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mercredi 28 septembre 2016

Marie Bashkirtseff

Petite fille du général Paul Grégorievitch Bashkirtseff, Marie Bashkirtseff (1858-1884), de noblesse russe liée aux Romanoff, peintre, sculpteur et écrivain, a tenu son journal sans interruption de 1873 (elle avait 14 ans) à sa mort en 1884, atteinte de tuberculose, elle allait avoir 26 ans.

Son écriture est belle, touchante. La jeune Marie est fort mature, ses mots plein de sensibilité et d'analyse, montrent son intelligence, dotée d'une perception et d'un instinct éblouissant qui la caractérisent. Avant-gardiste, sa condition de femme à une époque où les établissements, les grandes écoles, n'ouvrent leurs portes qu'aux hommes, lui confèrent en plus un esprit rebelle et batailleur. Aristocrate, elle n'a pas la faiblesse d'être hautaine ou distante, parce qu'elle a une grande foi en elle-même et des valeurs humaines. Cela vient surement des nombreux voyages effectués dans son enfance, sa vie nomade entre Nice, Paris, Rome et sa maison natale en Ukraine. Elle fréquente des milieux cosmopolites loin des diners mondains. Passionnée des arts, amoureuse de littérature, vénérant certains auteurs, elle commence son journal à 14 ans.

Comme beaucoup de nobles russes des siècles passés, Marie est polyglotte, elle parle français, anglais et italien. Elle rédige son journal en français, en voilà la préface du mardi 16 avril 1876 :

" Quoi que je devienne, je lègue mon journal au public.
Tous les livres qu’on lit sont des inventions, les situations y sont forcées, les caractères faux, tandis que ceci, c’est la photographie de toute une vie. Ah ! direz-vous, cette photographie est ennuyeuse, tandis que les inventions sont amusantes. Si vous dites cela, vous me donnez une bien petite idée de votre intelligence.

Je vous offre ici ce qu’on n’a encore jamais vu. Tous les mémoires, tous les journaux, toutes les lettres qu’on publie ne sont que des inventions fardées et destinées à tromper le monde.

Je n’ai aucun intérêt à tromper. Je n’ai ni acte politique à voiler, ni relation criminelle à dissimuler. Personne ne s’inquiète si j’aime ou je n’aime pas, si je pleure ou si je ris. Mon plus grand soin est de m’exprimer aussi exactement que possible. Je ne me fais pas illusion sur mon style et mon orthographe. J’écris des lettres sans fautes, mais au milieu de cet océan de mots, j’en laisse échapper sans doute beaucoup. Je fais en outre des fautes de français. Je suis étrangère. Mais demandez-moi de m’expliquer dans ma langue, je le ferais peut-être plus mal encore."



La jeune et extrêmement jolie slave, elle est d'ailleurs très tôt consciente de sa beauté, noue un lien particulier et singulier avec son journal en s'adressant au lecteur. Elle y décrit ses états d'âme fait des aveux, énonce ses désirs, énumère ses sujets de colère et de révoltes, avec un style simple, parfois téméraire, d'une franchise incroyable et d'une originalité exquise. Sans prétention son écriture est cavalière, mais vraie. Le banal l'ennuie, les rencontres et déplacements multiples de son enfance lui donnent la soif d'apprendre, emplie d'une boulimie du savoir, elle se sait aussi malade et bien qu'un certain secret soit tenu autour de son état, elle devine que ses jours sont comptés. A 22 ans, ayant une voix en or, elle souhaite devenir cantatrice mais le médecin déconseille le chant au vu de son état de santé qui se dégrade. Vaille que vaille, avec son orgueil en avant, la peur du néant et son obsession grandissante de ne pas partir sans laisser de trace, elle ambitionne le dessin et la peinture. Sa préoccupation première est de constamment nourrir et entretenir son esprit.



La jeune fille prend des cours de peinture à Paris dès 1877 chez M. Julian dont l'académie est la seule en Europe à l'époque qui accepte les femmes. Elle rencontre enfin son mentor et ami avec qui elle aura une relation amoureuse, le peintre Jules Bastien Lepage, de l'école naturaliste et Marie peint sans s'arrêter, un de ses tableaux Le Meeting, sera exposé au musée d'Orsay en 1884 et recevra beaucoup d'éloges de la presse et du public sans recevoir de médaille. Outrée, elle le vit comme une injustice et écrit dans son journal quelques jours avant de mourir le 31 octobre "je suis dans l'indignation .... Car enfin on a récompensé des choses relativement mauvaises"... "Il ne peut plus rien y avoir pour moi. Je suis un être incomplet, humilié, fini".

Marie Bashkirtseff Le Meeting

En mai 1884, se sachant condamnée, Marie Bashkirtseff relit son journal, y ajoute cette introduction avant de mourir 5 mois plus tard :
"Si j'allais mourir, comme cela, subitement, je ne saurais peut-être pas si je suis en danger, on me le cachera... Il ne restera bientôt plus rien de moi... rien... rien ! C'est ce qui m'a toujours épouvantée. Vivre, avoir tant d'ambition, souffrir, pleurer, combattre, et, au bout, l'oubli !... comme si je n'avais jamais existé... Si je ne vis pas assez pour être illustre, ce journal intéressera toujours : c'est curieux, la vie d'une femme, jour par jour, comme si personne au monde ne devait la lire, et, en même temps, avec l'intention d'être lue."

Emportée à s'épuiser sous la somme de travail à 25 ans, passionnée, Marie aura beaucoup peint, la plupart de ses oeuvres ont été détruites pendant la Seconde Guerre Mondiale par les nazis mais elle laisse derrière elle ses lettres, sa correspondance avec Guy de Maupassant, publiées en 1891 et de nombreux articles de presse. Elle nous laisse aussi en héritage une leçon de courage et de joie de vivre face à l'adversité :
"il m'arrive de me lever en sursaut et d'aller à l'autre bout du jardin, comme une folle. "..." Il me semble que personne n'aime autant tout que moi : arts, musique, peinture, livres, monde, robes, luxe, bruit, calme, rire, tristesse, mélancolie, blague, amour, froid, soleil.., j'adore et j'admire tout... Tout se présente à moi sous des aspects intéressants et sublimes : je voudrais tout voir, tout avoir, tout embrasser, me confondre avec tout... "



Marie Bashkirtseff Le parapluie


L'artiste qui à Nice, a habité tour à tour la villa Baquis, la villa Aquaviva, 63, promenade des Anglais où se trouve une plaque commémorative, disparait en même temps que son ami Jules Bastien-Lepage à Paris. Enterrée au cimetière de Passy, dans une chapelle construite sous la direction de l'architecte Emile Bastien-Lepage, frère de Jules, un studio d’artiste en taille réelle, dans le 16e arrondissement où sa tombe a été déclarée monument historique, on peut lire sur un des frontons :

« Ô Marie,
Ô lys blanc,radieuse beauté,
Ton être entier n’a pas sombré dans la nuit noire,
Ton esprit est vivant, vibrante est ta mémoire,
Et l’immortel parfum de la fleur est resté. »
André Theuriet

Marie Bashkirtseff est exposée au Louvre, au musée d'Orsay et au Petit Palais.
Marie Bashkirtseff

Marie Bashkirtseff Auto-portrait


dimanche 25 septembre 2016

Mock Suns

Originaires de Philadelphie, les Mock Suns signent leur premier album aux sonorités psyché en avril 2012, rappelant parfois les Neutral Milk Hotel et Of Montreal avec des line-up stylés Weezer. Deux ans plus tard, le trio Greg Puglese qui écrit, chante, joue de la guitare, du piano, du synthe, claviers et percussions, Stephen DiRomualdo qui joue de la basse et de l'orgue, Tom Magliaro à la batterie et diverses percussions reviennent avec un magnifique second album aussi rock que pop, Santander/All That I Knew. On y savoure des 'papapa' avec une flûte qui vient se glisser sur des tambourins taquins.



Le single Out In the Blue de 2015 annonce le troisième album Stay True, paru en mars 2016 que j'écoute depuis sans pouvoir m'en lasser. Les onze titres nous content la délicieuse et légère période de l'adolescence, griffée des souvenirs de Greg et de ses émotions, qu'il décrit ainsi "These songs are not meant to be nostalgic, but rather a means to relive the joy and excitement, naivety and innocence, of youthful adolescence". Devenu depuis un quartet avec l'arrivée de Matt Giordano, les mélopées sont finement instrumentalisées, inspirées et ornées de samples pour finaliser les atmosphères via les interludes 1:52 AM, Stay Cool, Just The Beginning ou Paris Via PA.
Dès l'ouverture, Friday Night au piano qui galope léger et aérien, nos oreilles replongent doucement dans notre tiroir-mémoire adolescence et ressort une particule de spontanéité et de joie de vivre quand arrivait la sortie du vendredi soir avec sa musique, ses concerts, la foule : "It's Friday night, I've waited all week for tonight, And since first light, I couldn't sit still, no, cause I feel…, I feel alright. We're packed in tight, There's no end to this crowd in sight, When we take flight, I can't explain it no I just feel…I feel alright."



Cette sensation est maintenue à l'écoute de l'interlude 1.52 AM suivi de la balade Nothing Good Comes About Being Out At This Hour superbement ornée d'un tempo, d'harmonies désinvoltes et alternatives sur des mots résolus pour décrire l'état d'esprit insouciant au milieu de la nuit. "No other feeling can compare To that anxious anticipation, Under the blank cover of darkness, Yea I know nothing good comes about being out at this hour, But no I won’t turn in now, keep it down, we will never be found ". Stay cool dessine par son sample d'une minute, une relation amoureuse et un appel téléphonique, plus détaillé sur la rythmique langoureuse R&B de Don’t Wanna Miss You

Puis Paris via PA nous invite au voyage. La sensation est maintenue par le titre Dream Drifters qui suit offrant sa texture sautillante, psychédélique, du mouvement avec un texte plein du thème de l'espace et du temps. Le génial Camelot Arms qui explore la lumière du matin, la fuite et la jolie complicité du couple d'adolescents qui ne craint rien ni personne. Le thème de la tendresse du matin partagée continue sur Who’s Watching You? où la mélodie riche et remplie s'ouvre en corolle sur le piano envoûtant et les effets de voix très réussis pour accrocher l'émotion. Just The Beginning est le quatrième interlude qui déroule l'ambiance pop de Here From Your Rooftop avec son instrumentation joviale, la guitare qui fait des loops sur les percussions pour accompagner le sens poétique, périphérique, de la vue du toit sous le ciel bleu, les étoiles... Stay True effleure la sensation de liberté, tournant la page de la jeunesse insouciante et promettant de ne pas changer. L'instrumentation éloquente, les mélodies percutantes, tout au long de l'album concept sont bien présentes. 
MockSuns


samedi 24 septembre 2016

Mt Doubt

Paru en juin 2016, l'album In Awe of Nothing de Mt Doubt est un disque somptueux. Du début à la fin, il a de la saveur, du caractère dans les mélodies, l'instrumentation et dans les mots. L'auteur-compositeur écossais Mt Doubt, Leo Bargery, nous emmène dans son univers indie-pop parfumé de paysages verdoyants, de fjords, qui contrairement à son titre d'album, peut rendre contemplatif et admiratif. Les airs pop, formidablement alternatifs, font danser, rêver, habillés de lumière pour des thèmes parfois sombres. Les orchestrations sont originales avec des claviers, des guitares, des rythmiques et des choeurs qui lancent des joyeux 'hoohoho' couronnés de 'papapa' sautillants. Sorti sur le label Scottish Fiction, la presse et les médias comparent Mt Doubt à Edwyn Collins, The National, noms auxquels j'ajoute Steve Mason, les compatriotes The Beta Band.
Le musicien d'Edimbourg signe en 2015 My Past Is A Quiet Beast avec aux manettes de la production Mark Morrow de The Winter Tradition. Leo y appose 10 chansons avec une dominante de guitares poppeuses pour créer des ambiances fascinantes, mêlant les saisons, enlaçant les instruments, avec une plume colorée et inspirée comme quand sur Feathers, Mt Doubt compare sa relation amoureuse à une carte postale de Guernica .



A l'écoute de Fjords qui ouvre In Awe of Nothing, les ondulations de guitares, les effets de voix qui s'envolent, Mt Doubt a toutes les cartes de la composition en main et on comprend pourquoi il est décrit comme un des meilleurs artistes écossais du moment. Ce prince pour concocter des harmonies, des mélodies qui glissent et accrochent à la fois, sait opposer sa voix intimiste, grave,à des rythmiques virevoltantes qui martèlent un tempo pop enjoué. Ce contraste attire l'attention. Après le froid de Fjords l'escalade d'arpèges joyeux continue sur le dynamique Afterglow qui donne envie de claquer les doigts mais pas des genoux. Les guitares et la batterie sont magiques, l'interprétation efficace et envoûtante quand To a Cusp, qui plaira aux amateurs de Lloyd Cole, propose une balade indie où Leo parle de ses disques, des nuages noirs sur des choeurs joviaux qui ne lâche pas la bride sur Thirst, troisième single de l'album qui sort ce mois de septembre 2016.



Verdant débarque avec claviers, guitares et sa basse incroyable. L'atmosphère humide et habitée de l'écosse en guise de métaphore nous enveloppe. Les sentiments, les souvenirs se mélangent à la pression atmosphérique contenue dans le xylophone, l'harmonica et l'écho de la guitare électrique. Sheer and Utter poursuit sur les sentiers émotionnels introspectifs orné d'un rythme de grosse caisse endiablée. Puis Hotel Key se fait plus langoureux, révèlant au-delà des apparences, la personnalité intransigeante de son auteur mise en relief par le piano déluré et énervé, schéma que l'on retrouve sur le solide Soak avec orgue, basse et la voix de Leo à l'âme mordante corsée qui ravigote. L'album se termine sur le puissant Bastard Sea, pop et rock, qui forme la boucle avec Fjords et pousse à imaginer des vikings punks sur ce titre fabuleux plein de fibre nordique offensive, impossible à ignorer dans ce consistant et excellent In Awe of Nothing.
MtDoubt



dimanche 18 septembre 2016

Josienne Clarke and Ben Walker

Avec Josienne Clarke & Ben Walker, le folk reprend sa forme la plus noble à la façon rayonnante de Nick Drake. Construire, ériger une chanson avec une guitare et une voix qui galvanise et reste en tête est un don. Très peu de musiciens l'ont, ou du moins ne savent l'exploiter en se moquant des modes et des exigences médiatiques. Ce couple de multi-instrumentistes se correspond et se marie à merveille. Josienne avec sa voix d'ange, comme une empreinte, dessine les contours des arpèges de Ben . La fibre traditionnelle se retrouve également dans les textes, une jolie prose romantique, poétique, ronde de métaphores, de descriptions qui nous font voyager.



Le jeune couple nous emmène sur les plaines formées de bruyères, dans les forêts habitées par le chant des oiseaux, par les rayons de soleil et la brume. La notion de nostalgie et du temps qui passe y trouve toute sa place, écrit et composé par Josienne main dans la main avec Ben qui compose les arrangements du violoncelle, violon et contrebasse avec splendeur.
Certains titres sont arrangés parfois avec un ensemble symphonique, ou un quator avec des envolées de cordes pour accompagner la guitare et le piano comme sur l'album Nothing Can Bring Back The Hour de 2014. Le duo aime apporter des reprises de vieilles chansons au milieu des leurs, en guise de clin d'oeil, d'hommage avec par exemple des notes de Gillian Welch, certaines du compositeur anglais que j'admire beaucoup, Elgar, ou encore le splendide For All we know de Nina Simone.



Signés sur le label Rough Trade Records, Josienne Clarke & Ben Walker nominés aux BBC Folk Awards l'an passé, offrent leur nouvel album Overnight qui paraitra le 14 octobre 2016. Le couple à la vie comme à la scène, se produit chez lui à Londres mais aussi dans toute l'Angleterre, sans pinailler sur le confort de l'endroit. Comme des troubadours modernes et avant-gardistes, ils sont aussi brillants dans un pub de deux mètres carrés que sur les planches du Royal Albert Hall ou dans les courants d'air enivrants de Kenilworth Castle du XIIème siècle. Ils ont une classe et une élégance innées, un talent fou, une générosité avec leur public très honorable qui complète ce charisme.



A l'écoute de Something Familiar, Overnight et The Warning Crescent extraits de l'album à venir, cela gonfle la difficulté à contenir sa patience. En attendant, on peut se reporter à One Light Is Gone de 2010, The Seas Are Deep de 2011 sur lequel tous les instruments sont assurés par Ben, l'EP Homemade Heartache de 2012, Fire and Fortune de 2013 suivi de Nothing Can Bring Back The Hour donc en 2014. Les mots, les mélodies, les arrangements et le chant nous emportent dans d'autres époques, nous content des histoires créant des ambiances ancestrales épiques. Sensibles aux éléments et aux traditions, plein d'adversité pour les conserver, les deux musiciens réhabilitent courageusement le genre musical avec beaucoup de grâce et d'âme. Après avoir joué à New-York, Boston, Chicago, etc et en ce moment au Canada, nous pourrons les retrouver sur les scènes européennes en automne et bien sûr se délecter dans quelques jours de leur exquise virtuosité avec la sortie d'Overnight.
Je classe la musicologie et la chamber-pop de Josienne et Ben dans mon panthéon en remerciant pour cette découverte mon cher ami Alain, armé de son régendat en français, histoire, enseignant le cinéma, la musique, la communication, de partager ses conseils en or et ses avis, que j'adore!
JosienneClarke&BenWalker





Golden Bear

Les Golden Bear d'Austin sont des actifs, des artisans, des orfèvres de la pop depuis des années. Ils signent 3 albums depuis 2006 ; Golden Bear sur lequel ils invitent Voxtrot à l'enregistrement, suivi de To the Farthest Star en 2007 et d'Alive en 2011, des pierres précieuses, des albums incroyables de qualité ornés d'une originalité psychédélique pop dans les arrangements et l'instrumentation.
Les musiciens membres de Golden Bear, qui jouent dans différentes formations, me sont familiers depuis 2002 et leur style, leur univers et son développement me subjuguent. Ils sont fertiles, toujours mordus, ne cessant des jouer et d'enregistrer leurs superbes mélopées. Pour en savoir plus sur leur genèse, rendez-vous là : TheChannel/GoldenBear



Ces fans des Kinks et des Apples in Stereo continuent leur épopée en nous offrant depuis quelques jours quatre titres en écoute, extraits de leur album Dimensional Place sorti le 16 septembre 2016. L'album, magnifique, est un chef d'oeuvre de mélodies, d'harmonies, de rythmes dansants, de voix magiques et de textes magnifiques. Les Golden Bear sont des techniciens et musiciens à la pointe de leur art et surtout des experts à l'oreille absolue en studio. Ils connaissent toutes les ficelles de l'analogique, du mix et du mastering qu'ils enseignent à l'université d'Austin.
Evidemment, le son génial glisse avec du relief et du volume, qui rend l'ensemble puissant et efficace. En plus, les airs pop y sont splendides, mélodiques et marquants. Le groupe évoque l'amour, une sorte de relation longue-distance de deux éléments, passionnés de musique, aux contours impossibles, aux dimensions sur-naturelles et immenses, entretenue par voies téléphoniques et autres moyens imaginatifs. Une attraction forte, presque moléculaire, de deux étoiles lointaines aimantées de façon inexplicable.



Le romantisme et la modernité sont mêlés comme sur Let my Love Come Down où les sonorités synth-pop enveloppent illico. Il y a de l'élévation dans l'instrumentation groovy, dans les mots, planants et touchants. Enregistré à la maison, dans leur home-studio, Matt Gardener alias Heartbreaker aux claviers, Andrew Gregory alias Walnut à la basse, Brent Pennington alias The Deserter (au chant, guitare et claviers), Chris Gregory alias Grizzle (au chant et guitare), Andy McAllister alias Train (batterie) accueillent récemment Kate Daniel alias K8 Tronic (chant). La veine glam-pop et R&B de Whole Nuthr Level montre le travail parfait du producteur Cornelius Fairchild déjà présent pour Alive. L'album se termine avec l'optimiste et lumineux Heartdancer au tempo dynamique, aux voix en apesanteur et aux guitares magistrales. Dimensional Place est une odyssée pop réussie, dont les effets frappent l'oreille de manière spectaculaire mais aussi les émotions. Les Golden Bear, dont les influences multicolores sont les dinosaures, les comètes, les ours, la lune, les anges et les super héros, eux-mêmes surnommés les "Austin's Superheroes" par les médias, vont sillonner en 2017 les scènes internationales, les festivals avec leur esprit drôle, excentrique et leur savoir-faire époustouflant.
GoldenBear

samedi 17 septembre 2016

Mini Dresses

Même si la fin de l'été approche à grands pas et que l'on range au placard les tenues estivales courtes, les Mini Dresses restent de circonstances, fort convenantes. Idéale à écouter cette demie saison, twee, soft, dans la veine de The Clientele, pigmentée de pop sixties, l'atmosphère musicale que nous propose le duo est solide, singulière. Véritables créateurs, musiciens brillants, Lira Mondal et Caufield Schnug, respectivement de l'Arkansas et du Texas, transportent avec style et discrétion l'âme artistique du Velvet Underground ou le suave psychédélisme des débuts de Sonic Youth. Rencontrés à Austin, leur ville de coeur, même s'ils vivent à Boston, les Mini Dresses forment une fine équipe, ils se complètent : Lira qui chante, écrit les paroles et joue de la basse est fan de post-punk et Caufield, guitariste et compositeur est amateur de shoegaze, des sixties et de la pop française.



Tous les deux aiment voyager, sont touchés par le cinéma et la littérature, des hobbies qu'ils ne manquent d'évoquer dans leurs chansons, en modelant avec talent des histoires autour de différents personnages de fiction. Mini Dresses commence l'aventure en 2012. Ils jouent sur scène à Austin et enregistrent à la maison un premier et efficace Summer de cinq titres, puis Hot Sun de trois titres qui n'est pas seulement lumineux et chaud de par son titre. Suivent en 2013, le single Two puis Emmi/ Tom and I. Août 2014, le génial Three parait avec cinq nouveaux morceaux, galbés et mélodieux suivi du single Bracelets au printemps 2015 et de Four qui sort en format cassette.



Ce mois de septembre 2016 les Mini Dresses nous apportent le superbe quatre titres Sad Eyes que j'écoute en boucle depuis sa sortie. Délice sonore, stylé shoegaze, Lira assure au chant, à la basse, Caufield aux arrangements et à la guitare, récemment rejoints par l'excellent batteur Luke Reed du groupe Bent Shapes. Sad Eyes qui ouvre le disque est envoûtant, somptueux tout comme I feel It qui poursuit dans le tempo langoureux, sucré et harmonieux. Mini Dresses nous enveloppe de son univers de velours. End the Night est bercé de notes cristallines, impéccablement twee pop, rock, psyché et romantique à la fois. Fabric clôt avec un brio groovy, dream-pop et lo-fi à souhait. Leurs influences, les Cocteau Twins, Bloody Valentine, Slowdive et Mojave 3, alliées à leur belle inspiration, formeront un album sur lequel Mini Dresses travaille pour l'automne. C'est noté sur les tablettes!

LabelBoxBedroomRebels



dimanche 11 septembre 2016

Parks, Squares and Alleys

Son premier coup d'essai en 2011 vêtu de l'alias Walrus Meditation s'appelle Memories. Parks, Squares and Alleys apparait en 2013 avec sa nouvelle cape et un premier ep qui porte bien son nom, Youth, aux traits electro-pop contemporains. Suit le single Forest puis l'album en 2015 Against Illusions and Reality qui dévoile des mélodies originales, sculptées, un peu plus matures et vraiment réussies. Aux manettes du projet c'est le musicien Sergey Khavro qui opère seul enregistrant ses mélopées lo-fi dans son home studio. Inspiré, ses titres sont chaloupés et arrangés avec idée et technicité. J'ai eu un coup de coeur pour Soft Clouds notamment et Bicycle, qui s'inscrivent dans le paysage magnifique que Sergey a sous les yeux, les plaines de Khabarovsk dans l'Est de la Russie. Les paroles romantiques font la qualité des chansons autant que son instrumentation. Les textes sont écrits et sensés, ciselés avec une belle imagination.



2015, le single We're Not Just Friends annonce l'album en préparation avec comme hors d'oeuvre, le superbe single Parasites paru en mai dernier. Le titre excellent arrive d'un pas assuré, avec ses rythmiques, sa basse et sa guitare voltigeantes et la voix de Serguey d'une justesse convaincante, très mélodique quand il déclame "Can you see it? That’s the world of parasites. All the people I’ve tried to avoid (I see them around), All the voices I’ve tried to ignore (I hear them so loud)".
Inspiré par l'ambiance mystérieuse des grandes forêts du nordet, par ses livres, les gens qui l'entourent, Sergey puise aussi dans sa mémoire pour écrire et composer. Côté influences, il dit dans une interview "...there are few bands that have a big influence on me. I’m huge fan of twee-pop bands of Bristol record label “Sarah Records”. I do love old Manchester groups like The Stone Roses, New Order and The Smiths" et à la question du choix d'un voyage dans le temps et un autre espace, il répond "I would travel to NYC in 1985 to get in avant garde community, work with Sonic Youth and meet other talented artists of that time. The people of art are foundation of human freedom".
J'ai le pressentiment que Parks, Squares and Alleys, à l'âme artistique indie-pop jusqu'au bout des doigts avec le charme coloré des pochettes de disques, a l'intention d'orner son prochain album de fort belles compositions.
ParksSquaresAndAlleys





dimanche 4 septembre 2016

Cold Pumas

Ces Pumas là ne sont pas des gros matous qui ronronnent, mais bien des prédateurs qui bondissent et prennent la proie à la gorge sans discussion délivrant un univers post-punk évoquant un cocktail musical de Guided by Voices, Franz Ferdinand et Joy Division. Arrivés sur les scènes de Brighton en 2007, les Cold Pumas, Lindsay Alexander Corstorphine, Oliver Fisher, Patrick Q Fisher, Daniel Reeves, signent en 2009 l'ep Cyan qui se vend comme un petit pain suivi en 2012 de Persistent Malaise, un premier album déjà prometteur . Clairement, les quatre anglais n'usent pas de flûte de pan. Les titres musclés servent des mélodies emplies de riffs de guitares galbées, de rythmes de batterie aiguisés et des textes griffés de la patte de Patrick superbement interprétés.



Les Cold Pumas nous embarquent dans une ambiance d'aristochats punk avec leur dernier bijou d'août 2016, The Hanging Valley, un album efficace et intraitable qui s'ouvre sur un Slippery Slopes entêtant. L'instrumentation tendue ne lâche pas de lest, tient nos oreilles avec les guitares qui attaquent, joliment vaillantes. Les paroles attirent autant l'attention que les solides harmonies sur Open Mouth of Dusk quand la pop, cold et dansante de A Change of Course continue d'absorber et d'hypnotiser. Bien sûr, l'âme de Joy Division revient nous hanter à l'écoute du génial Severed Estates, aux mots offensifs et décisifs. L'exigence, la niak et l'énergie y tranchent une belle part. La densité des distorsions de guitares poursuit sur A Human Pattern, délicieusement résolue suivie du révolté The Slump qui donne envie de céder à un pogo de mécréant agacé et nourri au petit lait des Toy Dolls.



L'écho réussi et majestueux de The Shaping of the Dream aux formes cold-wave continue dans la qualité de composition et de sons de guitares avant que la basse mitraille sur Fugue States, lumineuse et infernale amplifiée par le chant en choral cavalant pendant 6 minutes. The Hanging Valley conclut sur Murmur of the Heart avec des guitares impitoyables qui contrairement au titre, ne susurre pas mais réveille bel et bien, nous laissant avec ses dernières notes insistantes, une impression d'excellence et d'intensité. L'esthétique des pochettes de disques illustrées par Flo Brooks est aussi singulière que l'univers musical des Cold Pumas aux traits pop-art colorés et dynamiques, le tout sur le label Faux Discx, petit label de Dan Reeves, membre du groupe, signant d'autres fabuleux groupes comme Soft Walls, Trust Punks, Garden Centre etc. A découvrir !
ColdPumas
FloBrooks
FauxDiscx