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vendredi 31 juillet 2015

Mitchell Adam Johnson

En octobre 2013 j'écris sur le fabuleux groupe de Minneapolis, les Spencer McGillicutty "Quartet pop de Minneapolis, les Spencer McGillicutty se rencontrent au lycée en 2004, les deux garçons et les deux filles partagent leur goût enflammé pour la musique et le groupe qui les influence, les Beatles. Dès 2006, Mitchell Adam Johnson et Ryan Ruff Smith, écrivent et composent des chansons éditent un premier album éponyme où Brittany Miller et Nicole Wilder chantent. Cette collection de premiers titres est jouée en acoustique à la manière de leurs débuts sur scène. Puis le deuxième album Games comprenant 11 titres sort en septembre 2008 suivi en 2012 de All The Happy People ; Leur style griffé des quatre garçons de Liverpool est évident, dans la veine sixties, les mélodies sont jouées à la guitare, batterie, xylophone, tambourins, orgues avec des choeurs façon Beach Boys."
spencer-mcgillicutty-PiggledyPop

Un mois plus tard, je présente le projet solo du membre des Spencer, Ryan Ruff Smith "Au coeur du groupe, il y a l'auteur-compositeur incroyablement talentueux, Ryan Ruff Smith, qui opère en cavalier seul depuis 2012 en signant l'Ep Everything Seemed To Happen At Once, puis en offrant en juillet 2013 le second EP Wildered & Westered. Différent du projet Spencer McGillicutty, sur Everything Seemed To Happen At Once Ryan qui appose sa belle voix aux titres fait swinguer ses cordes de guitare et son harmonica, y glissant néanmoins la même patte "Spencer"du compositeur dans l'art de planter un décors, donner une atmosphère et créer une ambiance dans chacune des chansons. Pop, rock, avec des notes jazzy et groovy, les textes rétro griffés sixties, amoureux et langoureux sont mis en beauté par Tylor Tholl à l'harmonium, piano, synthétiseurs, tambourins, par Dan Lawonn au violoncelle et Ryan aux guitares majestueuses et à l'harmonica. Ryan Ruff Smith confirme son talent pour l'écriture, l'art de conter des histoires et de créer des personnages dans ses morceaux du génial Wildered & Westered, sublime et abouti."
ryan-ruff-smith-PiggledyPop

Je terminais mon billet ainsi "Comptant Pete James Johnson à la batterie et toujours Tylor Tholl, multi-instrumentiste, il y a aussi son acolyte et ami des Spencer, Mitchell Johnson, qui joue de la guitare et chante sur Don't Take My Heartache Away et qui, comme Ryan, travaille à un disque en solo. Piggledy Pop reviendra biensûr sur ce projet que je sais prometteur."

Un an plus tard donc, en novembre 2014, c'est au tour de Mitchell Adam Johnson de nous faire cadeau d'un sublime EP Half Moon Lane pour lequel Mitchell propose sur son bandcamp un téléchargement gratuit à ceux qui se tiennent au régime végétarien pendant une semaine. La pochette fort belle, et romantique est à l'image des quatre titres plein de charme. Les mots et les arrangements pop baroque transportent dans une rêverie d'une autre époque et le chant somptueux de Mitchell conforte dans cette sensation. Mitchell qui joue de la guitare acoustique, du piano et mellotron compose des mélodies fleuries d'orchestrations très inspirées. Pour ce faire, à ses côtés il y a le fidèle et magique Tylor Tholl qui assure guitare electrique, basse, piano, orgue, clavecin, melodica, batterie, guitare classique, Korg, glockenspiel, accordéon, shaker, maracas, baton de pluie, tambourin, cymbales, cloches, mellotron, harpe, carillon etc.. Il y a aussi Daniel Lawonn au violoncelle, Maia Hamann au basson et Paul Hilton au pedal steel.

The closing Door invite à suivre le sillage ensoleillé des accords fifties, des airs pop sixties, au boogie de la basse, au folk americana des guitares. Le plongeon dans l'univers de Mitchell est immédiat. En orfèvre, il sculpte ses chansons avec minutie, esthétisme et beaucoup d'inspiration comme sur Round & Around où le violoncelle sur la guitare prend de la hauteur, loin de tourner en rond. Nostalgiques, les paroles amoureuses reviennent sur un passé galant, étoilé de tendresse. Abbey Brown scintille de sentiments et de notes alliant bossa, pop, baroque quand arrive le Korg chavirant et les "lalalala" souriants. Anyone Else la dernière mélopée arrive trop vite, quand on a envie d'écouter encore et encore cette voix ensorcelante et délicate sur ces arrangements merveilleux. Ce dernier titre et tous les autres plairont aux amateurs de Jon Brion, Elliott Smith, Beach Boys, Beatles. Je suis fan du talent de Mitchell Adam Johnson qui offre une nouvelle tête bien faite, une voix enivrante et des doigts en or au monde de l'indie-pop. Une amie en commun, l'adorable et brillante Margo Guryan, margo-guryan-PiggledyPop apparait dans ses remerciements et cette présence prouve que Mitchell a également une âme d'artiste. A découvrir, vraiment.
MitchellAdamJohnson

jeudi 30 juillet 2015

Oscar

Le musicien londonien Oscar Scheller alias Oscar commence à faire parler de lui en avril 2013 avec son premier EP auto-produit et enregistré chez lui Never Told You. Remarqué par NME qui conseille de le suivre, et le Guardian qui le décrit comme un artiste héritier de Leonard Cohen et Morrisey écrivant des mélopées au beat eighties dérivé du titre Paid In Full d'Eric B and Rakim, le jeune Oscar de 22 ans poursuit avec le second EP 146b en 2014. De nouveau l'auteur-compositeur ne passe pas inaperçu et la presse noircit ses pages de compliments. Admirateur de Blur, The Radio Dept et Magnetic Fields, Oscar qui signe un deuxième disque subtil et fin, au son indie-pop arrangé de synth-pop et d'une rythmique dansante, en parle ainsi "I’m really excited to announce the release of my first EP. It’s called ‘146b’ because that’s the name I’ve given the studio in my bedroom. Since we last spoke, I have finished my art degree, had a job at my local launderette, been on the dole and have read lots of books (most by Douglas Coupland). I’ve been in and out of studios, attempted high-fidelity, but it all came back to the demo sound which no one could beat or master. For me, recording is an incredibly intimate and cathartic process. It’s the sonic equivalent of meditation or sculpting. A lot of the time the music unfolds in an organic and often spontaneous manner and the writing occurs simultaneous with the recording."

Mélange de NewWave et de pop electro contemporaine, Oscar écrit sur l'amour et ses déceptions, en donnant des ailes d'anges à ses guitares et à ses claviers. Les mélodies solides sont très inspirées chez le jeune homme qui nait dans le nord de Londres il y a 25 ans de parents musiciens, son père étant notamment membre du groupe des années 70 The Regents. Le garçon âgé de 6 ans commence à apprendre le piano, à écrire des chansons. Puis il met son imagination en oeuvre en rejoignant les beaux-arts, se spécialisant dans la sculpture. Ne se sentant pas complet, il met sa fertilité artistique au service de la musique. Pour notre grand plaisir, Oscar fait paraitre en juin 2015 l'EP Beautiful Words, romantique et au tempérament trempé. Il nous réserve un album pour 2016 ayant déjà une poignée de 12 titres à enregistrer et à peaufiner. Piggledy Pop sera à l'écoute et en parlera certainement. Se produisant à Londres, comme au sein de la boutique Paul Smith amateur d'excellente musique indépendante, on peut en attendant retrouver Oscar avec son sublime Beautiful Words aux 7 titres colorés d'optimisme chez Wichita Recordings.
Oscar


et le savoureux papa Martin Scheller des Regents

lundi 27 juillet 2015

French Toast

Je découvre seulement le projet du label indépendant parisien French Toast. Pourtant dieu sait que le Paris musical (de bon goût) est un petit monde où ses habitants se connaissent, se reconnaissent, facilement et vite. J'apprécie d'autant plus donc cette agréable surprise. French Toast, à l'initiative de Stephan Lipiansky, nous invite via son bandcamp à participer au projet, fort intéressant, qui véhicule un joli esprit 'club' ainsi décrit :
"French Toast lance une toute nouvelle série de singles numériques !
L'idée est simple : proposer à intervalles réguliers 2 titres d'un artiste sélectionné par nos soins derrière une pochette inspirée de la grande époque des 45 tours. Mais ce n'est pas tout ! L'idée est avant tour de privilégier le partage.
Pour cela, rien de plus simple :
1. Dîtes "J'aime" sur Facebook : www.facebook.com/frenchtoastlabel .
2. Partagez un de nos 45 tours sur votre profil, blog, twitter...
3. Prévenez nous dès que c'est fait : frenchytoast@free.fr et on vous récompensera par un téléchargement gratuit ! "

Cette accroche interactive avec uniquement des singles de bon ton que je conseille est certainement plus classe et moins désolante que de voter devant la nouvelle star avec un oeil bovin et du compost dans les oreilles. Le dernier single en date proposé à l'écoute est le groupe d'Olivier Rocabois alias All If, avec deux titres somptueux, Perverted Actor et Full Circle qui conjuguent mélodies et arrangements pop dans la veine de Divine Comedy avec en bonus un petit accent frenchy sur le texte anglais qui est succulent. Autour d'Olivier Rocabois qui monte le groupe en 2008 et assure chant, guitare, clavier et glockenspiel il y a Yann bourgeois aux claviers, Jean- Christophe Roy à la basse, Gilles François à la batterie, Marie Moriette au violoncelle, Jean Gobé au cor, Agnès Ruiz et Jérémie Tordjman aux violons. Avant All If, la distribution sur le bandcamp de French Toast est sacrément belle : Porco Rosso ( Yann Giraud, Stéphane Perez, FX Guéant, Sébastien Pasquet, ce dernier étant présent sur Piggledy Pop là Tristen , Pokett (les parisiens qui nous concoctent une pop croustillante depuis des années, Stéphane Garry, David Lopez, Laurencina Lam et Bertrand Groussard), Reza, New Pretoria, Pierre & Marie (premier single sur French Toast en 2011). Depuis Stephan Lipiansky, musicien talentueux à la voix en or, lance son propre projet nommé Lafayette Young. A découvrir ! FrenchToast

Je profite du billet pour également conseiller l'écoute des albums de Pokett, que je diffusais à l'époque dans mon émission de radio, notamment Crumble qui était arrivé en 2010 dans mes oreilles ornant illico mes lobes de perles et de diamants.


Roman A Clef

Roman À Clef est le nouveau projet de Ryan Newmyer du groupe A Sunny Day In Glasgow, de Kurt Feldman des groupes Ice Choir et Pains of Being Pure at Heart, également brillant producteur, accompagnés au chant par Jen Goma, qui crée son groupe People Get Ready et chante au sein de A Sunny Day In Glasgow et Pains of Being Pure at Heart. Le trio se connait donc très bien depuis une paire d'années. Ensemble, ils viennent de signer le premier album Abandonware en juin dernier que j'estime beaucoup, l'écoutant en boucle et pensant qu'il se classe aisément dans les meilleures productions de l'année. Avec le nom de groupe choisi qui évoque ce genre romanesque ambivalent dont l'histoire de la littérature regorge, Roman A Clef propose des chansons aux textes qui se reportent souvent à la lecture, aux livres. Il y a aussi des références aux années 80 et 90, nostalgie présente élégamment dans les arrangements très stylés qui propulsent vingt ans en arrière. Abandonware et ses allures vintages offre des synthétiseurs et du tempo qui ne donnent pas envie de pousser les tables pour danser mais surtout de monter dessus. La production y est excellente, les rythmes aussi diaboliques que romantiques sur des textes pop qui nous emmènent dans des univers chatoyants. Les neuf titres sont une réelle réussite.

Abandonware (Hannah and Zoe), premier titre, plein de son shoegaze nuancé de coldwave avec des guitares pop ensoleillées répond finement au dernier titre Abandonware (Josh and Jer), sur des mots cinglants, presque coupants. Puis le virevoltant The Prisoner, aérien et mélodieux, au beat guilleret fait place à de très jolies paroles garnies de passé, de futur et d'histoires de jeunesse "The tattoo from years ago, The one you cover up with clothes, Can't remember what it meant, But you know just what it means". Toujours dans une veine estudiantine, un tempo juvénile, savamment dansant, l'excellent PSBTV aux particules eighties nous entraine à travers livres et musique qui font si bon ménage dans le milieu de l'indie-pop "The kind of books you always liked, Have just gone out of style... And the kind of music that you make, Has caught on… for a while". Roman A Clef brille dans la composition et l'orchestration, qui poursuit avec Friends today, alternative, fraiche, aux guitares et claviers superbes. Les musiciens de Brooklyn, tout comme leur compatriotes Ladybug Transistor, The City and Horses, Pale Lights, Hospitality etc parviennent à signer des mélopées vraiment chaloupées et distinguées, fortement accrocheuses et pleines de charme nostalgique comme sur Bye/Gone. L'instrumentation avec les claviers vintage, rejointe par le texte savoureux, accentue délicieusement ce côté pop old-school, où l'esthétique désirée y est florissante "Bend straight lines, Quotidian thoughts, About the Dark Age, the 60s, the 90s and the aughts". Lucky Toast poursuit dans cet esprit artistique avec une belle efficacité et un optimisme élégant à tout crin. Les deux derniers titres, époustouflants, bouclent l'écoute à thème avec brio. Roman Clay (27 BC) fait référence au nom du groupe, les livres, le romantisme, la jeunesse, les voyages, les thèmes fourmillent avec grâce sur les guitares, synthétiseurs et la voix somptueuse de Ryan "Your heart’s like an open book, Full of misdirection, And red herrings, A Roman a clef or two". Abandonware offre un style, un univers, qui marque et donne envie de l'écouter sans compter. Roman A Clef signe un disque à écouter absolument!
RomanAclef


dimanche 19 juillet 2015

Villagers

Je présentais Villagers en 2010 pour évoquer l'album Becoming a Jackal, première signature, qui à mon avis était la meilleure production de l'année. Je n'ai pas changé d'avis. Son auteur compositeur, Conor J. O'Brien, vit un drame en perdant sa soeur sept jours seulement après la sortie de l'album. Dans cette épreuve, il faut puiser du courage, du vrai, et il su le trouver. Le talentueux musicien nous offre avec les mêmes qualificatifs que j'employais à l'époque, courage et sensibilité, {Awayland} en 2013 et le tout nouveau joyau sorti le 13 avril 2015, Darling Arithmetic.
Mon billet de 2010 : "Derrière ce joli nom de Villagers qui sonne « green » se trouve un artiste irlandais qui récolte unanimement des récompenses ( il gagne le Music Prize en Irlande, le Mercury Prize) et la reconnaissance de ses pairs ( Paul Weller l’invite pour un live sur la BBC, Leonard Cohen est présent à son concert à New-York, Neil Young et Tracy Chapman l’invitent à faire leur 1ère partie, en 2010 il partage la tournée des Tindersticks).



Avant tout, Conor J. O'Brien qui forme les Villagers en 2008 à la suite de la séparation de son groupe The Immediate et qui s’entoure de Tommy McLaughlin, James Byrne, Danny Snow et Cormac Curran gagne un public et une belle renommée depuis la sortie de son premier album Becoming a Jackal en mai dernier. Conor perd sa jeune sœur une semaine après, et malgré cela, a le courage de continuer au-delà du drame qui le touche en faisant vivre sa musique avec une tournée qui prend de l’ampleur. Il se produit avec le groupe presque tous les soirs, ayant commencé par les états-unis où le disque est sorti en juin.
Becoming a Jackal est la meilleure vente en Irlande depuis le mois de mai; les critiques l’acclament et le qualifient de « disque plein de charme et de mystère », comme le New-York Times et le Irish Times : « les Villagers créent le genre de musique qui va dépasser les genres pour prendre une grande envolée ».

Signés sur le même label que Franz Ferdinand et Arctic Monkeys, Villagers offre en effet un disque splendide. Folk, pop, ultra mélodieux, superbement construit et réfléchi, l’album égrène des mélopées qui coulent, voltigent avec classe. O’Brien qui joue de la guitare depuis l’âge de 12 ans sait avec brio composer, écrire des textes, mettre en forme l’ensemble avec goût et style. Pour les amateurs de Glen Hansard, Neil Hannon, Duke Spirit avec qui il a récemment partagé la scène, vous retrouverez chez lui la sensibilité et la sonorité irlandaise." La suite là : VillagersPiggledyPop2010
A la première écoute de Darling Arithmetic, les mélodies et l'intimité de la guitare acoustique posée délicatement sur la voix de Conor, subjuguent. De son propre chef, il a enregistré et arrangé les neuf titres à la maison, ne souhaitant pas donner à sa production une sonorité de groupe. Comme à son accoutumée, l'auteur tranche et délivre des textes d'une honnêteté confondante, saupoudrés d'éléments personnels touchants. Il y parle essentiellement d'amour, du sien qu'il peut assumer désormais pleinement comme sur l'opus Courage qui ouvre le disque 'It took a little time to get where I wanted / It took a little time to get free'.

Toujours aussi enrobé de sucre, léger et feutré, le folk de Everything i am nous emmène spontanément en voyage, plutôt romantique et atmosphérique. Dawning on Me est une ode à l'amour, une déclaration fleurie de notes de piano, de guitare et de ballet frotté sur la peau. Tout les instruments sont joués par Conor O'Brien, dont la franchise et le chant chaleureux à la manière de Paul Simon dresse le poil sur Hot Scary Summer 'Remember kissing on the cobblestones, In the heat of the night And all the pretty young homophobes, Looking out for a fight'. Il y a cet air iodé, ce parfum d'écume, ce vent frais des côtes irlandaises qui nous chatouillent systématiquement l'oreille à l'écoute de Villagers, et la pureté du ciel maritime se retrouve dans la rythmique de Soul Serene. Le boogie de la basse y est langoureux, le violoncelle et les claviers s'accordent, se frottent et minaudent sur des harmonies sensuelles. Darling Arithmetic est une mélopée en or, proche de l'univers musical de Nick Drake et de Josh Rouse, à la fois pudique, poétique mais sans fioritures, ni faux-semblants. Le duo guitare-piano guidé par le rythme de la batterie continue de faire frisonner sur Little Bigot ou l'intégrité de l'artiste n'est plus à discuter. Les ondes jazzy et folk qui flottent sur les mélodies sont lumineuses, le chant profond et intact de Conor ajoute à l'ensemble beaucoup de clarté. La peau de la caisse est brossée, les claviers caressés, la guitare pincée, les mots subtilement flairés ; L'irlandais sait mettre tous les sens en éveil dans No One to Blame. Il a du talent, un don, un savoir-faire et une technique de troubadour où l'immédiateté est à fleur de peau, où sa voix nous cueille complétement sur So Naive, intense, sobre, au lyrisme exécuté avec efficacité, terminant tel un esthète ces neuf chansons. Conor et sa personnalité attachante, espiègle, une évidence pour ceux qui ont eu la chance de le croiser, écrit des airs marquants en les interprétant d'une voix sincère pour nous faire cadeau d'une partie de lui sur Darling Arithmetic.A se procurer.
Villagers

mercredi 15 juillet 2015

Benni Hemm Hemm

En 2008, j'écrivais toute ma gratitude à Benni Hemm Hemm : "Dans les années 90 été catapulté un truc islandais nommé Bjork dont le doux son me faisait penser à un porcinet qu'on égorge ou une poule qu'on plume. Enfin, il me faudra attendre le début des années 2000 pour me réconcilier avec la musique de l'île aux poneys et découvrir un groupe qui ne me donne pas l'impression d'être au salon de l'agriculture en l'écoutant." Effectivement, Benni Hemm Hemm apparait en 2003 avec son premier EP SummerPlate, un petit bijou, produit en 30 exemplaires par son propre auteur-compositeur, Benedikt H. Hermannsson. Le groupe que l'on peut définir comme 'big band' signe son premier album en 2005 nommé Klink & Bank 'Hermannsson apparait sur les scènes avec une dizaine de musiciens, formation instrumentale colorée de trompette, tuba, violon, guitares, batterie, glockenspiel et du cor ! La fanfare est jeune, joviale, se dandine en concert offrant une joyeuse humeur générale'.

Dès 2006, l'artiste prolifique, rapide, travaille sur Kajak qui sort en mai 2007 après seulement quelques jours d'enregistrement dans le studio de Sigur Rós et qui offre la participation de Jens Lekman sur le titre Aldrei. En décembre 2007 Benni Hemm Hemm signe l'EP Ein i Leyni sur lequel jouent et chantent Jens Lekman et Bill Wells, bassiste écossais qui joue avec The Pastels, Isobel Campbell, Kevin Ayers. Benedikt ne lève pas le pied. Il enchaine les enregistrements, écrivant ses mélopées pop par vingtaine, il offre le troisième album Murta St. Calunga en février 2008 et à peine essoufflé, fait la surprise du splendide Retaliate pour Noël 2009. Hermannsson est dans son élan, encore plus inspiré, offre Skot en 2011 ayant peaufiné l'album durant l'année 2010 avec l'ensemble islandais pop Retro Stefson. Dans une veine pop sixties, mélangée au genre orchestral, rock et ballade intime folk, l'auteur chante pour la première fois en islandais sur tous les titres. Benni Hemm Hemm fait rayonner des mélodies pop proches de celles de Beirut, Belle & Sebastian, Jim Ruiz Set, ou encore Gruff Rhys, Leonard Cohen et Jarvis Cocker par le timbre chaleureusement psychédélique de sa voix. Son univers artistique est coloré, griffant des arrangements avec une pléiade d'instruments, de rythmes et aussi de textes à connotation drôle, mordante ou mélancolique. Benedikt apporte à ses chansons son esprit critique, sa dérision et auto-dérision, un peu de son intimité toujours avec une classe infinie. Ses paroles sont comme des cartes postales envoyées d'Islande, pleines de vert, de soleil, de mer, de neige, et de pluie comme sur Sól á Heyhóla (The Sun on Yellow Grass Hills) , Ég á Bát (I Have a Boat), Snjórljóssnjór (Snow-light-snow), Regngalsinn (The Joy of Rain), mais aussi envoyées d'autres contrées comme sur Mónakó, ou Beethoven í Kaupmannahöfn (Beethoven in Copenhagen), Avían í Afganistan (Avían in Afganistan), Beethoven í Brasilíu (Beethoven in Brazil).

En janvier 2014, parait l'album Eliminate Evil, Revive Good Times enregistré à Glasgow avec des musiciens locaux. Cela fait quatre ans que Benni vit en Ecosse et travaille avec des artistes à Edimbourg et Glasgow comme Bill Wells, Dan Willson de Withered Hand et Alasdair Roberts. Benni revient souvent dans ses albums sur la religion et le premier morceau de l'album Take your Book évoque les livres et la bible, en devient lumineux et noir, magique et pragmatique, quoiqu'il en soit extrêmement marquant. La batterie se déhanche sur les guitares scintillantes et la trompette estivale pour donner envie de danser dans les blés dorés. Beat me Until you are Tired déroule un tapis de cordes, guitare et sitar, une mélodie duveteuse, des voix en canon délicates pour, en opposition au titre, offrir deux minutes de douceur. Les cuivres et bois se mélangent et galopent ensemble sur Rise, Rise, Rise qui nous emmènent sur un rythme enivrant dans les collines vertes bercées de soleil et de ciel bleu. L'intimité s'impose et s'expose joliment, sans trop d'instruments mais cette fois-ci un savant minimalisme dans les harmonies qui rend l'ensemble soyeux. L'état de grâce se poursuit sur I am free, qui s'élance dans un rythme endiablé de guitares, de cuivres, de peaux frappées et de voix angéliques qui entonnent 'i am free from my darkest tower'. Siam continue avec sa batterie débridée, sitar et cuivres, qui cavalcadent en harmonie quand le majestueux Lucano and Ramona, mélopée pleine de poésie pour parler d'amour et de mort, touche et émeut, comme The Mask of Anarchy où les voix s'élèvent, cristallines et lumineuses. You'll get lost, pop et guilleret, propose une mélodie ensoleillée ornée de clap-hands, melodica, batterie, de guitare et basse vitaminés. Build a wall, langoureuse, berce de lyrisme et de sonorités folk avant le grandiose Bright Air And magical Life qui me fait penser à la beauté des accords de Nick Drake. Don't forget The Northern Morning Light parle de la musique, de mélodie, d'harmonie qui s'évaporent comme si l'auteur dessinait un bilan personnel, troublant de mélancolie et peut-être de 'mal du pays'. Rempli d'âme, de miséricorde, de romantisme, les titres s'accordent et se suivent parfaitement avec Darknness, ses choeurs célestes, ses percussions aussi passionnées que ses trompettes, puis Birds Like Smoke Rise rempli de luminosité nordique, de poésie métaphorique pour décrire la ville qui s'éveille 'brightly'. Le titre Eliminate Evil, Revive Good Times clôt les 'treize' titres avec une belle puissance dans sa construction et son interprétation éminemment émouvante. Benni Hemm Hemm révèle une autre facette de ses talents à travers cet émouvant album, que je conseille bien sûr.
BenniHemmHemm
BenniHemmHemmPiggledyPop2008


Lucano & Ramona by Benni Hemm Hemm from Benni Hemm Hemm on Vimeo.

dimanche 12 juillet 2015

The Bullfight

The Bullfight est un groupe néerlandais qui compose de la pop aux accents folk et rock grâce à la présence du violon, de l'orgue, de guitares et de la basse rutilantes. Après Lips & Ashes de 2004, One Was A Snake de 2006, le groupe signe le single Another man en 2007. Déjà The Bullfight au complet avec Thomas van der Vliet au piano, orgue et guitare, Nick Verhoeven au chant, Mark Ritsema à la guitare, Esther Vroegindeweij au violon, Andre van den Hoek à la batterie et Jeroen Gahrmann à la basse remplacé désormais par Eddy Nielsen, signe des mélopées savamment garnies de références dans les textes et d'influences musicales dans les arrangements. Ils partent sur les routes jouer et présenter en live cet opus et seront récompensés pour leur performance scénique au festival Waterfront de Rotterdam.

Thomas van der Vliet en 2008 coécrit la bande originale du film Lucid signé du réalisateur Ferry van Schijndel, qui remportera un beau succès aux festival du film de Rotterdam et celui de Berlin. Cette même année, il trouve le temps de peaufiner des chansons avec la clique de musiciens du troisième album Stranger Than The Night qui sort en 2010. Là encore, The Bullfight s'accorde une tournée qui passe par la Grèce, l'Allemagne, le Danemark, la Belgique avant de s'arrêter en studio pour le superbe quatrième album, au joli nom français La Chasse, qui vient de paraître en mai 2015.



The Bullfight nous offre 40 secondes d'un instrumental classique nommé Blue qui ouvre La Chasse avant le magnifique Jenny's got a gun, dont la silhouette musicale décrite par le groupe lui-même comme 'pop noire' est dessinée d'harmonica qui danse sur le chant touchant de Nick. Cette superbe déclaration amoureuse à Jenny qui porte un 'gun' sans 'bullets', comporte des mots romantiques déclamés parfois en français, évoquant la beauté qui va comme un gant à la chanson. Après ce délicieux moment pop, dans le sillage de Lloyd Cole, Belle & Sebastian, Nick Cave, on galope joyeusement sur Gladly, Willingly aux allures americana fort réussies. On danse sur les tambourins et l'accordéon en cherchant nos bottes à éperon doré et un baudet pour chevaucher sur le texte langoureux.

Puis, les cordes de violons et la guitare accompagné du glockenspiel, de l'accordéon sur The cold case of Irina Lukashenko nous emmènent dans une ribambelles de sonorités folkloriques sur un texte qui nous conte une histoire sentimentale et touchante. La féerie dans l'orchestration et l'interprétation se poursuit avec Man in the Morning, poétique et romantique, sur une mélodie valsante et tournoyante, là aussi déployant des mots de toute beauté ornés d'une mandoline émouvante. Arrive La Chasse, sautillante et old-school, pleine de thèmes nostalgiques parfaitement mis en harmonie avec les instruments et les arrangements jusqu'au touchant Don't be afraid, frais et océanique, coloré de voix angéliques en guise de transition avant le rythmé et vigoureux Astonishing Blue, finement sarcastique 'loving you is like shaving, without mirror'. Les guitares électriques et l'orgue y sont dynamiques, la rythmique offensive, le chant coupant et effectif. Quand Ice-queen entre sur les sillons, la nostalgie nous saisit derechef via un délicat sample de Gramaphone mêlé avec élégance aux guitares, violons et basse légèrement boogie. Le chaloupant The storm behind our smile virevolte autour du thème de l'amour sur un air de valse agrémenté d'un orgue psychédélique pour faire entrer le sautillant Your Problem qui offre des arrangements joyeux et guillerets de guitares électriques, de basse et tambourins à volo, où les mots tranchent avec froideur tout en faisant sourire. Le jazzy The death of Martin Von Dongen propose un savoureux moment en tête à tete avec le piano et l'orgue sixties pour partir en voyage dans une autre époque. La contrebasse et le glockenspiel se marient à l'accordéon et au grain de voix impressionnant de Nick, pour fermer l'écoute sur This Village's Lonely Pastor qui nous conte l'histoire de Charlie, désopilante et pittoresque, à l'image de tous les titres de La Chasse. Je conseille ce fabuleux album de The Bullfight, garni d'ambiances, d'histoires et d'harmonies sensationnelles.
TheBullfight