate et une chaleur espiègle, et As Long as We're Together ne déroge pas à la règle. Sa rythmique qui joue avec la peau du tambour et les harmonies aussi voluptueuses que friponnes est efficace. Les images défilent dans les paroles avec des métaphores animales 'spider', 'owl', un schéma que l'on retrouve dans le dernier titre A great Snake. How Lucky Am I est une pièce mélodique qui donne des frissons avec le chant harmonieux saisissant, ainsi vont Hi+Lo, ses notes de claviers délicatement intimistes et Franck, resplendissant de maturité nostalgique tendue et lyrique. Après ce moment prestigieux de douceur qui emmène vers la fin de l'écoute, The Lemon Twigs terminent sur A Great Snake, révolté et rock'n roll et qui tel un coup de fouet, persuade que la musique pop rock alternative a encore de beaux jours devant elle. Après une virée européenne dont Paris au printemps 2017, The Lemon Twigs sillonnent les scènes internationales avec brio et une belle humeur excentrique communicative. Je suis fan!
TheLemonTwigs



samedi 12 août 2017

Severin Bells

Un vent du nord parfumé à la tulipe vient battre et faire danser mes oreilles. Le combo flamand-hollandais Severin Bells déménage et rend fou l'organe de Corti. Le groupe d'Amsterdam griffe des mélopées au tempo rock alternatif dont la qualité acoustique, mélodique et la réverbération dans les cordes fait un bien du diable!

Je les écoute assez fort et en boucle depuis quelques jours en pensant au Velvet Underground et à Wilco, au son rock puissant, glorieusement énervé dans les seventies à New-York amené sur des riffs et des arrangements pop qui me séduisent hautement. Mick van het Nederend à la guitare, Bo Meskers à la batterie, Christophe Brabanders à la guitare et chant, tous les deux membres des Twin Shades et Willem Oostendorp à la basse ont comme jolies influences Kurt Vile, Nick Cave, Bob Dylan et bien sûr Lou Reed. Severin Bells participe le 31 mars 2017 avec une demi-douzaine de groupes à la soirée organisée à Amsterdam pour la sortie du livre de Peter Bruyn The Velvet Underground & Nico et les 50 ans du groupe américain. En même temps il entre en studio pour enregistrer ses premières chansons avec l'aide du producteur Thijs van der Klugt. J'en reparlerai certainement quand le disque arrivera. En attendant, les deux titres fougueux, furieux et solides One Two Combo et Older aident à patienter!

Nota bene : Severin Bells vient de la chanson de Lou Reed Venus in Furs "Severin, your servant comes in bells, please don't forsake him, Strike, dear mistress, and cure his heart".
SeverinBells

Marc Corrigan

Vive l'Irlande! La grande nation verte, orange et blanche nous comble depuis des siècles d'artistes ambassadeurs de courage et de lyrisme. Marc Corrigan en fait partie. Dessinateur, peintre, graphiste, réalisateur, il est autant poète et musicien. Son univers pictural néo-impressioniste est nourri de musique pop.
Les traits doux et caressants qui émergent de son crayon sont aussi éclatants de vivacité. Son travail qui marie et mélange le réalisme romantique d'Edward Hopper, la délicatesse de Sempé, du normand Daniel Authouart, la naïveté arrondie de Folon, du breton Bernard Morinay, la nostalgie pop de Sam Brown avec son Exploding Dog, me touche beaucoup.





Seuls ces artistes des pays nordiques où le soleil pudique s'amuse à se cacher pour laisser la pluie verdir les contrées ou tendre par surprise un rayon qui vient blanchir les falaises, savent doser l'eau et la matière de leurs aquarelles et de leurs huiles. Comme chez les poètes, Marc dépose de la mélancolie et de l'évasion dans ses croquis et ses illustrations. S'y retrouvent mêlés le passé avec ses brulures et ses grandeurs, Verdun 1918 mais aussi les années 40, les sixties, le voyage, de Rome à Phoenix en passant par Vienne, les saisons avec la neige resplendissante et la pluie qu'il dessine avec un charme et talent infini pour la rendre instantanée. Marc Corrigan excelle dans les films et vidéos dans lesquels je l'ai découvert. Depuis 2010, l'artiste signe des vidéos pour des musiciens avec énormément de tact et de finesse. Il a le don de dénicher le scénario parfait qui se greffe à l'histoire de la chanson.



Pour ceux qui sont amoureux des détails, l'artiste pop diplômé en 2002 du Galway Institute of Technology remplit toujours les blancs avec élégance. Il dirige les vidéos de groupes irlandais comme Ham sandwicH, Biggles fly again, Cat Dowling et internationaux comme I’m from Barcelona, Junior Doctor et Billy Bragg. En dirigeant la vidéo Ants pour Ham sandwicH Marc gagne l'award Best Animated Video du Sound Silver Awards de New-York et conduit en 2014 la campagne Music Matters commandée par l'Irish Music Rights Organisation.
Marc Corrigan offre des expositions à Dublin, chronique dans le Irish Times, tel le prophète pop du photoshop, évoque sous son crayon à papier puis son pinceau les événements qui le marquent et traversent notre actualité. L'artiste continue de nous enchanter avec ses balades irlandaises sous les orangers et ses sentiers fleuris de musique, à suivre...
MarcCorrigan






lundi 31 juillet 2017

Naxatras

Naxatras n'est pas le nom d'un somnifère mais celui d'un groupe grec de rock, de pop psychédélique qui tient les sens bien en éveil. Formé en 2012 à Thessalonique, le trio John Delias à la guitare, John Vagenas au chant et à la basse, Kostas Harizanis à la batterie signe un premier album Naxatras en 2015, fulgurant. Un EP nommé Naxatras EP suit en 2016 et l'impressionnant II d'avril 2017 surprend tout le monde.
Les thèmes favoris traités sont le voyage, l'espace, les astres ; Du petit lait pour un groupe psychédélique qu'ils décrivent eux-mêmes comme "Trippy, groovy, heavy stuff straight from the heart of the Universe..." La première fois que j'ai écouté I am the Beyonder, je suis restée accrochée aux branches. Pour un premier galop, c'est époustouflant de qualité. Les compositions sont sculptées, de toute beauté, pas un seul grain de sable vient déranger le mécanisme huilé et harmonieux. A l'écoute des titres dynamiques et musclés des Naxatras, l'effet d'hypnose soit électrique soit planante est garanti. J'aime me régaler de leur univers, groove, pop psyché, rock et surtout, en montant le son. La pilule de Naxatras est bonne à toute heure.



Les six morceaux de II durent entre cinq minutes et 10 minutes, le temps de plonger dans la qualité des instrumentations, ornées de tambourin et de saxophone assurés par Alex Vagenas . Oort Cloud commence l'épopée, juste pour armer les guitares et mettre en branle les amplificateurs. Quand Proxima Centauri arrive, la rythmique qui s'élance modeste et sereine sur la basse et la guitare électrique nous prépare doucement, surement, à une montée en température digne d'une croisade cuisante. Alternant le tempo, Naxatras maitrise son sujet et offre un titre cosmique, taillé dans le brut. Les cordes des guitares et les cymbales font des étincelles sur le tambourin d'Alex, qui mitraille un rythme poignant et agité. Les guitares scintillent de qualité, frôlent l'excellence sur le sensuel et incroyablement efficace Sisters of the Sun : "White gods on highways smiling in my dream, they want to show me everything I need. Up in the night sky, a light is shining bright, sending me floating 'round the galactic line. I wanna dive into your sea. I wanna give you everything".



Ce titre dantesque ouvre la voie à The Great Attractor, grand morceau rock vitaminé où le talent de musicien des trois compères va encore plus loin. La batterie fiévreuse donne le ton et la guitare électrique suit sans souci aussi frénétique et enragée. Le joyau sonore continue avec Garden of the Senses et ses dix minutes de splendeur. L'ambiance est aussi tendue que posée donnant un effet de force élastique, conquérante et endurante. Puis Evening Star avec son saxophone vient combler le repos du guerrier pour boucler l'écoute sur une note jazzy. Naxatras délivre des titres tout en puissance, bombardent des mélodies et des harmonies explosives de charme, de maitrise et d'enthousiasme. Les 3 albums de Naxatras sont à se procurer absolument.
Naxatras

Thomas Fersen

Quittant Paris pour la campagne quelques temps, j'ai glissé le dernier disque de Thomas Fersen, Un coup de queue de vache dans mes oreilles. Je n'ai jamais chroniqué Fersen, pourtant je l'adore depuis le temps où je le passais dans mon émission de radio. Artiste touchant par sa sensibilité et son humour feuillu, talentueux, constant, il nous gâte depuis la parution du Bal des oiseaux en 1993. Ce premier incroyable album est suivi en 1995 avec Les Ronds de carotte, puis Le Jour du poisson en 1997, Qu4tre en 1999, Pièce montée des grands jours en 2003 que je diffusais sur les ondes, Le Pavillon des fous en 2005, Best of de poche "Gratte moi la puce" en 2007, Trois petits tours en 2008, Je suis au paradis en 2011, Thomas Fersen & The Ginger Accident en 2013 et en janvier 2017 Un coup de queue de vache.



Album magnifiquement arrangé par Joseph Racaille, Un coup de queue de vache est le récit de la vie des animaux de ferme et sans savoir si c'est du lard ou du cochon, à la manière d'Orwell et de sa Ferme des animaux, je devine chez Thomas Fersen sa poésie, son sens de la métaphore, de sa philosophie avant-gardiste. Romantique à la mode française façon Boris Vian ou du jeune Serge Gainsbourg, Fersen est notre Jean de la Fontaine pop national. Les chansons que l'artiste, né à Paris dans le 11ème arrondissement, écrit, sont des bandes dessinées. On suit ses histoires assidûment, on les croque, on les savoure avec un rictus permanent. Son esprit souriant porte les couleurs littéraires, historiques et musicales françaises offrant une impression de légèreté qui cache beaucoup de travail et de virtuosité.



Thomas remporte en 1994 la Victoire de la musique pour son premier album est 6 ans plus tard, est nommé officier de l'ordre des Arts et des Lettres. En 2008, au festival de la BD d'Angoulême il donne un concert illustré par Joann Sfar, auteur du Chat du rabbin. 2012, il participe à la BO du film Ernest et Célestine. Notre artiste touche le 7ème art, notamment en jouant dans Gaston Lagaffe en 2009 et dans Gainsbourg, vie héroique en 2010.

Le parisien nous invite à la campagne avec sa voix boisée, authentique et ses mots spectaculaires sur un ensemble à cordes toujours accompagné d'autres instruments, mandoline et banjo, comme explique Thomas Fersen :" Une fois les histoires écrites dans cette atmosphère agreste et sylvestre, j’entendais des cordes, donc j’ai établi un cahier des charges. Je voulais un quatuor sur toute les chansons, j’ai confié cette mission à Joseph Racaille que je connais depuis longtemps et qui a arrangé plusieurs de mes chansons tout au long de ma carrière. Il m’a proposé de rajouter un cinquième instrument à cordes afin de dénaturer et encanailler cette ensemble bourgeois, il voulait introduire dans ce quatuor une sorte de renard dans la basse-cour, à savoir un banjo et une mandoline pour lesquels il a écrit une cinquième partition."

Thomas décrit et explique son écriture " Le milieu rural, c’est un milieu que j’ai connu, mon paradis perdu. Ce monde plus que millénaire a disparu avec ma génération. Pour moi, en tant qu’enfant, c’était un paradis habité par des animaux, des peurs, des forêts, des champs, des personnages et des odeurs. Au départ, j’ai écrit une chanson qui s’appelait Les Petits sabots. C’est l’histoire d’une petite fille qui part jouer dans un bois, elle se cache dans un buisson où elle imagine tenir un salon dans lequel elle recevrait un lièvre, un oiseau et un hérisson, auxquels elle donnerait à boire de l’eau dans ses mains qu’elle serait allé chercher à la rivière. C’est une image d’Épinal. Cette petite fille, on la retrouve plus tard dans les bras de son amoureux. Elle a grandi, c’est une jeune femme, et dans les baisers qu’elle reçoit de son amoureux au cou de chevreuil, elle revoit son buisson. C’est une chanson sur le paradis perdu. Ensuite, j’ai imaginé qu’elle avait un frère, le benjamin de la famille, il est tourmenté par la puberté, il diabolise les soutiens-gorges qui sèchent dans la campagne. Après, j’ai créé l’ainée, partie en ville faire des strip-teases, ces trois personnages étant moi-même bien entendu. Le père aussi c’est moi, ce père qui souffre du dos et qui à cause de la pénibilité des travaux des champs doit aller voir une rebouteuse locale, une femme géante qui l’entraine dans une danse des caraïbes, la pachanga… Cet album, c’est en même temps des histoires sur moi-même et aussi sur des choses plus générales. » comme sur le déclin de la bourgeoise ou de la France."



Un coup de queue de vache ouvre le bal magistralement avec le coq plus humain que jamais qui trottine joyeux sur les arrangements du quator galopin et taquin. Puis Encore cassé lance la rythmique et s'immisce dans notre tête pour ne plus la quitter. La ballade accroche l'attention illico par sa ritournelle alternative réussie, ses envolées de mots et de notes qui donnent de la matière. L'interprétation de Thomas est vivante, théâtrale et sa manière de conter ses textes est unique, sublime. Les petits sabots est un bijou musical, tendre et magnifique qu'il serait d'utilité publique de passer comme comptine à chanter en boucle dans les écoles maternelles. La batterie promène ses baguettes gaiment sur La pachanga où entrent banjo et piano, guitare, instruments qu'affectionne et pratique Thomas Fersen depuis son adolescence. Tu n'as pas les oreillons, mélopée en forme de pierre précieuse qui évoque les émotions d'un jeune homme au stade de la puberté est follement belle et drôle avec sa contrebasse exquise. L'aventure continue avec Le lièvre, mélodieux, fantastique de poésie et de lyrisme urbain mêlé au thème champêtre. La beauté musicale de Testament saisit tant le chant de Fersen est sensationnel. Véritable chansonnier, ses intonations sont émouvantes, habillent ses mots de velours et de cristal. Testament fait dresser les oreilles et As tu choisi montre l'immense talent de l'artiste passionnément lettré avec sa douceur poétique. La cabane de mon cochon et sa mandoline continue la découverte du délicieux bestiaire délivrant l'état de l'abandon et d'un nouveau départ, d'une renaissance enjouée. L'humour ne déserte pas avec l'histoire du homard misanthrope Dans les rochers de Beg-an-Fry où brille la guitare sur la volière de cordes. Le musicien poète termine son chef d'oeuvre sur Big-Bang, magique et adorable qui dévoile l'histoire de la soeur ainée de la fillette décrite dans Les Petits Sabots qui va à la ville travailler dans un cabaret.

Thomas Fersen " je suis arrivé à un âge et à une étape de ma carrière où je veux éviter toute forme de contrainte. Je fais les choses qui ont un sens pour moi, que j’ai envie de porter en tournée, que j’ai envie de vivre."..."Je fais comme le lièvre de mes histoires, je vais où je veux."

Un coup de queue de vache de Thomas Fersen est un véritable coup de coeur que je classe dans le top 10 des albums 2017 sur Piggledy Pop. Il contient tout ce que la musique peut offrir, du lyrisme, de l'évasion et de l'émotion. ThomasFersen