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mardi 17 février 2015

Martin Callingham

Paru aujourd'hui, le premier album de Martin Callingham nommé Tonight, We All Swim Free est une des plus belles surprises de ce début d'année 2015. Martin commence son aventure en solo mais est loin d'être débutant puisqu'il est le leader du groupe Joyce The Librarian. Le quartet anglais est vite remarqué par la presse et le public qui est cueilli par le style pop désarmant, la folk harmonieuse, les paroles admirables. Leur premier album They May Put Land Between Us sort en 2012 et depuis Martin continue son chemin avec ses amis en parallèle.

Le titre qui ouvre l'album, Rhosgoch, est un morceau instrumental qui offre un bouquet de violons et met l'eau à la bouche. L'écoute se poursuit avec Knots, orchestral pop, folk, d'une élégance certaine dans la production et la composition. Sur Hare on the Hill, Anna Kissell au violon et Anna Strudwick au violoncelle déroule des notes précieuses avant la guitare et voix troubadour de Martin, accompagné du piano d'Helen Stanley, également présente à la trompette. Puis Portland Square, à l'ambiance mélodieuse rappelant Neil Young ou Nick Drake, dévoile le brio de Martin Callingham à la guitare, orgue et à la basse comme auteur compositeur multi-instrumentiste. Le musicien de Bristol nous concocte un univers romantique, romanesque et épique. Dans la brise marine, dans la mer où Martin ancre son écriture jusqu'aux côtes fleuries de falaises et de lumières "The coastal road to which your thinking strays, Invades in waves ...". Gliding appose des particules amoureuses, poétiques sur un piano et une guitare ornés des choeurs de Ali Chant qui dresse des "ooooh" dignes du chant des sirènes.
Le break Ken offre une simple mélodie de quelques accords, fraiche et belle avant le joyeux et pastoral Build Us a Path où les deux guitares et voix de Martin et Gareth Bonello s'amusent sur le ballet de batterie taquin de Stevie Hawker. Le chant en écho de On Your Mark, langoureux et lancinant, au thème magnifiquement iodé, propose une pléiade chaude de cordes de guitare et de la basse d'Andy Smith, donnant envie de se rouler dans le sable sur les choeurs mélodiques d'Andy Fung. Folding, presque médiéval à la sensualité et poésie mêlées, est accompagnée de la flûte délicieuse de Sas Payne pour un moment somptueux de musique où le grain de voix de Martin enveloppe et accroche, tout comme sur Tides Return avec ses guitares, ses violons "From the croft to the docks, Holding every nook, Hard to learn when tides return, As quick and keen as these, And hit in twos and threes, Feign, swell and repeat, Rest, but never leave". Toute la beauté de la côte anglaise, le charme désuet et attirant de Bristol qui garde l'empreinte de sa belle époque, sont présents dans Tonight, We All Swim Free dont les harmonies sculptées par Martin Callingham lui donnent une âme et une classe singulière.
MartinCallingham


dimanche 15 février 2015

Reichenbach Falls

Parce que mon petit doigt me dit qu'un album est en préparation (ce cher petit doigt ne mire pas une boule de cristal mais a simplement eu l'honneur d'écouter deux nouveaux titres qui sont en cours d'enregistrement), je vais d'abord parler de Reports of Snow, ce premier magnifique album d'Abraham Davies alias Reichenbach Falls. Son nom d'artiste vient, comme les amateurs de Sherlock Holmes l'auront reconnu, de l'épisode où Sherlock met en scène sa mort pour échapper à Moriarty. Ce choix de nom n'est probablement pas un hasard car Abraham, appelé Abe, écrit essentiellement sur l'amour, les déceptions et mésaventures auxquelles il tente de réchapper. L'artiste est un auteur-compositeur canadien, qui vit désormais à Oxford où il a fini d'écrire une poignée de chansons pour Reports of Snow, ayant déjà 6 titres dans sa besace au moment de son installation en Angleterre. Pour peaufiner le travail en studio, il s'entoure et invite une jolie clique de musiciens : Richard Neuberg (mandoline, guitare) et Robert McHardy (guitare) du groupe Viarosa, Ben Walker (clavier) dans les groupes Candy Says et Little Fish, Joe Bennett (basse et guitare) de The Dreaming Spires et Co-Pilgrim, Nick Simms (batterie) qui joue dans Viarosa et Cornershop, Rufus Thurston (choeurs, clavier et percussions). Il y a aussi Mike de Albuquerque (basse, guitare et clavier) dont le papa était bassiste de Electric Light Orchestra, qui est accompagné de son épouse, danseuse, sur la très belle vidéo de Risky.

Abe aime Josh Rouse, Elliott Smith dont il reprend Needle in the Hay, Ryan Adams, Bill Callahan, et écrivain, amoureux de littérature, ses influences nourrissent et impactent joliment ses compositions. Comme Drink & Drive dont le piano et la guitare nous plongent d'emblée dans son univers intimiste et délicat que je classe aux côtés de Mark Kozelek et de Eels. Sa poésie et son profil littéraire son présents dans ses textes métaphoriques qui nous offrent des couleurs, des paysages, des saisons, des époques. Sur The Best i Could, le gris de novembre est dessiné par le glockenspiel et le temps qui passe, le futur par les guitares groovy, sensuelles. Avec Stay home, Elizabeth Abe emprunte les sentiers sensibles de la séparation en parlant élégamment d'étoiles, d'anges et de la magie de noel pour décrire le schéma sado-masochiste d'une relation qui apporte autant qu'elle peut amputer quand elle se termine. Les arrangements alternatifs se marient à la perfection aux chansons, variées, mais homogènes et équilibrées pour entrer dans le cadre du concept album. In The Wreckage au chant voluptueux, au texte extrêmement touchant dont le décor hivernal est dans un décembre pluvieux est porté par les guitares et une mélodie émouvante qui séduira ceux qui fondent à l'écoute de Lloyd Cole. La batterie voltige pour accentuer la nostalgie et la mélancolie, expression retrouvée avec le piano de Under Their Feet où les voix sont spectrales. Puis Risky sort le tempo et la voix écorchée, envoûtante d'Abe faisant son effet en jouant avec les gammes et fluctuant sur la rythmique qui monte en puissance pour décrire une relation amoureuse à deux temps. Quand The Closed Colleges propose une once d'americana, là aussi les lobes d'oreilles frétillent et dansent sur l'orchestration brillante des claviers et des voix alliés. Blinded By The Flash invite à une balade sous l'orage, la pluie, la neige et dans la mémoire dévoilée par le climat . Sur Blessed Blush, l'esprit charmeur et romantique d'Abe réapparait via l'accompagnement de guitares habitées. Candles & Thread de 37 secondes précède le pénétrant In The Woods, puissant dans sa construction impressionnante, voix, guitare, piano et l'accordéon de Trevor Allan Davies, imagé par les mots et l'instrumentation, qui parcourent les côtes canadiennes, les landes écossaises où Abes a vécu et l'élégant sud de l'Angleterre, est représentatif de l'ensemble splendide de Reports Of Snow.
ReichenbachFalls


jeudi 12 février 2015

Robin Leduc

"Justicier des forêts cathares, ce Robin là se rallie à la cause de la pop française se frottant au despotique rock anglo-saxon. En 2007, Robin Leduc entre en résistance avec la bande de maraudeurs, The Pacemakers : Valentin Montu à la guitare, Jean Thévenin à la batterie et Romain Corvez à la basse et leur opus Robin Leduc and the Pacemakers. Ensemble, ils partent sur les routes du royaume pour restaurer la gloire des paroles en français et forts de leur prouesse de 10 titres, ils s’emparent de la bonne presse rock de l’hexagone.

Arrivé dans les années 2000 à Paris, quittant sa Carcassonne natale, Robin Leduc est un musicien talentueux qui s’essaie en premier lieu dans les arrangements et à la production pour d’autres artistes. En rencontrant les Pacemakers, des compositions dans son carquois, il commence dès 2004 à fréquenter les scènes, les show- case puis les radios et les salles de concerts.
Animé d’une large culture musicale américaine et anglaise, Robin aime manier le français dans ses textes. L’exercice périlleux et difficile donne un résultat magnifique. Multi-instrumentiste, Robin offre du banjo (Offense), des guitares et cuivres à tous vents. Artisan à la voix d’or, ses textes à la fois réalistes, poétiques, lyriques, sont tantôt acoustiques , tantôt symphoniques. Les archets (l’Autruche) et claviers frôlent les jouets musicaux (Adulte), tels que le mélodica, tambourins, xylophone, toys chers à la pop de Tom Waits, David Bowie dans Space Oddity ou encore à notre national David Fenech. Les instrumentations variées donnent un côté virevoltant, du groove original et dynamique.
2010, Leduc revient avec dans ses serres un ep 5 titres annonçant un nouvel album en septembre prochain. Cela faisait longtemps que je n’avais pas reçu un ep si agréable tant sur le plan tactile, visuel et auditif. Le disque est présenté dans un papier raffiné, le double cd offre une vidéo en bonus où l’on découvre l’univers et la fibre de Robin Leduc. Les chansons fleurent bon la french pop qui plairont aux amateurs de DominiqueA ou de Philippe Katerine à qui je pense en écoutant Ma dose de moral agrémentée de toniques clap-hands. (....) Si Robin est un brigand pour certains, c’est aussi un chevalier pour d’autres, et une légende naissante de la nouvelle vague pop française."
Extrait de mon billet sur le site Benzine Mag en 2010, intégral là : RobinLeducBenzine

Cette même année 2010, l'artiste signe son album Hors-Pistes qui contient les cinq titres du EP et six inédits dont le titre qui ouvre le disque Je casse tout, à l'ambiance élégamment pop jazz qui rappelle d'emblée le style de son auteur. L'humour est présent dans le texte et l'accompagnement calme voire débonnaire sur des mots tranchés "je casse tout, que ce soit bien clair entre nous". Puis l'esprit mutin poursuit sur Ma dose de moral, aux guitares redoutablement belles accompagnées des clap-hands et des choeurs joyeux entrainants où le chant volontairement alangui fait opposition au tempo exalté. J'écrivais en 2010 que Laissez-Moi Passer "avec sa rythmique afrobeat ensoleillée, son saxo perçant", trompétaient avec gaillardise et ce rythme intime s'explique quand on apprend que Robin Leduc est né et a grandi en Afrique. Pas d'inquiétude est une balade pleine de poésie qui emmène en voyage.
Mes idéaux, qui parcourt avec ennui les "rues d'amsterdam" plonge dans un joli désenchantement alterné avec des cuivres, une basse et une batterie envoûtantes. Tu montes et moi je descends est plus allègre sur des arrangements pop avec des choeurs, instruments à vent émerveillés et clavier, suivi du piano qui offrent un bouquet de notes réjouissantes. Le thème marin est abordé avec un argot fin et touchant, une la fibre romantique comparable à celle de Renaud sur Zuydcoote Song où les guitares surfent sur la rythmique ornée de fantaisie. Offense suit, toujours proposant une atmosphère carte postale "avec le sable qui colle à la peau" pour parler d'une rupture sentimentale habillée d'un saxophone à la mélancolie géniale. Les cuivres débarquent sur Coin de Rue, écrit avec beaucoup de talent, les mots, les syllabes appuyant excellemment bien le tempo accrocheur et entêtant. Le tout  s'allie au chant vraiment beau de Robin et à l'instrumentation fort réussie. Mais qu'est-ce que ça peut faire ? avec sa rythmique ensoleillée digne d'une biguine est, comme si bien le faire l'auteur-compositeur, opposée parfaitement au thème hivernal. Watch the rain termine l'écoute avec un texte en anglais et une mélodie parée d'une multitude d'instruments poppeux au possible pour donner forme à l'étendue des dons et du savoir-faire du compositeur, arrangeur et producteur Robin Leduc. En 2012 sort le single Made In offrant un moment mélodieux et savoureusement frenchy.
RobinLeduc



lundi 9 février 2015

Courir les rues

C'est Maxime Tailliez qui est auteur-compositeur-interprète de Courir les rues, qui s'inspirera des vers de Raymond Queneau « Courir Les rues, battre la campagne, fendre les flots » pour monter son groupe en 2000 à Cergy où il grandit dans une famille d'amoureux de la musique. Il y a beaucoup de vinyles à la maison, un père guitariste, un frère et deux soeurs qui sont violoniste, pianiste et clarinettiste. Maxime commence par le violon, puis s'éprend de la guitare. Le groupe d'abord trio court réellement les rues en jouant essentiellement des reprises, beaucoup de jazz sur les marchés. Puis sort le maxi Week-end sur la Croisette en 2003, comprenant des morceaux composés et écrits par Maxime pour une guitare, une trompette et un accordéon qui s'accordent sur des airs entrainants et festifs. En 2004, les musiciens assurent nombre de concerts à Paris et au courant de l'année l'équipe se fleurit d'une ribambelle de musiciens, d'un ingénieur son et d'un manageur pour entrer en studio et enregistrer une première maquette en 2005 au joli nom de Pédalo n°9. A la contrebasse, il y a Louis Galliot, à la trompette Nicolas Bruche, au trombone Fabien Cyprien, les trois saxophones Sébastien Tondo, Raphaël Illes et Jean-Hervé Michel qui joue aussi de la clarinette et de la flûte. En 2006, s'ajoute à la bande de joyeux drilles Jean-Baptiste Bridon à la trompette et clavier. En 2007 sort le premier album au nom éloquent De l'autre côté l'herbe est verte qui les mènera à jouer dans diverses salles parisiennes et plusieurs festivals comme à Dublin, à Bruxelles, à la Rochelle pour les Francofolies, au Laos et en Allemagne. Dans une veine jazzy big band, la famille Courir les rues s'agrandit en 2009 avec l'arrivée du batteur, percussionniste Julien Charbonnier qui précède le deuxième album Garçons sensibles en 2010, disque bichonné aux arrangements par Julien Perraudeau. Tandis que les dates de concert se bousculent, Courir les rues crée un spectacle vivant en parcourant la France de Pau à Chambéry en s'entourant d'autres artistes et de jeunes élèves de collèges impliqués dans le projet. Frénétiquement proche de son public, assoiffé de concerts, le groupe en 2013, composé de Maxime Tailliez à la guitare et chant, Olivier Ronfard à la guitare, accordéon et chant, Jean Baptiste Bridon à la trompette, clavier et chant, Julien Charbonnier à la batterie et aux percussions, Paul Motteau à la basse et contrebasse signe un troisième album pop réalisé par l'excellent auteur-compositeur-interprète et réalisateur, producteur Robin Leduc.
En Septembre 2014, Manuel du faire semblant voit le jour.


L'album s'ouvre sur un West Coast fourni de tempo jazzy, des cuivres, un chant délicieux qui accompagne le texte décrivant les amateurs de séries américaines en guise d'échappatoire, parce que vivant dans les banlieues, fantasment sur les paillettes hollywoodiennes. L'écriture est élégante, pas moraliste, mais plutôt réaliste. Comme sur Ici ou là, un peu pinçant et moqueur mené par les guitares voltigeantes et taquines dans la veine de Brassens, sur des cuivres magnifiques. Je souris (L'art de l'hypocrisie), mélopée pop savoureuse a vraiment accroché mon attention, peut-être par son rythme digne d'un Melody Nelson de Gainsbourg et ses arrangements fins, habillés de la voix sublime de Maxime. Cette même sensation, ce charme et cette envie de danser persiste sur La bétonnière (Construire pour mieux détruire) avec un rythme caribéen gorgé de soleil et d'"étoiles" pour évoquer la pollution de l'air et du paysage urbain. Attends-moi (Aimer sans aimer vraiment), comme Je souris, est une ode à l'hypocrisie amoureuse et l'art des faux semblants dans le couple sur une mélodie bouillonnante. Puis la batterie vient orner avec les cuivres, les guitares et les violons L'armée des gueules brisées pour décrire les travailleurs qui s'usent à leur tâche, leurs visages monotones et fatigués mis en musique magnifiquement. La guitare acoustique, les percussions, l'accordéon, la trompette font entrer Le jour des fleurs dessinant les faux sentiments des visiteurs de cimetières qui s'épanchent facilement. Quand Dancing (Savoir intérioriser la jalousie) arrive sur la platine, de manière suave et langoureuse, on sourit inévitablement. Les mots drôles décrivent un pressing où un type un peu bruyant se croit au dancing, ambiance succulente, truculente où la lessive et les tambours deviennent presque sensuels grâce au brillant ensemble de cuivres. L'écoute se poursuit avec le superbe Nice, et sa basse magnifique, sa guitare délicate, le chant toujours cristallin de Maxime pour là aussi dénoncer le côté "branchouille" de la ville et ses laveurs de carreaux qui ne côtoient pas les palmiers. Les claviers mariés aux guitares, la basse à la batterie, savamment dosés, forment un titre pop excellent suivi du jazzy On ne se comprend pas (Ou comment rester ensemble) avec sa contrebasse, ses percussions posées avec finesse pour entonner des "la la la la" et souligner le malentendu dans le couple. La ritournelle boucle l'album avec une mélodie légère et ronde de tempo, où Maxime joue avec les mots à la façon de Queneau tout en rendant hommage à Paris et ses quartiers, ses femmes pour finir avec beaucoup de poésie ce très beau et touchant Manuel du faire semblant.
CourirLesRues



samedi 7 février 2015

Horsebeach

Originaire de Manchester, Horsebeach est le projet du jeune Ryan Kennedy âgé de 23 ans quand son opus éponyme sort en Octobre 2014. L'anglais inspiré par le style de Ducktails et The Real Estate s'inscrit dans la lignée de ces deux groupes et compose avec un don instantané ses propres compositions. Les dix titres de Horsebeach, pop surf, pop lo-fi, pop rock, sonnent spontanés bien qu'ils soient élaborés à l'écriture, à l'interprétation et arrangés, mixés avec finesse par l'artiste lui-même. Pour ce faire il s'est enfermé chez lui 15 jours pour se consacrer corps et âme à Horsebeach, enregistré d'abord sur un quatre pistes, puis sur ordinateur. Quand il ne compose pas, le musicien travaille derrière le comptoir de Piccadilly Records, à vivre la musique en la rangeant dans les rayons, à vivre de sa passion. Dès Faded Eyes, nos oreilles sont propulsées dans un univers pop digne des grands groupes de la scène anglaise des années 80 et 90 qu'il chérit. Langoureux et amoureux, le thème "These words are all that I leave, You were the first, and you’ll be the last" embrasse à la perfection les notes bondissantes et dansantes. Yesterdays mélancolique mais rythmé avec élégance offre là encore le chant de Ryan Kennedy convaincant, absolument juste et beau. L'estival et ensoleillé Even décharge une haute dose de tempo avec une batterie et une guitare au son noisy, garage, où l'on distingue clairement l'influence de l'artiste qui avoue "My biggest influences come from 80′s jangly stuff like Galaxie 500, Sarah Records etc".

Horsebeach est comparé à The Orchids et The Field Mice, comparaison qui ravit le musicien et qui cite dans une interview un tweet les concernant : "Everyone should listen to Horsebeach, they are the best thing to come out of Manchester since The Smiths".
A l'écoute de A Place like This, puis l'instrumentale June, qui donne envie de faire des cabrioles, oui, cela ne fait aucun doute que Horsebeach se frotte à de grands noms de la pop. Midnight et sa basse princière, orne la mélodie nocturne d'un clavier parfait et d'un chant intime efficace avant le fringant What Problem? qui pousse par son rythme sautillant dans les cordes des guitares de Ryan Kennedy et de Dan Booth, la batterie de Matt Booth, la basse de Tom Critchley, à repartir pour une gambade guillerette. Puis Dull, enveloppe derechef par sa mélodie fraiche, pleine d'entrain, avec des arrangements justes, un chant en écho excellent, des guitares qui jouent à faire des pirouettes et des loopings charmants. Sensations et sentiments sont au rendez-vous sur Cold Hands avec des mots en boucle qui eux aussi rebondissent et collent de façon évidente à la musique "A dream of life, A sectile heart, No time to waste, If we could find some more time, I’d still waste it right here with you". Après l'été dans Even, le printemps et June, l'hiver de Cold Hands, Horsebeach se termine sur un superbe automnal Beneath Our Feet. L'album, magnifique, même par sa couverture éloquente so british, est mon deuxième coup de coeur de l'année. Il est d'ailleurs "sold out". Je persiste à adorer le style sublime, la qualité mélodique et le jeu somptueux de Ryan Kennedy à l'écoute du dernier single Disappear/Let you Down qui sortira le mois prochain le 9 Mars 2015. Autant le commander sans tarder!
Horsebeach


Forever Pavot

Forever Pavot est un auteur-compositeur français qui offre des guitares au son planant, résolument sixties, des claviers psychédéliques, une rythmique groovy. Les compositions typées et stylées font mouche. Forever Pavot nous embarque dans son univers qui rappelle les mauvais garçons du drugstore ou du Palladium en 68, les vespa pétaradant sur Saint-Germain où les minets en clarks, burberry et Ray-ban qui écoutaient les Who en jouant au flipper. Les arrangements, dans la veine des premiers pas des Pink Floyd, Gainsbourg, Francis Lai, François de Roubaix, sont gorgés d'inspiration, et bénéficient d'une production irrésistible. C'est l'homme parisien originaire de la Rochelle, Emile Sornin, qui se cache derrière le nom d'artiste Forever Pavot, un musicien et technicien talentueux qui invente, crée et modèle ses morceaux comme un orfèvre. Au sein du groupe Arun Tazieff depuis 2011, Emile ne tarde pas à faire cavalier seul en signant dès 2012 un premier single Christophe Colomb/ Le pénitent passe, sorti uniquement en vinyle. A son écoute, on pense au bricoleur de brio Bertrand Burgalat parce que le jeune musicien bidouille et maltraite ses claviers pour en sortir des sonorités puissantes, savamment balancées et distinguées. Aimant l'image et le design en gérant des vidéos pour des groupes amis, son intérêt pour cet art s'entend tout au long des albums qu'il signe (en peu d'exemplaires et vinyles) qui sont concoctés à la sauce Morricone.

L'album Rhapsode suit en novembre 2014 et comme un parfum d'époque, les 12 titres du disque sont envoûtants, dansants, groovy, sensuels et cosmiques. Sans faire de la récupération ni de l'exploitation d'ambiance rétro, comme une pellicule de film, Raphsode se déroule avec modernisme dans la création et l'utilisation des technologies actuelles en studio. Electric Mami (clin d'oeil à la maison de Toulouse qui porte ce nom, où enregistre Aquaserge entre autres) entre en scène, avec son orgue digne des Zombies tenu par le maestro, flûte, basse, guitare jouée par Benjamin Glibert, batterie voluptueuse jusqu'au son pernicieux de Miguel El Salam qu'on imagine avancer tel un cavalier au son des chevaux au galop et de coups de fouet. Joe & Rose nous invite à rester dans une atmosphère de danger dessiné comme un paysage psychédélique sur les voix d'Emile en duo avec Catherine Hershey . L'ambiance psychotic reaction continue avec Rhapsode, ou guitare et orgue s'entrelacent sur des rythmiques et des choeurs. La fusion se poursuit sur l'instrumentale furieusement hantée et bien sculptée, Les naufragés de Nieul qui rend hommage à la petite ville d'Emile, Nieul sur Mer. La Rabla débarque offensive et belle redonnant presque vie à "Amicalement Vôtre", avec ses guitares électriques embrassant les tambourins. La mélopée magnifique est mixée par le musicien et ingé son Benjamin Glibert. Puis Le passeur d'armes, dans l'ombre de Robert Wyatt, est rythmée en diable tout comme Les cigognes nenuphars qui enchaîne. Le titre animalier n'enlève rien à l'ambiance sauvage et si finement composée d'une pléthore de cloches et d'une basse en habit de grâce. La voix d'Emile Sornin qui fait corps avec la musique y apparait si délectable que le plaisir continue sur Ivresse de pacotille, aux arrangements subtiles et nuancés. Le tempo alternatif est là aussi sur l'instrumentale Green Nap, enveloppante et contemplative avant la tonitruante petite merveille psychédélique Magic Helicopter. The Sound of Chehery Bell termine en beauté sur une flûte ensorcelante, un clavier décidé et une batterie, une basse et le chant de Forever Pavot, magnétique. Rhapsode est plein de 12 joyaux sixties psyché qui offrent un moment d'abandon, une sensation de voyage(s) et certainement une qualité mélodique bien rare dans le paysage pop français actuel.
BornBad


lundi 2 février 2015

Nischay Parekh

Mon coup de coeur de Janvier, c'est Nischay Parekh et son album d'Octobre 2013, Ocean. Véritable bijou sunshine pop, comportant 9 titres qui passent sur la platine à la vitesse de l'éclair tellement ils sont variés, superbement ficelés et produits à quatre mains par Nischay et Miti Adhikari qui a travaillé avec Foo Fighters, Nirvana, Radiohead, Pink Floyd etc. Ce musicien indien compose à Calcutta où il apprend âgé de 13 ans à jouer de la guitare, puis du piano, se met à écrire des chansons dans la foulée et passionné de musique intègre la Berklee College of Music à Boston, se partageant entre les Etats-Unis et l'Inde. Ce style de vie est présent dans ses textes, enjoués, soit lucides soit vulnérables, qui parlent de philosophie, de littérature, de voyages et d'amour. Après son premier projet indie-pop qui s'appelait The Monkey In Me avec Rohit Kapoor à la basse, Shoumik Biswas à la batterie et Subhagata Singha aux marimbas et guitare, l'artiste se concentre sur ses nouveaux projets en solo. A ses côtés, il y a le batteur Jivraj Singh, le bassiste Pedro Zappa et le pianiste George Matthew Dylan Varner-Hartley ; Ces deux derniers chantent dans les choeurs pour les morceaux faisant penser aux high Llamas ou côté français à Tahiti 80.

Au sein de l'hiver qui offre ses premiers flocons de neige, se laisser bercer par les notes chaudes, exotiques de Newbury Street est un délice ensoleillé de rythmes. Guitare acoustique, clavier et batterie galopent guillerets sur le chant mélodieux et fort agréable de Nischay dont le timbre de voix est comme un cocktail des voix de Paul Simon et Darwin Deez. Rêveur, l'auteur se promène mélancolique avec la tête pleine de pensées, de questions. Puis le vibrant Panda, qui fait dodeliner et donne envie de danser, révèle une maturité dans la composition et dans les mots plus décidés inspirés par le poète romantique William Blake "I used to be a panda, In my past life, I used to roam the forest, In the nighttime, Now I’m here, now I’m free, Now nothings going to bother me". Les sentiments s'exposent, explosent et balancent suavement sur un tempo bossa acoustique qui nous plonge dans une duveteuse nostalgie sur I love you baby, i love you Doll évoquant une fin d'histoire romantique. Hill se fait plus psychédélique et alternatif dans le style court et le chant en écho montrant que Nischay maitrise les techniques et mécanismes de la composition. Le coup de maitre réside aussi dans le fait qu'Ocean est enregistré en grande partie et tout le chant chez lui dans sa chambre. Le sensuel Philosophize est plein d'harmonies, avec un trait distingué electro-pop pour habiller la mélodie solide et le chant exact qui entonne amoureusement "I’ve got a New York state of mind, In Indian standard time, Sometimes it just don’t seem to fit, My heart is in a mess and my soul is in a fix" avant la fabuleuse balade Me and You, au boogie langoureux et aérien. L' imaginaire et le romantisme continuent de séduire sur Secrets, au texte poétique et à l'instrumentation old-school comme si le musicien nous offrait un récital au fond d'un rocking-chair sous un clair de lune. Puis Ghost dévoile l'intérêt de Nischay pour le jazz mêlé à la pop. Le titre est là aussi interprété d'une voix cristalline et sensuelle sur une guitare et une batterie rondes de sophistication pour s'immerger dans une ambiance magique et mystérieuse jusqu'au final avec Ocean, pop et bondissant, où l'auteur joue avec les instruments tel un jongleur. L'album Ocean est une première création de Nischay Parekh, une délicate bouffée d'harmonies, de mélodies colorées, de rythmes radieux qui reflètent la culture indienne, un régal pop pour faire passer à vos oreilles un hiver au chaud.
NischayParekh