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dimanche 31 mai 2015

The Catenary Wires

The Catenary Wires est un duo composé de deux personnalités de la pop, Amelia Fletcher et Rob Pursey qui dès demain, le 1er juin 2015, nous comblera d'un album romantique et mélancolique, Red Red Skies, aux vibrations pop succulentes pour un été empourpré de notes amoureuses. L'album est le résultat d'une sorte de retraite, au fin fond de la campagne anglaise où le couple, ayant fait un break avec leurs projets musicaux passés, éloigné des salles de concerts, des magasins de disques, se retrouve avec une simple guitare à écrire des mélopées acoustiques pour deux voix. Le couple prend du recul pour gagner en sérénité, en fertilité dans la création. Je me demande s'il est possible que ce binôme, signé chez Sarah Records, qui oeuvre pour l'indie-pop depuis 1986 sous les alias Heavenly, Tender Trap, Talulah Gosh et Marine Research puisse être plus inspiré. Amélia a chanté pour The Wedding Present à ses débuts, puis The 6ths, a participé à l'album We Love the City d'Hefner, a accompagné au clavier et au chant The Relationships, The Brilliant Corners, Sportique etc, quand Rob commence en 1983 avec The Inane pour ensuite écrire, arranger, plus d'une vingtaine d'albums allant de Talulah Gosh à Hefner, Sportique etc. Ces deux artistes m'impressionnent et il semblerait bien que rien ne puisse les arrêter, ayant la musique pop dans la peau.

C'est ce qu'explique Red Red Skies. Dans leur retraite au vert, la composition, la forme de leurs mélodies sont différentes mais la tonalité, les thèmes et la musicalité sont viscéralement initiaux à leur univers. Tout les ramène à leurs sentiments réciproques mêlés et indissociables de leur passion pour la musique indépendante, pour in fine la mouler, la pratiquer, et joliment la vanter comme sur Intravenous qui ouvre l'album. "Intravenous, Nothing ever comes between us, It's the only way that we know ... Intravenous, Under my skin I’ve got you again, Till everything flows away " sont les mots chantés avec élégance pour décrire la dépendance déployée dans les relations amoureuses qui parfois se terminent tristement comme le souligne When You Walk Away, titre inspiré du roman de Leanne Shapton.
Puis l'ambiance romantique poursuit avec A different scene, léger et aérien comme un confetti dans le vent, offrant ce mariage si huilé des voix d'Amelia et de Rob qui contiennent des wagons de charme, sonnant évidents et naturels. Les leitmotiv, amour et musique, toujours liés et mélangés, sont évoqués sur The Records We Never Play et sur Throw another love song on the fire où la voix de Rob, hypnotisante, enveloppe d'une vague de chaleur pour décrire le regard que portent les artistes sur leurs premières chansons. Les sentiments amoureux prennent une forme fataliste délicieuse sur Too late, I love you interprétée comme un aveu délicat, intime, presque susurré à l'oreille, confession accompagnée de la guitare acoustique comme sur le sublime Like a Fool. Cette impression d'intimité est présente aussi sur le dernier formidable titre Things I Love qui énumère une série de noms de disques, d'auteurs, de peintres et de réalisateurs montrant que The Catenary Wires se nourrit de pop et d'autres formes d'arts. Il reste donc à patienter une nuit, sans sapin ni santa, avant de pouvoir commander Red Red Skies qui composé sans prétention ni ambition particulière puisqu'il était sensé rester dans les tiroirs d'Amélia et de Rob, entrera au top des albums 2015 sur Piggledy Pop.
CatenaryWires



Summer Fiction / Himalaya

Venant de Philadelphie, Summer Fiction est le projet guidé par l'auteur-compositeur Bill Ricchini qui enfant passe ses vacances en bord de mer du Jersey, souvenir de balades avec sa soeur sur la plage, son walkman sur les oreilles qui marque son esprit et son travail de musicien. Après un premier album Ordinary Time en 2002 dont le titre A mountain, A peak apparait sur le film Stuck in Love, puis un second de génie en 2005, Tonight I Burn Brightly, il songe à de nouvelles compositions et enregistre la plupart des titres de l'éponyme Summer Fiction chez lui dans sa chambre pendant deux ans en ficelant les arrangements avec ses musiciens à l'université de Pennsylvanie. Ce fan d'Harry Nilsson inspiré et talentueux, signe d'abord deux singles Chandeliers puis By The Sea pour aboutir sur ce superbe album pop et fondant en 2011.
Il y a davantage ici : SummerFictionPiggledyPop

Juin 2015 sera de bon augure avec la sortie tant attendue du quatrième album de Summer Fiction le 16 Juin prochain. Bill a travaillé main dans la main avec BC Camplight qui déjà avait participé à l'album précèdent et qui pour Himalaya, joue du synthétiseur, piano, orgue, percussion, glockenspiel mais est aussi producteur et arrangeur. L'auteur-compositeur américain qui pendant ces quatre dernières années s'est consacré à l'écriture, bougeant de Philadelphie à Brooklyn en passant par Mexico avec ses mélopées dans les bagages, débarque en Angleterre pour rejoindre BC Camplight. Ils enregistrent dans le magnifique studio Eve Studios, un cottage de plus de deux siècles dans le nord de Manchester. Dans ce lieu splendide viennent flotter les influences marquantes de Bacharach et de Nilsson avec une pointe de Johnny Marr dans les arpèges qui habillent les dix titres. Les deux singles, Perfume Paper et Lauren Lorraine, sortis ce printemps attisent ardemment ma curiosité. Himalaya est mixé et masterisé à Brooklyn par Joe Lambert qui a travaillé avec The National, Deerhunter, Panda Bear etc. Dans l'attente de ce bijou pop, à l'orchestration riche d'orgue, de clarinette, de violons, de cordes en cascade, proche de celle des Byrds, Beach Boys, Left Banke, je savoure ces somptueux singles.
SummerFiction




samedi 30 mai 2015

The Dreaming Spires

Les deux frères Robin et Joe Bennett apparaissent sur un EP à la fin des années 90 sous l'alias Whispering Bob et quittent leur Oxfordshire natal pour le grand ouest américain. En 2012, les deux musiciens reviennent avec un album qui dénote et se fait remarquer, Brothers in Brooklyn, sous le nom cette fois ci de The Dreaming Spires. Multi-instrumentistes, travailleurs acharnés, les deux anglais multiplient leurs collaborations avec Mercury Rev, Saint Etienne ou encore Gary Louris. Robin met en place Dusty Sound System, tandis que Joe peaufine en tant que producteur le projet Co-Pilgrim dans lequel il joue guitare et piano avec Michael Gale aux commandes.
Co-PilgrimPiggledyPop

The Dreaming Spires signent le 2 Mars 2015 l'album Searching for the Supertruth qui m'accompagne depuis plusieurs jours, se dévoilant attachant et meilleur d'écoute en écoute. Tous les titres sont habillés d'ambiances différentes qui s'alignent pourtant délicieusement sur tout le disque. On savoure les particules de brit-pop comme celles d'americana, de pop et de rock, arrangées avec goût dans le sillage des Byrds et des Beatles.
Searching for Supertruth est complet, nourri d'influences comme la tournée américaine que les frères Bennett font avec Marc Gardener de Ride, des deux années que Joe passe à New-York et de leur style british naturel issu de leur éducation musicale au sein d'une splendide campagne anglaise. Pour combler ce sentiment d'horizons colorés et variés, viennent participer à l'enregistrement divers talents comme le guitariste de Mercury Rev, Jason Sebastian Russo, le batteur habituel Jamie Dawson accompagné du batteur de Ride, Loz Colbert, Garth Hudson de The Band, John West et le jazzman Stuart Macbeth.
Still believe in You ouvre le bal avec ses guitares élégantes et puissantes qui virevoltent sur les voix fraternelles et les claviers alliés à la vaillante batterie. Jackson Brown et Fred Astaire, qui se glissent dans les paroles concoctées par Robin, accompagnent les étoiles porteuses d'espoir dans le titre. Le régal continue avec All Kinds of People et son chant vibrant, ses arrangements fins et dansants, aériens, voluptueux, qui développent illico des atomes crochus avec nos oreilles et nos orteils. Puis Searching for the Supertruth offre un moment musical, là aussi construit en échelle, évoluant en tempo, fleuri d'instruments, du banjo à l'ensemble de cordes, pour mettre en exergue la beauté et la poésie du texte. Les voix mariées des deux frères sont dans la veine des choeurs sixties des Beach Boys, gorgées de soleil. La basse royale, le clavier groovy de Strange Glue font diablement danser sur des paroles sensuelles et stellaires, décrivant la magique et inexpliquable attraction entre deux êtres. Les deux troubadours anglais voyagent pour faire connaitre leur travail jusqu'en Californie et nous le racontent avec beaucoup d'harmonies langoureuses, aux arpèges pleines d'americana sur le fantastique Easy Rider qui nous emmène à la dernière minute sur son tempo galopant.

Dusty in Memphis sillonne les territoires proches et lointains, de Paddington Station à la Nouvelle Orleans, de rivières en sentiers mystérieux, évoquant Mr Jones, la country music, traçant une autobiographie musicale qui annonce leur passion 'the music set me free'. Saxophone, guitares, basse, claviers, banjo, tambourin nous plongent dans l'univers harmonieux de références, d'introspection, de joie de vivre des Dreaming Spires qui proposent un savoureux et nostalgique We used to have partySarah Cracknell de Saint Etienne vient prêter sa voix. Le rock psyché de If I Didn't Know You nous invite à opiner du chef sur le chant limpide et mélodieux de Robin et sur l'accompagnement de Joe, à la guitare et au chant, essentiel. L'atmosphère pop de When The Magic Comes rappelle les accords tourbillonnants des Teenage Fanclub. Dreaming Spires avoue revenir au cottage après chaque aventure "I was always coming home", à Oxford, la ville des clochers rêveurs (dreaming spires) . Il revient aussi dans les bras de celle qu'il aime sur le suave et jazzy So Pretty, cadeau de pure délice de 7 minutes qu'on aimerait sans fin. Searching For the Supertruth est un pourchas de la pop parfaite que Dreaming Spires atteint et redistribue généreusement sur 10 titres. Les mélodies sont submergeantes, le jeu et le chant splendides et la réalisation, les arrangements sont impressionnants. The Dreaming Spires sculptent un album pétillant et juteux que je classe dans les meilleurs de 2015.
TheDreamingSpires

dimanche 24 mai 2015

King Creosote / From Scotland With Love

C’est Kenny Anderson qui concrétise le projet King Creosote depuis 1995 et joue aussi avec ses frères Ian alias Pip Dylan et Gordon qui mène son travail solo Lone Pigeon et en famille l’autre groupe The Aliens.
KingCreosotePiggledyPop2013
TheAliensPiggledyPop2008
Kenny Anderson est comme beaucoup de musiciens dans le monde de l’indie-pop un artiste complet qui ne véhicule pas l’image du musicien à instrument en bois et bonnet péruvien. Il conduit depuis les années 90 le label renommé Fence Records qui fusionne avec Warner, Rough Trade puis avec Domino Records qui signe depuis la plupart des sorties de King Creosote. L’auteur-compositeur écossais s’insurge contre le téléchargement pirate et décide de sortir sur son label uniquement des vinyles comprenant peu de titres, ce qui constitue au fil des années une quarantaine de disques. King Creosote me fait penser à un mariage entre Lloyd Cole et Gruff Rhys, de par des compositions pop, rock, folk liant des textes poétiques, la voix posée et magnifiquement mélodieuse et des instrumentations minimalistes ou orchestrales. Prolifique, talentueux, Anderson et sa veine familiale musicale aime s’entourer d’amis et travailler avec d’autres musiciens comme Jon Hopkins, producteur et compositeur qui est présent sur le Bombshell de 2007 mais surtout se joint en duo à Anderson pour le génial Diamond Mine de 2011. King Creosote collabore à d’autres albums et joue avec nombre d’artistes comme les Earlies, Meursault, Kid Canaveral, Malcolm Middleton, James Yorkston etc.

En 2014, l'Ecosse s'apprête à fêter un événement majeur dans le pays, le Glasgow Commonwealth Games. Pour accompagner les festivités, on misionne la réalisatrice Virginia Heath qui réussit à tourner un film sur l'histoire de l'Ecosse et toute son âme à base d'images d'archives. La cinéaste demande à Kenny Anderson s'il peut signer la bande original du long métrage From Scotland With Love et tandis qu'il se remet d'une jambe cassée, attend son premier enfant à naître, l'auteur- compositeur accepte. L'album du même nom que le film sort le 21 juillet 2014 comprenant 11 titres incroyablement beaux. Avec l'assistance du producteur David McAulay, la présence de son ami Paul Sauvage (The Delgados) avec qui il a travaillé déjà sur deux de ses albums en 2009 et 2013, également à la production, Kenny s'entoure aussi d'autres amis musiciens qui participent à l'enregistrement : Louis Abbott et Kevin Brolly (Admiral Fallow), Pete Harvey et Kate Miguda (Meursault), Emma Pollock (The Delgados) et le groupe de musiciens habituels de King Créosote, Derek O’Neill aux claviers, Andy Robinson à la batterie, Pete Mcleod à la basse, Kevin Brolly à la clarinette, le violoncelliste Pete Harvey qui arrange la section de cordes, et un choeur de voix.

Kenny Anderson qui compose, chante, joue de la guitare, de l'accordéon ouvre son From Scotland With Love sur le magique Something to Believe In. En regardant le documentaire qui lie des images d'antan, allant de l'industrie à l'éducation, toute l'épopée de la culture écossaise, les mélodies de King Creosote habillent divinement bien les images. La bande son se mélange aux morceaux de films anciens, en corolle, qui forment un bouquet d'images émouvant, poignant, plein de valeurs, mêlant sentiments et bravoure, délivrant la grandeur de l'Ecosse et de ses habitants. Batterie, piano et violons s'envolent sur Cargill, où la clarinette répond au délicat chant de Kenny qui accompagne les images poétiques et fortes de la dureté du feu des ateliers de production de bouteilles de whiskey à la fonte de métaux pour l'industrie navale. Puis Largs au rythme enjoué, enfiévré, nous emmène en vacances sur les plages animées du pays de l'enfance d'Anderson qui s'inspire directement de sa mémoire, de ses parents et grand-parents, de ce qu'ils lui ont transmis à travers cette troublante culture ancestrale "Likewise, there’s one set in the west coast one of the holiday towns, in Largs or Saltcoats. and I was able to think back to my own experiences of growing up in St Andrews when the Glasgow fortnight breenged into town". Miserable Strangers offre des partitions de claviers et de cordes qui donnent la chair de poule, titre qui évoque le sort des miséreux qui ont dû quitter le pays de force pour travailler à l'étranger. Les frissons ne nous quittent plus grâce à Leaf Piece, arrangé avec brio, qui relate des souvenirs personnels de son auteur qui dit avoir mis beaucoup de ses repères familiaux dans les textes "My dad's in this album a lot. There are a lot of songs on it that have little jokes in them for me, or for my dad. ..., "Leaf Piece", that comes from my mum, that's what she always called it – 'Don't forget your leaf piece!' It's a bag of crisps, or an apple, or a cheese piece. It was a big thing, it was the first break in the day when you were (harvesting potatoes). You couldn't wait to get your leaf piece. I think it's maybe meant to be 'leave piece' originally. I wonder if it got Anderson-ised" . Ce moment de grâce souligne l'âpreté de la vie dans la campagne au début du siècle dernier. Quand For one Night Only, formidablement pop, au tempo endiablé, où la voix de King Creosote danse légère comme une plume sur l'ensemble de cordes, l'épiderme est de nouveau à rude épreuve.

Bluebell, Cockleshell 123 et ses choeurs d'enfants, son clap-hands et Kenny à la guitare, magistral pour décrire des funérailles, surprend et enveloppe. One Floor Down enchaine sur une rythmique ensoleillée et des arrangements de cordes formidables, agrémentés de la mandoline de David McAulay, de claviers, sur des mots romantiques pour parler d'une histoire d'amour parfumée d'un autre temps à l'âme poétique encore vive. Crystal8 est un instrumental qui déroule un tapis de roses à Pauper's Dough, sorte d'hymne qui là encore, taquine sacrément l'échine parce que le titre est  superbement écrit et interprété. La chanson vient de Harper's Dough qui apparait sur l'album de 2000 12 O'Clock on the Dot, retravaillée pour From Scotland with Love par Kenny Anderson qui y sème beaucoup de lui, de sa propre histoire. L'album se termine sur une note de douceur avec A Prairie Tale, instrumental qui rappelle tout le caractère trempé de l'Ecosse, son identité et sa vigueur qui donne réellement envie d'y poser ses valises. Comme King Creosote nous a accoutumé à ses disques en format vinyle, il offre généreusement sur le double LP les bonus Favourite Girl, Steely Sea, Marie Celeste, Carry On Dancing, Hair of the Dawn, Return Ticket, 678, Bringing in the Bales. Je conseille le documentaire, le disque, le magnifique From Scotland With Love, élégant et captivant dans lequel King Creosote se révèle être un auteur- compositeur passionné et passionnant, un ambassadeur à la hauteur du projet.
FromScotlandWithLove



dimanche 17 mai 2015

The Orange Peels

Depuis le 5 mai 2015, Allen Clap est de retour avec son concile de troubadours rock'n roll, Jill Pries, John Moremen et Gabriel Coan(co-producteur) pour nous offrir un album pop, psychédélique et mélodique. Begin the Begone arrive après deux années, qui est un laps de temps raisonnable pour composer et écrire, mais qui peut aussi être long quand il s'agit de l'attendre. C'est pourtant la première fois que The Orange Peels concocte et signe un album en moins de quatre 4 ans. Depuis le mois de mai 2013, nous avons savourer Sun Moon et la patience valait massivement sa peine, car le groupe a enchainé les désagréments pendant la tournée (accident de voiture) et pendant l'enregistrement de ce nouvel album (changement de studio). De la Silicon Valley, le groupe a dû s'expatrier en pleine session dans les montagnes de Santa Cruz. Allen Clapp en dit son sentiment “It wasn’t your typical exit strategy, It was more like being beat up and kicked into an alternate universe". Avec de pareilles aventures, il est peu étonnant de retrouver un décor en mouvement, où les thèmes du voyage et du renouveau sient parfaitement aux chansons.

Retour sur The Orange Peels avec mon billet de 2013 : "Au début des années 90, The Orange Peels sont formés par l’auteur-compositeur et chanteur Allen Clapp qui depuis est à la tête de son label Mystery Lawn Music et producteur d’artistes comme Alison Faith Levy, Jim Ruiz Set ou encore The Corner Laughers. Avec Clapp à la création des Peels, il y a sa complice, la bassiste Jill Pries. Les californiens se font d’abord appelés Allen Clapp & his Orchestra, puis The Orange Peels est le nom adopté dès 1994 pour l’opus One Hundred Percent Chance of Rain. Album excellent, les Peels se font illico remarquer par les critiques, les radios et médias, gagnent un public de fans qui les suit sur les routes jusqu’en 1997 et la sortie du second album Square signé chez Minty Fresh.
Guidés par une veine pop, les arrangements sont parfois orchestrés avec des cordes, parfois rock, pop garage ou sunshine pop sur des choeurs et des mesures alternatives. Continuellement sur les scènes de San Francisco et de toute la côte, le groupe fait quelques modifications en 1998 et voit l’arrivée du multi- instrumentiste John Moremen qui participe à l’enregistrement du troisième volet en 1999, So Far. Début 2000, Clapp se consacre à une carrière solo pour revenir aux Orange Peels en 2005; Ce sera le label Parasol qui signe la réunification avec l’album Circling the Sun, estival et dansant à souhait."
TheOrangePeelsPiggledyPop2013

Begin the Begone est donc le sixième album du quator américain qui s'inspire du tumulte de cette année passée pour ses titres, écrit spontanément sur les événements et délivre des mélopées pleines de créativité. Les mélodies y sont toujours solides, efficaces et l'orchestration aussi touchante et réussie. La difficulté semble avoir apporté une dose d'endorphines aux vitaminés Orange Peels. Le résultat est vraiment bon avec l'opus Head Cleaner, offensif et rebondissant dont les cordes de guitares musclées, le battement de baguettes, le clavier sensationnel rappellent le bon souvenir de Felt ou de New Order. Evidemment, le texte et le chant d'Allen sont ajustés, liés dans la majesté. Fleeing the scene est tout aussi combattif parlant d'un départ d'abord subi puis assumé pour une belle renaissance 'run, run, run, from everything'. Le langoureux et magique New Moon est un brin psychédélique, atmosphérique, avec le sujet étoilé joliment marié aux arrangements fulgurants de modernité. Puis le magistral Embers vous cueille illico à l'écoute du tempo groovy, disco-pop, assez psychédélique pour entrevoir de l'humour et de la sensualité, évoquant le passé, le regret, et surtout l'optimisme et la perspective d'une vie nouvelle. Quand Tidepool vient nous caresser l'oreille avec son schéma instrumental et atmosphérique, nous flirtons avec la voie lactée. La batterie lâche les chevaux sur Post-Beam, fleuri de samples espiègles qui fait résonner tout le profil excentrique et spirituel du groupe, inchangé malgré les événements. Le caractère constant et content de la bande s'exprime totalement sur 9 où les hoo hoo qu'entonnent les musiciens 'you'll be mine, on the highway 9...we'll be fine" sur les guitares qui folâtrent joyeusement, excellentes alliées au synthétiseur et à la voix d'Allen, splendide et ardente. Satellite Song est une balade pop fantastique, une mélodie sensuelle cadencée qui fait agiter doucement les hanches pour accueillir des mots poétiques, 'gone, like the morning dawn, ... ', et qui nous fait voyager et partir vers de nouveaux horizons, prometteurs et meilleurs. Wintergreen, arrangé avec dynamisme et harmonie, conclut l'écoute avec une interprétation puissante, émouvante et grisante, où les notes voltigent et rayonnent. Rien ne semble pouvoir perturber le talent des Orange Peels, qui composent et jouent un grandiose Begin the Begone, abouti, ample et très inspiré. Un régal authentique, fort artistique, que je classe dans le top albums Piggledy Pop 2015.
TheOrangePeels
JimRuizSetPiggledyPop
CornerLaughersPiggledyPop


jeudi 14 mai 2015

Anna Marly




"A mademoiselle Marly, qui fit de son talent, une arme pour la France". Charles De Gaulle.

A bien des égards et à plusieurs titres, Elsa Triolet et Anna Marly ont fait rayonner de manière commune leurs âmes slaves, leurs forces de caractère et leurs sensibilités, pour consolider, exalter la Résistance Française. Ces deux femmes ont été essentielles à la France. Je conseille pour le comprendre Le cheval blanc d'Elsa Triolet et Anna Marly : Troubadour de la Résistance.

Anna Marly est une personnalité et un personnage. Elle nait à Saint-Pétersbourg le 30 octobre pendant la Révolution de 1917 au cours de laquelle son père fut fusillé par les bolchéviques. Avec sa mère, sa soeur et sa nounou, Anna Bétoulinsky quitte la Russie pour rejoindre la communauté russe à Menton au début des années 20. Sa nounou avec qui Anna a un lien particulier, lui offre une guitare pour ses 13 ans. Ce cadeau qui décide de son destin, elle ne s'en séparera jamais. Anna arrive à Paris en 1934, avec ses chaussons de danse et se fait engager rapidement par les ballets Wronska comme danseuse étoile. Mais la musique lui manque, alors elle écrit des chansons, se produit seule avec sa guitare sur la scène du cabaret Le Shérazade à Paris en 1935, tout juste ouvert depuis cinq ans. Dans l'assistance, personne ne peut savoir que la jolie troubadour est en réalité l'arrière-arrière-arrière-petite fille du comte Platoff, général cosaque qui, lors de la bataille de la Berezina en 1812, avait fait reculer Napoléon.
En 1939, c'est lors d'un concert en Hollande qu'elle rencontre celui qui deviendra son mari, le baron van Doorn et cette même année, elle devient la benjamine des membres de la sacem. Le 13 juin 1940, la guerre est là, les allemands aux portes de Paris, ville ouverte. Le couple prend la route de l'exode en direction de l'Espagne et entend l'appel du 18 juin. Ils atteignent le Portugal quand le mari d'Anna est convoqué à Londres pour un poste secret dans le gouvernement libre néerlandais exilé en Angleterre avec la Reine Wilhelmine depuis 1940.
A Londres, le couple se sépare. Anna, entourée d'"amis" s'engage comme volontaire à la cantine des Forces Françaises Libres et s'enrôle au théâtre aux Armées. 

"Ce jour-là, en Angleterre, je participais sur une base navale à un spectacle alors que j'étais en tournée pour le théâtre aux armées. Dans la coulisse, j'ai gratté sur ma guitare quelques notes de musique et improvisé quelques paroles où déjà je parlais du vol des corbeaux. Je suis revenue sur scène et me suis risquée à le fredonner en tapant sur ma guitare pour marteler le bruit des pas des soldats. La salle, enfumée, était bourrée de matelots. Quand mon chant improvisé fut fini, tous les marins anglais restèrent d'abord silencieux, presque recueillis. Un silence hypnotique. Puis tous ces jeunes en permission qui bientôt allaient repartir sur leur navire au large des côtes d'Angleterre se mirent à applaudir à tout rompre, à taper des pieds frénétiquement."

Parmi ses "amis", il y a Henri Frenay, fondateur du réseau Combat avec Berthy Albrecht (autre résistante essentielle dont je conseille également la biographie) qui vient l'écouter chanter au Petit Club français à Saint James Place en l'année 1943 et lui propose de venir assister à une réunion "amicale" avec sa guitare. 

"J'ai commencé à chanter pour ces Français qui, mystérieusement, courageusement, avaient franchi la Manche pour rejoindre d'autres Free French. Et j'ai fredonné mon chant russe pour les partisans de Smolensk. Même effet que sur mes petits matelots! Un grand gaillard chevelu et qui comprenait parfaitement le russe - je n'avais jusque-là jamais entendu parler de Joseph Kessel - s'est levé, enthousiaste, en s'écriant: «Mais voilà ce qu'il nous faut pour la France!» Le jeune homme blond - Maurice Druon - qui était avec lui ne cachait pas son émotion. Quelques jours plus tard, ils me proposèrent de nouvelles paroles: elles collaient merveilleusement avec la musique".

Le 20 mai 1943, le Chant des Partisans devient l’indicatif de l’émission Honneur et Patrie de la BBC et par la même, l'hymne du maquis. Entre temps, Anna rencontre Emmanuel d'Astier de la Vigerie grand journaliste, écrivain, résistant, qui a rejoint Londres après avoir fondé le journal Libération. Il lui écrit des paroles pour une mélodie qu'Anna joue depuis 1941; la complainte du partisan sera reprise par Leonard Cohen, Joan Baez, Lloyd Cole et bien d'autres, tout comme le chant du partisan, repris par Yves Montand, Jean Ferrat, Jean-Louis Murat, etc. Jean-Louis Murat dit dans une interview : "Mon petit dernier s’appelle Gaspard; je l’ai appelé comme ça car c’était le nom des maquisards dans le Puy-de-Dôme. ( N.D.L.R : Émile Coulaudon, dit Colonel Gaspard, héros de la résistance en Auvergne.)"


Anna Marly écrit : "La vie, notre vie, quelle blague! Nous ne savions pas qu'il y aurait la guerre, qu'il y aurait la faim et même la prison, lorsque nous étions petites, gâtées par notre mère qui nous fit voir un monde, un monde qui était comme sa maison. Nous n'avions jamais appris dans aucun livre qu'il fallait haïr et tuer pour vivre... Le choc de la guerre me donna des ailes mythologiques, je survolais le champ de bataille qu'était devenue l'Angleterre, noyant mon désespoir et celui des autres dans la course et la chanson.

L'E.N.S.A, le théâtre aux Armées britanniques, m'engagea pour une tournée de concerts, indéfinie. Au fur et à mesure que je composais, j'alimentais mon programme en anglais, en russe, en langue imaginaire même, pour amuser les soldats, mais les chansons françaises étaient les plus proches de mon coeur.

Et puis, sous le coup d'une inspiration subite, sortie de moi, toute faite, La Marche des partisans en russe et en sifflant, presque en même temps, une chanson triste au charme slave, une larme.
Le chef des émissions canadiennes fut le premier à m'inviter au micro de la BBC. Dans le studio d'à côté travaillait l'équipe des " Français parlent aux Français " que je rencontrais. Dès lors, j'eus mes grandes et mes petites entrées à la B.B.C. de Londres. À chacun de mes passages en ville, je leur apportais une nouvelle chanson. Je ne me souviens plus très bien qui me prit au Carlton Garden, le quartier général des Forces Françaises Libres. Bénévole, j'y entrais au service de la cantine. Et comme il n'y a pas loin de la soupe à la chanson, bientôt je fus de toutes les popotes : militaires, aviateurs, marins et parachutistes héroïques, ces derniers portant les couleurs belges. Je retrouvais mes gars un peu partout, incorporés dans les unités anglaises. Ensemble, nous reprenions à Glasgow ou à Édimbourg les tempo di marcha qu'entraîne le courage.

Le contact avec la France clandestine commençait à s'établir. Des Français à l'identité cachée arrivaient en mission. Je rencontrais Emmanuel d'Astier de la Vigerie, Joseph Kessel, Henri Frenay, Maurice Druon, Pierre Fourcaud, sans savoir qui ils étaient.

Nos soirées en marge de la réalité, purifiées par l'incognito et vibrant d'un même idéal, nous engageaient dans des liens des plus chaleureux.
Ceux qui m'ont connue alors m'appelaient la chanteuse de la Résistance. Mais j'étais aussi le Barde des Alliés.
(...) L'heure devenait grave. On attendait le débarquement. Pierre Lazareff m'introduisit à l'Heure Française de l'A.B.S.I.E. (Radio à l'usage officiel de l'information des États-Unis). Cette série d'émissions extraordinaires allait cristalliser, pour la première fois, un choix de mes chants de la Résistance et de la Libération, ils s'échelonnent sur les quatre ans de guerre, intimement liés à mes états d'esprit, a mes voyages, aux amis trouvés et perdus, à l'angoisse, à la mort, à l'amour. Époque de vie intense dans le danger, à laquelle j'eus la chance de survivre, y laissant peut-être le meilleur de moi-même.

En 1945, Anna Marly revient en France où elle est encensée comme une star. Elle fuit une nouvelle fois loin de la fièvre de la gloire, partant pour l'Amérique du Sud, puis l'Afrique, pour enfin s'établir en Alaska. Faite Chevalier de l'ordre national du Mérite en 1965 puis Chevalier de la Légion d'honneur, elle revient en France âgé de 82 ans, chanter Le Chant des partisans au Panthéon avec les chœurs de l'Armée française, en hommage à Jean Moulin à la veille du 60e anniversaire de l’appel du 18 juin du Général de Gaulle. Elle décède en 2008 emportant avec elle, sa seule arme en bandoulière, sa guitare, ses 300 chansons, son Histoire.
En bas des trois feuillets du manuscrit original classé monument historique le 8 décembre 2006, rédigés par Maurice Druon, à l’encre bleue titré Les Partisans, est ajouté en anglais à l'encre rouge : Underground Song. Dans la langue de Shakespeare, prendre le maquis se dit « to go underground »



dimanche 10 mai 2015

The Lilac Time

C'est en 1986 dans le Herefordshire que Stephen Duffy auteur-compositeur, son frère Nick Duffy compositeur et multi instrumentiste, accompagnés de leur ami Michael Weston forment The Lilac Time. Les frères Duffy portent mieux que jamais ce joli nom de groupe printanier trente années plus tard avec le nouvel album No Sad Songs paru en avril 2015. En 1987, après un album éponyme, la formation pop folk anglaise signe Paradise Circus en 1989, & Love for All en 1990, puis Astronauts en 1991. Cette même année The Lilac Time participe à l'album hommage I'm Your Fan: The Songs of Leonard Cohen aux côtés de REM, Pixies, Jean-Louis Murat, Lloyd Cole, John Cale etc, en reprenant Bird on the Wire. Il s'écoulera huit printemps avant que Looking For A Day In The Night de 1999 arrive dans les bacs avec l'apparition de deux nouveaux compères dans l'aventure, Claire Worrall et Melvin Duffy ainsi que le producteur Stephen Brian Street, qui travaille avec The Smiths, Kaiser Chiefs, Blur etc. Suivront Lilac 6 en 2001 et Keep Going en 2003.


Avant de continuer sur le groupe, je fais un aparté sur Stephen Duffy, sur son parcours fleuri d'expériences qui indirectement nourrissent The Lilac Time. Il commence sa carrière en tant que premier chanteur de Duran Duran, qu'il abandonne en 1979 âgé de 19 ans pour mettre en place le projet The Hawks et le second, nommé Tintin de 1982 à 1985. Stephen a alors 25 ans quand avec Nick ils créent Lilac Time. Le fameux long break de 1991 à 1999 n'est pas stérile. Stephen écrit et produit des chansons avec le grand violoniste Nigel Kennedy, ensemble signent l'album splendide Music in colours en 1993. Puis Stephen pense à un nouveau groupe Me Me Me avec le bassiste de Blur, son ami Alex James en 1996. Pour boucler la boucle, il crée avec Nick Rhodes de Duran Duran le projet The Devils. Toujours en parallèle Lilac Time continue l'aventure avec un détour en solo en 1999. En 2004, Stephen écrit des chansons pour Robbie Williams et produit l'album Intensive Care.


En 2007 l'album Runout Groove mène Lilac Time à jouer au Green Man Festival, au Pays de Galles, concert qui sera filmé pour un documentaire retraçant les 30 ans de The Lilac Time. Les troubadours anglais désormais installés dans les Cornouailles ont constamment offert des bijoux, des chansons ficelées et parfaites, aux thèmes variés colorés de mélancolie parfois de tristesse comme sur Keep Going. L'union de Stephen et Claire Duffy a fait naître un esprit plus optimiste et positif. No Sad Songs, comme l'indique clairement son titre, est un album follement romantique et amoureux.
The first Song of Spring dévoile une ambiance orchestrale menée par Claire Duffy qui offre sa participation dans la composition, les arrangements de cordes, le chant et les parties de claviers. Les deux tourtereaux s'aiment et artistiquement se complètent à la perfection. Nick Duffy est là, grandiose, également à la composition, banjo, mandoline, accordéon, et Stephen, compose, écrit, chante, joue de la guitare, de la basse, de la batterie, mettant aussi sa gracieuse patte sur l'artwork. She writes a Symphony est une balade pastorale, élégante, évoquant sa muse, comparée à la lumière ou à un ange en commençant par "Hey let’s start a family". Dansantes, légères, typées nineties dans les arrangements de choeurs, les notes y sont efficaces, voltigeantes et assez marquantes pour rester en tête. La mandoline de The Wedding Song s'allie au chant limpide, cristallin du duo Stephen-Claire, à la guitare country et aux tambourins langoureux. F. Scott Fitzgerald apparait en fond sur le titre Babylon Revisited qui évoque les années folles par son rythme ensoleillé un peu bossa dans les cordes de Bazouki irlandais titillées par Nick avec dextérité et esprit.

Les paroles écrites par Stephen sont rondes de références et pleines d'actualité "Where’s Eleanor of Aquitaine? We need a leader with a brain" en poursuivant "we won’t fade away". Un air de valse un soir de Noel enrichi d'arpèges de guitare sur No Sad Songs apporte de la poésie au milieu de d'écoute avant le sublime The Dream That Woke Me qui poursuit sa mise en exergue des cordes. L'ambiance folk y est magnifique, proposant un mariage de styles entre XTC et Nick Drake comme sur Prussian Blue et The Western Greyhound, où le tempo magique, accordéon, harmonica, coiffent les balades d'un bibi pastoral. Puis c'est Nick qui vient signer un morceau de génie avec Rag Tag & Bobtail, instrumental construit tel une cathédrale de sons, d'instruments, d'ambiances. Quand A Cat on a Long Wave vient conclure l'album avec ses harmonies et arrangements de clavecin, de choeurs, d'accordéon pour concocter une mélodie keepsake intemporelle digne d'une peinture de Michel Ange, où la poésie et l'esprit de The Lilac Time séduisent. No Sad Songs est impressionnant sur toute la ligne et pour un groupe qui souffle ses trente bougies, The Lilac Time m'inspire beaucoup de respect et d'admiration.
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