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jeudi 30 juin 2016

Une éducation

Film sixties avec une bande sonore à saliver, orné de hula-hoop, An Education nous offre un scénario signé de l'excellent Nick Hornby, auteur réputé dans le milieu indie-pop depuis son premier roman High Fidelity, puis About a Boy, Vous descendez?, Carton Jaune, etc :  NickHornby&BenFoldsPiggledyPop
Stylé et britannique sur le bout des ongles, il plaira à la génération des baby-boomers, aux amateurs de pop et de livres et ravivera inévitablement des souvenirs chez celles qui ont connu cette 'éducation' au sein d'institutions pour jeunes filles...
Comédie romantique, la rencontre des protagonistes, Jenny et David se déroule sous la pluie, Jenny attend le bus, son violoncelle sous le bras, quand David la voit prendre l'eau et lui propose d'abriter l'instrument dans sa bristol. Le film dans son ensemble n'est pas mythique mais grâce à Carey Mulligan qui amène du charme, une présence incroyable et une prestance qui s'affirme de film en film, c'est un succulent long-métrage à voir.



J'ai notamment admiré Mulligan dans Orgueil et Préjugés, puis en 2015 dans Les Suffragettes. Ce dernier film prend place en 1912 et relate l'histoire du droit de vote des femmes en Angleterre, la bataille féroce, acharnée, menée par ces femmes d'un courage fou, incarnées par Carey Mulligan, Helena Bonham Carter et Meryl Streep qui joue Emmeline Pankhurst, femme politique qui mena les troupes dans ce combat.

An education est filmé à Londres, les images font rayonner tout ce qui caractérise le Royaume-Uni, les dialogues, drôles et sarcastiques se marient au fameux flegme tout en époussetant les idées conventionnelles de l'époque. On retrouve cet état d'esprit et cette ambiance dans le film TheBoatThatRockedPiggledyPop
Le sens de la dérision et du loufoque vit sous le stylo de Nick Hornby qui adapte ici le best-selller autobiographique de la journaliste Lynn Barber. Elle y raconte sa véritable histoire lorsqu'à 16 ans, elle rencontre un homme, charmeur sociopathe, plus âgé qu'elle. Une touche 'french' apparait courtoisement quand Jenny écoute des 33tours dans sa chambre et chante Sous le ciel de Paris de Juliette Greco où quand elle retrouve ses amies en dehors de l'école pour fumer et lire l'Etranger de Camus .



L'acteur américain Peter Sarsgaard est tout aussi excellent. Il a joué dans une foule de films depuis 1995, notamment Boys don't cry, L'Homme au masque de fer, Jarhead, Le Mystificateur, Night and Day..Son rôle de David, juif, passionné d'arts, entourés d'amis, grand séducteur, menteur compulsif, représente un vent de liberté pour la jeune fille engoncée dans une éducation peu distractive, est génialement interprété. Le personnage arrive à se mettre les parents dans la poche, les séduit sans mal. Jenny découvre les concerts, les soirées, les restaurants, les voyages. Les parents sont d'autant charmés qu'ils imaginent avoir casé leur fille à un homme riche qui se révèle dans l'intimité très étrange voire désaxé, un parvenu 'sans éducation' qui avance en eaux troubles.



De façon subtile, la réalisatrice danoise Lone Scherfig refait vivre les sixties, avec les mentalités d'après guerre coincées entre le conformisme et la politique libérale à tous crins, les idées indécrottables antisémites, personnifiées par la directrice de son école que plante la fabuleuse Emma Thompson, qui s'entrechoquent avec des moeurs qui se délient, les expositions, la musique et la démocratisation des loisirs. Dans l'Angleterre de 1960, l'intérêt de Jenny pour Jane Eyre va dévier sur les Beatles et le romantisme en sandwich 'à la Greco' avec sur Les quais de Paris. Jenny doit faire face au choix cornélien, la facilité de vie aux bras d'un homme aisé ou l'adversité, prenant en main son propre destin. Comédie croustillante An Education, autobiographie adaptée par Horby avec panache, qui date de 2009 est à ressortir des fagots en cette période enflammée que déclenche le brexit. Amis anglais, l'Europe économique ne nous embarrassait pas en 1960 dans l'entretien de nos liens amicaux, de notre fascination réciproque inavouée, ça ne changera pas aujourd'hui ! 


Romans de Nick Hornby adaptés au cinéma:

High Fidelity



About a Boy



Carton Jaune (Fever Pitch)

dimanche 26 juin 2016

Quelle quiche cette lorraine !


Article extrait de Boboquiche.blogspot :

"Témoin des vicissitudes de l’histoire d’Europe, on retrouve les premières traces de ce miraculeux gâteau en 1586. Le duc de Lorraine, Charles III, en faisait une consommation régulière, si l'on en croit le livre des dépenses de Philippe de Rarécourt, Maître d’Hôtel du duc, qui s’inquiétait du déficit du duché aggravé par la consommation excessive de quiches.
Nous devons la forme actuelle de cette tarte mirifique à Vincent de la Chapelle (grand-père de Don Bonapasta, Docteur ès Quiche), cuisinier de Stanislas, duc de Pologne devenu roi de Lorraine le 11 avril 1736. Stanislas ne réside jamais à Nancy, et mène une vie fastueuse dans les châteaux des ducs de Lorraine à Lunéville, Commercy ou la Malgrange où il se goinfre de quiches. Il se dit philosophe, a pour ami Voltaire, et a pour but d'éblouir ses contemporains. Il souhaite faire de Nancy une des villes les plus belles d'Europe, mais lorsque Stan mourut en 1766, la Lorraine fut rattachée à la France et Nancy perdit son rang de capitale, et la quiche se répandit dans le royaume de France."








Etude sociologique de la Quiche, Extrait de Kikita/free

Comme nous pouvons le remarquer sur ce graphique, cette population ne cesse d'accroître depuis les années 70, avec une accélération de cette accroissement dans les années 90. Ce phénomène s'explique par le fait que les nouvelles technologies (Internet, lecteur dvd, four micro-ondes....), ont pu révéler au grand jour des quiches qui jamais ne se seraient faire connaître sans cela.



On distingue dans cette population, les quiches (qui sont les femelles) et les quichons (les mâles). Bien qu'ils ne se reproduisent pas nécessairement ensemble, cette population ne cesse d'accroître.

Qu'est-ce qu'une quiche, et comment la distinguer?

Tout d'abord, une quiche se caractérise par un langage pauvre et hermétique que lui seul est le seul à comprendre. D'où, l'énorme lacune de communication.
Ce langage pauvre, se caractérise par la répétition de mêmes phrases , les seules que le quichon sait prononcer (" moi, pas comprendre", "j'pige rien", "j'ai rien suivi", "c'est trop compliqué pour moi"....). Ces phrases, sont le reflet des difficultés intellectuelles auxquelles il doit faire face.






La quiche, c'est meilleur avec des frites !

samedi 25 juin 2016

Cillian Murphy

Cillian Murphy est un acteur irlandais 'pop'. Né en 1976 à Cork, d'un père inspecteur académique et mère professeur de français, alors qu'il entame des études de droits, le jeune homme se tourne vite vers l'artistique. Après une expérience au théâtre, dans des mini-séries, il obtient en 2001 un très beau rôle dans le film Disco Pigs. Il participe également à la bande originale du film où apparait deux chansons qu'il compose. Car Cillian Murphy est avant tout, viscéralement, depuis toujours, un musicien comme il le décrit dans une interview : "A l’origine, je voulais être musicien. J’ai commencé à jouer de la guitare et de la batterie assez jeune, puis j’ai fait partie de plusieurs groupes avant d’en créer un avec mon petit frère, Sons Of Mr Green Genes. La musique a été ma première façon de m’exprimer de manière créative, que ce soit à travers les concerts ou l’écriture. Je me suis très vite senti à l’aise sur scène."



Adolescent, entre deux pièces de théâtre, pour se motiver, il écoute Miss You des Rolling Stones. Il a sa première guitare très jeune, joue du tambourin, écoute des cassettes qu'il loue à la bibliothèque de Cork et monte son groupe pop. Quand ses premiers contrats d'acteur arrivent, il ne se résout pas à se séparer de sa passion. Sur Disco Pigs, histoire qui relate la complicité de deux adolescents de 17 ans nés le même jour dans le même hôpital dans la veine des Enfants Terribles de Cocteau, realisé par Kirsten Sheridan, où il partage l'affiche avec l'actrice Elaine Cassidy, Murphy signe le single So New. La musique du film est signée de Gavin Friday, musicien avec qui Cillian retravaillera en 2005 pour le film Breakfast on Pluto, chantant en duo la reprise de Lee Hazlewood, Sand.



Depuis, sur son chemin d'acteur, nous avons vu Cillian Murphy dans Batman, Inception, 28 jours plus tard, Broken, Au coeur de l'océan de Ron Howard en 2015, Red Eye de Wes Craven, le sublime Sunshine de Danny Boyle, The Wind That Shakes the Barley de Ken Loach et dans la série phénoménale actuelle dont je suis fan, Peaky Blinders.
Cette excellente série dépeint la période trop méconnue et pourtant si riche d'entre deux guerres au Royaume-Uni avec l'histoire d'un gang en 1920 à Birmingham qui terrorise le monde des courses hippiques et aussi les autorités, ayant des liens serrés au fil du temps avec Churchill. Leur leader Billy Kimber, qui a 24 ans est un gangster, chef des lignes Peaky, est devenu un des plus respectables et légitimes homme d'affaires du pays. Cillian Murphy interprète ce rôle et bien sûr, la bande son de la série est extraordinaire, avec Nick Cave, Artic Monkeys, White Stripes, Ane Brun, The Raconteurs, Tom Waits, Johnny Cash etc...



Parallèlement à son activité d'acteur, Cillian collabore avec des musiciens comme Money, I Break Horses, Nils Frahm, Paul Hartnoll, The Frank and Walters en participant à leur album Songs for the Walking Wounded (voix sur Stages et Hanging on the Edge) et Feist en apparaissant dans sa vidéo dirigée par Kevin Drew de Broken Social Scene pour le titre The water. Impliqué et engagé dans les bandes originales des films où il joue, Cillian Murphy fan de Blur, se ravit que Damon Albarn signe la BO de Broken, s'immerge dans Sigur Ros et de la musique classique pour jouer la scène finale de Sunshine, et récemment appelle un des ses amis, Flood, producteur de PJ Harvey, Nick Cave, Depeche Mode pour intervenir sur la bande son de Peaky Blinders.



L'idée de passer de l'autre côté de la caméra a pris forme en discutant avec son ami Simon Raymonde fondateur du label indie-pop Bella Union et membre des Cocteau Twins, qui signe le groupe Money. Suite à une rencontre du leader du groupe Jamie Lee avec Murphy autour du projet de la vidéo de la chanson Hold Me Forever, l'acteur-musicien revêt une nouvelle casquette avec brio, celle de réalisateur.

"Jouer est devenu ma plus importante façon de m’exprimer, mais je suis toujours aussi passionné de musique. J’en écoute tous les jours, et elle influence mon travail et la personne que je suis quotidiennement." "pour moi, il s’agit plutôt d’émotions. La musique te transforme émotionnellement, non? Elle te fait sentir différent, ou elle renforce certaines émotions que tu ressens déjà. Quand je vais à un concert, je ne veux pas en ressortir en me disant «mouais». Je veux ressentir quelque chose, me sentir transformé, bouleversé émotionnellement parlant. J’aime la manière dont la musique peut faire ça. Et puis, la musique est une exploration infinie. Tu découvres un groupe qui te fait découvrir un autre groupe, puis un autre groupe… J’adore le fait que ce soit une aventure sans fin. "

Cillian Murphy, les pieds sur terre, surtout l'irlandaise, avec sa femme et ses deux fils, est un artiste complet inspiré et charismatique, au talent inné et infini pour mélanger et marier la musique à diverses autres formes d'expression. Ce fan de Bob Dylan, Alexandre Desplat, JJ Cale, The Beatles, Ennio Morricone et King Creosote met en oeuvre sa perception de 'l'aventure sans fin' pour notre plus grand plaisir.
CillianMurphy







dimanche 19 juin 2016

Mac DeMarco


Il y a des périodes comme celle que nous vivons où sans avoir à devenir hippy, c'est de l'amour qu'il nous faut, du 'love, love, love' en barre. Il nous faut aussi de la caféine. Ok, Mac DeMarco n'est pas une marque de café, mais de l'amour, il nous en propose du bon et du résistant avec son dernier album d'aout 2015, Another One.
Le jeune canadien de 26 ans est très actif, productif et surtout inspiré. Il n'écrit pas une pléthore de chansons pour faire du chiffre mais bien parce qu'il vit sa musique depuis 7 ans, passionnément et concrètement. L'artiste fort sociable et généreux n'est pas du genre à faire de la musique reclus, au contraire, sa renommée grandissante dit qu'il est bavard lors de ses concerts qu'il enchaine. Très drôle et charismatique, il fait aussi rire son audience. Au delà de ce caractère sympathique et attachant, le jeune homme est doté de l'oreille absolue et d'un talent inoui. Le musicien forme son premier groupe à 19 ans et auto-produit un premier EP. Puis il intègre sur scène le groupe de Vancouver Japandroids avant de déménager à Montréal et sortir en 2012 un album de 10 titres, Rock and Roll Nightclub. Magnifiquement fleuri de mélodies pop, l'album est un essai qui sera transformé en avril 2014 avec Salad Days de 11 titres grandioses suivi du génial Another One enregistré à Brooklyn l'été dernier.



Ses mélopées sont construites comme des histoires qui font voyager sur les continents, au bras de Johnny ou d'Annie, sur fond d'amour et de rock'n roll, avec des arrangements sublimement pop. Guitariste fantastique, il compose et écrit des airs savants qui font autant danser que sourire. Ses fins sarcasmes montrent que l'artiste a une âme de troubadour de la veine de John Lennon et de Jonathan Richman qu'il admire et qu'il a aussi un esprit bien fait et bien rempli. Créer des univers semble être inné et les mettre en musique avec sa basse scintillante et sa guitare vibrante paraît venir avec une aisance sincère et amusante. A l'écoute de ses deux albums, on saute dans les fleurs, sous le soleil, dans la bonne humeur constante grâce à son sens de l'auto-dérision. Mac DeMarco ne se prend pas au sérieux, sous sa casquette, le garçon garde la tête sur les épaules, pas dévissée un poil.



Pitchfork qui est fan le décrit comme le ' the goofball prince of indie rock' et si la presse a tendance a le prendre pour un rigolo désinvolte parce qu'il préserve son sens de l'humour et de l'humilité, il n'en reste pas moins que monsieur DeMarco est un bosseur, un acharné à la tâche qui peaufine les détails et ne laisse de place au hasard. Sa personnalité frivole et insaisissable perturbe. Je la trouve grandiose. Artiste jusqu'aux bouts des ongles, la poésie et l'élégance habille The Way You'd Love Her à l'entame d'Another One, titre qui accroche les oreilles au plafond dès la première écoute. Les arrangements subtiles font voltiger la guitare, la batterie sensuelle, sur le chant volontairement taquin et entêtant. Another One, avec son clavier langoureux flirte avec la basse envoûtante avant le solaire No Other Heart et son texte enchanteur 'I'll put the sparkle right back in your eyes'. Avec une veine rock proche de Wilco, Lou Reed, Kevin Ayers, Mac taquine le style psychédélique avec excellence sur Just To Put Me Down quand le somptueux A Heart Like Hers, fluide, nostalgique, est orné d'un discret blues sur un clavier brillant et une rythmique énamourée. Puis on repart à sautiller en faisant des bulles sur le tempo impétueux de I've Been Waiting For Her en chantant avec DeMarco qui est étourdissant de charme à la guitare. Without me offre une cadence alanguie délicieuse pour parler de sa dulcinée partie et évaporée jusqu'à l'ambiance humide de My House By The Water, aux samples aquatiques pour imager le coeur brisé et l'amour en fond de cale. Mac DeMarco joue sur les scènes européennes tout l'été, des Pays-Bas, à la Suisse, Danemark, à Londres la semaine prochaine et passera aux Eurockéennes en juillet. Sa tournée est à retrouver là : MacDemarco







samedi 18 juin 2016

O

Attirée dans un premier temps par le nom mystérieux de l'artiste O, puis par le titre d'album Un Torrent, la boue, ma curiosité a été comblée. J'ai lu dans une interview que son créateur ne s'est pas voulu poétique dans ses chansons, mais même s'il n'utilise certes pas de métaphores, ses thèmes mélangés, parallèles, comme le sentiment amoureux et l'eau, sont bel et bien lyriques.
O ouvre le disque avec le somptueux L'odeur du coton, rond de douceur et de réconfort. Ce titre est en perspective, une ode au relationnel, une promesse où le synthétiseur et les guitares cavalent et font des 'ritournelles' en tête. La rivière qui suit est une ballade amoureuse, imagée et colorée, qui file en rythme et en relief, comme un cours d'eau de montagne conduit par le chant d'O, cristallin et magique. Les mots sublimes se marient à l'envi à la mélodie et au schéma de la chanson non conventionnel.




Si O écrit des textes personnels, sans détours dans le vocabulaire authentique employé, la forme demeure délicieusement pudique. Répéter / Disparaitre en partie en anglais est electro-pop, avec des claviers psychotiques pour évoquer la ville, ses lumières et la peur de disparaitre. Avec des morceaux comme My heart belongs to you, O ne risque pas de disparaître. Délivrant une mélodie et des notes pop virevoltantes et sautillantes, les mots avancent, prennent des sentiers où les pas sont rythmés par les guitares, le clavier, la batterie, la basse et la voix parfaitement arrangés et orchestrés. Pour rester joliment dans le thème aquatique, le titre se termine par la dernière réplique du film Le grand bleu 'Go, go and see my love'. De manière fine et adéquate, le morceau qui suit est Plonge dans l'eau qui fait écho à la rivière, au réconfort de la source et au bien-être de la caresse de l'eau.
Quand Mon Echo atteint les oreilles, on fait danser les bouées et claquer les palmes sur le tempo alternatif délicieux dans les synthétiseurs et la batterie magnifiques. Le texte sublime, en guise de déclaration d'amour, colle au rythme énergique et embarquant. Le style french pop continue sur Bebi, avec ses choeurs qui me font penser au chant hellénique de Pénélope, orné de claviers somptueux et du chant d'O, si touchant de pureté et de clarté ; Du toucher, à l'odorat, au goût, il offre un texte plein de sens. On the run arrive avec son tempo glorieux pour imager la course, les sentiments amoureux réapparaissent à la lumière de la lune et du soleil sur des arrangements ficelés à la façon 'britpop' des Beatles, une des références d'O.



O c'est Olivier Marguerit qui évolue au sein d'autres groupes depuis des années, comme Syd Matters et travaille avec Wilfried, Mehdi Zannad ou encore Yann Arnaud, le réalisateur d'Air et de Phoenix, aux manettes sur la production de Un torrent, la boue. Olivier, multi-instrumentiste, part en cavalier seul et la composition, l'écriture personnelles dévoilent autant l'homme que l'artiste avec ses sentiments, ses expériences, sa carte génétique avec la naissance de sa fille ou la vie de ses ancêtres, le moine Jacques Clément (le bougre, s'était mis en tête d'assassiner Henri III). L'album grandiose qui se termine sur un Kiss délicat et élégant porte le nom de la chanson Un torrent, la boue quand O, devenu père, se retourne sur sa lignée qui compte également un porte-drapeaux de Napoléon pour inspirer ce titre sublime . La rondeur du O, le thème de l'eau, avec la rivière et le torrent, habillent le premier album du parisien Olivier Marguerit sorti le 29 janvier, fort réussi, inspiré, peaufiné avec émotion que je classe dans les meilleurs albums de l'année 2016, sans sourciller.

OlivierMarguerit
SydMattersPiggledyPop2011
Wilfried*PiggledyPop2011
MehdiZannadPiggledyPop2016



vendredi 10 juin 2016

The See See

Les The See See sont cinq gaillards de Londres, un peu cinglés et énormément talentueux : Sam Ferman, Richard Olson, Kevin Peyok, Paulie Cobra et Phil Anderson. La clique britannique compose des odes pop psychédéliques diaboliques. Sans déchet, toujours nettes, les chansons qui apparaissent sur les albums sont toutes belles et bonnes. Les musiciens se groupent en 2010 et signent un premier réel joyau pop de 12 titres en 2011 Late Morning Light avec son Keep your head incroyablement efficace rappelant autant les Kinks que Fleur de Lys. Avec ce morceau, les kilts virevoltent, les semelles de clarks crépitent, les têtes fait des ondulations hystériques ; Les mods sont à la fête et Michael Eaton au service de la vidéo avec tout son charisme!



Deux Eps sortent en 2012, Sweet Hands puis Gold and Honey, annonçant un programme hautement sensuel et amoureux. L'album qui parait en 2015 Once, Forever and Again ne laisse plus aucun doute planer sur leur intérêt pour les filles, nommées Mary Soul, Mary Anne ou encore Jenny Said. Sont aussi évoqués des thèmes vraiment divers comme la météo avec The Rain & The Snow, Big Bad Storm, et Sun Arrows. L'orgue psychédélique dès le premier titre Once, Forever & Again annonce d'emblée une ambiance pop vitaminée mod's sixties, ornée de guitares énergiques, d'une batterie endiablée et d'une basse rock et groovy. La distance est mêlée à la notion du temps sur 400 Miles où l'écho des voix et la rythmique langoureuse nous embarquent dans une mélopée romantique stellaire quand le boogie dansant de Big Bad Storm galope vigoureux grâce aux claviers mélodieux et aux guitares magnifiques griffées du groove des Byrds. L'hypnotique et voluptueux Mary Anne entre dans la danse avec ses choeurs psyché enveloppants, pour continuer avec le sautillant The Rain & The Snow qui offre une spontanéité splendide dans les harmonies.



Le festif Over & Under poursuit dans l'orchestration réjouie, où même les tambourins et la grosse caisse sont de bonne humeur. Les See See explorent et titillent le genre psychédélique avec dextérité et inspiration comme sur Sun Arrows et ses distorsions dans les cordes de guitares qui proposent un plaisir instrumental précieux et radieux. Comme son titre l'indique Let Me Be The One (For You To Love) part dans des contrées amoureuses en nourrissant l'orchestration de clavier taquin, de guitares et d'un texte sensuel interprété avec une voix éloquente à rougir. L'envie irréparable de bondir et de danser reprend avec The Evil Clutch of Dawn aux allures alt-country formidables décorées de choeurs dignes des Yardbirds et des Zombies jusqu'au valsant et suave Ynys Las, où apparait un piano élégant et une mélodie soignée de trompettes candides. Quant à Jenny Said, la pop resurgit avec des claviers et guitares délicieusement sixties, un chant génial à l'âme brit' évidente. Featherman débarque, offensif et joliment énervé, orchestré de violons sur un tempo grandiose qui fait plonger dans en bain de jouvence. L'astral Song For Billy Nova qui conclut l'écoute, se savoure lascivement en se laissant bercer par la prouesse technique, les harmonies vibrantes. Once, Forever and Again se révèle être un album d'une qualité flagrante, sublime. Les choeurs chaleureux, les arrangements cousus de fil d'or, les mélodies inspirées, s'allient et déroulent une véritable formule magique pop.
TheSeeSee






Palomica

Palomica est un gros coup de coeur qui arrive à mes oreilles comme un coup de Trafalgar pop. Lo-fi, rock'n roll à souhait, pop home-made, le tout est shaké avec grâce et talent spontané. Les compositions solides offrent des mélodies nacrées d'instrumentations alternatives piquées de psychédélisme. Voluptueux, les samples viennent alimenter les guitares, les rythmiques et la voix sautillante de monsieur Palomica, Nicol Parkinson. Originaire de Brighton, l'artiste à la suite de son autre projet Frozy, signe un premier album solo en 2013 Sometimes It’s A Struggle et proposera son deuxième album de 8 titres nommé Petito le 1er juillet prochain. Nicol fleurit son style avec de belles influences comme le Velvet Underground et Tenniscoats, le japonais Tori Kudo, ou encore Yo La Tengo et Magnetic Fields.



Aujourd'hui 10 juin sort le single Honeydew en guise de tapas pop pour patienter, titre où Nicol convie Rosie Smith de Oh Peas pour l'accompagner au chant et à l'écriture. Le morceau bondit aux oreilles, gonflé de notes indie-pop des plus ravissantes. Les amateurs de Sarah records et de Matinée records seront aux anges. Les deux artistes se répondent dans un esprit pop savoureux, décalé et old-school, sur des guitares qui regorgent d'harmonies et d'énergie.
J'ai écouté Petito et c'est une réelle petite bombe qui commence par un Ribbons explosif de sonorités proches de Lou Reed. La fraicheur de Jonathan Richman s'y entend également. L'univers de Palomica présente d'entrée en biseau des lignes de guitares surprenantes, une batterie singulière et sa voix pastorale qui enveloppe l'ensemble. L'envie de danser est garantie, bougeant autant les orteils que le popotin. Puis on suit Nicol sur Petito pour une partie de colin-maillard sonore, l'instrumental nous emmène sur des sentiers inédits jusqu'au splendide Water Walks. Le piano y fait des loops délurés accompagné de l'accordéon et de la guitare électrique maîtrisée. Le texte saute du coq à l'âne avec une poésie et un romantisme fou. Nicol y évoque l'enfance ce qui rappelle que l'album est enregistré en partie chez ses parents dans sa chambre d'enfant et l'autre en studio à Brighton. On continue de taper du pied sur les harmonies scandées d'Actual Sighs montrant un univers borderline au son idoine. Suit le splendide Honeydrew et le tournoyant Bellyful au texte souriant et aux allures garage, sixties, incroyables et impeccables. L'humour fin et délicat de Nicol détonne sur tout l'album qui se termine avec les bandes musicales de You have the softest voice et Big Black Clouds aux formats instrumentaux, colorés de chants d'oiseaux, d'une ambiance de campagne champêtre réussie. Petito est rempli d'inspiration, d'une âme rock'n roll aux tendances fleur bleue ultra-séduisante.
NicolParkinsonPalomica





dimanche 5 juin 2016

Mehdi Zannad

Il était une fois, dans un ancien temps sans téléchargements quand nous parcourions de l'index les piles de disques qui claquaient frénétiquement les uns après les autres dans les bacs du magasin où nos yeux interdits de cligner absorbaient en un éclair une trentaine de pochettes, de noms, jusqu'à ce que paf, le temps s'arrête et que notre attention s'immobilise sur un disque... C'était il y a 15 ans, mes yeux ont cligné sur cette compilation, sur la photo, sur son titre, mes doigts sont restés scotchés sur le grain du carton de La piste aux étoiles. A cette époque qui parait lointaine, l'achat fonctionnait à l'aveuglette, à l'instinct, au coup de coeur. Sur La piste aux étoiles apparaissent plusieurs noms de groupe dont Fugu, Orwell, Tuscaloosa, Babil, Baron Calou, Few Notes Overboard! et Chut! devenu aujourd'hui Cascadeur.

CascadeurPiggledyPop2009
Jack&ThePiggledyPop2008
FuguPiggledyPop2013



Mehdi Zannad, alias Fugu, éclaire la pop française depuis donc, un lustre.
" Medhi se fait connaitre dès 2000 avec son opus Fugu 1 ... En 2005, Fugu sort son deuxième disque, As Found, pépite power-pop des plus délicieuses. Pour l’enregistrement de l’album, Mehdi s’allie à Tahiti 80 avec Xavier Boyer aux manettes et percussions, Pedro Resende à la basse sur Here Today, Mederic Gontier à la guitare sur Blackwall et Sylvain Marchand au clavier, percussions sur She’s Coming Over. Mehdi chante, joue guitares et claviers, assure le handclaps et avec lui il y a aussi Simon Johns à la basse et Rémy Galichet le meilleur tromboniste en France. As Found est une bombe harmonieuse qui démontre le talent de composition de Mehdi Zannad qui en bonus, offre un grain de voix si voluptueux et sucré que même son chant est intrinsèquement pop... le piano, les flûtes, raniment l’âme des Kinks et des Beatles qui flotte élégamment sur l’ensemble, comme celle des Pale Fountains dans les cuivres et celle des Beach Boys dans les synthés".



"2007, Fugu qui se dessine un chemin certain dans le milieu indé et désormais devenu une référence en matière de power-pop change son fusil d’épaule en s’alliant à Serge Bozon et signant la BO de son film La France. L’acteur et réalisateur Serge Bozon est un fin connaisseur de la culture mods et de la musique des sixties. Tous les deux se retrouvent pour travailler sur le dernier album de Mehdi signé cette fois de son nom Mehdi Zannad. Ayant composé les musiques, Mehdi invite son ami Serge à se coller aux paroles et le résultat est splendide. L’album Fugue de 2011 est un savoureux mélange de compositions power-pop et de l’écrit griffé esprit mods qui donne un aspect original quant aux productions passées de Fugu, un profil franc, direct dans les textes absolument réussi. "



L'alliance Fugu-Bozon est belle et loquace. Les deux univers s'entrechoquent avec finesse et élégance. La signature griffée, très singulière du court-métrage musical L'Architecte de Saint-Gaudens offre le savoir-faire de réalisateur de Serge Bozon et la profession d'architecte de Mehdi Zannad qui signe la bande originale et y joue aussi la comédie. Le film comptant la collaboration de la chorégraphe Julie Desprairies met en scène un architecte, ses promenades, les bâtisses qu’il a construites dans la petite ville des Pyrénées. Accompagné des habitants du village, l'architecte évoluent dans cet espace présentant son travail et son étude en chanson et en danses. La bande son est magnifiquement pop avec les titres tantôt instrumentaux, tantôt chantés avec une voix somptueuse et saisissante.



Les cloches tintent dès l'ouverture du bijou avec le titre ONF, où les rythmiques partent au galop sur la batterie, les cordes, violon, guitare et basse. Les notes qui émanent des touches de claviers telles un carrousel, tournent et virevoltent, colorées et joyeuses. Le rock enivrant et vitaminé de Bagatelle soulève les pieds du sol, lançant un "action" dynamite qui ouvre sur un thème architectural délectable, où le béton, les murs, les structures symétriques, les façades, les fenêtres et l'accès pompier s'enchevêtrent sur les guitares électriques, la batterie dévergondée et les 'houhou' des choeurs enchanteurs. Mehdi Zannad sait excellemment composer des harmonies pop révoltées et dansantes, des locomotives d'arrangements rock qui ronronnent pour accrocher l'écoute. Les voix parallèles des habitants et celle de l'architecte de Tribune enchainent sur un fabuleux texte psychédélique offrant de nouveau l'envie irrépressible de gigoter et de se dandiner. Puis la champêtre Promenade arrive sur un chant délicieux et gourmand, décrivant la bonne volonté limitée par les exigences du métier avec dessins, constructions et délais. Le disque conclut sur Le Thème de Saint-Gaudens aux allures seventies splendides, un joyau pop injecté de mood et de groove.

Chanteur, compositeur, arrangeur, auteur, vrai musicien de cinéma, Mehdi Zannad signe une BO magnétique, qui met en avant le thème suivant sa trajectoire musicale stylée et étudiée. Le concept est séduisant, l'ambiance décalée qui est l'empreinte de Bozon est omniprésente et mise en exergue par l'auteur-compositeur parisien qui dépose délicatement son talent de musicien, son inspiration d'artiste sur les partitions. Au fil des années, des histoires, armé d'un bâton de fusain ou d'un capo, Mehdi Zannad dévoile toutes les cordes subtiles et lumineuses de son arc. L'architecte de Saint-Gaudens est chez le label français de très bon goût, Les disques Entreprise.
MehdiZannad
MehdiZannadEntreprise



Mehdi Zannad

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