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dimanche 26 octobre 2014

Jean-Louis Murat / Babel

Autant Piggledy Pop oeuvre pour faire découvrir de nouveaux groupes, autant le blog peut évoquer des astres, des maitres absolus de la composition et de l'écriture comme Jean-Louis Murat. Mes conseillers particuliers, dont l'un a l'ADN auvergnate, autant dire que les émotions de son "siège", surement les plus réelles, les plus pures de toute l'assistance ont dû la survoler et atteindre la scène, sont allés le voir à l'Olympia le 23 septembre dernier me vantant le charisme impressionnant de Monsieur Murat. Leur avis extrêmement enthousiaste, mon souhait de faire un billet sur l'artiste depuis un moment et la sortie le 13 octobre 2014 du bijou Babel, m'amènent à prendre la plume. Connaissant très bien les truites des grands moulins, les myrtilles du Sancy, la poudreuse de Chamablanc, les loups légendaires des bois de Murat, ma plume ne trempera pas dans le sentimentalisme mais sera très certainement imprégnée de sincérité. Car pour ceux qui ont la chance d'être là-bas, les 20 titres de Babel sont un cadeau. Pour les autres, c'est un chef d'oeuvre de finesse d'écriture, de poésie, de lyrisme et de rock à découvrir absolument. Jean-Louis Murat est l'auteur compositeur français qui domine les autres depuis des années tant ses mélodies majestueuses, ses textes littéraires, sa musicalité poétique et sa voix, incroyablement ronde de subtilité, émouvante et finement maitrisée le distinguent du misérable imbroglio musical français, essentiellement proposé par les gros labels (gros et gras d'esprit avec un maigre sens des valeurs esthétiques) soutenus souvent, ça va de pair, par de médiocres médias. La jolie rebelion de Murat face au système économique de la musique gangréné depuis les années 80, lui a valu une renommée qui avec le recul était malséante. Aujourd'hui, il est évident qu'il avait raison de batailler au détriment quelquefois de sa carrière. Cette belle intégrité s'entend dans sa musique, à la fois constante par sa qualité au travers des décennies mais aussi riche de sa parole, de son tempérament d'acier qui protège une âme de poète. Cette personnalité solide et ce coeur tendre se retrouvent intraséquement sur Babel. Je ne reviens pas sur ses tueries d'albums passés signés par cet enfant du musée de la Toinette qui grandit en taillant du salers avec son laguiole, mordant à pleine dent le pounti, et me consacre qu'au récent sublime Babel, dont le titre vient du petit village Saint-Babel, qui vivifie l'album du maestro bourboulien d'une veine autobiographique.

Ouvrant Babel l'offensif Chacun vendrait des grives et sa volée d'instruments, est orchestré avec la présence de The Delano Orchestra. La guitare électrique et la batterie au galop, pourraient accompagner un départ en croisade magnifié par les trompettes, le banjo et les choeurs. The Delano Orchestra est un groupe clermontois qui par sa présence à l'enregistrement, aux arrangements et aux côtés de Jean-Louis Murat sur scène, accentue le profil très intime, originel et personnel du disque. Leur alliance naturelle, viscérale, de leur amour commun pour l'Auvergne offre un résultat mélodique grandiose. L'ensemble de musiciens The Delano Orchestra est composé d'Alexandre Rochon (guitare, banjo), Julien Quinet (trompette), Guillaume Bongiraud (violoncelle), Matthieu Lopez (guitare électrique), Christophe Pie (batterie), Thomas Dupré (basse), signe un premier album en 2008 chez Alienor dont je parle dans mon billet sur Pierre Bondu, puis signera depuis quatre albums choyés par le label auvergnat unique en son genre en France par son apanage, Kütu Folks Records. Toujours pour rester local, Chant Soviet offre la présence de deux personnalité : la chanteuse de Cocoon, Morgane Imbeaud, qui a déjà travaillé avec Murat sur l'album Charles et Leo, textes de Baudelaire, musique de Léo Ferré et un ami de Murat qui lui rend souvent visite au coeur des monts auvergnats, le compositeur et guitariste d'Elysian Fields, Oren Bloedow qui vient jouer sur le titre dansant, dont les rythmes chauds des cuivres, des guitares et de la basse, contrebalancent avec le froid de l'Arctique et de la Taiga. Puis j'ai fréquenté la beauté dont la vidéo a été réalisée par Alexandre des Delano, débarque avec ses couleurs, ses animaux, ses parfums, ses frissons sur la route de la Tour avec un Jean-Louis Murat dont la voix cristalline danse le menuet et prend autant de courbes et de lacets. Ces virages mélodieux continuent dans le chant sur Blues du cygne et sont subtiles, groovy, sensuels sur les trompettes friponnes, une orchestration délicieusement bluesy, fleurie de clap hands et des arrangements divins de Christophe Pie. Dans la direction du Crest, chevaleresque et langoureux offre une mélodie touchante sur un texte plein de métaphores que seul Murat réussit en personnifiant les lieux, la nature, leur donnant de l'"hémoglobine" qui coulerait, jusqu'à Saint-Léger, si on y touchait.

La chèvre alpestre propose une rythmique taquine pour raconter l'histoire d'un homme qui a perdu sa chèvre avec toute la moquerie et badinerie du poète qui nous emmène et on le suit. Le tempo marqué et calibré mitraille des cuivres rock'n roll sur Qu'est-ce qu'au fond du coeur, les oreilles bondissent, plongent, complétement immergées par la basse, la batterie et le clavier psychédélique d'Alexandre qui "livrent toujours bataille". Puis Les Ronces commençant par les paroles de la ronde enfantine écrite en 1753 par Madame de Pompadour, "Nous n'irons plus au bois" rappelle avec la suite des paroles le lien fort qu'unissait Jean-Louis Murat à ses grand-parents, évoquant le loup à pister sur la neige, le ruisseau des grands moulins, le sioule, le vendeix, le passé, les allemands...et les souvenirs qui prennent la forme de poison, de ronces. Mujade ribe, voluptueux et charnel, monte en puissance avec l'orchestration qui ondule pour évoquer "la Dordogne qui remonte" comme celle qui traverse le Mont-Dore, longe le Puy de Sancy et si bien mise en musique par Murat qui manie les mots en les déposant délicatement sur les notes, tel un magicien. Vallée des merveilles est une ballade dansante, à l'ambiance légère menée par un tempo suave, pour parler de fruits, d'animaux, de la fameuse hirondelle si chérie par l'auteur pour être divinement tranchant en décrivant les dérives humaines. Le jour se lève sur Chamablanc ramène si joliment les souvenirs du petit Jean-Louis Murat au vendeix où le blé était à faucher, aux genets, à la rhubarbe à couper, Martin et 'le Pierrot' sur le violoncelle subliment mélancolique et le clavier habité pour un thème qui brille de souvenirs. Neige et pluie au Sancy est une cavalcade de sons un peu country avec le banjo pour essuyer quelques boutades de la part du climat. Ici le tempo guerrier va comme un gant à la plaine brulée qui peut être rugueuse et brutale, ce qui constitue toute sa grandeur et sa beauté. Col de Diane poursuit sur le thème de la mystique Auvergne, avec les voix qui se lient à la trompette et au violoncelle pour décrire la chasse, le diable, le chateau de Murat..."faut pas y compter", avec son auteur qui lance des particules de notes en jouant avec les mots, les triturant, les caressant pour nous délivrer un texte là encore, princier. Noyade au Chambon, émouvant avec son château, les guitares, la batterie, les sujets fluides évoqués avec classe et orchestrés avec élégance, pour dépeindre une noble ambiance volcanique. Tout m'attire est une chanson marquante qui reste en tête sur un sujet amoureux, une rythmique et des cymbales éfficaces. Frelons d'Asie enroulée par le chant sublime de Murat, accompagné par Morgane, avec les arrangements de cuivres et de cordes de The Delano Orchestra qui tournoient sur un texte métaphorique parlant joliment de la décadence, est suivi de Long John qui nous embarque sur les eaux, en ballade sur un navire avec la guitare acoustique splendide, le chant de Morgan tel celui d'une sirène allié au violoncelle et à la mélodie prodigieuse. Les instruments se déchainent sur la voix superbe et dansante de Murat qui offre un texte magnifique, romantique, poétique, rempli de tendresse, de lait, de violettes. C'est empli de cette Auvergne si belle et majestueuse, de la complicité émouvante entre Jean-Louis Murat et ses grand-parents que se termine Babel sur le swing guilleret de la basse, de l'orgue, de la trompette voltigeants pour finir au Camping à la Ferme qui est savamment mordant ...Enfin et quelle belle inspiration, le vingtième titre Passions tristes, boogie avec ses flûtes, son style alternatif de génie où toute la joyeuse clique auvergnate chante en choeur pour conclure un Babel taquin, canin, flamboyant et dansant, hautement rythmé par les Delano Orchestra et par les mots griffés Jean-Louis Murat qui nous compose là un album qui fleure bon le Pays. Merci !
JeanLouisMurat

Février

Je préviens d'emblée, le groupe est récent et n'a signé pour le moment que deux singles, donc la chronique sera brève. Février nait au printemps dernier, apparaissant avec le single magique Float qui sans que ce soit téléphoné est réellement ondoyant. D'une fluidité pop charmante qui semble évidente, on entend la technique maitrisée par le guitariste et chanteur Eirik Åsbakk, mais aussi par les autres menestrels : le batteur et bassiste Anders T. Gjerdrum, le guitariste, chanteur et pianiste Tarjei Antonsen et le batteur Erik Lønne. Tous les quatre étaient auparavant dans la formation Mining in Yukon depuis 2011 qui a splitté l'année dernière. Originaires de Tromsø en Norvège, les deux groupes, se connaissent bien et continuent de jouer ensemble. Dans les environs, on retrouve le frère d'Eirik, Torgrim Åsbakk pour le duo acoustique Trubadurene Tom & Torgrim.

Puis le deuxième single Jazz qui renchérit est épatant, très prometteur. Les musiciens norvégiens âgés de 25 à 27 ans sont des passionnés de pop, de rock et même s'ils ont tous fait des études et ont des emplois du temps chargés, ils  continuent de créer, de signer des mélodies belles et palpables. On connaissait la scène de Bergen avec les Kings of Convenience, ou bien Datarock, Lovedance, Alexander von Mehren, Kambourines etc, et Février qui y est désormais installé est prêt pour la conquête du public local mais aussi international ayant joué en Islande cet été au festival Bukta de Reykjavik. Eirik Åsbakk sous ses mèches d'or et dérrière son sourire juvénile, devenu récemment jeune papa est inspiré, prolifique, pointilleux. Les influences musicales présentes sur la page officielle du groupe comme Avi Buffalo, Sparklehorse, Neil Young, Talking Heads, Elliott Smith,Deerhunter, Crystal Castles, Animal Collective, Beatles, Nirvana, Pavement laissent à penser que les futures productions de Février seront juteuses. A suivre.
Février

PROMOFévrier




Følg medFévrier

Mr Day

Véritable cocktail d'influences qui aurait le goût de Franz Ferdinand offrant un tribute aux Blues Brothers sous le soleil californien en mode bollywood, la musique de Mr Day est fertile et colorée. Les guitares électriques ont de la soul, du blues, et se marient parfois avec un ensemble de violons, ou un clavier psychédélique sur des arrangements funky, ska, et sans nul doute, pop. Ce groupe formidablement groovy est français. C'est à Lyon que la bande de musiciens affûtés se fleurit d'Eric Duperray à la guitare, chant et composition, Julien Masson à l'autre guitare, Raphaël Chambouvet à l'orgue, Rémy Kaprielan à la batterie et Bruno Hovart à la basse et production. Eric aka Mr Day n'est pas un débutant et sur scène depuis les années 90 il monte le groupe Kool Kats Club, puis le Metropolitan Jazz Affair et en 2001 The Dynamics, ensemble reggae soul. Bruno guitariste de talent et bassiste est aussi arrangeur et producteur spécialisé en soul music, Raphael est un pianiste actif jouant dans la formation lyonnaise CHK,  Julien est le charismatique guitariste et compositeur du groupe garage soul The Buttshakers, idem pour Rémy qui assure la rythmique de Mr Day mais aussi de Belle du Berry, CHK, Poppy Grass, David Lewis et The Dynamics.

Après le premier EP Curtis en 1999 au nom évocateur, il y a deux sorties d'album signées Pascal Rioux & MR Day en 2000 et 2001, Pascal Rioux étant un ami de longue date qui monte le label Rotax dans les années 90 et tient les rênes aujourd'hui de Favorite Recordings, label de Mr Day. L'EP Deep Ocean sort en 2005, suivi de Soul On Wax en 2007, Tears of Joy en 2009 pour enfin enchainer sur deux albums, Small Fry en 2010 et Dry Up In the Sun en 2012. Les deux jolies pièces contiennent toute l'âme de la Motown faisant rayonner par quelques reprises l'esprit de Curtis Mayfield, T Rex, Dusty Springfied, Cornel Campbell avec la cover Queen of minstrel, le tout saupoudré d'une atmosphère mods, décrite par le groupe "cette culture reste une source inépuisable d’inspiration et de curiosité, une sorte de terrain de jeux favori entre l’Amérique du Jazz, les Beatniks des 50′s, Rome, les costumes et les Vespa de la Dolce Vita, le Paris de Saint Germain, de la Nouvelle Vague, le Swinging London des 60′s qui importe et recompose à sa manière les musiques américaines, le Blues, Rythm’n'blues, le Rock’n'Roll la Soul et aussi les sons jamaïcains".
Le titre Soulfood apparait dans la pub Dolce Gusto de Nescafé et aide à une renommée internationale méritée car Eric et sa Fender Telecaster, sa voix souriante immaculée de soul, qui écrit des petits chefs-d'oeuvre au son authentique peut se permettre de survoler et dépasser la montagne Sainte-Victoire. Idéal pour travailler vos pas de danse funky chicken à la James Brown et pour découvrir le bébé daté du 29 septembre de Bruno, l'EP Time, ça se passe là : MrDay



dimanche 19 octobre 2014

Pierre Bondu / Daven Keller


Découvert récemment l'album Quelqu'un Quelque part de Pierre Bondu est une pierre précieuse dans le monde de la pop frenchy. Il date de 2003 mais reste joliment intemporel tant les mélodies sont solides, les arrangements brillants et le chant, naturel et ensorcelant. Pierre Bondu qui émerge de la scène nantaise en 1994 sous le pseudo Elliott avec son premier single Platanes signé chez Aliénor Records, travaille tôt avec la scène locale, ses amis Philippe Katerine, Miossec et Dominique A qu'il accompagne à la guitare en studio et pour des centaines de concerts. Compositeur incroyable, il arrange avec un don surprenant et joue, interprète avec poésie et délicatesse ses compositions fleuries de textes tous splendides. Rares sont les artistes français qui savent écrire dans leur langue et cette scène nantaise a apporté beaucoup à la musique indépendante dans la fin du XXème siècle. Sans eux, nous serions surement encore boursouflés de banana split belge ou autres âneries sonores limite acceptables pour un tour d'auto-tamponneuses.
Pierre Bondu qui a depuis adopté le nom d'artiste Daven Keller écrit pour les autres avec à son actif par exemple le titre 100% VIP de Katerine, dont il a arrangé l'album Robots Après Tout. En 1995, le musicien breton fait ses valises pour Paris, y retrouve Miossec pour qui il arrange l'album Le déménagement et Katerine avec qui il travaille sur l'album Les Créatures. Entrant sur le label Village Vert, avec une écriture exceptionnelle, Pierre Bondu signe son opus Ramdam en 1999 puis poursuit son oeuvre d'arrangeur pour Dominique A, l'amie de ce dernier Françoiz Breut et signe la bande originale enregistrée à Sofia avec le Bulgarian Symphonie Orchestra pour le film de Catherine Corsini, La Répétition, sélectionné au festival de Cannes en 2001.

C'est en 2003 que Quelqu'un Quelque part sort avec pour ouvrir le disque le majestueux Caravelle où l'orchestre hongrois resplendit. Puis le clavier psychédélique sixties de Vu d'ici laisse apparaitre  l'intérêt de l'artiste pour les musiques de films signées Magne, Morricone et Delerue. Son titre dansant et rythmé laisse place au symphonique Je rêve orné de cordes de violons, d'une basse, de clavecin et piano que Pierre maitrise ayant depuis ses 13 ans appris à jouer de la batterie, de la guitare et du piano. Sa voix divine et vibrante qui lance la basse et la guitare dans Sur les coeurs effeuille un texte intime, secret mais qui entre les lignes, est saillant et probant. Dans une veine pudique Mieux que personne et son clavier, balance du son et des mots forts et éloquents sur une mélodie qui sonne sixties et des arrangements langoureux, inquiétants, saisissants. Puis un esprit aérien, une orchestration élancée, fait place au métaphorique Quitter la terre proposant une poésie élégante et un chant lyrique qui prend de la hauteur pour continuer avec Du genre à tomber aux choeurs rafraîchissants, aux claviers et guitares entremêlés formant un univers kaléidoscopique proche de Jean-Louis Murat mixé à Fleurent-Didier et Daho. La vie qu'on avait arrive comme un flocon de neige sur le disque, délivrant les notes de la guitare acoustique sur un texte subtil, dont la confidence prend une envergure offensive en milieu du morceau. Amoureusement énigmatique, le thème de A côté de moi fleuri d'une trompette mutine, mariée aux violons, guitares et clavecin, est plein d'une âme mélodieuse et farouchement accrocheuse. Le scénario musical se ferme sur Sans rancune, au souffle ardent dans la voix et au charme envoûtant de l'orgue, des guitares sur un titre qui conclue une histoire avec toute la magie de l'orchestre symphonique de Bulgarie qui va comme un gant à l'auteur-compositeur. Pierre Pondu sous l'alias Daven Keller sort Réaction A en 2008 suivi de Reaction B qu'il écrit, compose, arrange et produit offrant une atmosphère plus electrique, disco-pop, funky, toujours efficace et superbement ficelée. Travaillant de manière inspirée et fertile, sans relâche, pour le cinéma des frères Larrieu, sur la bande originale de leur film Le Voyage Aux Pyrénées ou encore pour Pierre Jousse et son film de 2011 Je suis un no man's land avec Philippe Katerine, les productions de Daven Keller sont sans faute, excellentes et l'album Quelqu'un Quelque part entre au panthéon des albums Piggledy Pop ; Conseillé donc !
DavenKeller



samedi 18 octobre 2014

Sally Seltmann - Hey Daydreamer

J'écris un billet au sujet de Sally Seltmann en 2012 et je réitère aujourd'hui car la jolie auteur-compositeur, multi- instrumentiste de Sydney vient de signer un album génial, Hey Daydreamer. Sally Mary Russell est une auteur, compositeur, interprète australienne qui se produit de 2000 à 2009 sous son nom d’artiste New Buffalo. Elle écrit, arrange et produit son opus The Last beautiful Day puis son album sophomore Somewhere, Anywhere en 2007, année durant laquelle ce disque est nominé aux ARIA Music Awards, tandis qu’elle remporte parallèlement un franc succès avec son titre 1234 co-écrit avec Feist. A 39 ans et maman d’une petite Judy, Sally distribue de la douceur et de la gaité sur scène et sur ses disques depuis 20 ans.

Musicienne prolifique, douée et inspirée, elle rencontre Darren Seltmann en 1999, leader du groupe The Avalanches, pour qui elle chante dès leur premier album Since I left You. Contrairement au titre, ils ne se quittent plus et se marient en 2003. Sally Mary Seltmann tombe dans la marmite de l’indie-pop en 1992, monte son premier projet power pop Lustre 4, rencontre Ben Lee lors d’une soirée anniversaire ( étant nés tous deux le 11 septembre), participe à l’écriture de chansons pour le groupe Bowers jusqu’à ce qu’elle se lance en solo avec New Buffalo. La jeune femme orchestre de 25 ans, mixe, arrange, joue la majorité des instruments et chante sur ses titres, modelés d’une main de maître. Sur The Last Beautiful Day qui offre la participation de Beth Orton aux choeurs et de Jim White à la batterie, Sally Seltmann assure la basse, la guitare acoustique et électronique, les claviers, le chant, le piano ; Liste agrémentée d’orgue, saxophone, flûte, de percussions et d’accordéon qu’elle manie avec dextérité sur Somewhere, Anywhere.

Second album paru sous son nom Sally Seltmann, Hey Daydreamer offre pour la première fois l'apparition de sa fille Judy aux synthétiseurs, batterie et aux percussions tandis que le papa et époux Darren est aux commandes : producteur, arrangeur, aux percussions aussi et à la programmation. Sally compose les 11 morceaux, orchestrés avec une pluie d'instruments, distribués avec parcimonie, délicatesse et jamais de grandiloquence. Il y a donc, de la harpe, de la clarinette, du saxophone, de l'orgue, du trombone, de la trompette, de la flûte, et la musicienne assure elle- même et arrange parfois aussi seule la batterie, les guitares, le piano, melodion, la basse et quelques claviers, en bonus du chant toujours merveilleux et raffiné. Ses textes truculents dans une veine narrative ou intimiste nous embarquent facilement, collent le sourire aux lèvres ou créent l'émotion qui fait dresser le poil. L'auteur a de l'humour et assez de fantaisie à partager dans ses textes sagaces pour créer des ambiances, peindre des décors comme sur Billy avec sa virevoltante rythmique et sa revigorante video. A l'écoute de Hey Daydreamer on pense aux heures de gloire du cinéma, à la littérature, aux trillers comme sur la poppeuse The Small Hotel quand la joyeuse Needle in the Hay évoque davantage la magie de la Mélodie du Bonheur ou du Magicien d'Oz avec ses contes et ses mystères. Puis l'instrumentation intelligente se poursuit avec le melodion de Dear Mr Heartless où Sally aiguise sa plume et son grain de voix pour proposer un titre savoureusement dansant, plein de cuivres et de roulements de tambour, saupoudrés de harpe hautement présente également sur le féerique Right Back Where I Started From, racé et pomponné grâce aux percussions et à la basse mirifique. Quant à I Will Not Wear Your Wedding Ring, typé et imaginatif, sophistiqué et rusé, il est orchestré avec des flûtes épicées, des harpes et des trombones mutins qui offrent une ambiance cinématographique des sixties. La harpe et la rythmique parfumées aux caraibes de Catch of the Day nous emmènent aussi sur les plages dorées et sous les palmiers pour une piqure de chaleur avec des cuivres brulants qui accompagnent un texte poétique. Seed of Doubt ouvre une fenêtre intime, sur l'insécurité amoureuse, agrémentée de violons et de choeurs pop, comme Holly Drive et States and Spaces qui suivent le même schéma sentimental où Sally avoue tous ses sincères et forts sentiments à l'élu en déroulant un tapis de vulnérabilité sur des guitares country qui évoque le film Paris-Texas ou bien qui parle de son enfance, son chemin, ses regrets et ses satisfactions. Touchant et émouvant, Hey Daydreamer est mis en exergue par l'instrumentation et la voix majestueuse de Sally Seltmann qui signe là encore un album aérien, quintessencié qui fait partie de mes favoris cette année 2014.
SallySeltmann
SallySeltmannPiggledyPop2012



dimanche 12 octobre 2014

The Milk Carton Kids

C'est en regardant le film Inside Llewyn Davis des frères Cohen que mon oreille s'est dressée à l'écoute de la bande son qui compte The Milk Carton Kids et avec eux une liste de musiciens plutôt bien balancée, Jack White, The Avett Brothers, Joan Baez, Dave Rawlings Machine, Rhiannon Giddens, Lake Street Dive, Colin Meloy, Marcus Mumford, Punch Brothers, Patti Smith, Willie Watson, Gillian Welch. J'ai donc découvert récemment ces duétistes qui ont signé en 2011 deux albums géniaux, offerts en libre téléchargement sur leur site, Retrospect et Prologue. Les notes acoustiques qui rayonnent sur les deux disques, les cordes de guitares folk acoustiques et le chant limpide, cristallin du duo californien sont magnifiques. Globalement pour les profiler et les classer dans un genre, je dirais pop folk dans la veine de Simon and Garfunkel, surtout en écoutant le titre New-York, Kings of Convenience, Neil Young, Josh Ritter, Peter Von Poehl. Les deux voix délicates et légères voltigent et se font caressantes tout au long des plages. Les harmonies sont exigeantes et les mélodies magiques ont du caractère. Kenneth Pattengale et Joey Ryan, auparavant chacun dans une formation, se sont bien trouvés pour ensemble composer des bijoux folk aux deux voix serties d'or.

Prologue et le troisième volet de 2013 The Ash & Clay sont écrits par Joe Henry, ancien des Jayhawks, que les amateurs d'anti-folk et d'americana connaissent bien. Ce dernier album sera nominé aux Grammy et le duo The Milk Carton Kids partira en tournée le présenter aux côtés de la chanteuse Sarah Jarosz et des musiciens Samson Grisman, Alex Hargreaves et Nathaniel Smith. Travaillant actuellement avec Joe Henry à l'écriture d'un quatrième disque, les trois albums font office de cartes postales amoureuses idéales pour l'atmosphère actuelle automnale avec There By Your Side, Stealing Romance, Honey Honey, de Memphis à New-York, du Michigan à la California en passant par le Promised Land. The Milk Carton Kids proposent une folk d'excellence qui sonne nostalgique mais dont les textes sont un ravissement lyrique et poétique.
TheMilkCartonKids


Co-Pilgrim

Apparu en 2000 avec des mélopées pop plein sa besace, Mike Gale monte le groupe Black Nielson à Winchester en s'entourant de William Gradidge à la guitare, Andrew Reaney à la basse, Christopher Wilson aux claviers et Tom Wenzel à la batterie (qui remplace Graham Roby, puis Pat Holmberg). Leur première signature en 2001 comprenant 11 titres fait partie des splendeurs de l'année, riche en productions indie-pop. Mélodiques et alternatives, les chansons se rangent aux côtés des Eric Matthews, The Decemberists, Beulah, Tullycraft et surtout Brendan Benson. L'opus Still Life Hear Me qui offre la présence de Joe Bennett au violon, à la trompette et Robin Bennett à l'orgue, tous deux producteurs du disque est suivi de The Seahorse Boe en 2003, tout aussi rock et pop, abouti et lardé d'harmonies. Les guitares, le piano, la basse et la batterie s'allient sur les compositions de Mike Gale qui chante comme un rossignol des Cornouailles.


En 2005 Black Nielson splitte et Mike se remet en selle seul avec l'alias Co-Pilgrim signant dès 2007 le sublime album Pucker Up Buttercup qui crée la surprise. Le rossignol s'est chrysalidé en voix pop puissante et brillante, compose à sa guitare des airs somptueux aux sonorités proches d'Elliott Smith, dont la mélancolie sucrée et rythmée de piano, de basse et guitares voltigeantes, s'approchent aussi de Ben and Jason, Badly Drawn Boy, ou même Nick Drake avec des choeurs beach boysiens. Intemporel, un album aussi bien arrangé, écrit et interprété, est une pièce rare aujourd'hui et Pucker Up Buttercup se savoure à volonté, tout comme A Fairer Sea de 2012, génialement pop et orné de balades exquises colorées de cordes, d'orgues psychédéliques ou de guitare acoustique. Les créations de Mike Gale respirent la poésie, la sensibilité et toutes ses influences qui vont de The Jam, à Bill Callahan, Woody Guthrie, Dennis Wilson et même Gilbert Bécaud. L'auteur-compositeur anglais revient à ses amitiés pour Co-Pilgrim accompagné par ses acolytes de Black Nielson, Andy à la basse, Tom à la batterie, les frères Bennett qui gèrent le label Truck records, Robin et Joe au clavier, guitare et voix accompagné de sa femme Claire pour les choeurs. Fairer Sea évoque l'histoire personnelle de Mike qui part rejoindre son amie américaine à New- York, relation amoureuse qui s'effrite avec la distance. Le nouvel album de 2014 Plumes est derechef une ode au romantisme, à l'amour en général avec ses déconvenues, 2013 ayant été une année difficile pour Mike avec le départ de son père.

Harmonieux, homogènes, certains titres sont langoureusement acoustiques comme Heartache Row ou résolument positifs, optimistes et dansants comme Dancin' Hoods. L'ambiance pop sixties de I know Love peut aussi parfois nous plonger dans l'americana comme avec Grew Into Something New ou I Saw you Heavenly Girl. En février dernier, Robin Bennett annonce la sortie de Plumes " This summer and winter, more than 10 years after, we have all returned, trusting our songs once more to the studio's isolated star-spangled ambience. And cradled in this warm carpeted embrace, Co-Pilgrim made their faithful way back, with producer/musician Joe drenching some of Mike's best ever songs (and they are always good) in reverb, harmony and lap-steel, and producing a glorious, exhilarating torrent of sound in which your ears may surf freely. The mouse, up there in the ceiling cavity, tapped its little feet along to the stompers and laid on its back gazing at stars for the rest. For the return of the Pilgrim, Mike and producer-multi- instrumentalist-harmoniser Joe have been augmented by drummer Ben and the angelic voice and glamorous presence of Claire, Joe's wife. Yes, I even pitched on some flute." Avec du tambourin endiablé, des guitares aiguisées et un piano, une batterie révoltés, l'oreille est aussi bercée par des balades comme Come Out Alive et It's Curtains for me, fleuries de glockenspiel, de flûte, de guitare folk chaleureuse et joliment mélancolique. La poppeuse Pushover nous emmène dans le sillage pop de The Smiths, fortement des Beatles ou des Byrds. A se commander sur le site des bardes anglais là : Co-Pilgrim




dimanche 5 octobre 2014

Ed Muirhead

Passionné et passionnant, Ed Muirhead est un des meilleurs auteurs-compositeurs écossais contemporains.
Multi- instrumentiste, il apprend le piano adolescent, puis la batterie, la guitare, d'autres instruments et il écrit très jeune, des poèmes, des chansons et intègre tôt des groupes d'indie-pop. Simple Life est un des plus beaux albums écoutés cette année et la suite prévue pour février 2015 nommée Day Job promet un moment magique. D'ores et déjà, l'on sait que l'enregistrement du prochain album a été concocté avec un ensemble de cuivres et cordes, des guitares en cascade et de l'harmonica ; Le tout saupoudré d'une ribambelle d'amis musiciens appelés The Banter. Ed Muirhead offre un délicieux accent écossais avec une atmosphère, une orchestration faite d'accordéon, de flûtes, ornée de textes qui nous téléportent dans les landes brumeuses avec ses châteaux vigoureux, ses highlanders en tartans, si hospitaliers.

Majestueux, Simple Life ouvre le bal avec le titre Ballad of Lorraine and Frank où les premières notes de cornemuse jouées par Ruaraidh Proctor donne des frissons. Ed nous emmène avec lui en nova-scotia en nous contant l'histoire de Frank et de Lorraine de son chant puissant et envoûtant, sur les notes de piano magnifiques.
Puis la balade romantique Do and Don't jouées à la guitare et à l'accordéon où la beauté naturelle du grain de voix d'Ed apparait avec une noble évidence, solide comme un roc, duveteuse comme une étoffe de tweed. L'invitation au voyage aux dessus des Hébrides, dans les verts et moelleux shetland se poursuit au fil de l'écoute avec la clarinette de Magdalen Green jouée par Frances McGlashan. Proposant son âme scot au piano et sa poésie dans le style de Leonard Cohen ou de Paul Simon, Ed explique l'origine de la chanson : Inspired by the view of the beautiful Tay, seen from Magdalen Green's grassy vantage point.

L'artiste tel un troubadour continue de nous mener dans son univers poétique et drôle, plein de chaleur et d'humour avec le titre Le pain, du vin entonné en français soulignant nos alliances et nos liens depuis le 13ème siècle renforcés au 16ème avec la française Marie de Guise, régente d'Écosse puis Marie Stuart, reine d'Ecosse mariée au roi de France François II. Depuis nos échanges culturels ont de manière rituelle constamment évolué. Simple Life qui suit est d'une humeur joviale, impression renforcée par l'accordéon joué par Ed, comme la basse guillerette et les percussions qui distinguent son don de compositeur, comme sur Hold On et son thème qui nous plonge dans un passé fait d'épées et de candélabres. Stolen Moment est le titre langoureux et amoureux le plus intime, joué délicatement au piano et chanté avec une grâce absorbante. La promenade mélodique et historique se termine avec Ode to the Kingsway où le savoureux et souriant accent scottish accompagné de l'accordéon taquin, virevoltant nous invite pour un dernier tour dans la région de Dundee.
"Many years ago Great Britain's first ring road Was built around Dundee. On the bank of the Tay, the mighty Kingsway, A super sight to see.
Kingsway, oh Kingsway, you save us lots of time.
Kingsway, oh Kingsway, your circles are so fine.
The jewel in the crown some would say, Was the double-circle at the top of the kingsway.
From north to south, east to west, The double circle was the best.
You could come in from Arbroath, And use one circle or both,
Down to the town, west to Perth, Or north to Forfar and Aberdeen,
But if you made a figure of eight, You'd be back to where you'd been.
De façon indépendante et familiale, Ed Muirhead a lancé son propre petit label Tattie Records pour signer ses deux albums mais aussi les productions d'amis musiciens. Parlant d'amitié, Ed a partagé la scène avec ses compatriotes Randolph’s Leap que je vous invite à découvrir là : randolphs-leap
EdMuirhead