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jeudi 28 novembre 2013

Wintergatan

L'electro m'ennuie souvent sauf quand, cas exceptionnels, elle est imaginative et pas pompeuse. Les quatre musiciens de Wintergatan originaires de Gothenburg proposent une electro-pop élégante et maligne, qui en plus de swinguer et de donner envie de danser, est esthétique et efficace. Tels des laborantins, les suédois travaillent le son analogique avec finesse, y ajoutant de vrais instruments comme de l'accordéon, de la batterie, du glockenspiel, harpe, tambourins ou du vibraphone ce qui apporte une note humaine et touchante. Wintergatan réussissent à donner une âme aux sons électroniques et leur savoir-faire d'excellents techniciens, puisqu'ils sont réellement musiciens, leur imagination percutante, donnent aux mélodies une belle sonorité. Wintergatan signe un premier 9 titres instrumentaux éponyme en avril 2013, tendre et mélodieux, d'une qualité exquise. L'ensemble des morceaux passe sur la platine comme une une bande originale d'un film qui parle de saisons, de bicyclettes, d'amour, de musique.
  La pop y est radieuse, parfois folk comme sur Biking Is Better qui fait penser à Yann Tiersen, où l'accordéon magistral se dénude de son étiquette rétro pour devenir diaboliquement moderne, idem sur Västanberg ou sur The Rocket. De manière complice, on assiste sans tromperie à l'élaboration de l'enregistrement, Wintergatan ayant laissé tous les épisodes d'enchainement d'instruments ce qui rend leur univers brillamment alternatif. L'esthétisme est travaillé avec finesse, sans voile, les musiciens nous invitent à prendre part à leur création, de façon sonore et visuelle avec la vidéo de Starmachine2000. Indirectement et de façon avant-gardiste, les suédois ravivent le côté artisanal de la composition musicale en nous y conviant et en y ajoutant intelligemment du numérique. Le dernier titre Paradis comporte en 14 minutes tout leur univers. Depuis le 20 novembre 2013, Wintergatan signe un somptueux vinyle nommé Tornado qui comme bien nommé est un album bourrasque et virevoltant de notes sixties, garage, pop avec des orgues hammond psychédéliques qui montrent via l'exploration de ce nouveau domaine musical l'étendue et la fertilité du talent et de l'imagination des artistes. Il y a de l'esprit, de l'humour, de la sensibilité, de l'intemporalité dans Wintergatan qui se traduit en français par "Voix lactée" dont les quatre artistes Martin, David, Marcus et Evelina arborent les étoiles.

 

lundi 25 novembre 2013

Camera Obscura

Camera Obscura est un groupe de Glasgow formé en 1996 par la chanteuse et guitariste Tracyanne Campbell, le bassiste Gavin Dunbar, le chanteur et batteur John Henderson. Pour les deux premiers singles Park and Ride et Your Sound, le guitariste David Skirving se joint aux trois autres. Puis entre 2000 et 2001, la composition du groupe change, Skirving part, la pianiste Lindsay Boyd, le batteur Lee Thomson et le guitariste Kenny McKeeve prennent part à l'aventure. Camera Obscura signe son opus Biggest Bluest Hi Fi en 2001 produit par Stuart Murdoch des Belle and Sebastian et dès lors, les écossais s'imposent dans le monde de la musique indépendante avec des critiques qui les gratifient de "meilleur groupe indie-pop". Le single Eighties fan bat tous les records dans les charts anglais et on découvre la pop harmonieuse et dansante parsemée de mandoline, de cloches, de trompette assurée par Nigel Baillie désormais intégré au groupe et des envolées de cordes avec violons et violoncelles. La délicatesse et le style des écossais viennent des arrangements, fins et élégants, mais aussi des paroles chantées par Tracyanne avec grâce, dont la voix est riche de poésie et
de musicalité.

  

Tandis qu'en 2002 Boyd quitte le navire remplacée par Carey Lander, Camera Obscura prépare son second album pour 2003, Underachievers Please Try Harder. A mes yeux, à mes oreilles, ce deuxième disque est un chef d'oeuvre, parfaitement écrit, composé, sans fausse note de style et diablement inspiré. Camera Obscura fera une grande tournée pour le présenter, en Europe et aux Etats-Unis. Tracyanne Campbell y révèle tout son talent de composition et d'écriture pour la pop baroque et les arrangement de cordes qui accrochent l'attention et restent entêtants. En 2004, John Henderson quitte le groupe qui continue son chemin étoilé de mélopées géniales en signant deux titres, deux poèmes de Robert Burns mis en musique, idée proposée par John Peel : I Love My Jean et Red, Red Rose. Tracyanne est fan de Felt, The Pastels, Heavenly, mais aussi de son compatriote Lloyd Cole à qui elle répond via le titre Lloyd, I'm Ready to Be Heartbroken présent sur le troisième album Let's Get Out of This Country, enregistré en Suède en 2005. Comme le souligne le titre, les ballades de Camera Obscura mélodieuses et groovy, sont pastorales, fleuries de cordes, de cuivres, d'accordéon parfois, une multitude d'instruments arrangés par le percussionniste suédois Jari Haapalainen qui travaille avec Club 8, Lacrosse, The Concretes, Magic Numbers etc. En studio, toute une équipe suédoise de talent tourbillonne autour de Tracyanne, comme Christoffer Lundquist au mixage, multi- instrumentiste qui coopère au travail de Peter Von Poehl et de Roxette. Pour les choeurs, il y a la brillante présence de Victoria Bergsman, chanteuse de The Concretes, et Markus Krunegård membre de Laakso et We are Serenades, sans oublier la participation de Björn Yttling producteur et compositeur de Franz Ferdinand, Groove Armada, Caesars, Peter Bjorn and John, Shout Out Louds etc. C'est tout un bataillon des meilleurs musiciens indie-pop actuels qui brille autour de Camera Obscura pour ce magnifique Let's Get Out of This Country qui nous convie à aller butiner l'air de la campagne sur des mélodies ensoleillées et buccoliques. 




En 2008, le single French Navy annonce l'arrivée du quatrième album My Maudlin CareerNicolai Dunger prête sa voix. Les violons, le cor, la trompette, le piano, les guitares et la basse nous plonge savoureusement dans la mélancolie de Tracyanne, sorte de bilan mélodique de son parcours musical, en nous emmenant à Mexico sur Honey in the Sun, à Toronto sur forest and sands ou en Alaska sur Swans et en nous dévoilant aussi ses états d'âme avec une pudeur magnifique. Le romantisme coule sur les titres et les sentiments amoureux sont toujours décrits avec volupté et classe. Camera Obscura est de retour en 2013 avec le somptueux Desire Lines qui explore d'autres horizons avec une basse plus funk, des rythmiques langoureuses, des textes qui comptent la participation de Neko Case et de Jim James (My Morning Jacket) au chant. Dans une veine plus disco, le swingue des guitares et du saxophone est ravissant, l'ensemble des chansons produites par Tucker Martine (Sufjan Stevens, R.E.M) fait rayonner le grain de voix de Tracyanne. Les titres sont réussis, les textes intimes et doux sont portés par les harmonies de guitares qui évoquent The Smiths ou la préciosité du chant rappelle Burt Bacharach et Lee Hazelwood. Desire Lines est digne d'un travail d'orfèvre et la sensualité du titre Cri du Coeur prouve que Camera Obscura est décidément bien le groupe phare de la pop baroque et orchestrale, ingénieusement alternative et au top de la subtilité qui sait si bien toucher les coeurs. 

 

dimanche 24 novembre 2013

The Bank Holidays

J'écrivais en 2008 : Constitué de deux membres norvégiens, Bekk Reczek et Nat Carson, fans des Kings of Convenience, le groupe australien est au complet avec James Crombie et Stuart Leach. Ils se font connaitre en 2004 avec l'ep Good Looks to Camera puis un autre ep l'année suivante Day For Night. Le vinyl Love is my Velocity sort en 2006. Voilà les Bank Holidays sur les rails. Bekk chante avec les Peter, Bjorn & John lors d'une tournée australienne et on aperçoit même le groupe faire une première des Belle & Sebastian en juin 2008. Enfin un album, signé chez The Lost & The Lonesome, le label de Stanley Paulzen alias Fred Astereo, et produit par J.Walker, voit le jour en 2007. Le disque, As a Film, est une réussite absolue. Au royaume de la pop, The Bank Holidays s'offre un rang confortable et indiscutable. De la veine des Zombies, influencées par les Beach Boys, les Shins, les compositions fleuries de flûtes, cordes, guitares et d'harmonies vocales forment un tout en or brut qui ne sort plus de la platine. Les titres sont emplis de paroles joviales, construites comme des formules magiques qui tendent à se rouler dans l'herbe, faire du clap-hands en coeur avec les coccinelles, se ballader en rosalie en fredonnant des "pa pa pa pa" popeux. 
TheBankHolidays2008PiggledyPop Les compositions de Nat Carson et de James Crombie qui se partagent l'écriture, guitares et basses, la rythmique endiablée de Stuart Leach et la voix cristalline de Bekk Reczek reviennent en 2010 avec Sail Becomes a Kite. Avec une production et des arrangements impeccables, The Bank Holidays signent un superbe album de 12 titres typés sixties avec des choeurs évoquant le style de Brian Wilson et des lignes de guitares surf ou garage qui prêtent à dodeliner du chef. Les harmonies y sont parfaitement construites, automnales et délicates, où les clap-hands et le glockenspiel s'allient aux textes mélancoliques et bouillonnants à la fois. Les origines diverses des membres du groupe, mêlant la Norvège, l'Angleterre et l'Australie nourrissent les chansons comme Oxford Street, profilées comme des scenari de films comme sur Particles, In The Desert ou The Motif par l'excellent producteur Steve Bond, présent sur chacun des albums. De manière fidèle, le génial label Lost and Lonesome accompagne leur travail et signe également le nouveau projet de Nat Carson et Stuart Leach, groupe nommé Captain Coach qui a joué hier soir, le 23 novembre à la soirée anniversaire des 15 ans du label, accueillant Bart & Friends, au sein duquel joue le leader du label Stanley Paulzen, The Zebras, The Sublets, The Icypoles etc. Captain Coach promettent un album grandiose et j'éspère qu'ils passeront jouer en Europe comme The Bank Holidays l'ont toujours fait. A suivre absolument ! 
 

jeudi 21 novembre 2013

Monsieur Mo Rio

Derrière le joli nom de Monsieur Mo Rio, excelle le multi-instrumentiste allemand Moritz Finkbeiner. Originaire de la région de Stuttgart, Moritz joue du piano, orgue et clavecin au sein du groupe Metabolismus qui opère une musique pop psychédélique, rock alternatif et indiepop depuis les années 90 et assure nombre de festivals, concerts, notamment avec Thurston Moore (Sonic Youth). Monsieur Mo Rio qui apprend le français au lycée, lance son projet en solo dès 1998, en écrivant et chantant en français. Ses mélodies naives et rétro, d'abord enregistrées sur cassettes, sont regroupées sur l'album Click et Craque en 1999 puis sur Bonne Chance en 2002. Cet amoureux de Kevin Ayers commence à chanter en français en s'exerçant sur Puis-Je et s'en sort fort bien avec ses textes qui sont loin de sa langue maternelle. Evidemment, l'accent charmant se lie parfaitement à l'atmosphère naive-pop, sunshine-pop et à l'élégance des thèmes évoqués comme l'amour courtois, la campagne avec ses villages, ses hirondelles et ses chats. La pop baroque de Monsieur Mo Rio est orchestrée toute en finesse et néo-psychédélisme avec du clavecin, des violons, flûtes, clarinette et une basse étincelante comme sur Toutçamefaitfou qui offre un tempo bossa nova délicat. Le cor et le trombone accompagnés de sittar, de carillons et de choeurs beachboysiens, colorent des mélopées pleines d'enchantement, ornées de flower-pop et de textes qui marquent l'intérêt de Moritz pour le soleil, l'ivresse, l'amour, les jeunes filles et la poésie, remerciant Guillaume Appolinaire dans Le Bestiaire
 
Depuis le délicieux Bonne Chance, Moritz ne cesse d'écrire et de garder son objectif, sa sensibilité rétro et vintage en délivrant une série de cassettes audio fabuleusement nostalgiques et romantiques. Suite aux 13 cassettes entre 1998 et 2002, dont Mademoiselle du Carousel, Tape to New-York City, et Disques à vendre, nom drôle et saugrenu pour une cassette, le compositeur Monsieur Mo Rio poursuit avec Jogging Mystique, Danse avec moi et une série d'EPs, pour enfin nous ficeler un second superbe album en 2012, The Sun Express. En anglais cette fois ci, la musicalité y est toujours aussi séduisante, pop, sur les thèmes du bestiaire, du soleil, de l'amour et de la nostalgie. Les orchestrations pop sunshine et bossa sont habillées de flûte avec Tom Lynn, de trompette et de cor avec Christoph Wagner, de violons avec Annette Blattmacher et Inga Von Ohlshausen, de violoncelle avec Coco Hampel, de batterie avec Robert Steng, et foule d'instruments assurés par Moritz qui convie sa soeur musicienne Julia Finkbeiner à l'enregistrement. L'âme des Kinks, de Roger Nichols, des Beatles et des Left Banke rode dans les 16 titres de The sun Express où les orchestrations sont belles et efficaces, les chansons enveloppées d'une myriade de sons, d'ambiances dans l'instrumentale Sunshine Serenade, intemporelle et magnifique, le savoureux psychédélisme bossa de Green Leaves ou encore les rythmiques bréziliennes de My Friends. La voix limpide et solaire de Monsieur Mo Rio nous emmène en voyage dans le temps et l'espace de manière quasi onirique avec Time, l'instrumentation années folles de Strange Boy, la précieuse Doris Day évoquée dans Blackhole Memory, ou encore la distance et l'escadrille d'harmonies sur Fly. La pop de The Sun Express est merveilleuse, envoûtante, et le vaillant Monsieur Mo Rio dont l'univers réchauffera les chaumières cet hiver, en concert demain vendredi 22 novembre à Esslingen, nous concocte actuellement de nouvelles chansons. Piggledy Pop sera au rendez-vous de cette nouvelle parution. 


vendredi 15 novembre 2013

The City and Horses

Groupe de Philadelphie, The City and Horses est conduit par l'auteur compositeur et interprète Marc Cantone alias Marc Louis depuis 2008 pour signer l'opus dès 2009 I don't want to dream enregistré à Brooklyn. Marc qui assure les percussions, la guitare, l'orgue et le chant s'entoure de sa troupe qui fleurit ses compositions de flûte avec Domenica Fossati, d'une basse avec Joshua Siegel, d'un harmonica avec Matt Schatz, d'un violoncelle avec Katie Ender, d'une contrebasse avec Matt Schatz. L'ensemble de musiciens offre une pop orchestrale joyeuse et dansante grâce aux textes naifs qui narrent les souvenirs d'adolescence avec toupet, entrain et humour. Utilisant un champ lexical enfantin, les thèmes sérieux sont traités avec légèreté tout au long des chansons comme sur Pierre The Arab, Your father's Factory, I'll Marry You qui nous emmènent dans un style pop alternatif proche de celui des Belle and Sebastian. En 2011, The City and Horses sort le fabuleux album de 10 titres We Will Never Be Discovered qui est une réussite certaine. Là encore, la griffe des producteurs Aaron Nevezie et Chuck Palmer y est belle, le talent de Marc y est au zenith. L'espiéglerie s'entend jusqu'aux arrangements, malins et contemporains, avec Aaron qui passe de la production à un rôle de bassiste dans le groupe pour un ravissement absolu. A la troupe se greffe la saxophoniste Nikki D'Agostino, Dave Eggar au piano, Deborah Smith au chant, Jessica Eisenberg au violon, Jacob Bergson à l'orgue, Jason Domnarski au piano et la new-yorkaise Katie Costello qui aborde les 3 duo The Company, Inc, Dum Dee Dum et We've Said it Before avec Marc. Le tempo coloré et chaleureux, les variations dans les mélodies, les arrangements solides montrent que Marc Cantone, également producteur d'émissions à la télévision pour les enfants a de multiples cordes à son arc. 

Les cordes de guitares, de basse, de violon, clavecin, violoncelle, sont de retour en juin 2013 avec le superbe album Strange Range. Les 11 titres qui ornent le disque sont orchestrés avec raffinement et un esprit pop encore plus fruité et ensoleillé. Comme We Will Never Be Discovered, la rythmique des basses et de la batterie est fraiche et dansante. Strange Range pose les cartes avec le titre Whip, sensuel, harmonieux qui est suivi par l'excellent 17, la mélodie langoureuse habillée de flûte sur Pretty Pretty où le chant de Marc est impeccable, sensiblement travaillé et en progression et où son sens de l'humour épingle avec intelligence la consommation de drogue "I know I've been acting weird, But I have my reasons, And one of them is not a girl or the drugs I snort up my nose, No I don't do drugs and the girl that I got is fine".
Du mellow adorable de Strange Range au son synthétique, moderne de re-Inking jusqu'au vaporeux groove de Kawaii Dance, The City and Horses s'affirme et confirme son talent kaléidoscopique pour la composition et ce don faussement innocent pour le sarcasme ou le romantisme dans les paroles en surface naives. Techniquement parfait, les mélodies y sont belles et efficaces, Strange Range est une des plus belles productions de l'année 2013 et classe The City and Horses, désormais installés à New-York, au top du genre pop, alt rock, orchestral ou twee pop... Chacun y trouvera son compte.  


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lundi 11 novembre 2013

Wild Honey

Guillermo Farre est un artiste originaire de Madrid qui commence son parcours dans la musique indépendante en 2004 en tant que chanteur, bassiste, arrangeur et compositeur pour les Mittens (Anita Steinberg, Javier Moya, Jose Luis Fernández, Javier Lorente) avec qui il signe trois EPs, l'album Deer Park Mirage en 2010, puis un single en 2012, A Christmas Chin para ti, délicieusement pop. 
  Multi-instrumentiste il concocte son projet nommé Wild Honey en 2008, s'envolant pour Nashville pour son enregistrement en 2011. Personnalité riche au talent infini, l'auteur-compositeur s'allie au producteur de Josh Rouse, Brad Jones pour peaufiner le fabuleux et juteux Epic Handshakes and a Bear Hug. Véritable coup de maître pour un opus, l'album est raffiné, orchestré avec une âme sixties et une pointe de psychédélisme, alimenté de mélodies inspirées. La construction des titres y est alternative, variée, nourrie de textes forts en thèmes, aussi colorés et fertiles que les instrumentations. Les arrangements pop y sont pures et beaux, sans superflu et enveloppés d'élégance. Aucun des 12 titres ne fait tâche, tous sont excellents, ornés de guitares, basse, flûte, glockenspiel et du chant d'Ana Steinberg des Mittens dans les choeurs. Comme l'indique le titre, l'ambiance y est épique, amoureusement conquérante comme sur Kings of Tomorrow ou délicatement nostalgique comme sur 1918-1920 où la voix de Guillermo se fait cristalline et charmante : "You promised that after winter,You’ll come to pick me up,To drive all around Europe,Like the old days, dressed in white. La mélancolie y est joyeuse, la rythmique du ukelele et de la trompette nous plonge dans les souvenirs d'enfance sur Whistling Rivalry "Where we’re playing by the river, And climbing trees, With friends I can’t remember, All with scabby knees, Pictures of family secrets I’m glad I’m not involved in " La luminosité des créations et la sensualités dans la composition de Wild Honey reviennent en avril 2013 avec le somptueux Big Flash, produit cette fois par Tim Gane, guitariste, clavier et producteur de Stereolab et acolyte des High Llamas. La jolie collaboration se fait à Berlin où Guillermo dit avoir vécu une des plus belles expériences musicales de sa vie. Les mélopées de Big Flash, toujours sunshine pop revisitent aussi parfois la bossa sur des rythmes tropicaux, où les flûtes et les claviers hypnotiques flirtent sur les maracas dans My Memory May Also Be A Wish. L'âme des Beach Boys flotte sur les titres, Guillermo s'inspirant de leur album pour le nom Wild Honey, mais aussi celle des Zombies et des Beatles. See How Hard My Heart Is Beating ou The Kite And Captain John, sont solidement jouées dans un style pop psyché et dream-pop, interprétées avec grâce et volupté par Guillermo Farre au chant, guitare, basse, piano, synthétiseur, qui signe un 12 titres cohérent, ensoleillé et éthéré, là encore un second coup de maître admirable dont Piggledy Pop est fan. 

 

samedi 9 novembre 2013

Big Fresh

C'est John Roger Ferguson qui est à l'origine de Big Fresh en 1998 s'entourant de Brian Gorenthal et de Benjamin Fulton pour former le groupe qui depuis ne cesse de se développer. John, fils de Roger Ferguson ami et complice de R.Stevie Moore, grandit dans le milieu underground et depuis évolue au sein des Apples in Stereo depuis 2005 avec son ami Robert Schneider avec qui il crée les Ulysses en 2002. Les 3 musiciens d'à peine 20 ans, John, Brian et Ben ont fait leurs armes pendant divers concerts dans des bars jusqu'à ce que Big Fresh basé à Lexington commence son épopée pop psychédélique, bossa et orchestrale en 1998 avec l'opus monumentale We Come From Outer Space de 9 titres, Who Are the Believers? en 1999 et Yes, Nice, Please, Thanks en 2001 pour lesquels Jeremy Midkiff à la basse et Daniel Coy au piano les rejoignent. L'art des paroles sarcastiques et ironiques s'accentue au fil des albums et les textes imagés, les ambiances psychédéliques mordantes et aiguisées réapparaissent en 2008 sur l'album BFF (Big Fresh Forever). Encore plus arrangés et aboutis les 13 titres contiennent des instruments variés qui nourrissent une pop sucrée aux allures sixties.




Les Big Fresh continuent la belle aventure avec un nouvel album en 2011, Moneychasers, savamment moqueur qui parle des défauts de la société américaine, de ses classes sociales, notamment sa bourgeoisie et des abus politiques. Pour ce faire, les métaphores sont fines, l'instrumentation brillante avec un ensemble de cordes, de cuivres, des claviers revigorants qui évoquent Neutral Milk Hotel, Olivia Tremor Control, Beulah, Of Montreal, les groupes du label américain mythique de 1992, elephant6 monté par Robert Schneider, leader des Apples in Stereo qui in fine signera Big Fresh. Moneychasers offre des harmonies et des mélodies suprêmes, dansantes, où flotte l'âme des Beach Boys ou de XTC. De cinq musiciens, Big Fresh passe à un ensemble de plus de 10 musiciens où reigne une ambiance joviale qui répertorie de belle manière les talents de chacun : Evan Belt aux cuivres avec Ryan Moore, Jim Lindsay (Oranger, Preston School Industry, High Water Marks) aux congas, Regan Osterfield à la flûte, Nick Coleman et Daniel Coy, Katie Drof, John Ferguson et Ben Fulton, Jason Nesmith (Of Montreal) qui peaufine le master, Jeremy Midkiff, Matthew Goodman (Apples in Stereo) au chant et clarinette, Dave Farris déjà présent sur BFF et Ben Phelan. Le Lexington Herald dit "For more than a decade, the band has mixed summery soul, pop, dance grooves and more into a bright sound all its own" et les fans des Big Fresh dont Piggledy Pop fait partie attendent avec impatience le prochain bijou cosmique que signera le groupe.
BigFresh

 

vendredi 8 novembre 2013

Ryan Ruff Smith

J'ai écris un billet le mois dernier sur l'univers des Spencer McGillicutty
Quartet pop de Minneapolis, les Spencer McGillicutty se rencontrent au lycée en 2004, les deux garçons et les deux filles partagent leur goût enflammé pour la musique et le groupe qui les influence, les Beatles. Dès 2006, Mitchell Adam Johnson et Ryan Ruff Smith, écrivent et composent des chansons éditent un premier album éponyme où Brittany Miller et Nicole Wilder chantent. Cette collection de premiers titres est jouée en acoustique à la manière de leurs débuts sur scène. Puis le deuxième album Games comprenant 11 titres sort en septembre 2008; leur style griffé des quatre garçons de Liverpool est évident, dans la veine sixties, les mélodies sont jouées à la guitare, batterie, xylophone, tambourins, orgues avec des choeurs façon Beach Boys. Les titres sont joyeux, courts, ensoleillés, rythmés pour danser sur des paroles naives et amoureuses, le tout parfaitement abouti. De Claire Carnaby à Secret Best Friend où l’élégance et la délicatesse trottent sur les mots : « I always think of you, When I hear my favorite songs Come and meet me out tonight, It feels like it’s been so long» , c’est l’âme de Sgt. Pepper qui vient flotter dans les oreilles. 




Au coeur du groupe, il y a l'auteur-compositeur incroyablement talentueux, Ryan Ruff Smith, qui opère en cavalier seul depuis 2012 en signant l'Ep Everything Seemed To Happen At Once, puis en offrant en juillet 2013 le second EP Wildered & Westered. Différent du projet Spencer McGillicutty, sur Everything Seemed To Happen At Once Ryan qui appose sa belle voix aux titres fait swinguer ses cordes de guitare et son harmonica, y glissant néanmoins la même patte "Spencer"du compositeur dans l'art de planter un décors, donner une atmosphère et créer une ambiance dans chacune des chansons. Pop, rock, avec des notes jazzy et groovy, les textes rétro griffés sixties, amoureux et langoureux sont mis en beauté par Tylor Tholl à l'harmonium, piano, synthétiseurs, tambourins, par Dan Lawonn au violoncelle et Ryan aux guitares majestueuses et à l'harmonica. Ryan Ruff Smith confirme son talent pour l'écriture, l'art de conter des histoires et de créer des personnages dans ses morceaux du génial Wildered & Westered, sublime et abouti. Les 5 titres sont originaux, ne se ressemblent pas mais forment un EP homogène dans l'idée et sacrément bien ficelé. Fan des Beatles, Tom Waits, Bob Dylan, toutes ces influences se devinent dans les chansons qui n'en perdent rien en singularité et en harmonie. La musicalité est présente tout au long du EP, délicate et efficace qui séduira les admirateurs de Nick Drake et d'Elliott Smith. La veine indie folk brille sur State Of Nature avec ses envolées d'harmonica. Comptant Pete James Johnson à la batterie et toujours Tylor Tholl, multi-instrumentiste, il y a aussi son acolyte et ami des Spencer, Mitchell Johnson, qui joue de la guitare et chante sur Don't Take My Heartache Away et qui, comme Ryan, travaille à un disque en solo. Piggledy Pop reviendra biensûr sur ce projet que je sais prometteur. 
L'âme pop sixties de Silly Goose porte le chant de Ryan, juste et majestueux qui s'accorde à la perfection au trémolo et à le reverb un peu surf des guitares. La caisse qui galope sur les maracas de Some Days, fleuries d'une riche rythmique et de guitares entrainantes, fait dodeliner du chef et balance un swing digne d'une petite bombe dansante. Les notes nostalgiques plongeant dans les années 50 de Don't Take My Heartache Away dévoile la faculté de Ryan à faire de ses chansons des mini scénari délicieusement mélancoliques qui font voyager dans le temps. L'accompagnement à la guitare et aux choeurs de Mitchell y est succulent. Les compositions solides et rayonnantes de Ryan Ruff Smith se ferment sur une reprise fort réussie, Anything We Want de Fiona Apple. La voix falsetto que Ryan sait moduler avec beaucoup de technique, jonglant avec plusieurs tonalités pour faire passer les émotions tout comme la cavalerie de guitares qui tournoie et donne envie de danser. Je vous invite à découvrir ces deux EP en attendant le premier album de Ryan Ruff Smith qui ne tardera pas à frôler le tapis rouge de l'indie-pop. 


   

mardi 5 novembre 2013

Jonathan Richman

Jonathan Richman est un jeune homme pour qui les lecteurs de Piggledy Pop vouent surement en commun une grande admiration. Né en 1951, il commence à jouer de la guitare à 15 ans, il chante en public dans les squares de Boston à 16 ans, déménage à New-York pour ses 18 ans et crée à 19 ans le groupe mythique des Modern Lovers. Le jeune auteur-compositeur est alors influencé principalement par le Velvet Underground dont il est fan au point de rester dormir plusieurs nuits durant sur le canapé du manager du Velvet au renommé Hôtel Albert où il lui arrive de monter sur le toit pour chanter. De retour à Boston dans l'année 1970, il forme les Modern Lovers avec son ami d'enfance John Felice qui a alors 15 ans, recrute le batteur David Robinson (Talking Heads) et son cousin bassiste Rolfe Anderson. Richman a alors 20 ans quand il enregistre son premier album Modern Lovers produit par un jeune artiste pianiste, John Cale. Les Modern Lovers joueront trois ans avant de splitter et leur style post-punk sera repris notamment par les Sex Pistols sur une face A d'un enregistrement de 1976 avec le titre de Jonathan Richman Roadrunner. Ce titre écrit en hommage au Sister Ray de Lou Reed a été composé par Richman alors agé de 18 ans dans l'avion qui le mène de Boston à New-York.


 

Après les deux albums, Modern Lovers et Jonathan Richman and the Modern Lovers enregistrés en 1976, le dernier album du groupe Rock and Roll with the Modern Lovers de 1977 avec le titre Icecream Man co-écrit avec Tom Waits connaitra un beau succès principalement en Europe. En 1979 Jonathan s'offre une année sabbatique puis part pour la Californie où il commence son travail en solo en signant Jonathan Sings! en 1983 puis Rockin' & Romance en 1985 qui évoque ses deux passions, la musique et sa femme. Les Modern Lovers se retrouvent de 1986 à 1989 et Jonathan continue de composer avec son humour, sa verve, son style franc et sarcastique dans une veine pop folk en présentant l'excellent Country Music en 1990. Depuis toujours, l'artiste écrit des textes drôles et poétiques évoquant le voyage et l'amour, la musique et la peinture, avec des métaphores psychédéliques qui sont devenues depuis sa griffe et sa singularité comme dans les titres Astral Plane, Pablo Picasso, Girlfriend, Abominable Snowman in the Market, Here Come the Martian Martians, Vincent van Gogh, Salvador Dali, I was dancing in a Lesbian Bar, I'm a little Dinosaur


Cet amoureux d'art aime voyager et évoquer la peinture dans ses chansons, les villes et les pays qui le touchent comme New- York, Paris, Amsterdam, Barcelone, chante en espagnol, en italien et en français : les étoiles, on a du soleil, Cosi veloce, et ceci au travers de tous ses albums, Jonathan Richman de 1989, évidemment le Jonathan Goes Country de 1990, Having a Party with Jonathan Richman de 1991, I, Jonathan de 1992, Jonathan, Te Vas a Emocionar! de 1994, You Must Ask the Heart de 1995, Surrender to Jonathan de 1996, I'm So Confused de 1998, Her Mystery Not of High Heels and Eye Shadow de 2001, Not So Much to Be Loved as to Love de 2004 où il parle de son amour pour sa deuxième épouse qui prête sa voix dans les choeurs du disque, Revolution Summer de 2007, Because Her Beauty Is Raw and Wild de 2008, et le dernier de 2010 O Moon, Queen of Night on Earth.


  

Jonathan Richman est un des auteurs-compositeurs d'indie pop, figure du post punk à ses débuts, qui marque le 21ème siècle avec ses mélodies, son sourire et son âme d'enfant. Cette naiveté est admirée par nombre d'autres musiciens et groupes qui le reprennent comme les Lucksmiths, Rose Melberg, Echo and the Bunnymen, Hefner, BMX Bandits, David Bowie qui reprend Pablo Picasso sur Reality, les Sex Pistols, John Cale, Dean Wareham de Galaxie 500, Art Brut, Frank Black, Weezer etc. Tout comme eux, Jonathan Richman chérit sa passion d'enfant pour le rock et participera à des compilations hommages des Kinks ou encore Colours are brighter aux côtés de Belle & Sebastian, Franz Ferdinand, Snow Patrol etc. Fan absolu des Velvet il reprend aussi Tom Waits, Sam Cooke, Chuck Berry et sera avec son autre casquette, le producteur du dernier album de Vic Chesnut en 2009 avec qui il était ami et a partagé la scène plusieurs fois. 
L'univers de Jonathan Richman est coloré, sa joie de vivre s'entend dans le rythme porté par ses pincements de cordes mais aussi par son chant, habité et lumineux. Son phrasé, sa voix mélodieuse ornent sa manière cocasse de jouer les notes en faisant voltiger et danser sa sratocaster comme personne d'autre. Richman a composé des chansons qui aujourd'hui sont considérées comme des chefs-d'oeuvre et gravent la pierre pop d'une belle signature. Jonathan Richman fait partie des artistes qui doivent être les plus touchés de la disparition de Lou Reed avec David Bowie, John Cale, Laurie Anderson, Bob Dylan et est celui qui en signant Roadrunner, Down in Bermuda, ou bien le titre Velvet Underground issu de I, Jonathan Richman de 1992 également paru sur la compilation Tribute to the Velvet Underground de 2010, devient le fils spirituel légitime depuis 30 ans des Velvets quand il entonne : "They were wild like the USA, A mystery band in a New York way Rock and roll, but not like the rest, And to me, America at it's best. How in the world were they making that sound? Velvet Underground."
JonathanRichman


 

dimanche 3 novembre 2013

Goldenboy

Shon Sullivan est un musicien et ingénieur du son californien qui oeuvre pour le bien-être de nos petites oreilles depuis les années 2000 sans pour autant qu'on remarque son nom. Ses débuts de bienfaiteur se déroulent l'année 2001 avec Neil Finn pour qui il joue de la guitare et du piano sur l'album One Nil, puis il joue du violoncelle pour Devics sur My Beautiful Sinking Ship et compose, joue de la guitare, du piano sur l'album I Believe de Spain. Ses débuts sont aussi  avec Elliott Smith qu'il accompagne sur scène en tant que guitariste pour la tournée de Figure 8. Ce sera pendant cette période qu'Elliott Smith surnomme Shon Sullivan "Goldenboy", nom qui sera adopté pour le groupe. Pendant qu'il joue sur la tournée Figure 8, Goldenboy qui apprend la musique classique tôt en étudiant Brahms et Bach, travaille sur la composition et l'écriture de son opus Blue Swan Orchestra en 2002 avec son ami d'enfance qui est batteur et co-auteur Bryan Bos; Ce très bel album accueille Elliott Smith qui vient apporter sa voix sur le titre Summertime.. "there's no moon tonight, there's no moon tonight, and we were dreaming under street lights, in the corner store, kisses on the floor, i feel so high, tonight with you"



Blue Swan Orchestra est un album de toute beauté où s'entendent les influences classiques de Shon en reprenant Gershwin sur Summertime mais aussi sa passion pour la pop mélancolique et mélodique. La présence de Laurie Anderson, auteur-compositeur et épouse de Lou Reed, qui signe le titre Babydoll apporte une note délicieuse et magique. Quand Sing Another Song for the Winterlong, dansant et pop à souhait, est suivi du sublime Blue Swans of Winter qui fait virevolter les guitares et les claviers, refléter la ronde harmonie du chant amoureux de Sullivan, on se dit que Eenie Meenie Records a un sacré flair de ressortir ce sublime disque en vinyle en 2012 pour souffler les dix bougies de Goldenboy. Le piano de Windows, le rythme mellow de Twenty Months in a Hail Storm qui offre un jeu de guitares griffé du Velvet Underground, enveloppe d'émotion et touche davantage depuis la triste nouvelle tombée dimanche dernier. Artiste hautement apprécié de ses pairs, ami fidèle, Shon Sullivan continue de jouer et d'accompagner d'autres groupes : il enregistre avec Alaska! en 2003 et joue du piano, banjo et violoncelle sur Emotions, en 2004 il compose les mélopées de Artist's Choice: Below the Radio pour son ami Grandaddy qui invite pour l'occasion du disque produit par Nigel Godrich, Beck, Earlimart, Blonde Redhead, Stephen Malkmus, Beulah et bien d'autres encore. Le second album de Goldenboy apparait en 2006 et son titre évocateur de Underneath the Radio va comme un gant à la grande musicalité qui fleurit les titres où Matt Sharp de Weezer assure la basse magnifiquement. Il n'est pas surprenant d'entendre les envolées de notes pop sachant que Shon Sullivan, fan des Beatles, joue avec Johnny Marr, Eels, Neil Finn, Elliott Smith mais aussi oeuvre à la guitare pour The Rentals et Let's Go Sailing. Les thèmes du souvenir et de la mémoire sont mis en valeur par la construction dream pop et les orchestrations de cordes automnales, de trompette, glockenspiel, de basse, piano et guitares arrangées avec talent par Bryan Bos et Shon Sullivan
Le troisième volet arrive en 2011 avec Sleepwalker suivi par le quatrième en 2012, The New Familiar qui annonce l'arrivée de nouveaux membres de Goldenboy, Nicole Verhamme chanteuse, guitariste, pianiste et le bassiste Keith Brown. Les deux albums sont un régal, une réussite en matière de pop alternative conseillés vivement par Piggledy Pop