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samedi 29 novembre 2008

Joey Goebel


Joey Goebel est un jeune écrivain américain (Indiana). L’auteur signe Torturez l’artiste en 2005 et la France peut enfin découvrir ce bijou de la littérature pop en 2006 grâce aux Editions Héloise d’Ormesson.

Joey Goebel a un parcours hors du commun, à peine la trentaine, il a signé The Anomalies en 2003, Torture the artist, et sort bientôt son 3ème livre. Avant cela, il faisait partie d’un groupe de punk, The Mullets dont on peut découvrir deux cassettes et 3 disques. Autre projet notable qui a suivi The Novembrists qui ont sorti un cd, dont les titres évoquent le domaine de la littérature avec F.Scott Fitzgerald et Vladimir Nabokov. Joey Goebel est aussi un grand critique-rock. Ses articles sont aussi cinglants et mordants que ses œuvres littéraires.
Dans Torturez l’artiste, Joey Goebel dénonce la culture “idiote” et semble en être écœuré. Son écrit est flanqué de clins d’œil à la débauche, la bêtise, la déshumanisation que produit l’industrie mafieuse hollywoodienne du cinéma et de la musique sur les consommateurs. Voilà la loi de la manipulation morale et mentale, la loi du fric versus la création artistique.

L’histoire. Vincent est un enfant de 9 ans brillant mais vivant dans un milieu social et intellectuel désastreux. Vincent est à part. Il a une maturité, une intelligence, un don pour l’écriture. C’est un enfant précoce mais malheureux. Il y a aussi une grande firme, une école appelée Nouvelle Renaissance, aux desseins arrivistes. Nouvelle Renaissance encadre de jeunes talents, les manage de sorte à ce qu’ils produisent, paroles de chansons, scripts, œuvres littéraires à la chaine. Cette production artistique des jeunes prodiges se déroule dans l’anonymat pour servir à des stars déjà connues du public, qui n’ont plus qu’à utiliser le travail des enfants. Pour se faire, la doctrine de l’école est de torturer moralement les jeunes prodiges pour les rendre malheureux, les isoler socialement, de manière à ce que leur mal les plonge dans un état mental productif. Le titre est souligné par la phrase “d’un mal sort toujours un bien”. Pour mener cette mission, Nouvelle Renaissance embauche un manager. Harlan Eiffler est un ancien critic-rock, très blasé, et doit veiller à ce que le malheur soit omniprésent dans la vie du jeune garçon. Ainsi s’exprime le directeur de Nouvelle Renaissance dans la lettre adressée à Harlan au début du récit: “Le divertissement a besoin d’un artiste typique à l’ancienne: une jeune femme ou un jeune homme torturé, solitaire, sans amour et désespéré, avec seule la capacité artistique pour justifier sa triste existence (…) Cette âme connaitra l’amour non partagé, la dépression nerveuse, le surmenage, l’isolement, l’exil, la misère noire, la maladie, et les troubles mentaux (…) je vous demande seulement de fournir à notre Homme Renaissance une douleur constructive de la façon la plus humaine et la plus bénéfique.”

A lire absolument, ce livre est un chef d’œuvre, une clé et une fresque de la débauche culturelle contemporaine, un regard cynique et si réaliste. L’histoire est belle, touchante, mais pas larmoyante. Ce livre est attachant, je le conseille fortement.

La lecture plaira aussi aux amoureux du rock. Goebel présente ses protagonistes systématiquement en donnant les groupes qu’ils écoutent, les films et émissions qu’ils aiment. On y parle de Cure, Twin Peaks, Rolling Stones, Phish, Ramones, Bob Dylan, etc. Torturez l’artiste est une ode à la New Blue Generation.
editions-heloisedormesson.com

Matt Pond Pa


Matt Pond Pa est un artiste complet et complètement artiste. Cet américain dans le circuit du rock indépendant depuis 1998, ne cesse d'écrire et composer. Originaire de Philadelphie, il s'est définitivement installé à New-york. Son opus Deer Apartments met d'emblée son anonymat au placard.
Measure sort en 2000 suivi de deux autres fabuleux albums, The Green Fury et The Nature of Maps. Issu de l'école classique, Matt Pond aime réellement la musique classique qu'il intègre de-ci de-là dans ses compositions. A l'université il joue du violoncelle, puis de la trompette et du cor. L'aprentissage de la guitare a suivi et depuis le rock ne le lâche plus. Il aime les riffs, les percussions et les puissantes productions de batterie autant que des morceaux acoustiques accompagnés d'un violon. Ses chansons sont variées, il est doué et peut exploiter tout genre musical. Matt Pond est à la tête du groupe; et c'est sans prendre la grosse tête qu'il se hisse au rang des grands songwriters et interprètes de notre époque. En 2004 c'est l'année de Emblems sur lequel figure Last song... (ne pas se fier au titre!)

Fan de Andrew Bird, ami des Magic Numbers, Matt Pond compose des balades aux influences country, rock et pop où les guitares, claviers, et violoncelle dominent.
Plus rock que les premiers, les deux albums Several Arrows Later de 2005 et Last Light de 2007 comprennent un peu moins de violons ou de trompettes. Avec Dan Crowell à la batterie, Matthew Daniel Siskin à la basse, Steve Jewett à la guitare, Chris Hansen à la guitare et clavier, Matt Pond Pa offre un Ep de 9 titres le 25 Novembre 2008. The Freeep est, selon le choix du groupe, entièrement en téléchargement libre sur leur site. Comme Matt Pond le précise avec humour, ils sont devenus leur propre producteurs, label, maison de disque et distributeur "It was a deferential revolt against inertia, a clearing of the throat to answer the quiet. Or maybe it was an inevitable reaction to seeing Pat Garrett and Billy the Kid." Dans Halloween, la voix eraillée de Matt, mi-ange, mi-cowboy déroule le tapis rouge à la qualité de son écriture et à sa hardiesse quant à faire glisser les violons et les tambourins sur du rock brut.
myspace.com/mattpondpa

jeudi 27 novembre 2008

Young Rival


Ces quatre rockers originaires de Hamilton, Canada, habités par l'esprit "mods", héritiers des Kinks, ont de quoi rivaliser avec les groupes brit-rock.
Ils portent le nom de Young Rival depuis un an. Auparavant le guitariste Aron D'Alesio, le batteur Noah Fralick, l'autre guitariste Kyle Kuchmey et le bassiste John Smith avaient à leur actif deux albums, un éponyme et The City, sous le nom de groupe The Ride Theory.

Les voici en selle, en vogue même. Ces quatre musiciens, déchainés et endiablés sur scène ont déjà assuré presque 300 concerts. En février dernier, ils partent avec leur matériel dans un van pour New-York. Leur approche de la musique, garage, leur manière d'accrocher les audiences intéresse Emery Dobyns, producteur de Patti Smith, Travis, Antony and the Johnsons, Battles et récemment récompensé par un Grammy pour le dernier album de Suzanne Vega.
Les Young Rival, bien entourés, peuvent enfin s'en donner à coeur joie en enregistrant un Ep dans les studios de Manhattan.
Conscients que les disques ne se vendent plus, ils savent qu'ils ne pourront gagner le fruit de leur travail, de leur passion, qu'en faisant des concerts ou en vendant leur musique aux médias pour de la publicité. Dans une interview qu'ils accordent au journal étudiant de Los Angeles, Queen's, les Young Rival ajoutent qu'internet et le téléchargement sont une carte de visite et un outil fabuleux. In fine, voilà un groupe qui n'a rien à cacher, donc rien en commun avec les groupes ringards qui sont contre le téléchargement et qui trouvaient pratique de gagner du fric en restant chez eux, sans même se produire sur scène, très souvent sans en être capables, simplement.

C'est vibrants et impressionnants que les Young Rival apparaissent cette année avec les Sadies, Born Ruffians et Tokyo Police Club pour leurs tournées respectives. Un peu psychédélique, très rock garage, ils ont un don pour sortir des sons parfaits et tenir la scène armés de charisme. Les compositions détonantes sont exécutées avec brio. Ils sont trois à chanter, font penser aux Kinks clonés au groupe Televisions, sans nostalgie aucune puisqu'ils produisent un son original et bien contemporain que nous pourrons découvrir bientôt. Young Rival est actuellement en studio pour un imminent album.
myspace.com/youngrival

samedi 22 novembre 2008

The Sound of Arrows

Agés d'une vingtaine d'années, ces deux amis suédois se rencontrent en 2006 pour travailler sur un sample d'une chanson de noel. Depuis, ils n'arrêtent plus de travailler, de se produire en concert, créent le groupe The sound of Arrows et se lient à l'amical label de Stockhölm Labrador. Stefan Storm est passionné de musique electro et de house (moué..) et Oskar Gullstrand, après avoir joué dans un orchestre, est designer-illustrateur de profession. Leur rencontre aboutit sur la composition de musique pop-electro avec des instruments à cordes, guitares et harpe, du clavier, et du sampler.

Ils sortent en mai 2008 Danger ! un Ep avec des titres sublimes comme Winding Roads, Ice-cream shout version, titre habillé de ukulélé, flûte soprano, glockenspiel, soupoudré de voix féminine, ainsi que des remix plutôt house Cotton crew ou Panache. Leurs influences sont larges et belles, vont de Harry Nilsson à Jens Lekman. Club 8 (cf 18/06/08) leur demandent même de remixé le titre Jesus, walk with me. Stephan et Oskar font désormais partie de la grande famille Labrador, label qui signe les Acid House Kings, mais aussi Pelle Carlberg, les Sambassadeur, Loveninjas etc.
The Sound of Arrows sortiront un album dans les mois qui viennent et apporteront à coup sûr un renouveau du dance-beat en 2009.
myspace.com/thesoundofarrows

vendredi 21 novembre 2008

Sandrine Kiberlain


Sandrine Kiberlain vient mettre son grain de sel dans le monde de la musique en 2005, quittant pour un instant les plateaux de tournage et les scènes de théâtre, pour sortir l'album Manquait plus qu'ça. La jeune actrice, pas des moindres, a une carrière cinématographique déjà très fleurie. Elle tourne avec Laetitia Masson, Claude Miller, Bernard Rapp, Valerie Lemercier, César du meilleur Espoir féminin en 1995 dans les Patriotes d'Eric Rochant, elle remporte la même année le prix Romy Schneider. Depuis elle collectionne les césars et les nominations avec En avoir (ou pas) en 1996, A vendre en 1999, Le septième ciel en 1998, Un héro très discret de Jacques Audiard. Elle remporte en 1997 le prix Molière pour une pièce de théâtre écrite par son père qu'elle montera elle-même.

Sandrine aime la musique et décide, au culot, d'écrire les textes de ses chansons, puis demande à Alain Souchon de lui prêter main forte pour la musique. L'album Manquait plus qu'ça, fin et drôle dans l'écriture, réussi le pari de réunir le son "Souchon", père et fils et lui colle à la peau avec les influences pop mêlées aux instrument de l'Europe de l'Est, du sur mesure. C'est avec humour que mademoiselle Kiberlain souligne de sa voix frivole et magnifique, "Elle fait sa Carla, elle fait sa Vanessa…elle va donner de la voix, des paroles à tout va, elle se prend pas pour une poire...elle fait une fixette, pousser une chansonnette, manquait plus qu'ça, elle s'y croit vaut la voir, elle se sent pas, laissez la faire sa crise, peut-être que ça lui passera... tralalala...si ça s'eternise elle chantera à sa guise, c'est pas plus grave que ça.."

Le deuxième album de Sandrine Kiberlain, sorti en Octobre 2007, Coupés bien net et bien carré est un vrai bijou pop de chansons françaises. Pierre Souchon compose quatre titres, apportant avec sa veine familiale, une ambiance savoureuse qui replonge dans le Karine Redinger de Voulzy et dans Le Baiser de papa. Autre compositeur important du disque : Bazbaz. Auteur compositeur, Bazbaz est un artiste rafraichissant et pétillant qui, comme Pierre Souchon, correspond à l'espiègle Sandrine.

Les cerises sur le gâteau sont les titres Il ose composé par Etienne Daho et chanté avec lui en duo en opus de l'album, puis La chanteuse composé par Mickael Furnon alias Mickey 3D, dans laquelle les paroles sont un clin d'oeil au Manquait plus qu'ça du premier disque : "ça y est c'est fait j'ai un micro, sur scène je bois de l'eau c'est pour la voix,...je suis chanteuse et je m'y crois, faut que je déjeune avec Carla, et Vanessa..pour parler de ça."
Coupés bien net et bien carré est un superbe album, où les claviers, le piano, les guitares, les trompettes, l'harmonica accompagnent avec grâce la voix de Sandrine Kiberlain, plus voluptueuse que jamais. Les textes sont de véritables scenari, des histoires avec camera embarquée, drôles, humbles, très inspirées! Le tout est ultra homogène. Le mélange des talents de Daho, Bazbaz, Pierre Souchon et Mickey 3D fait un disque qui respire une complicité musicale évidente. De la drôlerie dans Je m'appelle Edouard, à la bossa de Dahoesque dans Perfect Day, à la belle sensibilité de Pluvieux, au tempo ennivrant de Bazbaz dans Y'en a pas un pour rattrapper l'autre, avec son grain de voix, ses tâches de rousseur, Sandrine Kiberlain est un auteur brillant et une chanteuse qui ne joue décidément pas dans la même cour que Carla et Vanessa.
sandrinekiberlain.com

jeudi 20 novembre 2008

April March & Steve Hanft


Depuis toujours l'américaine Elinor Blake alias April March, ses parents étant passionnés par la culture française, est attirée par notre pays. Membre du trio féminin Pussywillows au début des années 90, elle ne s'y attarde pas et entreprend un album dédié à une de ses idoles, Serge Gainsbourg en reprenant ses chansons en 1994 sur l'album Gainsbourgsion!.
En 2008, Quentin Tarantino appose un de ces titres, Chick Habit (Laisse tomber les filles) sur la BO de "Boulevard de la Mort". Suivront Paris in April en 1995, Superbanyair et April March Sings Along With The Makers en 1997, puis April March and Los Cincos en 1998.

Commence ensuite pour April March une longue collaboration avec Bertrand Burgalat, qui lui offre des pépites de chansons, interprétées en français. Les compositions rétro-futuristes, psychédéliques, que Burgalat offre à April March lui vont comme un gant et marqueront le succès du label Tricatel d'une pierre blanche. La voix enfantine de April sur les accords de basse langoureux de Bertrand forment une unité sensuelle et sublime dans Chrominance Decoder de 1999 et en 2000 dans Triggers.

Le Coeur Hypothéqué April? pas tant que ça... La demoiselle nous revient avec à son bras Steve Hanft et un nouvel album sorti en 2007, Magic Monsters, réédité en vinyle cette année 2008 par l'excellent label Martyrs of Pop. Les pensées d'April ne sont pas formatées. Steve Hanft lui offre un album rock-psychédélique, où elle chante, là aussi, dans la langue de Molière, avec une interprétation libérée, chaloupée et drôlement bien roulée. Flashback Part II donne illico le ton pop-rock. Dès l'écoute du deuxième titre Attention chérie, c'est confirmé. Les deux artistes partagent des origines communes et cet accord s'entend. Auteur-compositeur, Steve Hanft dévoile des talents d'interprète griffés d'un son à la Grandaddy et à la Blur. Décalé, mélodieux, énergique, le son est savoureusement balancé. April et Steve se partagent les titres, s'y retrouvent parfois, s'y croisent et se répondent. Alors que le couple paraissait improbable, un peu comme celui d'Isobel Campbell au côté de Mark Lanegan, le mariage des deux personnalités s'avère légitime, équilibré et il rayonne.

C'est une question d'habitude, on s'adapte finalement au nouveau couple. Après avoir véhiculé pendant des années une image femme-enfant, icône de la pop sixties frenchy, April March apparait nouvelle et libre. Steve Hanft et elle ont lancé un très beau projet avec Magic Monsters et ensemble, ont conçu un disque qui a la frite, sans le gras autour; un disque spontané et sacrément bon.
La voix d'April et les arpèges des guitares de Steve, dignes des Shadows dans Lunar lake, le chant délicieusement provocateur de Hanft dans Summer's day raviront les fans des Eggstone.
Si Steve Hanft a un minois de cupidon, joue comme un diablotin ses compos rock du feu de dieu, April March garde son grain de voix angélique et conserve de jolies perspectives en partageant l'affiche avec Bertrand Burgalat pour une série de concerts en France dès Janvier.
myspace.com/aprilmarch
myspace.com/martyrsofpop

samedi 15 novembre 2008

Tracy Chapman

Parce que je l'aime et qu'elle sort son album Our Bright Future le 11 Novembre 2008, je prends mon clavier à témoin.
Parce que c'est pour moi la seule artiste féminine américaine de valeur depuis des années. Plates escuses aux fans de Britney Spears, si en lisant ma note, vous décidaient de vous suicider en avalant les cds de votre idole, sachez néanmoins qu'ils ne sont pas biodégradables; vous deviendriez bel et bien, par conséquent, un réel problème pour le bien-être de la planète.

Parce que c'est l'artiste et ses fossettes que je croquais en cours de maths en 1988 en fredonnant Talkin bout a Revolution, armée de mon fusain et plombée par le blues.
Parce que c'est une musicienne habitée par l'humilité, une gentillesse exemplaire, une sagesse et une force qui en imposent avec une grâce dans sa réserve et sa détermination.
Parce qu'elle est beauté, belle dans l'âme, belle dans sa timidité et son courage en se jetant dans l'arène avec l'envie de partager son art, belle dans sa féminité.
Parce qu'elle est extrêmement talentueuse et que ses compositions marquent au fer rouge le song-writing folk depuis 20 ans, avec une voix fragile et fébrilement posée, réfléchie.
Parce qu'elle reprend divinement le flambeau de l'héritage des bluesmen blacks américains des années soixante, qu'elle dégomme tout, remporte trois grammy awards en 1989 quelques mois après la sortie de son premier album; suivent des concerts avec REM, Sting, Peter Gabriel, des collaborations avec Red Hot Chily Pepper, Stephen Marley, BB King...
Parce qu'elle reste elle-même à travers les titres de son huitième album Our bright Future. Cette ancienne étudiante diplômée en anthropologie y parle de l'homme et de l'humanité, nous offre ce formidable cadeau, pour souffler ses 20 bougies d'anniversaire. Our Bright Future est enregistré dans les studios Henson ayant appartenu à Charlie Chaplin qu'elle affectionne. L'album est concocté avec son producteur depuis plus de 15 ans, Larry Klein, qui a réussi à réunir sur cet album: le pianiste, clavier de Madeleine Peyroux et John Mayer: Larry Goldings, le batteur de Paul Simon: Steve Gadd, un guitariste de BB King: Dean Parks, le batteur de Beck: Joey Waronker, le pianiste de Norah Jones et de Rufus Wainwright : Rob Burger, le guitariste de Eels, PJ Harvey, Tom Waits : Joe Gore. Son producteur et ami Larry Klein est à la basse. Tracy Chapman est en France pour une série de concerts actuellement. (vidéo : Can i hold you tonight)
tracychapman.com

Euros Childs


Euros Childs est le projet solo du leader du groupe Gorky's Zygotic Mynci apparu en 1995 la première fois et dont la performance prolifique a donné une douzaine d'albums en dix ans. Celui qui marque le tournant du groupe jouant à la base du rock psychédélique est Barafundle de 1997, aux influences de pure pop mêlées aux celtiques avec la présence de cithare, guimbarde, de banjo et de violon. Le groupe gallois remporte un franc succés au fil de leurs créations comme avec l'album Spanish Dance Troupe de 1999, sans compter le fabuleux How I Long to Feel That Summer in My Heart sorti le 18 septembre 2001.
Depuis la séparation des Gorky's en 2005, Euros Childs suit sa propre voie en solo et sort ce mois-ci son nouvel album. De style americana, country rock, enregistré à Nashville, le mariage des genres fait naitre un disque aux sonorités exotiques et croustillantes. Imaginez Perceval le Gallois fumer le calumet de la paix avec le chef indien Cochise, vous êtes en train d'écouter Cheer Gone. En glissant la galette dans la chaine stéréo, Autumn Leaves et son rythme en deux temps enveloppe immédiatement; c'est chaud et langoureux. Ce tempo Euros Childs marqué par le chant aux accents gallois est magique, très velvetien. Doté d'un grain de voix si particulier qui parcoure des gammes de manière étonnante, Euros Childs apporte à ses titres une ambiance somptueuse, une puissante torpeur. Les compositions sont toutes réussies, les instrumentations offrent un ensemble supérieurement intimiste. Cheer Gone colonise les neurones, y amène une atmosphère "folk médiévale pop country psychédélique". Tous les instruments se distinguent, s'enchevêtrent, nous content des mystères, des secrets, comme si les musiciens étaient gantés, prenaient soin de chaque note amoureusement, comme des cowboys gentlemen qui composent un bouquet pour leur belle. Her ways est une chanson chaloupée, bien roulée, qui donne envie de chevaucher un taureau sur les plaines brulées du far West en couinant des Heee Haaa! O ein Dear est le titre chanté dans la langue maternelle d'Euros Childs, une ballade digne d'une épopée à travers des fjords, un air de repos pour le guerrier fourbu du temps des croisades, ou encore une chanson entonnée par un viking après la bataille, qui se détend au pied d'un arbre dans son slip kangourou en peau d'ours. L'harmonica de Medecine Head convié à accompagner l'harmonium forment un cocktail de cultures unique et rare, bercé par la voix splendide d'Euros Childs.
Euros Childs est un auteur-compositeur-interprète de talent, la figure emblématique de la pop galloise. Après avoir participé à l'album Barnes & Noble de Syd Matters, son album Chops en 2006, Bore Da en 2007, une collaboration au dernier disque de Kevin Ayers, Unfairground, aux côtés de Jeff Baron des Essex Green et Gary Olson des Ladybug Transistor, Euros Childs enregistre aussi un single avec Norman Blake des Teenage Fanclub.
myspace.com/euroschilds

jeudi 13 novembre 2008

Duke Special

Duke Special alias Peter Wilson est un personnage de roman, doté d'un talent de musicien hors norme, il bouillonne d'idées et d'énergie. Charismatique, il nous emporte dès que ses doigts touchent les touches d'un piano, instrument enseigné dans son enfance par sa grand-mère. Irlandais, il grandit à Belfast au sein d'une famille d'artistes. Aujourd'hui marié et père de trois enfants, il concilie formidablement ses différentes casquettes, coiffé de ses dreadlocks et vêtu de son costume d'époque. L'artiste est coloré, excentrique, électrique. De plus il est adorable et toujours disponible pour les médias, en bonus. Depuis 2005, il se crée aussi une famille dans le monde de la musique. Les compères qui l'accompagnent sont tous des multi-instrumentistes, Rea Currant au piano, accordéon, trompette et chant, Ben Hales, guitariste, son ami Ben Castle à la clarinette, saxo et chant, et Chip Bailey aux percussions et batterie.

Duke Special aime la scène et transporte son audience. Timide et réservé, les planches sont son domaine. Il développe des dons de comédie, s'intéresse passionnément au théâtre, particulièrement au vaudeville et travaille sur une comédie musicale qui parle de Huckleberry Finn. Son style artiste de rue, un peu vagabond, cache en réalité un perfectionniste, un grand compositeur ayant un goût pointu pour la beauté et la grandeur dans la musique. Il dit lui-même avoir été bercé par la musique traditionnelle et folklorique irlandaise, ce qui lui donne le sens des mélodies. On retrouve complètement ses références dans son album de 2005, Adventures in Gramophone. La veine de ses compositions est pop-rock, avec des orchestrations guillerettes, des envolées d'instruments de fanfares et d'orchestres, dans une ambiance circus et cabaret. Chez lui le romantisme, le style rétro et old school sont viscéraux. Les titres de son album de 2006, Songs From The Deep Forest, sont féériques et nostalgiques. On devine l'auteur-compositeur passionné d'histoires, de légendes et on entend une noble voix qui honore la musique, sa voix.
"Save me from the movies and someone else's dreams, While angels make their music and give my spirit wings, I just concertina and wrap around the world, Staying out 'til 6 o'clock and singing like a fool, I've only got this morning to live, Look at all the colours at my fingertips"

Duke Special se produit en 2007 avec le Ulster Orchestra au Waterfront Hall de Belfast pour un concert unique enregistré par la BBC pour offrir cet événement sur l'album Orchestral Manouevres in Belfast. Après avoir partagé la scène lors de tournées avec Von Morrisson, Rufus Wainwright et Divine Comedy, il nait une collaboration musicale et amicale avec ce dernier, un single nommé Our Love Goes Deeper Than This, titre sur lequel figure Roméo des Magic Numbers (vidéo). C'est avec le RTE Orchestra et ses 60 musiciens, présent sur Songs from the deep Forest, que Duke enregistre son quatrième disque, I Never Thought This Day Would Come sorti le 17 octobre 2008. Là encore, le rideau s'ouvre sur des titres fabuleux ornés de clarinette, mandoline, banjo, flûte traversière, trompettes etc. Les critiques s'accordent à dire que c'est un chef d'oeuvres. Mockingbird Wish Me Luck au milieu de l'album est une piece maitresse, une mélodie poignante, piano, accordéon, basse, le genre de morceau qui retourne les tripes jusqu'au cerveau. Cette année, l'artiste était invité pour jouer sur la scène du festival de Cannes, Crowded House l'a invité à jouer avec eux pour leur ultime tournée en 2007, Ray Davis l'a convié à un concert à Londres. En ce moment, il travaille à l'épée en prenant des cours d'escrime avec Neil Hannon de Divine Comedy. Mon petit doigt me dit que ces deux-là nous préparent un coup. (vidéo: No Cover Up)
dukespecial.com
myspace.com/dukespecial

samedi 8 novembre 2008

YuLeS

La jolie surprise du jour est la découverte de ce duo français, frères dans la vie mais aussi dans leur art. Yules: Bertrand et Guillaume Charret qui composent à quatre mains, de manière bien belle et naturelle, étant entourés depuis leur plus tendre âge de musiciens. Leur page myspacienne nous livre que papa et maman Charret aimaient jouer et écouter de la musique. Leur deux fils ont grandi au milieu d'instruments, nourris de Leonard Cohen et Beatles. Outre l'environnement familial qui les initie très tôt aux partitions de musique, ils vivent désormais de cet art et le font vivre à leur façon, tels des maestros.
Quand j'écoute The Release, album sorti chez Pias le 15 septembre dernier, il semble évident que Yules a écouté beaucoup de disques; ils les ont compris, absorbé, habité. Quelques soient leurs influences, les deux frères écrivent et produisent une musique riche de références, de sonorités, de styles.

Release est une pépite pop-rock. J'y entends du Lennon, du Velvet, du Kinks, du Beach Boys, du Love avec l'orgue hammond (This is my xmas song), plus près de nous, du Syd Matters, du Ben & Jason (Sarah, Refugee). Les morceaux sont habillés des voix celestes des deux frères. La guitares et le piano priment, assurés par Guillaume et Bertrand, Julien est à la batterie et Sébastien à l'orgue et piano. The Release est riche d'instruments comme les flutes, tambourins, glockenspiel. L'album entier est une jolie surprise, entre balades entrainantes (The unconscious master, My 70's girl, Carry On, Desperation land), des beautés de cordes entremêlées aux deux voix qui se répondent (One sleepless night), la mélancolie ravissante des notes de piano, le son marqué du cuivre des cordes pincées (The previous time, The Release, Over in america), l'énergie et le boogie westernien des instruments à vent (Warning to the powerful orators).
Yules nous a concocté un album d'élégance et de grâce. La qualité des mélodies et des instrumentations accompagne les paroles chantées en anglais, poetiques, excellemment lyriques.
Le groupe était présent au festival des Eurockéennes cet été, a fait la première partie d'Arab Strap à Belfort, le Nouveau Casino au printemps à Paris, et offre une série de concerts en France à venir. (vidéos : Desperation land, The Release)
myspace.com/yulesband

jeudi 6 novembre 2008

Her Space Holiday


Il était une fois Her Space Holiday, je trouvais les mélodies accrocheuses, recherchées, mais subsistait un réel regret : le genre electronique, indietronic. On a parfois l'impression que les artistes pop suivent une vague electronique "analog machines", alors qu'ils n'en ont pas besoin. Pourquoi aller chercher un son en cliquant sur une souris? Effet de mode? Ce californien est la main du groupe, un compositeur prolifique qui a de l'or au bout des doigts. Apparu en 1996, son premier long album est composé de deux volumes, regroupant une ribambelle de ses créations entre 1996 et 1999, un bel objet nommé The Astronauts Are Sleeping.

Suit en 2000, l'album Home Is Where You Hang Yourself. Là encore on distingue le vrai musicien qui se cache et se gache derrière un clavier et un écran pour gaver ses compositions de sons virtuels. D'ailleurs le disque comporte 10 titres et 8 titres supplémentaires de remix, qui produisent un effet de "digestion saint-sylvestre". 2001, Manic Expressive arrive avec des airs superbes, chantés avec sa petite amie Keely. L'album est dans la veine electro-organique (appellation guère plus élégante que la première je vous le concède). Pas grave, je reste quand même scotchée en distinguant nettement le don, le talent de compositeur chez monsieur Bianchi qui remporte déjà un beau succès en partageant les tournées de Bright Eyes, Pinback, the Faint.
2003, l'artiste sort The Young Machines, puis en 2005 The Past Presents the Future. Là nous sommes clairement dans l'évocation des nouvelles technologies, dans les textes comme dans la construction harmonique. Ceux qui aiment l'electro ont pu se lécher les babines. C'est un créateur et un artiste complet, il brille d'idées et les met en oeuvres.


Enfin, la surprise. Un album qui parait en Novembre pour l'Europe, XOXO, Panda And The New Kid Revival, une beauté absolue de 14 titres, concoctés par les petites menottes de Bianchi. Musical, brut, vrai, écorché, l'artiste revient aux sources et travaille son disque en studio entouré d'instruments. Bon sang que ça fait du bien de ne plus avoir l'impression d'être agressée par un micro-ondes.
Les mélodies sont executées à la guitare acoustique, nourries de banjo, harmonica, batterie, glockenspiel, tambourins, avec la même originalité dans les constructions. On pense d'ailleurs que Her Space Holiday aurait pu jouer avec les Of Montreal, ou avec les Brian Jonestown Massacre. Tout le fruit de son inspiration se révèle enfin, s'immisce dans les oreilles et y prend une place légitime. Les histoires y sont touchantes, comme celle des deux adolescents qui se découvrent à un point presque dangereux dans The World Will Deem Us Dangerous. Quel délicieux plaisir de se laisser émouvoir par la voix de Marco, dans My Crooked Crown, par exemple. Jusqu'ici trafiquée electroniquement sur les autres albums, on distinguait la justesse de son chant mais sans en avoir la pureté comme dans Xoxo, Panda and the New Kid Revival. Allez, mettons l'electro au placard, rayons Berlin de la carte et revenons à nos moutons.
herspaceholiday.com

mercredi 5 novembre 2008

Hooded Fang

Hooded Fang est un jeune groupe de Toronto, des musiciens pop qui font des mélodies plutôt ultra-chaloupées, ultra "va-va-voom".
Ils sont six, chacun d'eux tient son rôle au sein du collectif et cela s'entend puisque chacun pousse la chansonnette sur les différents titres. Land of Giants est assuré au chant par Daniel et Lianne, un rythme endiablé pop rock où la voix de Daniel Lee a des airs de celle de Jarvis Cocker ou Neil Hannon. Ses intonations de crooner se mélangent à la voix aérienne de Lianne. Suit le magistral Pageant entonné par Daniel, puis l'original et surprenant Train Station chanté par Nick, twee-pop orchestrée avec des cuivres et de l'accordéon. Suit Circles and Blocks, sensationnel de sons enjoués, agrémenté de glockenspiel et de mélodica.
  Quant à Fall leaves, là aussi roucoulé par Daniel sur une basse chahutée et des trompettes titillées, dévoile la bande de drilles s'adonnant joyeusement au clap-hands. Daniel Lee est le producteur de ce groupe vecteur de punch et d'entrain dont le genre est marqué de jangle-pop et de rock à la Strokes.
Si vous aimez les harmonies gaillardes et les mélopées enjouées, tendez l'oreille vers les Hooded Fang!
hoodedfang

samedi 1 novembre 2008

Persephone's Bees

Persephone's Bees n'ont pas d'actualité mais il est bon de les ressortir de sa pile de disques quand il fait un temps de moscovite dehors. La chanteuse et clavier, Angelina Moysov, est une russe exilée à Oakland où elle croise Tom Ayres, guitariste, Paul Bertolino le batteur et Mike Farrell, bassiste et fonde le groupe en 1993. Angelina est une icône en Russie où elle passe son enfance à écouter les disques de folk russe de sa mère. Elle est souriante, pulpeuse, une vraie persephone, ce qui change des chanteuses anorexiques souffreteuses. Elle a de la classe et préfère s'occuper du travail d'écriture du groupe plutôt que de faire comme une certaine chanteuse d'un groupe parisien, interprète d'origine russe, qui beugle sur pattes faisant du topless sur scène pensant que cela l'aidera à sortir un son de la bouche.



Angelina, est chic et a la pêche. Le groupe entier inspire la sympathie et la bonne humeur. En 2001, ils sortent de l'ombre grâce à un tube pop, catchy et efficace, City of Love. Les Persephone's bees jouent un rock psychédélique influencé par la scène américaine des années 60, avec un souffle de groove et des lignes de basse à se taper le derriere sur la Place Rouge.
City of Love, réarrangée sur l'album Notes from the Underworld de 2006, connait un succès phénoménal auprès des publicitaires et tourne sur toutes les radios, télévisions, est nominée dans la catégorie meilleurs albums de l'année 2002 aux Music Awards, permet aux Persephone's de jouer avec des artistes comme Jonathan Richman et Cake.

Notes from the Underworld, signé chez Columbia Records, arrive avec des titres accrocheurs, encore des tubes comme Nice Day utilisé là encore à gogo par les publicitaires pour la télévision. Les Persephone's nous offrent des titres fabuleux comme le traditionnel Little Boxes, remixé en 2007 par Angelina et son frère Oleg, chanté en anglais et en russe. Le style a un petit quelque chose des B52's mais en moins cliché, moins folklorique, plus ancré dans le réel et le contemporain. Pour l'hiver, une dose de Persephone's Bees réchauffe diablement les esgourdes sous le bonnet. (vidéo : Climbing)
myspace.com/persephonesbees