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lundi 28 mai 2012

Bee Gees

C’est depuis ma tendre enfance mon groupe préféré. Quand je dis ça, en général, on se marre..et pourtant ! Les Bee Gees, c’est un groupe phare de la musique pop des années 60, groupe mythique du disco des années 70, impérial dans la création de balades dans les années 80. Pour certains ignares, c’est ringard. Pour moi, c’est les rois de la pop qui ont accompagné mes premiers pas, mes levers d’index disco dans mon berceau et déhanchements féroces dans mes couches culottes. Dimanche dernier, le 20 mai, Robin Gibb est décédé à l’âge de 62 ans d’un long cancer. Je réédite ma chronique écrite sur Piggledy Pop en avril 2009 avec des reprises des chansons des Bee Gees; Hommage. 

Nés à Manchester dans les années 1947 et 1950, Barry, Maurice et Robin Gibb sont très tôt plongés dans l’atmosphère artistique. Agés respectivement de 9 et 6 ans, Maurice et Robin étant jumeaux, les trois font leur entrée dans l’industrie du cinéma. Puis c’est l’installation à Brisbane en Australie. Là ils fondent avec leur sœur Leslie et le dernier bambin de la famille Andy, le groupe Wee Johnny Hays and the Blue Cats. Tous les cinq jouent de la guitare, chantent et tapent des mains sur les plages, font des apparitions sur des radios locales, puis une première apparition télé en 1960. Barry a 13 ans, ses frères 10 ! Le présentateur les annonce comme les BG’s (Barry Gibb); et voilà les Bee Gees sont nés. 1963: le premier single Three Kisses of Love.
  
 1966, le groupe est proclamé meilleur groupe en Australie. 1967, la famille Gibb réintègre la Grande-Bretagne. Barry, Maurice et Robin composent, continuent de faire de la musique, envoient des cassettes démo au producteur des Beatles et son associé Robert Stigwood. Stigwood les appelle illico et les voilà signant New York Mining Disaster 1941, en single, puis Holiday et le fameux To Love Somebody. Aussitôt c’est le succès, l'abondance de shows, le second album Horizontal où figure le titre Massachusetts. 1968 c’est l’album Idea et les chansons I Started A Joke, Gotta Get A Message To You, et déjà des apparitions sur les télés américaines. 

 1969 l’album Odessa sort, avec des arrangements orchestrés du feu de dieu. Le succès, la gloire, l‘argent, tout est soudain. Les frères Gibb pensent pendant un moment pouvoir être autonomes les uns des autres et travaillent à différents projets. Robin écrit, compose, arrange et produit son propre album Robin's Reign, de leur côté Maurice et Barry signent l’excellent album Cucumber Castle. Le temps de gagner en maturité, ils ont 22 ans et 19 ans, un an et demie passe et les Bee Gees se retrouvent pour composer Two Years On , numéro 1 aux Etats-Unis; suivra l’album Trafalgar en 1971. Jusqu’à 1974 et le Mr Natural, les Bee Gees sont en perte de vitesse. Influencés depuis un moment par le R&B, pas le truc lamentable d’aujourd'hui, mais le vrai R& B, celui dérivé de la soul des années 60, le groupe travaille à un nouveau genre musical et sort Jive Talking. Revenus dans la course, ils s’auto-labellisent en continuant de collaborer avec Stigwood. Le trio se dessine une voie royale en enregistrant leur prochain album en France, au château d’Hérouville et pondent Stayin' Alive, Night Fever , How Deep Is Your Love etc... 
  
 Pendant ce temps, à New-York, une nouvelle vague culturelle déferle, le disco est apparu. Le film Night fever de 1976 avec John Travolta et les Bee Gees qui assurent la BO aura le destin qu’on lui connaît. Réussite incommensurable, le disque est 14 fois disque d’or. 1979, les frères Gibb ne se laissent pas griser et continuent d’écrire Spirits Having Flown dont le titre Love You Inside Out sera repris récemment par la chanteuse Feist. 1981, Living Eyes sort mais n’a pas la reconnaissance méritée, les Bee Gees sont désormais étiquetés "disco". Les professionnels de la musique, légèrement jaloux de leur succès passé oublient facilement que les Bee Gees sont pop et R&B avant tout, et les dénigrent volontiers. Barry continue néanmoins, il produit Dionne Warwick, Kenny Rogers, écrit Islands pour Dolly Parton, écrit et produit Eaten Alive de Diana Ross avec le celebre Chain Reaction. Les années 80 sont un long stand-by pour le groupe et se terminent tristement par la mort de leur jeune frère Andy. Ils lui dédieront One en 1989. Depuis, les années 90 ont été fleuries de collaborations, de créations diverses, pour eux et pour d’autres artistes, de l’entrée au Rock And Roll Hall Of Fame, du International Artist Award en 1997 aux USA, le Brit Awards, les récompenses pleuvent à Monaco, l’Allemagne, l’Australie, les voilà en selle pour une tournée mondiale en 1998. C’était il y a 10 ans.. Depuis les deux groupes que j’admire et suis depuis des années, Ladybug Transistor et Lucksmiths ont chacun repris des titres des Bee Gees; d’autres artistes pop grandioses comme Feist ou The Bird and The Bee (cf piggledy pop du 26/12/08) font de même. Les grands esprits se rencontrent  

samedi 12 mai 2012

Dan Mangan

Dan Mangan est la plus belle surprise pop-folk de l’année 2011. Côté harmonies et ambiance, l’univers de Dan Mangan m’évoque celui du français Syd Matters, pour les textes et leur message, je songe à Leonard Cohen, Bob Dylan, la voix imprégnée de sincerité et de vécu me rappelle ses compatriotes Hawksley Workman et Rufus Wainwright. Dan Mangan adolescent vivant à Vancouver, piochait dans les disques de ses parents, Beatles, Nick Drake et fort de ces influences, sort à 20 ans son premier ep acoustique. Puis il prend la route, guitare sur le dos, joue dans les bars et les pubs au Canada, aux Etats-Unis et observant, aspirant tout ce qu’il constate sur son chemin, s’inspirant de rencontres, de paysages, écrit son second album Nice, Nice Very Nice. Cet album carte postale sera salué par la critique, il est nominé au Polaris Music Prize dans la catégorie meilleur interprète-auteur-compositeur et remporte le CBC Awards. Invité à participer au festival renommé de Glastonbury, le globetrotter sera aussi convié à accompagner The Decemberists, Okkervil River et les Walkmen en tournée.
Désormais entouré de ses musiciens, Gord Grdina à la guitare, Kenton Loewen à la batterie et John Walsh à la basse, Dan Mangan expérimente un style ochestral pop dans son troisième album qu’il signe en Septembre 2011, Oh Fortune. Là encore, le ménestrel nous emmène en voyage avec des textes autobiographiques émouvants, qui parlent d’une réalité qui se révèle triste ou gaie, de sa perception de l’être humain, cruel ou beau. Son travail de composition dévoile un don pour la composition architecturale. Il crée ses chansons comme des édifices, consolidées par son quator de base, il ajoute de manière alternative du rythme, des choeurs, des instruments comme la clarinette, du cor, de la trompette, violons et violoncelles, saxophone, trombone, des flûtes et de l’orgue. Ses inspirations tiennent autant de la nostalgie, de la tristesse, que de la victoire et du succès ( le titre de l’album Oh Fortune rend hommage à la première femme qui détenait un record mondial, Gertrude Ederle, en traversant la Manche à la nage et de son retour triomphal aux Etats-Unis en 1926 ).


Depuis le crooner aux yeux scintillants remporte deux prix au festival de musiques indépendantes d’Austin, Texas, le Juno Awards au Canada équivalent des Grammy Awards avec le titre du meilleur nouvel artiste de l’année. Ces titres sont mérités quand on voit le travail prolifique et l’envie de le communiquer de l’artiste qui entre le 5 avril et le 5 mai, assure une tournée européenne (un marathon avec 26 dates sur 30 jours en passant par la France, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Angleterre, Ecosse). Poète, prophète, musicien accompli qui se dit qu’au début de sa carrière, Dan Mangan nous conte son histoire sur ses trois albums fleuris de mélodies. A se procurer !
DanManganSite

mardi 8 mai 2012

Le Chien Fauve

Le Chien Fauve est un duo parisien, constitué de deux troubadours âgés respectivement de 20 et 21 ans. Tous les deux auteurs-compositeurs, ils se connaissent depuis l'adolescence, échangent livres et disques qui forment leurs influences et jouent ensemble depuis 5 ans. L'un d'eux, à peine âgé de 15 ans, signe un titre sur une compilation d’un label américain, joue en live sur des radios indépendantes et se lance dans l’arène avec un premier concert devant 400 personnes. Ce sera le début d’une série de concerts pour le duo. Très tôt, Le Chien Fauve passe sur sa platine, Syd Barrett, les Kinks, les Beatles, Joy Division, Pixies, Bob Dylan, Donovan et Serge Gainsbourg. Il y a d’ailleurs chez les deux jeunes artistes passionnés par l’écriture de textes en français, ce charme frenchy rétro et visionnaire de Gainsbourg dans l’Histoire de Melody Nelson. Ils ont un talent de mélodistes qui se retrouve dans le tempo et la musicalité des mots. Leurs textes mélangent autant de sensualité, d’humour, de poésie que de références littéraires et musicales riches. Tandis que l’Album Blanc craque les sillons sur la platine, Don’t look Back surchauffe le lecteur DVD, que Platon, Dostoïevski, Kerouac, Rimbaud, trônent sur les piles de bouquins, les deux personnages rock’n roll de Le Chien Fauve ont d'autres chats à fouetter et doivent aussi gérer les voisins chafouins qui ont le coup de balai mural facile. Etudiants de grandes écoles parisiennes, après des années de prépa, jonglant entre les sciences mathématiques, la philosophie, l’histoire, la littérature, ils apportent un grand soin, un sens du détail élégant et une maturité certaine à leurs compositions. Ils savent manier, avec leurs sensibilités artistiques et leurs deux personnalités, le genre pop psychédélique et acoustique avec déjà un savoir-faire inoui. On s’aventure même à imaginer un orchestres et des envolées de cordes symphoniques sur Les Rives de la Volga, En Angleterre et sur Des Astres. Tous les deux guitaristes, ils interprètent avec beaucoup de maîtrise et de classe leurs textes. Leurs voix se répondent, s’accompagnent à la perfection, tantôt avec des notes chaudes proches du dandysme, tantôt avec des intonations plus intimes à la Nick Drake. Les routes de Le Chien Fauve sont passées par l’Angleterre, l’Irlande, l’Ecosse, l’Espagne, l’Allemagne jusqu’à Istambul. Le voyage et l'amour nourrissent le magnifique album concept sur lequel ils travaillent; Leurs titres stylés invitent à découvrir l’univers emblématique de Chien Fauve qui amène une nouvelle âme au genre french pop et annonce une suite qui promet des surprises. ChienFauveFB ChienFauveBandcamp

samedi 5 mai 2012

Pugwash

Thomas Walsh est adolescent quand il devient fan d’Andy Partridge des XTC. Il demande des instruments à ses parents, du matériel d’enregistrement et entre 1990 et 1995, met sur cassettes 150 démos; Il adopte le nom de Pugwash et le Irish music magazine vante les mérites de son travail. Ses démos vont atterrir sur le bureau du musicien producteur Kim Fowley (qui signe les Sleepwalkers, où jouait Phil Spector, les Runaways, les Softmachine, écrit des paroles pour Cat Stevens, joue avec Frank Zappa, enregistre Jonathan Richman, Modern Lovers, etc...). Kim Fowley présente le jeune Thomas Walsh au compositeur Andy White qui l’invite, tout comme Television et Grant-Lee Phillips à partager leurs tournées. Avec l’expérience et l’inspiration, Walsh se décide à composer son premier album Almond Tea en 1999 qui sera nommé par la presse irlandaise musicale meilleur album de l’année.

  

Suivront Almanac en 2003, Jollity en 2005 avec la collaboration de Dave Gregory du groupe XTC qui fera les arrangements de cordes enregistrés au Abbey Road Studio de Londres, Eleven Modern Antiquities en 2010, sur lesquels jouent ses amis Jason Falkner (membre de Jellyfish, musicien et producteur de Brendan Benson, Nigel Godrich, Aimee Mann, Beck et guitare sur l’album de Paul McCartney en 2005), Eric Matthews, Michael Penn, Graham Hopkins, Johnny Boyle des Frames, Duncan Maitland et Tosh Flood. Entre temps, Dave Gregory présente Thomas Walsh à son idole Andy Partridge qui lui même est subjugué par le talent de Walsh (l’appelant «the saviour of modern pop») et cette rencontre les mènera à composer le titre Anchor ensemble. Lors d’un concert humanitaire, Pugwash rencontre Divine Comedy. C’est un coup de foudre artistique. Thomas Walsh et Neil Hannon deviennent amis. Neil Hannon participe au 4ème album Eleven Modern Antiquities et tous deux, en parallèle, forment le groupe The Duckworth-Lewis Method
Chronique là : PiggledyPopDuckworthLewisMethod

 

2010, Pugwash qui compte Walsh, Tosh Flood, Shaun McGee et Joe Fitzgerald sur scène, annonce l’arrivée du 5ème album qui sort en Aout 2011. Avec l’amicale collaboration de Neil Hannon, Dave Gregory, Andy Partridge, et Ben Folds, le splendide The Olympus Sound voit le jour. Ce sont les âmes des Small Faces, des Beach Boys, de Teenage Fanclub mêlées à celle des XTC qui flottent dans l’album.  Le premier titre Answers on a Postcard, à l’ambiance ensoleillée, est rythmé par les orgues, les choeurs comme le très chaloupé There you are qui suit, orné de guitares et de claviers. The Olympus Sound s’annonce d’emblée power pop, sunshine pop, déroule comme un tapis de fleurs des sonorités dignes du Petsounds des Beach Boys. Enregistré avec un orchestre de cordes, To the warm of you est une ballade romantique chamber pop, habillée d’une guitare acoustique, de violons et d’un piano. Sur Fall down, le swingue des guitares pop folk avec les choeurs et les violons forment une mélodie géniale, entrainante. Be my Friend Awhile, Dear Belinda, 15 Kilocycle Tone contiennent toutes les sonorités anglosaxonnes si délicieuses chères à XTC, Weezer, Booradleys, avec des arrangements psychédéliques et des accords de guitares qui forment une pop symphonique efficace. Les textes tirés à quatre épingles, soignés avec tant de délicatesse, de sensibilité et d’humilité reflètent trait pour trait la personnalité de Tom Walsh.

  

Tous les «la la la», les «woo woo» comme sur I don’t like it but i gotta do it un peu country folk nous emmène aussi l’espace de 2m45 dans l’atmosphère festive et dansante du pub irlandais. Here we go round again nous ramène sur le rivage beachboysien, avec les «pa pa pa» chauds, brillants, la mélodie shiny pop où le Mellotron, flûtes traversières et les tambourins sont rois. Such Beauty Thrown away et See You Mine montre que Pugwash compose avec toutes les influences qui le nourrissent et les choeurs brillants, le tempo retro sixties legerement bossa sur l’orgue psyché rappellent les Kinks qu’il adore. Four days a ce doux rythme vintage, vaporeux, pop, qui donne un goût sucré à la mélodie. Ce disque examine les différents styles de pop, chamber, sunshine, baroque, pour ceux qui aiment les Beach Boys, Left Banke, Burt Bacharach, Paul Weller avec qui Thomas Walsh avoue qu'il aimerait partager une pinte.

The Olympus Sound est un réelle petite bombe, les mélodies éclatantes sont assurées par Thomas Walsh au chant, guitare acoustique, mellotron, batterie et percussions (cloches tubulaires), Tosh Flood à la guitare electrique, guitare baryton, wurlitzer, piano, flûte, epinette, mandoline, autoharp, clavecin, vibraphone et orgue Hammond, Shaun McGee à la guitare basse et Joe Fitzgerald à la batterie. Cette joyeuse troupe est accompagnée par Neil Hannon au piano, clavecin, synthé Korg et mellotron le Max Rebo Ensemble aux Kazoos, Dolores Flood au gong, Dave Gregory au piano Fender Rhodes, tamboura, tabla, percussions et arrangements de cordes, Michelle Mason au violoncelle, Fergal O’Dhornain à l’alto, Katie O’Connor au violon, Ben Folds au piano. Je soupçonne Neil Hannon, qui se cache sous sa capuche dans la vidéo ci-dessous, d’avoir tâté du gong sur un des titres... Pugwash et l’emsemble des albums sont chaleureusement conseillé par PiggledyPop.
Pugwash
   

mercredi 2 mai 2012

The Boat that Rocked

The boat that rocked est sorti en salle en mai 2009 et le DVD est désormais en vente. Son titre original est devenu Good Morning England en français, Pirate Radio côté américain, Radio Rock pour les allemands. Pétillant, savoureusement drôle et émouvant grâce à une flopée d’excellents acteurs qui campent l’humour et l’excentricité anglaise, c’est une ode aux radios pirates des années 60 qui réussissaient à pervertir les âmes britanniques les plus prudes en diffusant du rock’n roll 24h/24. Le réalisateur, Richard Curtis, sait toucher le grand public en signant des comédies à succès, 4 mariages et 1 enterrement, Coup de foudre à Notting Hill, Bridget Jones, Love Actually, etc. En réalisant The boat that rocked, il se fait un plaisir personnel ; depuis l’adolescence et les bancs de la faculté d’Oxford il est le meilleur ami de Rowan Atkinson avec qui il crée le personnage Mr Bean. Pour l’anecdote, Richard Curtis est aussi marié à la petite fille de Sigmund Freud. Cela rend son profil d’ami et de mari plutôt Rock’n Roll. 


Richard Curtis nous propose donc un film touchant et amusant relatant une période musicale riche d’une Angleterre qui se voulait chaste et où la pop, le Rock venaient débourrer les oreilles les plus pures du Royaume-Uni; et ce thème ne pouvait être tourné que par le très loyal sujet de sa majesté, Richard Curtis. Il maitrise les pépites populaires britanniques et lui seul pouvait prétendre légitimement à relater pour le 7ème art cette période mythique où le rock dit «pour les délurés » à l’après guerre entrait dans tous les foyers, sans distinction. La distribution est aussi colorée que le scénario. On y retrouve Nick Frost, Emma Thompson, Philip Seymour Hoffman, Bill Nighty, Rhys Ifans et le grand Kenneth Branagh. L’histoire se déroule sur un bateau ancré au large des côtes anglaises. Sur sa coque apparait son nom : Radio Rock. A bord, il y a le capitaine, Quentin, le patron de la radio et du rafiot, plus dandy que marin et il y a sa clique de DJ aussi extravagants les uns que les autres, différents les uns des autres qui cohabitent dans l’exubérance avec un point en commun : la passion pour la musique, follement amoureux de la radio qu’ils animent du fond des cales. Se jouent des histoires d’amour avec le mariage de Simon et Eleonore, et familiales énigmatiques avec le jeune Carl, filleul de Quentin, renvoyé de son lycée, dont la garde est remise à son oncle. Carl élevé par sa mère apprend par celle-ci que son père biologique se trouve parmi les occupants du bateau. 


Le film nous invite à suivre la vie tumultueuse des DJ à bord de Radio Rock, voltigeant entre drogue, sexe, rock’n roll et le vent de liberté qui souffle dans les voiles. La révolution que déclenche la programmation musicale de la radio pirate s’étend sur tout le continent. Radio Rock est tout au long du film poursuivie par les autorités et le gouvernement britannique qui veut réduire la radio en pièces. Le ministre Dormandy, incarné par Kenneth Branagh, féroce conservateur ne supporte pas l’influence que gagne la radio sur des millions de personnes et fait voter une loi qui finalement signera la fin de l’épopée de Radio Rock dans ce film et des radios pirates dans la réalité. En opposition à l’image du conservatisme glacial, guindé et grinçant du conseil des ministres au profil morbide et aigri, défilent les tubes succulents des années 60 qui à l’époque étaient des nouveautés. Le monde découvrait les Rolling Stones, les Beatles, du rock et de la pop à gogo qui nourrissent la BO du film, dominante, puissante à l’image des DJ mordus et passionnés. 


La musique est omniprésente dans cette comédie. Le choix des morceaux et des titres est très fin, les titres et leur thème ont un rapport avec les images et vont de paire avec le déroulement de l’histoire. La recherche du père parmi les DJ pour le personnage de Carl n’est pas cruciale dans le film, elle est là pour alimenter le scénario et imager symboliquement les moeurs qui se libéraient. D’ailleurs Carl est plus préoccupé par la cour assidue qu’il fait à la jolie Marianne. Ce n’est pas un film dramatique ni psychologique. C’est une comédie rock’n roll, où le swing, le groove, les couleurs et les sons virevoltent comme en 1967 quand on se prêtait davantage à la recherche de LSD qu’à la recherche d’ADN. Où la fiction rejoint aussi la réalité est dans le naufrage symbolique du bateau qui dans l’histoire rappelle les vraies radios pirates (Radio Caroline a vraiment sombré) qui émettaient depuis des bateaux au large des côtes anglaises pour faire danser des millions de britanniques, mais aussi les hollandais, les belges, les français (Nord, Pas de Calais, Bretagne, Normandie). Curtis leur rend hommage avec une scène magnifique quand Quentin, les DJ le Comte, Gavin, Dave, Simon, Angus, le beau et sexy Mark, le mystérieux matinal Bob qui plonge au moment fatidique pour sauver ses 33 tours de la noyade, dont le Incredible String Band. A travers cette fiction, Richard Curtis relate l’histoire vraie de cette radio qu’il a vu naître un jour de 1964, sous le nom de Radio Caroline et qui sera sommée de couper ses programmes le 14 Août 1967 à 15h, à la fin du titre A day in the life des Beatles.

Radio Caroline

1920, le morse est mort, vive la radio ! 

Entre les deux guerres, le gouvernement britannique y voit un système de communication puissant à maîtriser et crée la BBC en 1927. Elle a le monopole, la population anglaise n’a donc peu de moyens de s’indigner contre la redevance obligatoire. Dans un soucis d’expansion, le gouvernement crée en 1930 la IBC, branche internationale de la BBC. C’est alors que d’autres petites radios apparaissent, prennent de l’ampleur comme Radio Normandie, Radio Lyon et Radio Luxembourg qui détrônera la BBC en 1936, battant les scores d’audience et qui sera la première et la seule jusqu’en 1950, à jouer de la musique populaire. L’Angleterre rage du succès de Radio Luxembourg et fera tout pour bloquer son signal jusqu’à la tombée de la nuit, moment qu’attendent les anglais pour se brancher à la radio et pour swinguer dans leur living-room. 


C’est au milieu de cette querelle d’intérêts qu’arrive à Londres au début des années 60, un jeune irlandais, aristocrate, doté d’une forte personnalité et qualités intellectuelles, Ronan O’Rahilly. Il ambitionne de devenir réalisateur de films. Au détour de soirées, il découvre Ray Charles et le rythme’n blues de Georgie Fame. Devenu fan de musique, il s’engage auprès de groupes de musiciens pour les aider, les manager et leur organiser des concerts. Il crée donc son propre label de musique et dans ce cadre, se rend à la BBC et à Radio Luxembourg pour vanter les mérites de ses groupes et qu’elles les passent sur les ondes. Les deux radios qui ont le monopole, un complexe de supériorité, snobent O’Rahilly dont la réaction ne se fait pas attendre et qui en dira : « si en plus d’être manager, je dois créer un label pour enregistrer les groupes mais qu’aucune radio ne veut les diffuser, la seule chose à faire est de créer ma propre radio !» Au cours d’un diner, Ronan entend parler d’une émission de pop qu’anime un américain à bord d’un navire de la US Navy sur les côtes françaises. L’idée germe et l’irlandais se renseigne sur la possibilité d’émettre des ondes sur les eaux internationales pour contourner les lois rigides anglaises et continentales. Il lui faut un bateau. Il lui faut des emetteurs moyennes ondes. Il s’associe à un australien, Alan Crawford, séduit par l’initiative. Ronan achète un navire, le Fredericia Ferry et Crawford achète un autre, le Mi Amigo. Ils dénichent des antennes, des générateurs de 10kw et des émetteurs. Ronan cherche un nom pour la radio et prendra celui qui lui attire l’oeil en regardant une photographie de la famille présidentielle américaine Kennedy où Caroline apparait. Radio Caroline est née.



Le premier navire Fredericia qui abrite Radio Caroline lève l’ancre et part la jeter dans la Mer d’Irlande et diffusera en Irlande, Ecosse et tout le Nord de l’Angleterre. Sa petite soeur gerée par l’associé Crawford s’appelle Radio Atlanta sur le Mi Amigo qui jette l’ancre au large de l’Essex et couvre les ondes du pays côté Est jusqu’à Londres. Le dimanche de Pâques 1964, les deux voix des DJ Chris Moore et Simon Dee, pleines de stress et de trac annoncent la naissance de Radio Caroline en l’inaugurant avec le titre Not Fade Away des Rolling Stones et en le dédiant à son fondateur Ronan O’Rahilly.
Radio Caroline is «on air» ! 



Le noble Ronan fait voler en éclat la BBC et Radio Luxembourg; Le noble irlandais tient sa revanche. A l’automne 1964, Caroline a plus d’auditeurs que la BBC et ses chaines annexes. On dénombre des dizaines de millions d’auditeurs et la station attire sans compter un nouveau public. Il y a même des groupes de fans qui affluent du monde entier pour pouvoir monter sur le bateau et rencontrer les DJ devenus des stars. Caroline parvient à émettre encore plus loin, le succès est grandiose. Le gouvernement britannique n’aura de cesse à menacer Caroline et ses occupants, bataillant, pestant en tentant de noircir la renommée de Caroline qui compte en 1967 presque 20 millions d’auditeurs. La suite est un roman de cape et d’épée...rocambolesque à souhait. Radio Caroline, poursuivie, harcelée par les autorités, disparaitra une nuit pour jeter l’ancre dans d’autres eaux, se faisant appeler Free Radio Caroline et diffuse le titre «catch me if you can» devenu l’hymne de la radio. Ronan n’en démord pas. A ses côtés, il y a les DJ Jonathan King, Don Allen, Johnnie Walker, Robbie Dale, Carl Mitchell, Muldoon, Mike Hagler, John Peel, Kenny Everett, Dave Cash. Caroline est désormais appelée «la dame» par les initiés. Pourchassée par le gouvernement anglais, la journée du 14 aout 1967 sera une bien triste date pour elle et les auditeurs. Le navire est sommé de couper l’antenne définitivement sous peine d’emprisonnement de ses DJ. A 15h, c’est une grande émotion et les auditeurs découvrent avec horreur cet arrêt. Les fans et passionnés sont en larmes en entendant le titre qui boucle la vie trépidente du Caroline avant le silence définitif. Ce sera A day in the  life des Beatles.




Biensûr. C’était sans compter sur Ronan O’Rahilly qui avait anticipé cet arrêt et qui dès le lendemain convoque toute l’équipe sur le pont au large des côtes hollandaises. Le pirate n’a pas attendu que la police anglaise s’empare du navire comme elle comptait le faire et il a fait route pendant la nuit. O’Rahilly déclarera sur les ondes que «Caroline appartient au public et ne cessera jamais de faire voguer ses ondes et une programmation diaboliquement pop, du foutu rock’n roll, tous les jours, toutes les nuits.» Le bateau rendra l’âme bien plus tard à cause de soucis techniques mais pas en 1967 comme le gouvernement l’avait espéré. L’histoire de Radio Caroline est une belle aventure, nourrie de héros et de tempéraments qui ont inspiré le réalisateur Richard Curtis dont le film The Boat that rocked est une réussite absolue. (voir article Piggledy Pop  )
TheBoatThatRockedPiggledyPop