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samedi 31 janvier 2015

Librairie L'Ouvre-Boîte, une nuit avec Jack London

Je fais ce soir un billet hors sentier, bien que l'initiative populaire, le sujet et l'endroit puisse coller à l'esprit de Piggledy Pop. Ma librairie de quartier où je dépense volontiers mes deniers, propose cette nuit 31 Janvier 2015 une exceptionnelle Nuit de Lecture, de 21 heures à 7 heures du matin avec la participation du lecteur Marc Roger qui viendra conter Martin Eden de Jack London. Après une séance de dédicace qui offrait mercredi 28 la présence de Soren Mosdal et de Rudy Ortiz pour leur roman Madeleine, ce matin un rendez-vous de lecture de contes pour les enfants, la semaine bien animée se terminera sous les étoiles d'une nuit blanche, éclairée par les mots couchés sur le papier.
Cette petite librairie au joli nom "L'Ouvre-Boite" n'a rien à envier aux gros magasins culturels. On y trouve son bonheur, des conseils, des idées, du charme et de la chaleur dans la présentation, la déco "pop" de sa vitrine et de l'énergie dans les initiatives. J'aime ça. Pour les amateurs et amoureux des livres, avoir son petit îlot de quartier qui fleure bon les parfums d'imprimerie, de bouquins neufs, est un réel bonheur. Il en existent heureusement bon nombre à Paris, ils résistent et les lecteurs que nous sommes ont le devoir de soutenir leurs actions. 





Marc Roger qui honorera Martin Eden au cours de cette nocturne et bercera de ses intonations vivantes et colorées les auditeurs, est un passionné de lecture publique. Né à Bamako, il parcourt le monde entier depuis 20 ans pour défendre bec et ongle la littérature, les livres, la lecture. En 1996, il crée la compagnie La Voie des Livres, fait un tour de France "à haute voix", une tournée au Brésil et une méridienne Saint-Malo/Bamako s'ajoutent à ses démarches. Le Nouvel Obs en écrit : "L’homme- livre ? L'expression serait trop faible pour un homme qui se donne corps et âme à son métier en établissant toujours un contact étroit avec son auditoire. Jouant habilement des intonations et des inflexions de sa voix haute et claire, il captive son public." Marc Roger propose aussi des Lectures-concerts, comme sur Albert Camus qu'il lit accompagné d'un pianiste, d'un flûtiste, d'un guitariste ou sur la route 66 en revisitant John Steinbeck tandis qu'une guitare reprend Woody Guthrie, ou encore les thèmes de la Grande Guerre marié à un piano, le jazz à l'honneur avec Louis Amstrong, la musique tzigane sur du Flaubert, le tango sur les mots de Jorge Luis Borges etc.

Marc Roger, a sa manière est un lecteur actif pop qui cette nuit plongera son public dans les voluptés de l'avant-garde de la Beat Generation avec Jack London, car l'auteur aura été précurseur du mouvement, surement une source d'inspiration pour Kerouac, Allen Ginsberg, William Burroughs. Sur plusieurs plans, avec leurs destins, leurs aventures, leurs oeuvres, leur manière sensible d'aborder la vie et de la finir, les écrivains de la Beat Generation semblent être les héritiers du natif de San Francisco en 1876, Jack London.
L'écrivain qui admire Victor Hugo et Maupassant, est superbement décrit, expliqué dans la biographie Jack London, le vagabond magnifique, écrite par le chanteur Yves Simon qui voue une grande passion à Jack London.

Martin Eden que Jack London écrit en 1909 est un roman qui dessine discrètement son autobiographie. Peinture de la société américaine au début du XXème siècle, Martin est un jeune marin d'Oakland, ivre quand il se bagarre avec les ivrognes du transbordeur, ivre d'admiration et d'amour pour Ruth, bourgeoise à la beauté éblouissante. L'attirance est partagée malgré la différence de statut social. Le jeune héros prend des résolutions pour conquérir la jeune femme et décide de s'entretenir physiquement, de dévorer tous les ouvrages de la bibliothèque de la ville, se met à écrire des poémes, des romans, jusqu'à ce qu'elle tombe amoureuse de lui. Mais son érudition grandissante, Martin se rend compte que son entourage n'est pas si cultivé, Ruth y compris et il prend conscience tout au long du roman qu'il ne faut pas confondre intelligence et éducation. Il cherche à vivre de sa plume, continuant de travailler comme ouvrier à se ronger la santé et se rend compte en fréquentant Ruth et sa famille que la bourgeoisie ne comprend rien à la culture. Devenant subitement un écrivain à succès, il part loin de toute l'hypocrisie pour s'installer sur une île du Pacifique. Les dernières pages, la fin de l'histoire de Martin Eden sont émouvantes.
Le héros comme Jack London, sera tour à tour ouvrier, pilleur d’huîtres, trimardeur, marin, chercheur d’or, reporter de guerre, militant socialiste, écrivain de renom. Comme Martin Eden, Jack London en 1909 est terriblement fatigué par le travail et usé par l'alcool quand il rentre d'un tour du monde inachevé à bord de son voilier en déclarant "Je suis fatigué au-delà de toute expression et je reviens chez moi pour me reposer" avant de mourir d'une overdose de morphine. Martin Eden qui sera lu ce soir est le roman le plus autobiographique, surtout annonciateur des intentions de Jack London et si passionnant ; Certainement assez captivant pour une belle veillée au 20 rue des petites écuries dans le Xème arrondissement, emmitouflé à L'Ouvre-Boite qui annonce : "Une nuit hors du commun, Petite restauration sur place, Croissants chauds et pains au chocolat dimanche matin à 7 heures...N'oubliez pas votre duvet!"
JackLondon
OuvreBoite

The Charlatans

Immense groupe de pop rock indépendante, The Charlatans fait parler de lui dans les West Midlands, de Manchester à Birmingham, dès 1989 en signant le single Indian Rope dont le titre The Only One I Know entre dans les dix premiers titres des charts anglais en 1990. Avec un style s'approchant de leurs collègues Dexys Midnight Runners, Happy Mondays ou de Blur c'est le bassiste Martin Blunt qui recrute le guitariste, chanteur Tim Burgess, le claviériste Rob Collins, le guitariste Jon Day qui sera suivi de Mark Collins et le batteur Jon Brookes pour signer l'opus Some Friendly en 1990. Dans une veine délicieusement garage, soul et R&B, la pop de pointure et de précision jouée par les anglais n'a depuis pas pris un poil de ride. D'ailleurs les groupes actuels qui s'échinent à faire le même genre de pop en ne réussissant qu'à obtenir qu'un dixième de son comparable prêtent à sourire. Après 25 ans de carrière, tumultueux, vraiment rock'n roll, parfois dramatiques, The Charlatans est là et bien là encore avec Modern Nature paru le 26 Janvier 2015.

Mark Collins intègre la formation en 1991. En 1992 sort le deuxième bijou, Between 10th And 11th, ici encore fort contemporain, psyché et détonnant de rythmes, de guitares et claviers sensuels qui pourtant ne connait pas le succès mérité. Cette période est un peu tendue pour le groupe, dont le claviériste Rob Collins sera emprisonné 4 mois pour complicité de cambriolage et détention d'arme illégale. L'histoire dit que Collins aurait attendu le cambrioleur dans la voiture pendant l'attaque sans savoir ce que son ami s'apprêtait à faire. Ne restant pas fixés sur les chiffres de vente du second album, Collins ayant purgé sa peine, les musiciens reviennent en 1994 avec Up to Our Hips. Cette fois, le public accueille dignement le disque qui de nouveau apparait en tête des charts et passe en boucle sur les radios toute l'année 1995. Cette reconnaissance booste The Charlatans qui repart en studio pour enregistrer Tellin' Stories. Un terrible et tragique accident de voiture emporte Rob Collins âgé de 33 ans en juillet 1996 alors que le groupe termine l'enregistrement . Il avait contribué à presque la totalité des chansons, enregistrant ses parties magiques, modernes voire avant-gardistes de claviers, orgue, mellotron et choeurs qui seront présents de manière posthume sur Tellin' Stories à sa parution en Avril 1997. Les Charlatans sont choqués. Martin Duffy, des Primal Scream qu'ils connaissent depuis des années vient aider pour finaliser l'enregistrement et sur scène pour les accompagner dans leur tournée comme pour le concert de Knebworth avec Oasis, prévu une semaine après la disparition de Rob. Le groupe assure son show et même traumatisé, y brille aidé chaleureusement de 100000 personnes qui les acclament. Martin le bassiste dira après ce concert "Nothing was dedicated to Rob Collins because everything would be dedicated to him".

The Charlatans sont plus inspirés que jamais et continuent d'écrire, signent Us and Us Only en 1999, plus folk et country sous l'influence de l'admiration que porte Tim à Bob Dylan et Wonderland en 2000. Ils jouent au Royaume-Uni, dans le reste de l'Europe et aux USA, gagnent en renommée et les disques d'or abondent. En 2004 Up at the Lake ne remporte pas trop de succès et ne paraitra d'ailleurs jamais aux Etats-Unis. Tony Rodgers aux claviers (depuis 1997), Tim Burgess au chant, guitare, harmonica, et melodica, Mark Collins à la guitare, Martin Blunt à la basse et Jon Brookes à la batterie opèrent un changement de style en 2006 avec Simpatico, plus dub et reggae. Pendant l'année 2007, The Charlatans est présent sur scène pour une flopée de concerts, partageant l'affiche avec les Who et Rolling Stones jusqu'à la sortie du dixième album, et pas des moindres, en 2008, You Cross My Path. Avec brio, le groupe offre un album moderne, plein de sonorités, riche en arrangements et sublime sur le plan de la composition qui groove avec ampleur. Le chant de Tim Burgess est toujours impeccable, sa voix inchangée est toujours là, puissante. En 2010, parait le flamboyant Who We Touch, encore plus groove, pop psychédélique à souhait, arrangé de violons, de claviers délurés et de la basse resplendissante de Blunt. Comme un mauvais sort qui s'abat sur eux, Jon Brookes en Septembre 2010 s'évanouit sur scène lors d'un concert, le diagnostic annonce une tumeur au cerveau. Il décède le 14 Août 2013 quand The Charlatans s'apprêtent à enregistrer Modern Nature en laissant comme remarque sur leur site "How to stay motivated in the middle of a cold, damp Cheshire February, in a building full of memories, with no record label, and just a few sketches of songs from aborted recording sessions the year before? The Charlatans did what they always do. They dug deep, and searched for soul." En octobre dernier était offert un concert au Royal Albert Hall en mémoire de Jon Brookes, live touchant de ses amis Johnny Marr, New Order, The Vaccines, The Chemical Brother, Liam Gallagher.

De l'âme, il y en a à ras bord sur Modern Nature qui est pour ce début d'année l'écoute qui me parcourt l'épiderme de frissons. The Charlatans et leurs 25 années de bonheur, de tragédies, ne peuvent pas être meilleurs que sur ce nouvel album. On y trouve la maturité, leur esprit novateur, la sagesse, la folie, un foutu groove, orné de psychédélisme et d'une pop, solide et performante. Talking in Tones ouvre le bal avec une rythmique suave, un clavier splendide, la basse magnifiquement inquiétante, la voix de Tim superbement froide, dans l'esprit du thème de la chanson. Puis So Oh et la guitare de Collins, l'orgue et le chant posé, sur un rythmique percutante offre un bouquet de notes pop accrocheuses qui rappellent les mélodies britpop des 90's. Les arrangements et la mélodie de Come Home Baby qui sonnent immédiats et spontanés sont progressifs, étudiés faisant fusionner du shoegaze, de la soul et de la pop. L'absence d'un ami est évoquée sur le mélancolique Keep Enough, poignant, avec ses paroles qui évoquent le passé pour rebondir et avancer "Remember where you were yesterday", tout comme sur In The Tall Grass "Felt free in the tall grass, Letting go of the past" mis en beauté par l'élégance de Tony Rodgers qui excelle à l'orgue et aux choeurs. Le psychédélisme sensuel, la rêverie comme le chante Burgess sont aussi superbement présents sur Emilie, mélopée qui bombe le torse avec les guitares beatlesiennes et la voix de Burgess, parfaite. Puis Let The Good Times Be Never Ending, morceau incroyable, vient nous cueillir pendant 6 minutes, dédié à l'ami Brookes, émouvante, groovy et dansante. I need you to know, où l'on sent là aussi la douleur et le chagrin ne tombe pas pour autant dans la complainte ou la sentimentalité. Courageux, The Charlatans regarde le futur en jouant les nuances dans les guitares qui se frottent à la batterie mutine, volontaire comme sur Lean In, rock et jubilatoire dont les choeurs intarissables entonnent "just because we know where we're going". La production y est étincelante, rien n'est à jeter, les titres qui s'enchainent sont beaux. Le groove de Trouble Understanding qui est dans la veine d'un Primal Scream ou d'un Blur, démontre encore une fois l'inventivité, l'inspiration des Charlatans, qui balance de réelle petites bombes dans un montage orchestré aérien fort stylé. Pourtant derrière une mélodie optimiste, la fragilité de la vie est soulignée avec délicatesse "Another minute, And it could be, A different ending, Another second, And it’s gone". Lot to say, ballade qui virevolte et laisse des questions en suspens se pose logiquement comme dernier titre de l'album, homogène, sublime. The Charlatans a la reconnaissance et la presse dans son camp pour Modern Nature qui incontestablement, est un album abouti, émouvant, artistiquement remarquable dont la qualité est évidente.
Je conseille aussi l'écoute de l'album solo de Tim Burgess Oh No I Love You, dont les textes sont signés Kurt Wagner des Lambshop et qui est concocté avec R. Stevie Moore avec aussi les musiciens de Factory Floor et My Morning Jacket.
TheCharlatans

dimanche 25 janvier 2015

Wolf Larsen

Wolf Larsen est une auteur-compositeur, guitariste et interprète de San Francisco où, quand elle laisse sa guitare à la maison, elle mène une bataille professionnelle en tant qu'avocate pour les droits à la santé et à l'éducation des filles dans le monde entier. Elle a même créé une organisation appelée The Girl Effect qui grandit d'année en année s'alliant à d'autres associations. Pour agrémenter son projet, elle monte un label indépendant Wolf Larsen Records dont les bénéfices vont en partie au financement de la jolie cause. L'artiste Sarah Ramey porte le pseudonyme de Wolf, en référence au Sea Wolf de Jack London et Larsen, au nom de son grand- père.
Cette générosité, ce caractère autonome et courageux s'entend dans ses productions et dans son opus de 2011, Quiet at the Kitchen Door qui contient 10 titres avec une signature artistique que l'on peut classer entre Agnes Obel et Leonard Cohen. Le style est intime, délicat, poétique, acoustique avec parfois des arrangements de cordes et de cuivres qui restent discrets mais effectifs. Quand Kitchen Door arrive aux oreilles, une voix déclame un poème de son cousin Larsen Bowker, aussitôt suivit par Sarah qui fait sonner divinement ses cordes de guitares pour accueillir sa voix incroyablement belle. L'attention est accrochée. Son grain de voix presque mystique envoûte.
“When I was young
I wanted to be just like him.
One of the charm, of a bright orange smile
and muscular laughter.
Bold brown eyes flashing fearless
when he sat not alone
on cold blue nights in empty boxcars.
Riding a freight train's
solitary wail away from Nebraska
Depression, accompanying dreamswithered farms.
Nothing left but the leaves of possibilities.”

Le thème du voyage en train ou sur les sentiers, le long des rivières, sous la pluie poursuit son chemin sur No One's To Blame qui propose une mélopée soul avec des choeurs angéliques pour accompagner le chant précieux de Wolf Larsen couronné de trompettes, trombones aux particules jazzy et gospel. Two Doves continue d'ériger une ambiance folk et poétique, un univers fleuri de douceur et de retenue. Wild Things est enregistré en live avec le piano et la guitare virevoltants, Sarah joue au milieu d'enfants d'une école primaire qui miaulent des wooohooo avec entrain et apportent un sacré esprit boogie au morceau. Puis les arrangements de cordes, violons, violoncelles, contrebasse viennent orner le titre fabuleux Jedi qui a un parfum de Renaissance en évoquant la princesse Diana, des dragons, Saint-Thomas, des poèmes "The hero she is sleeping, A Jedi princess keeping, A sword inside a song". La grâce habille les compositions de Wolf Larsen qui construit If I Be Wrong avec de la dentelle magique et ensorcelante dans les mains. Peu étonnant de constater que les irlandais l'ont utilisé dans une jolie publicité représentant la magie de Noel. La volupté opère toujours sur Maybe Babe qui légère, voltigeante commence en français avec "je t'adore" sur une guitare raffinée et des notes conquérantes. Jesse's song est sublimement acoustique, couvert du chant intime et solide de l'artiste qui promet de protéger et d'aimer "And you went walking up that mountain And we were singing out that midnight hymn, And even though it’s a long way down, I will go, just to keep you around". The last brother fait penser à Joan Baez, Bob Dylan, Leonard Cohen par les sonorités et le sens du texte qui évoque un soldat mort au combat, rapatrié dans son cercueil au pays. L'instrumentation allant de l'orgue, aux cuivres, à la mandoline du dernier titre Wolf Larsen, Sarah nous offre une interprétation authentique et pleine de soul vibrante, d'émotions, d'excellence. Quiet at the Kitchen Door est d'une réelle beauté, arrangé, orchestré avec soin et minutie par le producteur Nick Stargu et par son auteur Wolf Larsen, engagée pour sa cause. Je conseille chaleureusement d'écouter, d'acquérir ce disque magnifique.
TheGirlEffect
WolfLarsen



Here Comes The Reign Again: The Second British Invasion

Curry Cuts est un label américain de Portlands qui produit des cds et vinyls ingénieux comme Drink A Toast To Innocence: A Tribute To Lite Rock en 2013 et le tout dernier bébé de septembre 2014, Here Comes The Reign Again: The Second British Invasion. Ces deux compilations offrent la participation d'artistes variés comme Mike Viola, Bleu, The Davenports, Kelly Jones, Linus of Hollywood et d'autres groupes qui viennent s'ajouter comme The Corner Laughers, Ken Stringfellow, The Wellingtons ou encore Chris Collingwood des Foutain of Wayne. La première compilation est consacrée au thème de l'amour, reprenant essentiellement des standards des années 70 avec des versions croustillantes comme celle de Michael Carpenter qui brode à sa manière la délicieuse We Don't Talk Anymore de Cliff Richard. La seconde rend hommage à la brit-pop, aux groupes qui ont forgé le mouvement indie-pop dans les années 80. Après la création et l'invasion de l'âme anglaise dans la musique pop par les Beatles, puis les Rolling Stones, il y a eu dans les eighties une seconde invasion passionnante avec à la proue du mouvement Cure, Pulp, Joy Division, Duran Duran, Tears For Fears, Eurythmics, Culture Club, Frankie goes to Hollywood, Soft Cell etc.

Sur Here Comes The Reign Again: The Second British Invasion, les reprises sont succulentes, concoctées aux petits oignons par le producteur Andrew Curry. Dans le détail, la génial compilation commence avec Chris Collingwood et sa Life In A Northern Town à l'origine chantée par Dream Academy avec David Gilmour à la production, groupe crée en 1984 qui souvent a lui-même rendu hommage à Nick Drake. La reprise de Collingwood ici est fleurie des voix de Philip Price et Flora Reed du groupe Winterpills. Suit la superbe Goody Two Shoes de Jim Boggia & Pete Donnelly,  deux américains qui s'amusent aussi à reprendre Paul McCartney quand ils se produisent en live. Everybody Wants To Rule The World titre de Tears for fears en 1985, repris ici excellemment par Mike Viola qui y joue tous les instruments. Kim Wild est présente évidemment via le groupe Big-Box Store qui cuisine un Kids In America comme des chefs quand West End Girls de Pet Shop Boys joue sur la platine grâce à Secret Friend, groupe monté par le thailandais Steven Fox comptant des musiciens qui séparément participent à Here Comes The Reign Again : Kelly Jones qui reprend Something About You de Level 42 et Linus of Hollywood qui reprend Everytime You Go Away de Paul Young.

L'écoute se poursuit avec le savoureux True de Spandau Ballet repris par Minky Starshine, musiciens de la côte ouest américaine qui travaillent avec le producteur Ken Stringfellow (Posies, R.E.M., Big Star), présent également ici en reprenant Digging Your Scene des The Blow Monkey's. La chanson est arrangée avec Andrew Curry, qui touche aussi aux manettes de la cover Our House de Madness faite par The Corner Laughers. Le plongeon dans les années 80 se prolonge avec joie quand Cruel Summer de Bananarama arrive joué par People On Vacation, duo indie-pop conduit par Ryan Hamilton et Jaret Reddick, amis dans la vie et sur scène avec le multi-instrumentiste Linus of Hollywood, qui suit sur la platine avec Kelly Jones dans son sillage. On conserve l'esprit old-school avec The Wellingtons et Only You de Yazoo, suivi de TeamMate avec Tenderness interprétée à l'origine par General Public. Celui qui vient après avec le magistral Don't You Want Me de Human League c'est Chris Price, avec son énergie et sa personnalité qui est suivi du ténébreux Sweet Dreams d'Annie Lennox chantée là par Tracy Bonham. Enchaine le nostalgique et très beau Wouldn't It Be Good de Nick Kershaw repris avec finesse par Cliff Hillis.

On danse diablement sur la suite ornée d'Eric Barao qui nous offre un Tainted Love de Soft Cell pas piqué des hannetons, le new-yorkais Freedy Johnston qui joue à la façon bossa Promises, Promises de Naked Eyes, la jeune artiste et sa voix alto puissante Rachael Yamagata ravive Do You Really Want To Hurt Me de Boy George. La rythmique colorée vient planer sur Save A Prayer de Duran Duran que David Mead reprend avec goût et inspiration. Puis le Relax marqué et griffé par Mike Doughty est original, efficace pour danser comme le Dancing With Myself de Taylor Locke, chantée à l'origine par Billy Idol. On poursuit avec un régal en compagnie de Ken Stringfellow qui brode un Digging Your Scene en respectant l'esprit des Blow Monkey's. Les poppeux The Davenports enchainent avec Freedom de Wham dans les règles de l'art, fourni de clap-hands rafraichissants et suivi du langoureux They Don't Know de Tracy Ullman remis à jour par Graham Alexander et du No One Is To Blame d'Howard Jones qui à l'époque, en 1985 avait été produit par Phil Collins, façonné ici à la sauce ska par Eytan Mirsky & Alyson Greenfield. The Nines en reprenant Life's What You Make It des monumentaux Talk Talk font persister le plaisir et collent du miel aux oreilles tout comme Bleu, auteur-compositeur américain qui conclut la compilation avec Don't you titre de Simple Minds. La boucle est bouclée! Magnifique et excellente compilation qui fait un véritable tour d'horizon des standards des eighties, Here Comes The Reign Again: The Second British Invasion est à avoir absolument dans sa discographie. CurryCuts



samedi 24 janvier 2015

North Atlantic Explorers

Glenn D’Cruze de Vancouver est un artiste multiple, auteur-compositeur et multi-instrumentiste qui commence par faire ses armes en accompagnant d'autres groupes à la batterie. Cette première expérience l'a emmené sur les routes où les tournées, festivals, américains et européens étaient partagés avec notamment Neil Young, The Velvet Underground, Lemonheads, Sonic Youth etc. Puis quittant un temps la batterie, il s'est mis à écrire des chansons à la guitare et l'idée du travail en solo à germé. Perfectionniste, il décide de se lancer dans la création en ayant en tête un objet élaboré et réfléchi. North Atlantic Explorers, le nom qu'il choisit comme alias ne tient pas du hasard. Il est passionné de cartes géographiques, subjugué par l'Atlantique, l'Arctique, la magie de sa froideur et de ses brumes où son père a fait toute sa carrière en mer au sein de la British Merchant Navy. A ses côtés, il y a son ami co-producteur Jonathan Anderson qui peaufine le travail de composition signé à 100% par Glenn D'Cruze qui seul à bord, part pour l'aventure en 2005 avec l'opus de 15 titres Skylines. Sur ce fabuleux premier disque, outre ses compositions orchestrales pop incroyables et majestueuses, Glenn s'offre deux reprises, Tonight you belong to me jouée par Steve Martin au ukulélé dans le film The Jerk et I Will Not Leave You Alone de Lloyd Cole. Skylines arrangé de cuivres, ensemble de cordes, glockenspiel, banjo, guitares, basse, piano et orgue est à écouter absolument.


En Octobre 2014, North Atlantic Explorers signe un album concept magistral, surement la meilleure production et inspiration de l'année nommé My Father Was A Sailor. Comme son nom l'indique, le disque rend hommage au père de Glenn, William D'Cruze qui est tragiquement décédé quand l'album était en cours de création. L'album a donc connu un déroulement non prévu, modifié en son coeur, il présente des chansons écrites avant et celles tristement conçues après ce départ qui évoquent la mer, la vie de son père et sa "seconde vie" de manière poétique. Evidemment, les chansons sont poignantes et fort touchantes. Sur le plan de la composition, My Father Was A Sailor est un petit chef d'oeuvre pop orchestré avec des instruments à vent, à cordes, toujours co-produit avec Jonathan Anderson, enregistré avec une chorale de 14 personnes, et Glenn lui-même y assure les guitares, batterie, piano et basse. C'est à l'écoute de Yo La Tengo que le capitaine Glenn est pris de l'envie d'écrire sa propre musique et ce fan de Wilco, Hayden, Sufjan Stevens, Lloyd Cole, Teenage Fanclub, Josh Rouse, Burt Bacharach, Mark Kozelek, Amor de Días, Belle & Sebastian ne peut que kidnapper mes oreilles. Les mélodies royales de My Father Was A Sailor sont agrémentées de textes lus par son ami écossais Stuart David du groupe Belle & Sebastian et de la reprise magnifique South signée des Pipas (Mark Powell & Lupe Núñez-Fernández).


Le sublime keepsake maritime commence avec The Sailor & The Stenographer qui pose le décor d'emblée avec la voix de Stuart David puis celle de Glenn, toutes deux troublantes et puissantes, le bruit des vagues en fond sonore, pour chanter l'amour entre ses parents sur des trompettes et une section de cors accueillant les 14 voix couronnées de cymbales. Suit l'instrumental splendide Glasgow Circa, sa basse, ses orgues iodés et la trompette sensuelle faisant penser au swing de Josh Rouse, suivi de l'influence de Sufjan Stevens sur Don't Want No One Else (If I Can't Have You), déroulant une mélopée pop amoureuse qui fait danser la flûte, le banjo et les cuivres étincelants. L'album concept respecte une chronologie précise avec d'abord le coup de foudre de ses jeunes parents, du jeune William D'Cruze qui tombe amoureux de la jeune fille de Bristol, se déclarant timidement à sa belle "I lose my voice when you say hi; I don't want no one else if I can't have you". Puis la reprise South vient se glisser logiquement dans l'histoire avec des arrangements pop ravissants quand Lost At Sea vient coller des trémolos aux oreilles avec son vocabulaire au long cours illuminé de "lighthouse" pour décrire la solitude au milieu de l'océan. Into the blue Sea continue l'épopée sonore avec le choeur accompagné du piano et des cors, quand Spiral Into The Sea offre la voix de Glenn intime et pure pour parler d'un mot datant de 1967 de son père à sa mère "i'm not ready to die, yet, Be thankful for all that you've got, don't worry about all you have not, for one day gravity won't fail and we'll spiral into the sea". L'electro-pop instrumentale de Subtropics propose les arrangements orchestrés finement avec la section de cuivre, la basse superbe et la guitare brillante. Quand No More Stormy Seas arrive aux oreilles, l'émotion est directe. Le père parle à son fils de l'au delà, des étoiles, du paradis sur une orchestration délicate "Son, you should hear these bells of heaven ring". Hebrides, Bailey, Fair Isle est lue par Stuart David sur une mélodie sunshine pop, au boogie accrocheur et aux frissons garantis quand le capitaine termine son message en disant "goodnight Gentlemen and good sailing...". White Moon Bay termine l'écoute sur des arpèges de guitares, d'une beauté infinie. La voix bouleversante de Glenn D'Cruze au rythme palpitant qui boucle le grandiose et harmonieux My Father Was A Sailor apportera une chaude et certaine émotion à chacun d'entre nous qui a perdu un père.
NorthAtlanticExplorers

lundi 19 janvier 2015

Wild Nothing

Wild Nothing est le nom symbolique choisi par Jack Tatum pour désigner son projet solo. L’américain alors âgé de 22 ans, autrefois membre de deux groupes, Jack and the Whale et Facepaint, présente son premier album Gemini sorti le 25 mai 2010 après avoir concocté en amont pendant l’année 2009, deux superbes ep Summer Holiday et Cloudbusting. Depuis la sortie du printanier Gemini sur le label US Captured Tracks, Wild Nothing a enregistré deux autres ep, Evertide, signé chez Warmest Chords, petit label anglais, et Golden Haze. Jack Tatum explore le shoegaze mêlé à la twee-pop et réalise un coup de maître en créant l'album de chez lui, jouant tous les instruments et mixant sur son logiciel, sans passer par un studio d’enregistrement. Le résultat est troublant, mélodiquement parfait, épatant sur l’étendue de sa compétence. Wild Nothing parvient à rendre tous les effets du genre, avec sa voix cristalline et ses textes langoureux comme dans Drifter et The Witching Hour, une instrumentation sans anicroche sur ses compositions dansantes, Summer Holiday, Chinatown, My Angel Lonely. Jack Tatum avoue écouter les Go-Betweens et les Monochrome Set quand il est en voiture au retour de ses concerts. Aux nostalgiques de Sarah Records, ou bien des Blue Boys, des Pastels, de Heavenly, vous serez aux anges à l’écoute de Gemini.
WildNothingPiggledyPop

En 2012, l'album Nocturne parait et du grand Wild Nothing est au rendez-vous. Shadow qui est le titre entame du bijou pop orchestrale, propose les arrangements de cordes conduits par Ben Talmi, avec Kim Lonetree au violoncelle, Tanner Johnson et Madeline Ripley aux violons, Sue Buzzard à l'alto. L'ensemble sublime accompagne un morceau mélodique d'une beauté absolue, avec un texte sentimental dans la même veine mis en valeur par le talent de Jack Tatum qui assure toutes les guitares et la basse, entouré des fidèles batteurs Michael Skattum et Jeff Curtain. Midnight Song, savoureusement et amoureusement pop est une belle déclaration d'amour twee qui nous plonge dans la voie lactée et une atmosphère nocturne dansante. La nuit inspire décidément beaucoup Jack Tatum qui poursuit dans les voluptés sur Nocturne, au jeu de guitare langoureux, au chant sensuel, aux synthétiseurs, à la basse polissons et à la rythmique taquine. Epris, l'artiste signe un Through the Grass érotique dans sa construction vaporeuse, une précision dans l'orchestration et la voix en écho quand il entonne "i want you". Perfectionniste l'artiste peaufine ses mélodies, les dorlote avec une attention particulière en enchainant sans répit sur la chaude et torrentueuse Only Heather où son attirance se précise sur la batterie ronronnante et dansante "Best in the room I'd ever been, She has got something that I've never known, Couldn't explain it, I wouldn't even try She is so lovely she makes me feel high". Une déferlante de notes arrosent This Chain won't Break, la basse et la batterie scintillent sur la guitare électrique tonique et prouvent une fois de plus que l'auteur est fortement inspiré par sa muse. Disappear Always sur des guitares apparentées aux airs de The Smiths est une ode aux rêves éveillés qu'inspire la nuit et sa lune. Les synthétiseurs typés eighties electro-pop voltigent et paradent sur Paradise, diablement rythmé où le chant de Tatum est séduisant, ensorcelant "Dancer in the night, playing with my eyes.Velvet tongue so sweet, say anything you like." Counting Days parlera aux amoureux qui se languissent et doivent vivre l'attente ici romantique et mutine, sur un air joyeux et entêtant. Les arrangements délicieux, dreamy et indie pop, ornent toutes les balades avec de la texture, du contenu et sont habillés d'une voix et des instruments qui se marient dans l'évidence. Comme la basse majestueuse qui mordille presque goulument sur The Blue Dress, où la guitare caresse le texte de Jack Tatum, brulant de désir. Rheya aux harmonies fondantes, avec un chant hypnotisant dans une ambiance savamment nocturne et mirifique montre l'envergure du talent d'auteur et de compositeur de Jack Tatum. Nocturne est une pièce majeure de l'année 2012 et promet une suite pleine de pépites.
WildNothing




samedi 17 janvier 2015

Thurston Moore

Il y a presque deux ans, je faisais un billet général présentant l'artiste : "Thurston Moore, auteur compositeur qui marque notre époque de son empreinte punk, rock et pop, est connu pour être un des piliers de Sonic Youth qu’il forme avec le guitariste Lee Ranaldo dès 1981 et qui accueillera sa future épouse, amie de Kurt Cobain, la bassiste et guitariste Kim Gordon, le batteur Steve Shelley qui oeuvre sur trois albums de Cat Power et le guitariste Mark Ibold, également membre de Pavement. Il arrive du Connecticut très jeune à New-York, se trouve une colocation chez l’artiste Dan Graham, écrivain et chroniqueur qui lui prête ses cassettes audio. Moore commence l’aventure du punk au sein de groupes locaux et rencontre Ranaldo; Ensemble, ils perfectionnent leur pratique de la guitare avec le Glenn Branca's guitar orchestra, puis montent Sonic Youth, qui signera 15 albums et sillonnera les scènes du monde entier jusqu’en 2011, toujours avec une trentaine de guitares à portée de main.
Pendant 30 ans, Thurston Moore n’aura jamais cessé de travailler. Dans les années 90, en parallèle de Sonic Youth, il participe à des bandes originales de films, Backbeat de 1994 avec les Afghan Whigs, Foo Fighters, et REM groupe pour lequel il joue de la guitare et chante sur leur album Monsters. En 1998, il participe à la musique du film Velvet Goldmine avec des membres des Stooges et son ami Don Fleming, musicien et producteur (Sonic Youth, Posies, Teenage Fanclub etc). En 1993, pour Sonic Youth entre autres, il lance son propre label Ecstatic Peace! sur lequel il signera son deuxième album solo Trees Outside the Academy en 2007, l’opus Psychic Hearts de 1995 étant sur Geffen Records, label de David Geffen qui signera Double Fantasy de John Lennon et Yoko Ono. Le new-yorkais Thurston Moore et son ex-femme depuis, Kim Gordon, travailleront d’ailleurs avec Yoko Ono. Ono lui demande en 2012 de peaufiner certaines de ses chansons, qui seront sur l’album YokoKimThurston.


Moore ne lésine pas sur ses activités et en plus de la musique, de la gestion du label, des ses collaborations artistiques multiples comme la réalisation du clip Here pour Pavement, il est aussi écrivain, éditeur et chroniqueur pour le Arthur Magazine et son site Protest Records. Passionné par le jazz, on l’a vu récemment sur scène avec une légende du jazz Michael Chapman, et apparait pour un projet de jazz improvisé à Oslo en 2007, aux côtés de musiciens norvégiens et de son ami Jim O'Rourke (Wilco) qui enregistrent le live pour l’album The First Original Silence. En 2011, il signe son troisième album solo dont les 9 titres tiennent du génie et montrent l’immensité du talent de Thurston Moore. Demolished Thoughts est une pure merveille tant en composition, en orchestration que dans l’écriture, avec des mélodies et des textes sculpturaux. La personnalité de Moore y est étincelante et le résultat parfait. Produit par Beck, qui y joue et chante, Demolished Thoughts est davantage proche de la pop orchestrale que du hardcore, du noisy ou du rock."
La suite du billet est là : ThurstonMoorePiggledyPop
En Octobre dernier, Thurston Moore nous offre une pépite, un album comprenant 8 titres qui concentrent tout son génie, son talent, son univers artistique et des guitares à toute bride. Installé récemment à Londres par amour, l'artiste s'entoure de Steve Shelley ancien batteur de Sonic Youth, du guitariste James Sewards et de Debbie Googe, bassiste de My Bloody Valentine. Tous les quatre partent pour une odyssée de sons puissants, des morceaux galopant parfois pendant 11 minutes, avec une grâce offensive efficace. La pochette de l'album représente la mère de Thurston Moore avec leur chien, photographie datant de 1940 et son titre The Best Day, évoque sa nouvelle vie en Angleterre. Son écriture est somptueuse et les textes symboliques, dont trois sont co-écrits avec son ami poéte Radieux Radio sont à la hauteur de la musique. Ces tristes jours derniers noircis d'attaques terroristes à Paris, The Best Day qui met en évidence la personnalité brillante de Moore, offre un travail intelligent.


Attaquant avec Speak to the Wild et ses mots à couteaux tirés "Speak to the wild, reach the for wire, protect your child, from empty empire, the king has come to join the band...don't let the dark get you lost, your free will has come in fire and frost", les cordes de guitares virevoltent aux mains de Thurston et de James. Combattants, acharnés, les arrangements sont majestueux posant immédiatement une tension avec une rythmique déterminée sur 8 minutes. Le sentiment d'endurance, de ténacité se poursuit sur Forevermore aux sonorités entêtantes dans les cordes qui mitraillent des riffs répétitifs sur 11 minutes, à la réminiscence resplendissante. Dès l'amorce de The Best Day, le souffle est coupé. Steve Shelley est épatant derrière la batterie, il innove, brode, dégaine et ajuste son tempo tel un orfèvre. Tape, romantique, acoustique, dévoile le lyrisme de Moore et son chant franc, touchant qui ne fait pas de détour. Le ménagement n'est pas de guise sur The Best Day qui suit. Derechef les guitares aiguisées, la batterie à brûle-pourpoint, partent au front sur la voix de Moore colossale et convaincante "And here's a man with the lust for life, He lives for now on the edge of a knife, And you know He doesn't like to be cut, Yeah, you know, He will never keep his eyes shut". L'ambiance musclée continue sur Detonation où l'instrumentation pas chatouilleuse accompagne le texte ajusté, "Game crushing seekers, find the truth, just you wait, we maybe have to use a toy grenade". Puis Vocabularies au texte dénonçant une accablante manipulation mentale est écrit avec subtilité et joué, interprété avec une finesse à toute épreuve. Grace Lake est un instrumental de presque 7 minutes où seules les guitares, la basse, la batterie, parlent, chevauchent et déchargent une kyrielle de sons qui croisent le fer avec Germs Burn, souverain dans l'orchestration récurrente et combattive où le chant baraqué, ferme l'écoute sur une déclaration...d'amour. The Best Day qui est le quatrième album solo de Thurston Moore est un petit chef d'oeuvre vitaminé et vigoureusement conseillé aux amateurs de Sonic Youth qui y retrouveront la griffe du groupe.
ThurstonMoore
 

mercredi 14 janvier 2015

Ben Rosenbush & The Brighton

Voguant entre les sonorités pop folk de Ben Kweller et de Josh Rouse, le tout saupoudré de blues, de swing, le groupe de Minneapolis apparait en 2009 avec l'album éponyme The Brighton. Les musiciens, Zach Miller, Jacob Hanson, Matt Patrick, Aaron Fabbrini, Lyndsay Peterson, Kip Jones qui gravitent autour de l'auteur- compositeur et interprète Ben Rosenbush restent les mêmes quand parait en 2012 le deuxième sublime album A Wild Hunger où seul le nom de groupe est un peu modifié : Ben Rosenbush & The Brighton. L'opus de 2009 évoque l'amour, quand le deuxième prend plus la forme de critique et constat, avec des paroles et des thèmes soulevés, métaphoriques et poétiques, comme l'espoir, l'ambition parfois la médiocrité chez l'être humain. Le premier titre qui ouvre l'album The White Stone évoque la soif de pouvoir, l'hypocrisie sous forme d'histoire pleine de symboles, accompagnée d'arrangements de cordes et piano splendides "When morning came they stood there up in the clouds. As the Mayor left his house there came a terrible shout.For every stone was standing tall, beneath them rose a white mountain range.Wrestling still his heart, Fear blew out his flame.Mary stood in wonder at how the world had changed."

A Wild Hunger avec sa biche aux abois sur la pochette telle Bambi, est aussi une invitation à la Nature, grande, sauvage et incontrôlable. Quand le premier morceau parle de montagnes, le deuxième This Fire, offensif, magnifique avec Ben à la guitare et au violoncelle, aux choeurs aussi, complétés de  Corrie Patrick, Kip Jones, Jacquilyn Rosenbush, Matt Patrick, Laura Wellington, Lyndsay Peterson, Zach Miller et sa batterie pétaradante sur les guitares électriques efficaces de Jacob Hanson et de Tyler Burkum part dans les rues de Jericho sur un ensemble orchestral superbe. Running on my knees arrive avec ses guitares folk acoustique, soyeuses aux oreilles, quand West et sa mélopée country pop nous embarque au son envoûtant de la voix et de la guitare de Ben Rosenbush. Le train d'Omaha pour la Californie de West transporte deux frères que l'ambition séparera puisque seul l'un deux arrive à destination. The Last became the First est une interlude instrumental, comme la précédente, fournie de cuivres élégants exécutés par Gus Lindquist à la trompette et Eric Songer au trombone, ouvrant le pas au poppeux Duluth, pastoral, qui nous emmène humer le parfum des pins le long d'une plage pour joliment évoquer les requins arrivistes dans les villes. Arms of Fortune est une ode à la ruée vers l'or avec le chant brillant de Ben et une orchestration discrète avant la trompette pop et dansante de Cowboy, mélodie flamboyante où la guitare guillerette accompagne des "papapadapapa" joyeux sur des paroles qui nous plantent un décor typique de l'ouest américain. On quitte les grandes plaines et collines pour galoper le long des rivières gelées à travers les herbes recouvertes de neige sur Birds of Prey, langoureuse et amoureuse. Puis Young Shepherd ravive la flamme avec ses rythmiques chaudes, son violon taquin, où Ben Rosenbush conte les aventures du jeune Shepherd partant du foyer familial, pour marcher à travers la forêt au milieu des loups. Dans la même veine High Flyer décrit l'espoir avec poésie et une sublime mélodie jouée à la guitare acoustique donnant une impression d'élévation. Toujours bercés par les bougies, les étoiles, la chaleur du feu de camp, l'ambiance americana continue sur There is no Ending qui conclut l'écoute avec un accordéon gracieux joué par Matt Patrick et une basse savoureuse aux mains d'Aaron Fabbrini pour parler de l'amour avec brio "I’ll hold, I’ll hold you tonight, and drink, drink from your light, and never thirst for the shine of a dying star.Kiss, kiss me again.To our love there is no end".
BenRosenbush&TheBrighton