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lundi 30 mars 2015

Nic Hessler

Nic Hessler est un musicien californien que je qualifierais de doué et très inspiré. Il commence son parcours musical à 14 ans avec un projet nommé Catwalk qui avait été remarqué par le label Yay Records et avait récolté une nuée d'éloges des médias. Le jeune artiste signe les singles indie-pop Shiny Girl en 2007, Past Afar en 2008 et Bona Fide, (Please) Don't Break Me, et One by Words en 2010. Nic a 20 ans quand il est subitement atteint par une maladie auto-immune, le syndrome Guillain–Barré qui le paralyse partiellement pendant 2 ans. Puis, le maestro se remet à la musique, composant, jouant tous les instruments et chantant. Le label Captured Tracks le signe en 2015 pour son premier album sous son propre nom ; l'album magistral Soft Connections, Nic Hessler le peaufine en tant que chanteur, guitariste, compositeur, auteur, ingénieur et arrangeur.
Soft Connections qui parait le 17 mars dernier est un disque qui fait vibrer, rêver et rend amoureux. Il est globalement varié, allant d'influences rock à la pop des Kinks aux XTC. Le garçon est avant tout un guitariste de grand talent et cela s'entend. Il y a un brio singulier dans ses paroles et une ampleur dans son chant. C'est un disque diamant avec plusieurs facettes, qui sonne évident alors qu'il est réfléchi et enregistré avec beaucoup de professionnalisme. Désormais en bonne santé, le musicien laisse transparaitre une volonté de fer et une énergie époustouflante dans ses compositions.

On en est convaincu à l'écoute du premier titre, évocateur, I feel Again. Batterie et guitares tourbillonnent dans une volupté rock, avec les mains qui claquent sur les choeurs sensuels. Le batteur Dan Allaire et le bassiste Arin Fazio brillent sur le poppeux et dansant Hearts, Repeating. La mélodie est rieuse, le tempo entrainant, le thème plein de sentiments et de promesses. Expel me resplendit et distribue généreusement des "papapa" avec des guitares jangle, de la power pop en bloc qui nous gagne subito l'épiderme. La balade Permanent est un bijou somptueux qui séduira la crème des amateurs d'indie pop. Le groove de Do You Ever? offre une basse grandiose, des guitares rutilantes quand All in the Night, en guise de déclaration romantique, propose une avalanche de rythmes, de guitares pop, rock, surf, accompagnée de la basse fulgurante d'Arin Fazio qui excellait auparavant dans Avi Buffalo. All around You est une splendeur de sons, d'orchestrations, du chant perçant et émouvant de Nic Hessler qui a écrit tous les textes de l'album dans son lit d'hôpital. Optimiste, bondissant de vie, Please, don't break me est savoureusement pop, groove, avec son ton alternatif d'or et de miel où Nic déclare sa flamme à sa douce "Flyin' on a roller-coaster, Fallin' in and out of love with you, Not quite sure where we're going, But I know we're gonna get there soon, I just wanna be the one for you". Nic Hessler nous invite à multiplier nos triple-axel sur Moonlight Girl et Into the Twilight où le jeune homme dévoile clairement ses sentiments sur des guitares qui cavalcadent et donnent la charge. Cet escadron de rythmes vigoureux qui orne les mélodies accrocheuses fait office de cocktail multivitaminé. Soon, you'll see Kristine est rond de sensualité et de notes savamment dosées entre le genre sixties et pop des nineties. Ce qui devient probant quand Soft Connections, le dernier titre, joue. On entend The Smiths, Go-Between, The Connells, Ride, the La's, Loyd Cole, Pulp, Shack, The Charlatans ; Si un des noms de la liste effleure votre attention, l'album de Nic Hessler vous est destiné. Le bonus track Disappear fait écho à I feel again, où l'artiste persuade qu'il ne va pas disparaitre. Avec ce somptueux et solide Soft Connections, Nic Hessler et ses 24 printemps ne disparait surement pas. Au contraire, il tamponne majestueusement le genre musical de son génie.
NicHessler

Lonely Tourist

Ecossais, vivant à Bristol, Lonely Tourist est un troubadour, un vrai musicien. Paul Tierney, originaire de Glasgow a en plus du don pour les mélodies, une manière de chanter qui fait resplendir toute la culture écossaise. Il est narrateur, conteur. Ses chansons nous embarquent dans des domaines ornés des brumes et des parfums des Highlands. Il y a une âme et une authenticité dans son répertoire qui touchent et accrochent l'oreille. Son chant est autant pastoral que mélancolique, sa musique est pop ou folk. En plus d'être auteur-compositeur interprète, généreux et passionné sur scène, Paul Tierney joue de la guitare, de la mandoline, des percussions, et de la basse. Son profil troubadour vient de ses textes qui racontent des histoires contemporaines ou passées, comme un passeur de témoin, avec une poésie et un lyrisme troublants. Après son premier single paru en 2010, Patron Saint Procrastinate l'artiste offre un disque précieux en 2011, Sir, I Am A Good Man comprenant 10 morceaux fabuleux. Ses rythmes, ses claviers, piano, guitares, mélodica, tambourin, batterie galopante, forment un album vibrant, vaillant, orné d'une pléiade de mélodies et de chansons brillantes allant du hand claps de Watch for The Sharks à l'intimité émouvante de Prince Of The World.

En 2012, l'exquis I Live Where You Are arrive avec 12 titres là encore fort inspirés et magnifiquement orchestrés où la voix pop de Paul Tierney est chatoyante. Le titre fait référence à son installation en 2010 à Bristol où il a rejoint sa bien-aimée. J'aime sa façon de jouer avec les sons, dosant avec finesse quelques samples dans ses introductions, habillant ses morceaux et nous invitant à le suivre illico dans son univers comme sur le rock de Jesus,The Don and The Dee ou Viking Jazz. Sick of the Weather est gigantesque de tempo, de cordes de guitares pincées, pleines de puissance et de fantaisie. La musique de Lonely Tourist, est arrangée essentiellement de guitares, basse, batterie. Cette base d'orchestration forme des mélopées simples qui deviennent monumentales comparables au dessin des frontières de la petite Ecosse et l'ampleur historique de l'empire écossais. Lonely Tourist nourrit ses chansons de guitare électrique et de piano, d'une voix solide comme un roc tout en nous faisant une lecture de la météo, des paysages, de ses états d'âme avec une retenue qui semble venue d'un autre temps, apportant une note gracieuse et élégante. Alors que le musicien chantait Sick of the Winter en 2012, il revient avec une intention similaire mais plus résolue en signant en 2014 l'album Shouting At Weather. Magnifique album, Lonely Tourist concocte onze titres aussi mélodieux, envoûtants, qu'un bouquet parfumé de notes pop offert par l'enfant du Flower of Scotland.
LonelyTourist



samedi 28 mars 2015

The Brahms

The Brahms m'ont accompagné cette semaine avec l'EP Meraki, sorte de pomme d'amour de cinq titres qui donne le taux de glycémie profilé au décollage du strapontin du métropolitain le matin. Dansant, amusant, Meraki respire la bonne humeur. Le groupe se met en place il y a deux ans, faisant d'abord des reprises, pour ensuite se lancer dans l'écriture et signer leurs mélopées le 3 mars 2015 qui portent la fibre des The Hives, 1990s ou The Rakes. Ils ont le talent et la technique confondus pour jouer des morceaux très efficaces et accrocheurs qui les emmènent sur a scène en 2014 honorer la première partie de groupes comme The Kooks, OK Go, Fear of Men et d'autres encore. Les quatre musiciens coopèrent complétement dans l'écriture, s'inspirent de ce qu'ils écoutent pour créer leur propre style et leur propre son. David West Meijer a beaucoup écouté Vampire Weekend, quand Tobias Moeken, Martin Brummelkamp et Thomas Burr se sont penchés sur des styles de musique totalement différents. Leur inspirations variées apportent une dose de pop, de funk, de sons entrainants sur un chant punchy. The Brahms participent l'année dernière au grand prix indie-pop des Pays-Bas, Popprijs Utrecht et le gagne. Les quatre étudiants enthousiastes sur scène, sur disque, après avoir travaillé et peaufiné leur EP pendant presque deux ans, ont joliment appelé leur EP Meraki qui signifie "mettre toute son énergie, tous ses efforts, son cœur et son âme dans quelque chose".


C'est avec le savoir-faire et la complicité du producteur Huub Reijnders que le groupe signe les cinq titres qui commencent par le bondissant Homerun, où batterie, guitare et basse déroulent des notes énergisantes. Lovers est aussi plein de rythmiques, de choeurs enjoués que de sarcasmes au sujet d'une relation amoureuse qui prend l'eau. Pourtant on a drôlement envie de sauter dans les flaques chaussés de bonnes bottes en caoutchouc à l'écoute de la batterie et du chant de David qui joue avec les mots et sa prononciation stylée. Puis la guitare électrique taquine dans She Moves, avec une basse revigorante qui donne une jolie colonne vertébrale et de la matière au titre multivitaminé. Golden qui est habillé de pop, de soul, de rock bombe le torse avec les choeurs qui entonnent "we are Golden, we are Rebels". Construite sur un schéma alternatif, Windsor maintient toujours l'envie de sautiller, de danser, de faire du moonwalk, tant elle offre une mélodie, un tempo déconcertant, un chant printanier, des arrangements superbes. Meraki est un manège enchanté de notes divines, de guitares endiablées, de rythmiques et de voix éclatantes de maturité. The Brahms travaillent sur un second EP que Piggledy Pop attend de pied (trempé et) ferme.
The Brahms joueront le 17 avril à Utrecht avec Ewert and the two dragons
TheBrahms
EwertAndTheTwoDragons

dimanche 22 mars 2015

Michael Brown

Certains amateurs d'indie pop se sentent orphelins depuis jeudi et l'annonce de la mort de Michael Brown. Créateur du groupe The Left Banke, il laissera une empreinte indélébile dans le monde de la pop, celui des compositeurs, des musiciens et des mélomanes. Michael David Lookofsky alias Michael Brown né à New-York en 1949 de parents musiciens et passionnés comme son père, Harry Lookofsky, violoniste, qui gère un petit studio à Brooklyn et qui aux débuts de The Left Banke, s'occupera des intérêts du groupe de son fils en tant que manager, producteur et éditeur. La petite entreprise familiale accueillera dès 1965 le bassiste Tom Finn, le guitariste George Cameron, le chanteur Steve Martin et le batteur Warren David-Schierhorst. Michael a 16 ans, prodige au piano, clavecin et orgue, il écrit et compose des chansons quand il rencontre Renee Fladen, alors la petite amie de Tom Finn. Elle sera l'inspiratrice de Walk Away Renee qui dans l'année 1966 deviendra très vite un hit et conduira The Left Banke a signer le premier somptueux album Walk Away Renée/Pretty Ballerina . Quand Michael compose le titre, il décide de le fleurir d'une flûte, étant sous le charme de la flûte solo de California Dreamin des The Mamas & the Papas, puis ajoute sa partie d'orgue et c'est papa Harry Lookofsky qui dirige l'ensemble de cordes, créant une mélopée pop-baroque incroyable. Michael voue un amour inconditionnel à Renee, présente dans le studio à l'enregistrement du titre. Michael avouera à ce sujet : " My hands were shaking when I tried to play, because she was right there in the control room," "There was no way I could do it with her around, so I came back and did it later." Renee sera plus tard sa muse pour l'écriture de Pretty Ballerina et de She May Call You Up Tonight, deux singles parus en 1967.


Avec son don pour orner les orchestrations, fleurir les harmonies et écrire des chansons aux instrumentations mélodieuses, riches et touchantes, Michael quitte en 1968 The Left Banke. Les musiciens ne s'entendent plus, l'ambiance est rock'n roll et Michael, estimant que ses musiciens de sessions ne sont pas si bons, décide d'enregistrer un deux titres, Ivy, Ivy et Suddenly avec d'autres, notamment le futur membre des Spinal Tap, Michael McKean et le chanteur guitariste Bert Sommer, connu pour avoir repris America de Paul Simon lors du festival de Woodstock. Michael Brown alors âgé de seulement 19 ans, n'a que faire des évincés et des vexations créées, et il part au beau milieu de ce rififi créer un autre groupe, The Montage avec lequel Michael nous offre Desiree. Il créera ensuite Stories en 1971 avec Ian Lloyd au chant avec là encore des pépites de Brown, comme Hey France; De nouveau, Michael Brown s'échappe vers d'autres horizons en 1973 pour monter The Beckies en 1976. Quelques soient ses projets, le jeune homme signe des mélodies pop, progressives, sculptées de cordes et d'arrangements classiques, griffés sixties, d'excellence qui des années plus tard vont inspirer des artistes comme Elliott Smith, Jens Lekman et Stuart Murdoch. Après le départ de Brown, en 1968 les autres musiciens de The Left Banke, Tom Finn, Tom Feher, fraichement intégré à la formation, George Cameron, Steve Martin, continuent sous le nom de groupe en signant un deuxième album The Left Banke Too qui n'aura pas le succès du premier bien qu'il porte des odes à la pop magnifiques selon mon avis, comme Dark is the Bark. Après quelques temps, Michael Brown retrouve The Left Banke en 1971. Ils remontent ensemble sur scène, mais c'est juste pour une courte apparition qui sera suivie d'une longue absence jusqu'en 1994 quand il enregistre l'album One of this Moment avec sa femme Yvonne, suivi de plusieurs sessions dans son propre studio entre 2001 et 2010 avec ses amis Tom Finn à la basse, Ian Lloyd au chant, Jim McAllister à la guitare et Jon Ihle à la batterie. Certainement un des plus grands compositeurs de pop des sixties Michael Brown s'est définitivement retiré le 19 mars 2015 à 65 ans. Sa femme dit dans une interview "In the last four months, he's been more active than he'd been for the last 10 years" "He had a suitcase full of tapes that were magnificent music".
TheLeftBanke


dimanche 15 mars 2015

The Da Vincis

Les ingénieux musiciens du Mississippi, The Da Vincis, se font connaitre en 2009 alors âgés de 17 ans avec le solide premier album See You Tonight. Dès les bancs du lycée, les trois compères font preuve d'une belle maturité en composant et jouant des mélodies construites et sculptées dans un style orchestral-pop fleuri de piano, guitares, ukulele, basse, batterie, mandoline et saxophone. Les jeunes artistes américains Andrew Burke, qui compose et écrit, joue de la guitare, du clavier, percussions et ukulele, Gavin Fields aux percussions, batterie et ukulele, Peyton Randolph à la basse et aux percussions, offrent également des textes tout autant réfléchis, riches de références historiques et cinématographiques. D'une qualité éclatante, les titres des The Da Vincis resplendissent dans le genre pop baroque, pop sunshine, appliquant un chant parfait, des arrangements et harmonies déjà très typés et singuliers.

Après un joliment osé Vermont de 33 secondes, à l'âme jazzy, piano bar, See you Tonight enchaine sur le sophistiqué Friend Request qui de façon générationnelle, évoque facebook sur un chant d'Andy éloquent et somptueux, un piano et une basse sautillants qui accompagnent efficacement l'humour éclatant de la mélopée. D'emblée l'esprit taquin et moqueur dans les mots et l'interprétation font penser à Dent May que The Da Vincis accompagnent d'ailleurs lors d'un concert. Le xylophone, les tambourins et la rythmique qui se marient aux sifflements de 50's Film font danser immédiatement, plein d'énergie et de décision. The Da Vincis continuent les notes entrainantes et vitaminées avec Nickels and Dimes qui invite "i would dance with you" dès l'introduction sur le clavier sixties enflammé, les doigts qui claquent avec style, la guitare et le mélodica endiablés qui donnent non seulement envie de danser mais aussi de tenter pirouettes et sauts périlleux. L'excellent Hôtel Elysée, pop lounge, boogie, lance le chant d'Andrew, splendide et mutin. Le tempo rondement mené, à l'allure du galop, est ajusté aux arrangements electro-pop fripons et futés. Oh My Gosh, charmant, élégant, poursuit avec une orchestration subtile, où la batterie et le piano embrassent les mots galants d'Andy. Les mélodies alternatives portent une âme sixties impressionnante, une candeur maitrisée et l'amusement, le plaisir, qui en émanent, apportent un beau brin d'insouciance et de bonne humeur comme sur John Wayne. Le soleil, l'enthousiasme, le sourire sont au rendez-vous sur Standing In Line où l'orgue psychédélique, pop garage, assuré par Misha Hercules, fantastique, les guitares, la rythmique se mêlent aux choeurs volontaires, vivifiants pour conclure sur 8 minutes sublimes. See you Tonight, brillant, fantaisiste, contient absolument tout ce qui fait sensiblement du bien dans la musique. Après cette pièce pop fabuleuse que je classe dans le top des albums de Piggledy Pop, The Da Vincis signent en 2012 le single Green Light qui annonce l'album 3 titres Somebody Say Something. En attendant la suite, je conseille l'écoute des nouvelles chansons d'Andrew Burke de 2014, Millennial, alliant l'enchantement et l'apanage qui plairont aux amateurs de pop.
TheDaVincis


Paddy Hanna

Paddy Hanna fait partie de ces artistes prolifiques et complets, auteur-compositeur et interprète au coeur de quatre projets, il joue de la guitare, du clavier, de la batterie et aime la scène où il est comme un poisson dans l'eau. Basé à Dublin, l'irlandais est actif au sein des groupes Grand Pocket Orchestra, Skelocrats, Ginnels et No Monster Club. Il n'arrête jamais et assure avec Ginnels l'enregistrement et la présentation en tournée de deux albums, Plumes de 2013 et A Country Life en mars 2014. Auparavant, avec Grand Pocket Orchestra, il y a en 2012 Ronald & Sylma, la même année avec Skelocrats il y a The Complete Skelocrats. Encore tout chaud sorti de la matrice en février 2015, People Are Weird est le sixième album des No Monster Club, groupe né en 2009 . Depuis 2013, Paddy se lance dans son aventure solo et signe sous son nom un merveilleux premier album Leafy Stiletto en janvier 2014. Concocté avec son entourage amical composé de Mark Chester (Ginnels) à la guitare, Bobby Aherne (No Monster Club) à la basse, Enda Canavan (Grand Pocket Orchestra), l'album de 12 titres offre un Paddy, excellent, qui écrit, arrange, joue de la guitare, de l'harmonica et chante.

Pour fêter la Saint-Patrick en communion avec les amis irlandais, Leafy Stiletto est l'album parfait à savourer. Pop, dansant, harmonieux, le disque est croustillant de mélodies, techniquement sublime et Paddy y chante comme un rossignol punk sensible au retour du printemps. Sa voix, puissante et solide, s'amuse à faire des loopings. Sur les guitares et la batterie palpitantes de Rosslare Tapes, le texte nous emporte dans les couleurs et les parfums des routes où la musique le mène. Les pieds sur terre, l'artiste fait voltiger les notes d'harmonica sur Join the army. On retrouve le joyeux psychédélisme poppeux de Yo La Tengo, le lyrisme de Jonathan Richman, la grosse caisse des Lucksmiths dans l'univers musical de Patrick Hanna. Il y a aussi la pop sixties dans les riffs de guitare qui font penser à Jeff Baron sur Mind's wearing make up où l'interprétation de Paddy est majestueuse. Les arrangements alternatifs sont entrainants, ficelés et construits autour d'une basse chevaleresque, accompagnée avec brio du tambourin sur Leafy stiletto à la rythmique langoureuse où le chant écorché est du miel. Puis la tumultueuse et dansante My one good eye arrive avec son tempo endiablé et virevoltant à l'image du "carrousel" évoqué, et est suivie de la fabuleuse Rattling chains qui accueille Jill Redmond en duo. Face in the gravel propose une ambiance plus folk, qui parle également d'une expérience personnelle, de la musique et d'un regard, thèmes récurrents joliment décrits par l'auteur-compositeur.

La pop psyché rode gaillarde sur Heaven of heavens avec un chant proche de celui de génial David J mêlé à celui de Lou Reed, quand le bondissant Barry White débarque avec sa batterie et son texte ravissant, mitonné avec drôlerie comme The flesh of Julie Andrews qui là encore nourrit l'album de références sucrées et imagées. L'harmonica resplendit sur la mélopée galopante et fraiche, distrayante qui montre toute la passion et le talent qu'appose Paddy Hanna dans ses composition. On this pier too long qui est griffée The Smiths, sonne absolument pop et spontanée, renvoyant à l'atmosphère iodée présente dans le premier morceau. Mud, pépite folk acoustique où la voix voluptueuse de Paddy conclut l'écoute avec intimité, beaucoup d'esprit et de style. Paddy Hanna est un personnage, un musicien inventif et généreux qui délivre sur disques et sur scène son monde musical fleuri et varié fort stimulant. Je vous invite à découvrir le label Popical Island qui est un collectif de tous les groupes Dublinois cités et regorge de talents.
PaddyHanna
PopicalIsland

dimanche 8 mars 2015

Belle and Sebastian - Girls in Peacetime Want to Dance

Le groupe écossais Belle and Sebastian voit le jour en 1995 au sein de l’université de Glasgow où certains groupes peuvent bénéficier d’un studio pour enregistrer. Stuart Murdoch et Stuart David s’y rencontrent et écrivent des démos qui accrochent le label local Jeepster. La paire de Stuart étoffent leurs morceaux en la compagnie de Stevie Jackson, Chris Geddes, Richard Colburn et Isobel Campbell. Les Belle and Sebastian signent en 1996 l’album Tigermilk. Les compositions pop de la bande écossaise séduisent et traversent le Royaume-Uni. La même année, un deuxième album apparait, garni de mélopées savoureuses, If you’re Feeling Sinister. Jeepster réédite les deux premiers albums puis en 1998, les écossais signent The Boy with the Arab Strap et en 2000 Fold Your Hands Child, You walk like a Peasant, sans compter une pluie de Ep. 2001 marque un passage pour les Belle and Sebastian parsemé de plusieurs changements : Isobel Campbell quitte le groupe, les signatures sont désormais sur le label Rough Trade. Sarah Martin intègre l’équipe au violoncelle ainsi que Mike Cook à la trompette pour bientôt, tous deux, en faire partie officiellement. Puis arrive Bobby Kildea qui assure la basse suite au départ de Stuart David.


Belle and Sebastian, fort lié autour de Stuart Murdoch, remet la main à la patte en 2002 avec le ep Legal Man qui lance vraiment la renommée du groupe qui signera dans la même année, la BO du film Storytelling. Le sixième album Dear Catastrophe Waitress apparait en 2003. Après une belle et longue tournée internationale qu'effectue la bande, il nous faudra attendre 2006 pour savourer The life Pursuit et un album live BBC Sessions. Entre temps Stuart Murdoch ne lésine pas et continue de travailler sur des compilations et l’album comedie musicale God Helps the Girl de 2009. Le 11 octobre 2010, les Belle and Sebastian nous font le cadeau sublime Write about Love comprenant 11 titres galvanisants, resplendissants. Murdoch s’est entouré de ses acolytes et artistes comme Norah Jones, l’actrice Carey Mulligan, ainsi que des musiciens du LA’s Section Quartet.
Belle&SebastianGodHelpTheGirl2009
Belle&SebastianWriteAboutLove2010

L'année 2015 commence très fort sur le dancefloor indie-pop, grâce notamment aux Belle and Sebastian qui avec 25 ans de métier, ne baissent pas la garde et offrent le fabuleux Girls in Peacetime Want to Dance le 20 janvier dernier. Dans l'air du temps, ne négligeant aucun détails, Stuart Murdoch signe un album au titre qui déjà fait valser les yeux et qui évoque tous les sujets de notre époque, la paix, la guerre, l'âme slave présente dans les sonorités russes des arrangements, l'indépendance politique, la religion, l'amour etc. L'actualité est aussi présente dans les arrangements modernes ultra-dansants, comme le souhaitait Murdoch qui insidieusement concocte un album concept autour du thème de la danse. Peaufiné et subtil, l'album exécute une sorte de tournée musicale des grands ducs, revisitant des styles d'harmonies variées, inspirées, des sixties aux eighties ou griffées confortablement par le XXIème siècle. La magie Belle and Sebastian opère à l'écoute des douze titres qui arrivent les uns après les autres sans se ressembler, proposant sensations, surprises jubilatoires et l'envie irrépressible de danser. Girls in Peacetime Want to Dance est magnifique et réussi.


L'émotion tenaille quand 10 jours juste après les attentats à Paris qui ont frappé notre ville, décimé les nôtres, l'album tant attendu des écossais arrive et débute sur le titre Nobody's Empire et ses paroles "Lying on my bed, I was reading French, With the light too bright for my senses, From this hiding place life was way too much, It was loud and rough round the edges....On the edge of nobody's empire, And if we live by books and we live by hope, Does that make us targets for gunfire? Now I look at you, you're a mother of two, You're a quiet revolution, Marching with the crowd, singing dirty and loud, For the people's emancipation". Avec sa jolie pudeur et sa flamme poétique, Murdoch compose une mélodie splendide, sculptée et écrit un texte plein de nostalgie, de lucidité en peignant un tableau autobiographique révélant pour la première fois sa maladie enfantine qu'il dévoile dans une interview : "absolutely the most personal [song] I’ve ever written". La veine vibrante Belle and Sebastian continue avec Allie qui commence sur les papapapa de Stevie Jackson et la voix merveilleuse de Stuart, "Allie, what would you do? When there's bombs in the middle east, you want to hurt yourself, When there's knives in the city streets, you want to end yourself" "You bought that gun 'cause you thought, You'd be someone else, 'cause the tricks in your head are a lie", sur des accords de guitares électriques scintillants, une orchestration pop fleurie de flûte traversière, d'un clavier virevoltant et d'une basse, batterie remarquables. Puis c'est le sublime The Party Line, morceau souverain pour se trémousser et balancer les hanches à tout va sur ses synthétiseurs mixés par le producteur de l'album, Ben H. Allen III qui produit et mixe aussi Kaiser Chiefs, Animal Collective, Jeremy Messersmith. Ben a d'ailleurs accueilli l'équipe écossaise chez lui en Georgie, USA, pour enregistrer ce neuvième album. Sublime titre, Party Line évoque la danse, mais aussi entre les lignes parle d'un pays divisé, d'indépendance. Lors du référendum écossais, Belle & Sebastian était resté discret et cela n'est guère surprenant d'entendre Stuart sur le sujet dans ses chansons. Comme toujours avec Belle & Sebastian, il faut tendre l'oreille pour saisir la finesse des mots, en capter le sens, pour se plonger dans son univers sans retenue. Sarah Martin interprète de sa fort jolie voix The Power Of Three, rythmée d'une basse splendide, de guitares et synthétiseurs sémillants sur un texte rond de symboles, de références comme Sherlock Holmes pour souligner la nécessité de rester lucide et serein face à l'adversité "Always keep your green eyes open wide Depth perception, a change of direction....We've got enemies and nemeses, There's a world of possibility, In everything you leave a clue".

Arrive un moment exquis de douceur avec le magistral The Cat With The Cream où le groupe de Glasgow de manière émouvante parle de monarchie, d'une reine qui jette ses enfants dans la rivière, de politiciens, de couteaux et d'histoire, entouré du The Laurels String Quartet qui fait danser les violons, violoncelles, et alto. Puis le tempo se déchaine via les synthétiseurs de Ben sur Enter Sylvia Plath pour là aussi donner matière à la réflexion tout en opinant du chef "In this time and place, There's no-one who will shoot you down, There's no-one who will take a gun, And tell us you can't have the world". Quand The Everlasting Muse poursuit, les rythmes endiablés passent au boogie jazzy qui alterne avec ses airs russes, ses mandolines grandioses et le chant de Sarah marié à celui de Stuart pour parler de musique, d'amour "A subtle gift to modern rock, She says, be popular, play pop, And you will win my love. Puis majestueux, Stevie Jackson vient offrir le frétillant et poppeux Perfect Couples qui sur un swingue adroit et déluré fait scintiller les guitares avant le somptueux Ever Had A Little Faith? Ce titre lumineux et mystique marque et reste en tête, se rapprochant surement le plus des morceaux classiques du groupe et délivrant un plaisir sans bornes aux fans. Play For Today débarque en surprenant avec sa mélodie digne de Mario Kart sur le circuit plage Koopa, ensoleillé notamment grâce aux rythmiques et à la voix de Dee Dee Penny qui accompagne celle de Stuart sur un texte plein de symboles et d'optimisme. Sarah Martin revient sur un joyeux et poppy The Book Of You, les bibliothèques et librairies étant des thèmes précieux au groupe qui ici nous offre une solide mélodie mise en exergue par les claviers, la batterie brillante et une ambiance écossaise avec sa pluie, ses vieilles photographies, ses livres et sa mémoire. Quand joue le dernier titre Today (This Army’s For Peace), la boucle est bouclée sur le thème éloquent, poignant, déchirant "Victims will be justified, The lame will be leaping, This army's for peace, Come out into the light". Ce même thème est finement mis en image par les Belle and Sebastian sur les pochettes et vidéos de Girls in Peacetime Want to Dance. Ce nouvel album des Belle and Sebastian est une production résistante extraordinaire, un disque pour danser doublé d'un message important à recevoir.
BelleAndSebastianSiteOfficiel

samedi 7 mars 2015

Jack And The - Dinner at the Andersons'

Etant fan de son initiative musicale, de son style, je suis fidèlement Julien Lonchamp alias Jack And The depuis maintenant 7 ans. Mes billets commencent généralement ainsi "J'ai un réel coup de coeur pour Jack and The. Sa musique est de la même veine que celle du fantastique groupe de Nancy Orwell qui a collaboré et produit le premier album Vacation (a pop manifesto). Enregistré en France par la main de maître de Jérôme Didelot, Alex Longo de Cascadeur, Thierry Bellia de Variety Lab et Christophe Inglebert, les magiciens d'Orwell, l'album est illustré par Olivier Godot" et se terminent comme ça "Sa voix swingue naturellement, Julien ou Jack...le fils spirituel de Harry Nilsson, des Kinks ou des Zombies, nous offre un bien bel album prometteur avec Vacation (a pop manifesto)" ou encore "...mélodie pop alternée de sonorités élégantes, typées comme sait les préparer Julien à la voix d'or qui joue aux guitares, banjo, sitar, clavier, glockenspiel, à la basse. J'ai hâte d'écouter ce prochain deuxième album justement nommé Melody Cycle. Si 2015 commence avec un album signé Jack and The, elle sera sous les meilleurs auspices musicaux".

Voici les nouvelles fraiches de l'artiste français qui vit toujours à Edimbourg avec l'EP printanier Dinner at the Andersons' qui comme le précédant, Saharian Sands, annonce l'arrivée de l'album Melody Cycle prévu cette année. En guise de deuxième extrait de cet album, l'EP est composé de 3 titres à l'ambiance old-fashioned savoureuse qui égrène des harmonies sunshine pop. Comme à son accoutumée, Julien Lonchamp s'entoure d'une ribambelle de musiciens pour les enregistrer. Le morceau qui ouvre l'EP, Dinner at the Andersons' offre dès ses premières 30 secondes, le clavier de Julien, la flûte de Sheila Rodgers et le saxophone de Ciaran Sutton, puis le vibraphone de Jacques Tellitocci se mêle à l'ensemble victorieusement. Le texte de Jack and The se joint guilleret au manège d'instruments pour nous conter un diner très british garni de ses sempiternels green beans et ses personnages décrits comme dans une carte postale victorienne.
Le décor est planté avec soin et ingéniosité quand The Duchess' Latest Whim joue du clavecin et de la basse sur la platine grâce à la dextérité de Julien, nous plongeant presque dans le monde précieux de Chapeau melon et bottes de cuir. Pour conforter cette douce impression, les arrangements pop bondissants sont fleuris de The Quintet Tarantino : Liam Ryan au cor, Kevin Foran et Martin Smutny aux trompettes, Chris Rooney au trombone et Brian Larkin au tuba. Son texte construit comme un scénario fait lever le sourcil et opiner du chef, magnifiquement accompagné de la basse qui s'entremêle au quartet avec brio. Puis les doigts claqués de Claudine Quinn sur Minimalist Life, son tempo endiablé, son violon fantastique tenu par Oona McFarland qui joue des cordes comme un jongleur et Johnny Taylor qui envoûte avec son jeu au piano termine l'écoute. Il y a en bonus pour ceux qui s'acquitteront de l'EP, le titre Le Cygne aux Yeux Bleus. Dinner at the Andersons' est indiciblement très beau, une franche friandise qui foisonne de mélodies pop et met l'eau à la bouche en attendant la sortie de Melody Cycle.
JackAndThe
JackAndThePiggledy2008
JackAndThePiggledy2014

A secret tonight from Jack and the