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dimanche 19 novembre 2017

Le parapluie

Le parapluie n'est pas un groupe de pop mais un objet portable qui comporte une canne et un dispositif à baleines. Son existence remonte à la Grèce antique. 
Les ombrelles fleurissent plus tard à Rome pour se protéger du soleil. Objet précieux, n'a pas une ombrelle (ombrello en italien est une petite ombre) qui veut. Le mot grec "para" signifie "se protéger contre" et le nom "pluie" vient du mot latin "pluvia".



Le parapluie est surtout utilisé en France dès le début des années 1620. Contrairement à la légende, nos cousins gentlemen anglo-saxons, l'adoptent un siècle plus tard. Jusqu'à la fin du 18ème siècle, c'est en France que l'ombrelle qui sert autant pour le soleil que pour la pluie, connait un grand essor. C'est encore un français, Jean Marius, qui invente le parapluie pliable en 1705. Toujours côté français, la fabrication des parapluies est à son apogée en 1850 en Auvergne, à Aurillac et outre-Manche, c'est à Sheffield que Samuel Fox confectionne le premier l'instrument, vers la fin du 19ème avec peine car le dédain des anglais pour le parapluie est tenace très longtemps.



Des ébauches de parapluie existent en Auvergne dès le moyen-âge où les dinandiers travaillent des morceaux de cuir pour les poser sur du bois des forêts cantaliennes. Au fil du temps, des passages des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle, qui rapportent ce cuir aux auvergnats, ceux-ci iront même jusqu'en Espagne vendre des chevaux pour rapporter des toiles de coton. L'ombrelle se transforme en parapluie. Anne de Bavière le démocratise en 1712 et lance la mode dite des «parisiennes». Le parapluie est chéri en France, à Paris, où éclosent les premiers ateliers. On lui porte une bien belle attention quant à sa manipulation et à son entretien. Différents matériaux l'habillent au travers du temps, taffetas huilé, alpaga, dentelle, coton, soie et pour les cannes, du hêtre, du chêne, du charme, châtaignier et acier trempé pour le U de Paragon en guise de fanon de baleine.

Dans la capitale les parapluitiers s'activent dans leur travail artisanal, du fait main appuyé par celui des raccommodeurs. Légers ou résistants, les ombrelles, les parapluies, les parasols sont en demande pour plus d'élégance, de luxe, de fantaisie et bénéficient d'une grande popularité au sein de notre pays du 18ème à la fin de la seconde guerre mondiale. La parasolerie depuis perd de son panache en adoptant le polyester et des matières plastiques. Les pépins perdent de leur peps.



Il reste en France cinq ateliers de confection de parapluies. Ces métiers font partie intégrante de l'identité, de la culture française et ne doivent pas disparaitre. Du parapluie 'Paris sous la pluie' de Gustave Caillebotte, du 'Femme à l'ombrelle' de Claude Monet à celle qui flotte dans votre verre à cocktail, tout bon foyer français qui se respecte a son parapluie. ParapluieParis est une marque française qui résiste faisant encore à la main des objets magnifiques, la parasolerie Heurtault dans le XIIème, les deux fabricants aurillacois Maison Piganiol et Sauvagnat, Guy de Jean à Versailles, sans oublier feu Le Verel de Lyon, la marque 'parapluie de berger en France' de Pau et bien sûr, les ateliers de Cherbourg qui brillent d'excellence. Avant le film de Jacques Demy de 1963, Les Parapluies de Cherbourg, il n'y avait aucun parapluie à Cherbourg. Le succès du film a fait naître l'idée à Jean-Pierre Yvon d'installer des ateliers de fabrication en 1983 pour in fine déposer en 1986 la marque 'Le Véritable Cherbourg'. Y naissent des parapluies 'made in Cotentin' de matières nobles, de tissus luxueux, de manches en bois portant les armoiries de la marque.







samedi 18 novembre 2017

Morrissey

Morrissey grandit de jour en jour et devient un des seigneurs d'Angleterre en musique pop. Son nouvel album Low In High School sort hier le 17 novembre 2017. En citant une des répliques du film 500-Days-In-Summer, je dirais 'I love The Smiths'.
Morrissey dit 'Moz' nait en 1959 à Manchester et fonde le groupe The Smiths en 1982. Du haut de ses 23 ans, l'auteur-compositeur impose sa griffe. Avec Johnny Marr, immense autre seigneur de la pop avec qui il mène The Smiths jusqu'en 1988, ils ne cessent depuis presque 40 ans de chatouiller l'excellence. Amoureux de Jack Kerouac, Byron, Oscar Wilde, Moz est un des derniers artistes à écrire des chansons intelligentes, brillantes et touchantes. Rebelle élégant et sensuel, le romantique rock'n roll, le hooligan de la pop, écrit sa biographie en 2013 pour laquelle les fans feront la queue pendant 30 heures le jour de sa parution . Le film biopic England is Mine vient de sortir avec un prix au Edinburgh International Film Festival.



Avec sa renommée internationale, sa carrière magnifique, Morrissey ne désarme pas et poursuit parce qu'il aime la scène, ils aiment ses fans, il ne peut pas vivre sans écrire des chansons. Peu me chaut si certains clament que Morrissey sans Johnny Marr n'atteind pas le niveau exemplaire de la discographie des Smiths, je deviens de plus en plus fan de Morrissey. Je le découvre tardivement, le vois toucher les cimes en matière de composition et de chant. Enigme, légende, guide, référence, leader, tous les adjectifs sont dégainés et quand j'écoute Low In High School, onzième album en solo, j'entends une analyse philosophico-politique, un point de vue sur l'actualité auquel j'adhère. Moz déroule sa clair-voyance et son caractère avant-gardiste sur 12 titres. Ils commencent par le grandiose My Love, I'd Do Anything For You qui pose le décor 'Teach your kids to recognize and to despise all the propaganda, Filtered down by the dead echelons mainstream media'. Les guitares électriques, les trompettes et trombone sonnent pour alerter sur ce qui nous pend au nez. L'album est enregistré à cheval entre Paris et Rome avec à la production, le remarquable Joe Chiccarelli. I Wish You Lonely est aussi combattante et rythmée. Les synthétiseurs sont éclatants sur Jacky's Only Happy When She's Up On The Stage. La mélodie y est révoltée, alimentée par des samples et une batterie haletante. Trompette et guitares sont de la partie pour accompagner le chant plein et solide. La fermeté et la fragilité se rencontrent sur Home Is A Question Mark, où Moz cherche toujours son endroit, son 'home' après des années passées loin de Manchester vivant entre Los Angeles et Rome.



Les claviers rivalisent sur Spent The Day In Bed où l'anglais préconise d'arrêter de regarder les news à la télé. Morrissey ne lâche donc rien. Il n'aime pas la bêtise, les idiots, qui nourrissent les médias et les gouvernants, une entité qui cherche le chaos. Son bel entêtement glissé dans des métaphores resplendit aussi dans le tempo. Les arrangements ficelés rock continuent sur le sarcastique I Bury The Living où les cordent électrisent la basse sur le grain de voix puissant et offensif. Ce titre est magnifiquement soutenu, alternatif, interprété avec un talent inoui. Ca balance et donne du mordant sur le piano et les échos inquiétants de In Your Lap où le sens critique de Moz apparait fort lucide, courageux. "The Arab Spring called us all, The people win when the dictators fall, I heard a bang and an almighty crack, And I just want my face in your lap, The people sing when the warlords all burn, Do not feel sad, it's simply their turn, They tried to wipe us clean off the map, And I just want my face in your lap". De manière logique, le titre The Girl From Tel-Aviv Who Wouldn't Kneel suit, typé tango où la danse évoque l'étrange insouciance et légèreté d'un pays qui vit entouré de pays amis qui distribuent du pétrole. Puis la pop fleurit sur la rythmique virevoltante, les guitares monumentales de All The Young People Must Fall In Love, splendide titre incisif et musclé d'ironie 'à la Moz'.



Quand When You Open Your Legs joue son air oriental c'est pour repartir à Tel-Aviv avec des violons qui ornent une instrumentation formidable. Le titre fulgurant Who Will Protect Us From The Police? poursuit dans l'orchestration animée de synthétiseurs, de cuivres, de guitares pour former une chanson incroyablement énergique grâce à un Morrissey plus passionné que jamais. Israel termine l'album d'une façon troublante et belle. Le texte beau, blindé de symboliques, est à comprendre absolument. Une fois le sens saisi, on ne peut que dire merci à Monsieur Morrissey pour sa finesse d'esprit, sa mélodie jouée au piano pour plus de solennité, de responsabilité et pour sa voix. Les dernières notes offrent en arrière plan, très lointain, un chant liturgique chrétien pour conclure Low in High School ; Un retour aux racines. Le grand Morrissey émeut, par sa force, son charisme, sa musicalité et sa résistance flamboyantes.
Morrissey



dimanche 12 novembre 2017

Satellite Jockey

Satellite Jockey est un groupe français basé à Lyon né sous l'impulsion et l'écriture de Rémi Richarme en 2010 (chant, basse, guitares, sitar, banjo) . Il crée le groupe à Brest où il fait ses études d'ingénieur du son et c'est là qu'il rencontre les musiciens Thibaut Le Hénaff (guitare, trompette), Clément Sbaffe (guitare, violon) et Antoine Nouel (guitare). En ajoutant le batteur et la chanteuse, le groupe signe l'opus Trembling in the night en 2011. Les influences, multiples et belles, sautent aux oreilles. Le rock et la pop des années 60 et 70 se glissent joyeusement dans les chansons qui sont malgré tout singulières et véhiculent un style propre alternatif et peu commun. La particularité première de Rémi est de créer la surprise dans ses compositions faisant montre d'une richesse de références musicales, garage, baroque, new wave, psyché. Le nom du groupe vient du groupe anglais des années 60 Nirvana et de leur chanson Satellite Jockey.
Suit l'EP Looking for a shelter en 2012 avec le somptueux Sometimes qui ouvre le disque et Stars qui parait en 2013. Le troisième album Falling parait en 2015 avec la nouvelle chanteuse Pauline Le Caignec (piano, clavecin, orgue) et le nouveau batteur Florian Adrien, le groupe ayant quitté Brest pour revenir s'établir à Lyon.



Au printemps 2017, Satellite Jockey offre l'album Modern Life vol​.​1 avec comme pochette une très belle estampe colorée. Le décalage avec la vie moderne démarre sur les chapeaux de roue dans le premier titre ingénieux Copernicus. Dès l'attaque des accords de guitares, c'est un plongeon pop sur des harmonies de voix sixties avec des loopings délicieux dans les gammes de la basse grandiose. On songe aux Beatles, Kinks, The Incredible String Band, Syd Barrett ou Small Faces, Animals et Yardbirds quand Misery arrive sur la platine. Tambourin et orgue psychédéliques s'allient aux guitares pour envahir les oreilles d'un tempo vitaminé. La rythmique virevolte légère et ornée des cordes sautillantes sur She Came Out of Nowhere où la voix de Rémi croone savamment, portant le titre. La minute suivante est un titre ensoleillé de bossa pour un break saupoudré d'orgue et de 'lalala' avant un très beau Long is the Road aux arrangements seventies. Opacity et sa mélodie planante, sur basse et clavecin hypnotiques, fait une escapade moderne et cosmique rappelant le titre d'album. Quand Inside à la silhouette Pink Floydienne de nouveau envoûtante par le grain de voix et les accords ascensionnels et alternatifs, offre du psyché, du groove, du rock dans le jeu des guitares.



Les titres chantés en anglais sont honorés par un accent irréprochable. Le fabuleux Hide from Love avec sa mélodie pop, sa batterie scintillante et son texte en mouvement s'allient pour donner du relief et de l'allure au titre dansant. Satellite Jockey enchaine sur un somptueux The One Who Dares, chaleureux et sensuel avec la présence du sitar, le swing élégant de la flûte, agrémenté du mariage des voix au psychédélisme panaché efficace. Pour conclure le formidable album les titres United Nations, qui offre une orchestration fournie de violons, guitare acoustique, comme un plaisir millésimé qui ferme l'écoute est suivi du sémillant Modern Life. Tel un carton d'invitation à la nostalgie, les arrangements pop sixties de clavecin, violons, trompette et basse reprennent La Marche des Turcs de Lully sont un régal sur cette fin de disque rappelant le décalage du début. Rémi Richarme aime autant le classique que le rock et son bon goût, ses gages d'auteur-compositeur de qualité s'imposent, explosent sur Modern Life Vol.1. si bien que dans mes oreilles, Satellite Jockey devient sacrément addictif.
SatelliteJockey





samedi 11 novembre 2017

Sans Chateaux

Je gardais secrètement Aspendale sous mon parapet depuis deux ans mais Sans Chateaux n'est pas destiné à rester cloîtrer à l'abri de toutes les oreilles. Au contraire, l'artiste irlandais au talent exponentiel mérite toutes les attentions et est d'un naturel très sociable. Austin Moore vient du comté de Cork, de Midleton, il reste pour ses études en Australie en 2013 où il écrit ses chansons et rentre en 2015 pour les enregistrer en Irlande avant de repartir finir son doctorat en France.
J'ai chroniqué Sans Châteaux sur Piggledy Pop il y a 3 ans, enthousiasmée par le projet nourri de clarinette, violon, de trompette, guitare et instruments celtes comme le banjo et le fiddle. Je le rencontre le 14 novembre 2015, veille d'une journée noire. On prend une terrasse parisienne et nous discutons de son parcours, romanesque, jonché d'expériences culturelles hors-normes pour son jeune âge qui lui donne un profil fort noble. Il me confie alors Aspendale, fabuleux album qui paraitra un an plus tard, le 11 novembre 2016.
SansChâteauxPiggledyPop2015



Ses titres sont enregistrés avec guitare, piano, rythmiques qu'il assure lui-même avec son ami Patch qui vient orner le tout de violoncelle. La personnalité d'Austin habille les morceaux arrangés avec délicatesse et brio comme le montre Aspendale. Les harmonies riches se mélangent subtilement au chant qui s'extrait sur A Science / Metaphor, épais en musicalité. Les arrangement d'une douceur exaltante apportent des sensations souriantes et les mélodies bouillonnent d'excellence. A l'écoute de Fiction Can Be Heavy, Austin dévoile un don évident pour la composition et sait en bonus, orchestrer avec intelligence ses partitions de voix qui fleurent bon l'Irlande avec ses mots qui font des roulades sur les pentes moutonneuses de bruyères pour se languir enlisé de mousse verte, brin d'herbe coincé entre les dents. Puis la guitare folklorique embellit A Wilting Lilt, A Comma Hangs, sur le grain de voix cristallin doublé d'une orchestration proche de la veine Nick Drake. L'élégance est de mise, la spontanéité resplendit autant que le travail et la réflexion sur l'avancée des notes dreamy et sunshine pop de l'amoureuse What Are We But Compounds ? Puis Søren nous emmène dans la poésie du piano qui accompagne voix et guitare classique.



On pense au folklore nordique, au tempo ensoleillé des Beach Boys, au sentimental de Scott Matthews, à la jovialité des Belle and Sebastian en sautillant sur Stuff Unknown. La balade Post-Columbus rythmée par le génial violoncelle et le chant aiguisé d'Austin délivre un message sensuel limpide avant de semer des particules de regret sur Peak, Descent. Le piano revient mélodique sur The Happiest Age, The Most Disengaged et la rythmique émanant du bois, des cymbales et des cordes tendues nous accroche, nous envoûte. Le mixage des instruments est impressionnant, la production un travail de joaillerie. Sans Chateaux continue de m'époustoufler avec On Distance, alternatif, simplement beau et brillant avec un texte somptueux qui si on se penche dessus peut faire perdre pied. L'alternance construite n'est pas seulement dans l'instrumentation mais aussi dans les oscillations de voix. Le mouvement créé du remous et des sensations fortes dans le titre qui suit, Where These Feelings Missing, qui happe et impose des émotions. Aspendale se termine sur un morceau que j'ai aimé il y a des années déjà, Peregrination, dont le mélange de mots, les sonorités magnifiques et intemporelles révèlent un Sans Chateaux intense et un musicien au domaine étendu. SansChâteaux



dimanche 5 novembre 2017

Peter Perrett

J'écoute Peter Perrett & The Only Ones en permanence, parce que chaque mot chanté m'électrise, chaque note jouée me trouve. Le poète signe l'album How the West Was Won l'été dernier, produit par Chris Kimsey (Rolling Stones) entouré de ses deux fils Jamie à la guitare et Peter Jr à la basse, tous les deux ex-membres des Babyshambles et leaders de Love Minus Zero. Essentiel et époustouflant, ils comptent sur Jake Woodward à la batterie.
L'élégance débonnaire, la poésie rock'n roll, sa voix qui claque, son esprit sarcastique, tout me séduit dans l'univers artistique de l'anglais. Il apparait avec The Only Ones en 1976, ses chansons power-pop punk connaissent un succès fulgurant puis suit un hiatus de plusieurs années. Il crée The One dans les années 90, fait des apparitions sur scène avec les Libertines en 2004 et relance The Only Ones en 2007.



Finalement, c'est sous son nom qu'on retrouve le grand auteur-compositeur à son meilleur avec le fantastique 10 titres How The West Was Won paru en juin 2017. Alors que certains médias le surnomme l'Homme Fatal, il y a effectivement, sur ce point je suis d'accord, l'âme du Velvet Underground qui vient visiter vibrante chacun des morceaux. Cela ne peut que me réjouir. Cette évidence apparait dès les premières notes de How The West Was Won. Mélodiquement, c'est sublime et fort. Sur le plan de l'écriture, c'est grandiose. On retrouve les métaphores du génial Perrett, chantées avec panache et classe. Son sentiment balaie l'Ouest jusqu'à l'Est, culture et politique sont chiffonnées, en casant l'amour et l'humour au beau milieu. An Epic Story entre en scène pour un régal pop alternatif de trois minutes où Peter subjugue sur les guitares, basse et batterie somptueuses. Le bijou pop est une déclaration d'amour touchante qui donne envie de danser frénétiquement. Ses mots impétueux, au toupet rieur portés par sa voix rock'n roll et sensuelle à la fois, toujours vive, apportent une allure puissante supplémentaire. La littérature, les livres sont présents, alliés à la musique comme sur Hard To Say No, belle balade temporisée par les guitares et les choeurs pour dénoncer les indécis, les petits courageux planqués. Puis la magnifique Troika évoque un amour unique et ultime manqué, sur des accords en guise de boulet de canon indie-pop. La mélodie endiablée par la guitare électrique impressionnante devient sérieuse sur Living In My Head pour évoquer les délires et leur dangerosité frontale, idée poursuivie sur Man Of Extremes. Ce titre fabuleux fait bouger la tête, les bras et les jambes, si vous êtes assez sensibles, avec sa basse fulgurante et un texte tranché, beau, plein de vérité et de réalisme "If we could be reborn, And start it all again in unrelated times, Far from the raging storm, With no need to depend on a life of crime, Though it's justified, it's a sick society, There's no place left to hide, There's no place left to be free. "



Les notes majestueusement velvetiennes de Sweet Endeavour arrivent aux oreilles et cela devient difficile de maitriser ses mouvements. La mélodie galope et bondit sur les neurones en faisant valser les cordes et les caisses de batterie sur le chant absorbant, lucide, brillamment ajusté. Le romantisme vient habiller un texte fort émouvant, sur C Voyeurger qui emmène en voyage dans son intimité. Son auteur avoue ses sentiments les plus sincères et qu'il n'aurait jamais dû monter dans ce train...
La rythmique remet le pied à l'étrier sur Something In My Brain, à l'instrumentation rock psychédélique fière, solide de métaphores pour évoquer drogues & co comme Lou Reed employait le même talent pour parler du sujet. Take me Home ferme le rideau rock et pop underground avec ses arrangements de claviers sublimes, ses échos dans les guitares et les mots de Peter qui offrent des frissons garantis saignant d'encre pour écrire sur la guerre. Peter Perrett ne change pas, il rajeunit parfois, à croire que son don pour composer est une cure de jouvence. L'artiste nous lance un How The West Was Won énorme de qualité et frappe fort. Même si je le vénère déjà, Peter Perrett gagne définitivement mon admiration.
PeterPerrett



The Only Ones 1979 - Another Girl Another Planet


samedi 4 novembre 2017

The Blow Monkeys

Sorti le 6 octobre 2017, l'album The Wild River est le dixième des anglais The Blow Monkeys qui signent des mélopées pop groovy et engageantes depuis 1984. C'est Animal Magic de 1986 qui après Limping For A Generation offre une renommée au Blow Monkeys grâce au pouvoirs surnaturels d'auteur-compositeur du leader Bruce Robert Howard alias Dr Robert, accompagné de Tony Kiley à la batterie, Mick Anker à la basse et Neville Henry au saxophone. Que serait la pop des années 80 sans le fameux saxophone et les vestes flashy avec des escalopes de veaux en guise d'épaulettes? Je ferme la parenthèse carnivore pour revenir aux albums signés comme She Was Only A Grocer's Daughter en 1987 suivi en 1989 de Whoops! There Goes The neighbourhood et en 1990 Springtime For The World. The Blow Monkeys font une pause de presque vingt ans avant de revenir rutilants comme des sous neufs en 2008 avec Devil's Tavern, suivi de Staring At The Sea en 2011, Feels Like A New Morning en 2013 et If Not Now, When? de 2015 que j'adore. Bizarrement, ce dernier album est quasiment passé inaperçu alors qu'il est génial. Les arrangements ciselés de cuivres et d'ensemble de cordes sont tantôt rock, ou pop avec des shalala et des papapa très galbés. De plus les textes sont touchants, londoniens jusqu'aux bouts des doigts, déclinant les sentiments et les sensations de musiciens qui ont touché les étoiles.



Avec The Wild River dans les écouteurs, The Blow Monkeys réussissent à faire voltiger des particules stellaires et les maintiennent en suspension tout le long des titres savamment pop, soul et funky qui commencent par le magnifique Crying for the Moon. What in the World distribue entre les violons sensuels et le saxophone suave une mélodie chaude et rythmée. L'orchestration soul rayonne sur la voix splendide et cotonneuse de Robert Howard, majestueux. Les cordes pincées sillonnent le titre pour donner du mouvement et de l'allant. La flûte savoureuse bossa et boogie de On the Wings of the Morning habille les mots amoureux et le tempo caressant en crescendo. L'intensité de l'ambiance pop soul orchestrale persiste avec le somptueux Wild River et son orgue hammond qui rend ses titres de noblesses au style. Sur Landslide Comin' la rythmique vigoureuse de Crispin Taylor alias The Pump est magique. Il remplace Tony Kiley derrière la batterie qui n'a pas pu venir se joindre à la troupe en Espagne où elle enregistre l'album.




Quand Fortune's Wheel propose le doux son de la guitare acoustique, le chant de Robert nous cueille par ses ondulations chaleureuses. Les instrumentations absolument délicates, finement dosées, sont époustouflantes. Gods Gift et sa flûte incroyable propulse dans un moment de foi, joyeusement spirituel, continué par An Act of Faith qui confirme la luminosité et force de l'esprit insufflé dans le titre 'when she plants, she says: i don't do this for myself, i plant for future generations...". Le tempo langoureux blindé de cuivres voluptueux sur I Keep Getting In The Way est plantureux de notes évidentes et parfaites jusqu'au Nothing To Write Home About, dernier titre à la texture persévérante qui montre un Dr Robert au don de la composition inné. Tous les titres de The Wild River sont si généreux que je ne peux que partager mon avis sur ces sacrés bons Blow Monkeys. TheBlowMonkeys



Stag

Les Stag ou Mighty Stag sont cinq musiciens de Seattle qui se réunissent après plusieurs années d'amitié pour offrir de la powerpop décoiffante, enrubannée de rock et de groove. Fans de T-Rex, des Who, Guided by Voices et Big Star, les américains font swinguer et scintiller les guitares sur un tempo seventies fort dansant. Seattle devient depuis la veille du XXIème siècle un temple du rock'n roll, nous amenant depuis un lustre des signatures comme Kurt Cobain, Fleet Foxes, Pearl Jam, Walkabouts, Postal Service, Pedro the Lion, Death Cab For Cutie, Modest Mouse etc. Outre le petit lait qui les a nourri, les disques et références qu'ont en commun les cinq amis de Stag, ils savent tenir une guitare, une baguette de batterie et s'en servir de bon aloi.

Sunny, by Stag

Les camarades de Stag, actifs depuis 2010, Ben London auteur-compositeur (Alcohol Funnycar, Sanford Arms) à la guitare, Steve Mack (That Petrol Emotion) au chant, John Randolph (The Cops) à la guitare, Rob Dent (Jackie On Acid, Sanford Arms) à la batterie et Pete Everett (Tuffy, The Mellors) à la basse, se retrouvent en studio pour signer Midtown Sizzler en août 2017. Enregistré à New-york avec John Agnello (Dinosaur Jr., Hold Steady, Kurt Vile) aux manettes, l'album est une bombe pop-boogie aux format glam 70's tendu et efficace. Dès les premières secondes, les fières guitares de Pharaoh font mettre genoux à terre de cabrioles déjantées. La batterie offensive et intuitive transmet illico une dose d'énergie. Les lignes de guitares électriques dégainent une mélodie de caractère sur Come On où la vitalité dans le chant de Steve, à la force joviale, est très belle. Après des notes de claviers ensoleillées arrivent les cuivres du solide The Bedazzler. L'enthousiasme dans la mélodie, le jeu, les voix entrent de plein fouet dans les oreilles.



Stag joue ses tripes et sa passion dans ce titre débridé et fougueux, avant d'enchainer avec Rosemarie aux arrangements aussi musclés et fibrés que fleur bleue. Les pirates de Seattle évoquent souvent le thème de l'amour et des filles. La flatterie courtoise rock'n roll fait plaisir comme sur Sunny le titre phare du EP Saturday Morning de 2015 que je chéris. Runner qui suit est un titre sportif et amoureux, croustillant et mélodieux, galopant comme l'excellent Figure You Out, morceau dynamite. La nostalgie soulignée sur Pictures est tonique, à l'image des albums et EP précédents, These Times Are for All of Us de 2010, Paper Crown, Stag de 2012 avec son fabuleux I Love Her Records et le grandiose Temporary Machines de 2014. Already Know revêt sa cape de rock mods alternatif pour boucler la pépite. Les 'papapa' psychédéliques et joyeux enveloppent l'album Midtown Sizzler d'un papier cadeau pop ; Une des plus sûres sorties de 2017, à déposer au pied du pinède le mois prochain. Stag





vendredi 3 novembre 2017

Lomond Campbell

Lomond Campbell est par résonance un nom qui me plait beaucoup. L'artiste, auteur-compositeur est écossais. Son identité resplendit dans ses chansons, éclatante dans les mélodies, dans les thèmes et dans l'interprétation. Comme il est dit dans sa biographie, il vit près d'un loch dans les highlands, dans une école désaffectée qu'il retape en studio. Il y travaille, s'inspirant du ciel indigo limpide qui plonge dans le lac où saumons et truites s'amusent et tournoient : the sound of deepest, darkest Scotland . Son premier disque Only A City Apart parait en 2013 uniquement sur vinyle et en 250 copies. Voilà un profil aussi humble qu'exigent qui me séduit. Les six titres variés en sonorités surprennent et montrent sa capacité étendue dans le domaine de la composition ainsi que la palette de références qui nourrissent son inspiration.

Aujourd'hui, 3 Novembre 2017, sort son deuxième formidable album Black River Promise. Le musicien une nouvelle fois surprendra ses auditeurs. Pour ce petit chef d'oeuvre plein d'oxygène écossais, Lomond Campbell écrit des partitions pop pour orchestre symphonique. C'est Pete Harvey qui est aux commandes des arrangements de cordes. "We then recorded the 10 piece string ensemble (called the Pumpkinseeds) in a 500 year old castle in rural Perthshire. It was a totally new recording experience for me and was very challenging but I learned loads from working with Pete."



L'exercice est splendide, le résultat époustouflant. Au même titre que Beta Band, Lloyd Cole, Belle and Sebastian, Franz Ferdinand, Pastels, The Jesus And Mary Chain, King Creosote, son camarade, qui baptise Ziggy Campbell, Lomond Campbell, il entre avec cet album dans la cour des grands. Black River Promise commence avec le gracieux Fallen Stag dont je me régale sans relâche. La poésie y gambade légère et aérienne, l'orchestration et la guitare acoustique se suivent, sautillantes et magistrales. Digne d'une escapade dans les highlands, le titre Black River Promise qui suit est jonché de notes élégantes, brutes et lumineuses. Les mots serpentent, lyriques, ondulant entre les notions de temps et les paysages, sur une mélodie qui glisse entre les phalanges comme l'eau argentée de la rivière.



Le génial Every Florist In Ever Town nous prend par la main pour une promenade romantique évoquant une relation calamiteuse, rosie de violoncelles, de cordes de guitare et du chant de Ziggy, mélodique et cristallin. Misery Bell continue dans le voyage au parfum chlorophylle, au son des cloches avant la pop décapante de Brutes in Life. Suit le somptueux The Lenghts avec son harmonica dansant, qu'on déguste le casque sur les oreilles en dévalant les collines des 'hautes terres'. La magie tourbillonne dans l'ambiance médiévale de Archaracle quand Coal Daughter, reprise de la chanteuse Nuala Kennedy dessine un paysage émouvant. Le touchant et tragique Hurl Them Further ferme l'album. Black River Promise, comme une peinture impressionniste, titille par ses images, ses sonorités grandioses les âmes sensibles aux beautés naturelles. LomondCampbell



samedi 28 octobre 2017

Rinaldi Sings

Il jouait du trombone dans un groupe Mods appelé The Moment aux côtés de Paul Bevoir et les critiques rock l'appellent le Scott Walker du 21ème siècle. Rinaldi Sings est le phénomène Mod, le dandy de la pop anglaise. De son vrai nom Steve Rinaldi, ce british du Suffolk revisite les orchestrations des années 60 sans complexe, comme un poisson dans l'eau . Il crée des mélodies power pop aux tendances pop bubblegum. Pourtant il ne bulle pas. Après The Moment, il continue d'user ses semelles sur les scènes internationales dans les groupes The Jetset, Squire, Long Tall Shorty, Secret Affair etc et depuis 2008, joue fréquemment dans le West End de Londres et au Japon avec le Glenn Miller Orchestra.



Investi et inspiré, il entonne pour la première fois en 2004 une reprise de Tony Christie Avenues and Alleyways. Evidemment ce single charismatique ne passera pas inaperçu. Le crooner continue de se balader comme sur un vespa, peaufine en studio quelques singles et finalement concocte son premier album qui fleure bon le Carnaby Street d'antan. Multi-instrumentiste, Rinaldi sort l'artillerie lourde, trompettes, tambourin, cor, trombone, tuba, violoncelle. Porteur de l'esprit mod's qui lui va si bien, le gentleman offre enfin son premier album en solo What's it All About en 2006.

Steve Rinaldi fait fi de la vague rock qui déferle sur l'Angleterre. Il bénéficie de la complicité de Paul Bevoir, bien connu des amateurs de pop. Il a donc décidé de résister avec finesse et humour au mouvement dominant et c'est concentré, déterminé qu'il compose une ribambelle de titres pour repartir en studio. En janvier 2008, le dandy Rinaldi présente son deuxième album Bingo qui comporte 11 morceaux mythiques dont Goodbye Steve McQueen et Come as you are, you're a Star. Son producteur et ami Chris Hunt, journaliste de musique et musicien l'accompagne dans l'aventure ainsi que Paul Bultitude, autre producteur de pop bubblegum et créateur de label avec Bevoir. Tous les titres nous replongent dans cette belle ambiance cuivrée et dansante des Sergio Mendes & Brasil 66, 5th Dimension et des Foundations. Steve qui est au chant, clavier et trombone est entouré d'une équipe musclée de talents, avec Bob Kelly à la guitare, Tim Charlton à la basse et Trevor Smith à la batterie. En bonus, la star Mod reprend Do you Wanna Be in the Show pour le Jetset Tribute Album.
RinaldiSings





dimanche 22 octobre 2017

Adam & Elvis

Adam & Elvis qui pourrait être une marque de cigares, de chaussures ou de flingues est un groupe du Berkshire qui prend forme grâce à l'initiative des frères Malone, Patrick et Tom, accompagnés par Steve Wraight à la batterie et Dan Robershaw à la guitare. Patrick joue de la guitare et chante ses textes, Tom joue de la basse. Les paroles sont aussi candides que psychédéliquement osées, fournies de références littéraires, sur des arrangements power-pop ou cold-wave ornés de synthé, de trompettes et maracas. Ce qui séduit au prime abord est le charisme des compositions typées. La voix singulière, dévorante et hypnotique, accroche et fait resplendir tout l'univers poétique de Charles Bukowski que Patrick admire. Suite à la sortie du single Hanging Tree l'album Through Snow and Small Talk dont je reçois le master ces jours derniers est à mon avis une des plus belles sorties de l'année 2018.



Dès les premières notes de Modern Hitz, l'attention est absorbée, la mémoire titillée par les atmosphères des Pixies et de Pulp. Adam & Elvis cuisine des arrangements electro-pop ficelés en introduction pour nous emmener illico dans un tourbillon pop sur des mots mutins “Please can I have a kiss, What the hell do you think I’m dancing for?”. Tandis que le style power-pop richement rythmé commence à chauffer les rotules, poursuit sur un tempo endiablé. La guitare, la basse, la batterie forment une ligne offensive fracassante sur le chant de Patrick enfiévré, habité de la griffe punk peu enclin à l'intimidation. Puis l'excellent Hanging Tree joue, avec son romantisme du 21ème siècle qui exige des comptes immédiats comme un "intelligent bloke who loses his head over romance and abandons his rational faculties". La batterie savante accompagne magnifiquement les mélodies enragées et follement harmonieuses. Alors qu'on se dit qu'Adam & Elvis tient un morceau tubesque avec Hanging Tree, The Artiste arrive et submerge derechef. Tom chante avec Patrick, les deux frères frisent la perfection de l'esprit underground et je passe le titre de 5.50 minutes en boucle au point de me cramer les lobes.

L'instrumental Snow Talk vient rafraichir l'ardeur et la tension avec ses guitares et ses cuivres avant de repartir en croisade sur le pogotant Wasting Away et son fébrile, sauvage, hand-claps. Les intonations bariton de Patrick subjuguent sur le groove de la basse et des guitares qui dégainent des arpèges garage, mods, cold, du 'indie' sur mesure. Through Snow and Small Talk, décalé, sixties, psyché, rock et punk est un album addictif qui ne lasse jamais et dont la qualité doit faire mordre la poussière en live. She Bites Mosquitoes et sa mélopée surf, synth-pop parle du caractère académique amoureux de certains couples qui réduit leur capacité à être spontanés quand Darker than Black avance à tatons pour poser ses galons alternatifs qui rappellent au sens tribal et animal. Puis Cruel as Winter évoque les méandres inhumains de la ville de Londres avec des accords rebondis stylés Cure. Through Snow and Small Talk termine le génial album du même nom en évoquant un accident de voiture dans la neige avec réalisme et poésie, affront et grâce. Adam & Elvis sont énigmatiques, arrogants et attachants à la fois. Les anglais qui se définissent comme 'Reading Cut-throat guitars, dirty basslines and contorted synthesisers' nous soumettent un grand album qui manquait à l'underground ces dernières années, stylé et surprenant.
Adam&Elvis





E'spaniel

Le groupe E'spaniel, "based in the North East of England (where spaniels don’t need sombreros)" fait partie de ces groupes que je suis fidèlement depuis 2015 : "Originaires de Newcastle-upon-tyne (comme The Animals, Prefab Sprout, Maximo Park, Dire-Straits etc), ces artistes nés en 1998 mettent dans leurs arrangements toute l'âme rock'n roll anglaise et leurs références modernes electro-pop parsemées de leur intérêt pour l'Espagne, le soleil, et les épagneuls." "Le groupe est jeune et récent. Ils signent leur premier single le 7 décembre prochain et je les suis depuis leurs débuts l'année dernière, impatiente que leurs mélopées sortent physiquement. E'spaniel ont dans un premier temps attiré mon attention grâce à leur photo représentant un épagneul breton avec un sombrero (je ne pouvais être qu'accrochée) puis par leur humour, leur second degré. Le graphisme qui les habille est dans la même veine que leurs mélodies, pas présomptueuses, ni prétentieuses. Et ça marche! Ils dégainent des harmonies qui captent l'attention et qui respirent la sympathie."
EspanielPiggledyPop2015
C'est toujours un immense plaisir de découvrir leurs chansons et de m'en délecter avant qu'elles passent à la presse, un honneur. Le nouvel album pas encore paru donc est un bijou power-pop garni de rythmes, des envolées de voix et des cordes de Leon, Karen et Christianne, tous trois guitaristes et interprètes.



A l'écoute de No Common Sense qui ouvre l'album, l'ambiance pop, punk, power et twee se propage comme une épidémie Big Star. Les anglais font vibrer les âmes de la Factory dans leurs guitares au son brut et pur. Cette belle vivacité poursuit sa course sur Dawn où la frénésie, l'énergie émanent de l'écho dans le clavier, des cordes tendues de la basse et du chant parfait de Leon. Le thème amoureux décliné selon les saisons est orné d'une nervosité pop délicieuse. Dots and Dashes continue son brin de fraicheur pop avec sa mélodie immédiate et ses harmonies dansantes dans le mélange des voix. Puis Fading Light offre sa constante rythmique, ses puissantes notes de guitares pour une promenade amoureuse, orageuse et iodée imparable. The Ground en forme de revanche sentimentale est formidablement efficace. Le texte en forme d'aveu tranchant est accompagné d'un tempo flamboyant qui fait turbiner la mélodie.



Just Another Day continue dans le genre pépite power-pop, donnant l'envie de dodeliner du chef sur le chant authentique, mélodique de Leon et les guitares qui ne désarment pas. La basse grandiose voltige sur la guitare électrique de Knots en guise de règlement de compte avec sa rythmique chavirante, entêtante, marquante comme la ballade Lines qui suit, sur des lignes de guitares d'une belle évidence de pop. L'instrumentation étoffée de synthétiseurs de Lucky Strike accélère sur les distorsions de guitares succulentes façon Teenage Fanclub. L'épopée pop ne cède rien quand Talking Shop arrive brillant pour fermer l'album. La manière dont E'spaniel dispose ses cordes, sa rythmique impressionne et pétille d'inspiration, de talent et de tempérament. La brit'pop est hissée au rang de l'excellence avec E'spaniel qui après avoir assuré des concerts avec les Vaselines et Ghost Signals, jouent le 14 novembre prochain avec Slurs & The Head à Newcastle. Espaniel


dimanche 15 octobre 2017

The Luxembourg Signal

Signés sur le label ami Kleine Untergrund Schallplatten de Augsburg et Shelflife Records de Portland, les américains The Luxembourg Signal sillonnent la planète depuis des décennies avec une dream pop fantastique dans la besace. Basés à Los Angeles, l'indie-pop du groupe passe les frontières pour son dernier album et son joli nom Blue Field paru le 13 octobre 2017 en invitant Bobby Wratten des Field Mice et de Trembling Blue Stars à l'enregistrement. J'aime beaucoup cet ensemble d'artistes qui forme un cocktail puissant de sonorités sur les albums, grâce à leurs expériences, leurs personnalités et leurs diverses influences.



Je les évoque ici même l'an passé : "Voici un groupe qui séduira les amateurs du genre indie-pop, les aficionados de feu Sarah Records et de la Factory. The Luxembourg Signal est un groupe composé de pointures qui signe l'album du même nom en 2014. Cette réunion d'artistes pop qui jouent dans leurs formations respectives depuis des années, comporte le trio de Los Angeles, Aberdeen, Beth Arzy (également dans Trembling Blue Stars), Brian Espinosa et Johnny Joyner, la chanteuse anglaise Betsy Moyer qui enregistre les voix à Londres, Dale Crover des Melvins à la batterie accompagné de Toshi Kasai (acolyte des Melvins), Ginny Pitchford, Dave Newton, ex-guitariste de Fonda et de Mighty Lemon Drops au mixing, accompagné de son ami David Klotz, pilier des Fonda, Daniel Kumiega à la guitare, John Girgus ex-guitariste de Trembling Blue Stars, aux claviers, chant et guitare. Toute cette joyeuse troupe regroupant des talents, de l'inspiration, de l'expérience, nous délivre un album de 10 titres de dream-pop monumentale." TheLuxembourgSignalPiggledyPop2016

Blue Field sorti il y a deux jours est génial. A son écoute, j'entends leur humour, leurs références culturelles, dans une ambiance troisième type où des ovnis grattent le casque audio survolant l'Antarctique et déposant une dose de plutonium pop dans l'ouie. Le premier des dix titres There's Nothing More Beautiful Than A Well-Made Machine annonce d'emblée la couleur électrique planante. La mélodie étreint, sert l'étau avec ses guitares et ses claviers inquiétants. Le synthétiseur poursuit l'invasion des oreilles avec Atomic N°10 où les guitares et la batterie ne lâchent pas la rythmique musclée. L'intensité des arrangements colle aux mots 'the room is on fire, let it burn' avant que la batterie rallume les tambours d'Antartica, au beat pop très dansant. La guitare dévoile des harmonies gothiques romantiques sans pitié. Le style shoegaze impitoyable continue sur Blue Field, virevoltant, envoûtant, une tuerie pop qui fait pogoter frénétiquement les rotules pendant cinq minutes .



J'applaudis le savoureux mélange de talents encore une fois, avec les voix de Beth Arzy et de Betsy Moyer, la brillance de Brian Espinosa à la batterie, le génie de Johnny Joyner à la guitare et de Daniel Kumiega à la basse, auxquels s'allient Ginny Pitchford aux claviers et Kelly Davis à la guitare. Le tempo décolle et prend des allures cosmiques sur Shipwreck avant le gigantesque Are You Numb? qui ramène par les bretelles aux eighties et aux nineties. Le son est parfait avec aux manettes les ingénieurs Ian Catt, Mark Rains, David Klotz et Jon Chaikin au mastering qui me permettent de monter le niveau sonore sans dégâts collatéraux. Et même s'il y en avait... Fall Feeling sort de l'arsenal ses lignes de guitares brit-pop pour accueillir le chant sensuellement pop de Bobby. Malgré la silhouette dark et cold apportée avec soin, Slow Delayed Heart fait rêver quelques secondes avant le réveil vitaminé de Laura Palmer qui débarque avec sa fulgurance des eighties comme si David Lynch revisitait New Order de façon noisy et moshy. The Luxembourg Signal donne le coup de grâce et de classe avec What You're Asking For qui termine l'impressionnant Blue Field que je range chaleureusement dans mes favoris Piggledy Pop 2017.
TheLuxembourgSignal



Glassmaps

Glassmaps est l'alias de Joel Stein, ancien guitariste de Howling Bells, qui signe le premier EP My Head, My Heart en 2014. Son travail solo, écriture et composition, est accompagné d'un esprit d'équipe avec à ses côtés, les batteurs Christoph Schneider et Jaan Siekmann, du bassiste Rob Kerner, du pianiste Joscha Eickel. Comme beaucoup d'auteurs, Joel est sensible aux saisons, aux climats et écrit subtilement sur ces changements du temps comme sur l'amour, les bonheurs, les pertes d'êtres chers. Sa voix particulière apporte une musicalité supplémentaire à ses titres dansants electro-pop qui nous ramènent parfois ce parfum nostalgique de la madeleine de Proust pop : les Beatles.



Je savoure l'album Strangely Addicted et ses 10 fabuleux titres enregistré dans le home studio du bassiste des Killers, Mark Stoermer et qui sortira le 10 novembre prochain. Il attaque avec le piano opéra rock de Strangely Addicted. La batterie pleine de vigueur répond aux guitares offensives pour ce titre amoureux qui dégage une énorme énergie. Puis Summer Rain entre en piste, oxygéné et en force, avec sa guitare électrique, la batterie et la basse assurée par Mark, joliment combatives. La rythmique n'abdique guère grâce au savoir-faire du batteur Glenn Moule sur l'ingénieux Hyponotised et son allure psychédélique accrocheuse. Les effets de voix montent en puissance sur des arrangements judicieux et puissants. I'm sorry déroule deux minutes de douceur sur le chant émouvant amplifié par le microphone Telefunken et une basse sensuelle efficace qui porte sa dose d'optimisme comme dans Future Love qui suit. La mélodie somptueuse est accompagnée d'une solide instrumentation. La soul et le funk viennent hypnotiser les oreilles sur In the ShadowsJoel Stein et ses musiciens brulent d'imagination et de technique jusqu'au formidable Don't Think Twice.



Là, tout le rock britannique carillonne et vibre. Celui des anglais des Hollies, Wings, Searchers surgit sur une huit cordes, une six cordes; Des cordes pincées folk et des choeurs associés, il en pleut des myriades dans le studio où s'entremêlent les banjos, les double-basses et les guitares vintage. Les voix groupées et alliées continuent sardanapalesques sur le jovial Golden Dayze avant d'accueillir la balade langoureuse Inner Place aux mots nostalgiques touchants 'there's nothing wrong remembering' qui plaira aux amateurs de Blur et de Lennon. Avec le splendide Old Friend, l'artiste londonien qui sait marier sa musicalité moderne à des mots charmants old-school au parfum désuet, séduit et montre que la musique reste intemporelle. Strangely Addicted en est un exemple par excellence, fouillé, inspiré, on y entend toutes les influences du rock anglais des sixties aux années 2000. Le génial label Lost in a Manor a saisi cette singularité dans le format des chansons et l'interprétation qui fait de Glassmaps un groupe à suivre et à découvrir absolument.
Glassmaps






samedi 14 octobre 2017

Grimme

Grimme est le nom de scène du musicien-magicien Victor Roux, producteur et artiste esthète. Il brode sa musique comme ses images vidéo pour un résultat homogène et beau. En mars 2017 parait son premier album The world is all wrong but it's all right qui m'accompagne depuis et dont je pioche les titres fréquemment sans me lasser. Originaire de Lyon, il est un auteur-compositeur inspiré qui façonne ses chansons comme des pièces montées où se superposent instruments à cordes et à vent. L'ambiance est pop orchestrale dans un esprit de narration omniprésent et l'auditeur de se forger paysages, couleurs et figures à son gré. Prolifique et complet, après son groupe de 2011 Azrael Victor lance Grimme en 2013, tout en composant en parallèle pour d'autres musiciens comme Laurent Lamarca. LaurentLamarcaPiggledyPop2013


L'album de onze titres commence sur le vertigineux The world is all wrong but it's all right. Les couleurs envahissent les paroles, les notes rythmées du piano galopent pour accueillir des cuivres, des choeurs qui s'élancent élégants. C'est une immersion spontanée dans l'univers Grimme. La pop de From the birds grignote l'attention avec le violon, la harpe et les percussions en cascade.Les mots sont pleins du spectre lumineux. Après les oiseaux, c'est le ' china cat' qui vient se languir sur le somptueux Lordship Lane hanté par la présence de David Bowie. Quand le trombone de I've gone to sleep se glisse sur les cordes, l'atmosphère devient lyrique et onirique. Roses, qui rappelle Painting Flowers du premier EP réinjecte une jolie dose de nuances parfumées nostalgiques. Le piano suit les ondulations du violoncelle et des voix pour nous emmener fureter dans un jardin romantique dissimulé au sein d'une ville.



La promenade sonore nous ramène à Londres avec le spoken words de London Trains avant Spilt violins qui tournoie dans la vie urbaine nocturne. A l'écoute des textes comme celui de Ever More, on distingue les influences anglo-saxonnes de Grimme qui aime Dylan, Beck, Rolling Stones et Johnny Cash. Les harmonies sentimentales du banjo prennent au fur et à mesure de la chanson un profil électrique. La pop élancée orchestrale revient dansante sur Sail On avec son tambourin et son volume mélodique, iodé de bleu. La basse d'Alexandra's palace virevolte, l'instrumentation rebondit, soft et cristalline, accompagnant la magnifique voix de Victor Roux. From a king to a Jack ferme l'album avec délicatesse et harmonie. Les notes composées sublimes se marient aux choeurs éblouissants et au grain de voix en or de Victor. The world is all wrong but it's all right est imagé, poétique, nuancé tant dans l'orchestration que dans l'accompagnement visuel, une réussite, le fruit travaillé et muri d'une belle inspiration.
Grimme



dimanche 8 octobre 2017

Magic & Naked

Magic & Naked est un groupe suisse de pop psychédélique superbement groovy qui nous ramène à l'époque estivale par le bout du nez. Ils sont quatre musiciens solides et inspirés : Elie Ghersinu au chant, à la guitare acoustique, basse et claviers, Léonard Persoz à la guitare électrique, Romain Deshusses à la batterie et guitare électrique, Augustin von Arx à la batterie, flûte et percussions. Se greffe aussi aux percussions un cinquième élément, Marco Guglielmetti. Venant les uns et les autres des formations genevoises The Cats Never Sleep et The Tangerines, c'est Elie qui en 2013 met en place le projet Magic & Naked avec une formule acoustique. Petit à petit, le groupe s'étoffe et le premier album parait en décembre 2015.
Ils aiment et écoutent Syd Barrett, Bowie, JJ Cale, The Beatles et on retrouve de la pop groove country psych folk pour agrémenter leur style musical résolument rock dans le tout nouvel album paru le 8 septembre 2017, Human Expression.



J'adore l'album. Il m'emmène dans mes rêvasseries dès les premières notes, fleuries et irisées, de What's behind that locked door. Symboliquement, ce qu'il y a derrière la porte est une douce lumière tamisée qui jouxte des partitions gonflées à la pop et au chant collectif qui lance des 'pa pa pa' entrainants. Les guitares poursuivent majestueuses et taquines sur All i want to do au profil garage-pop qui se permet un groove subtil avec basse et batterie. La rythmique remarquable sur les voix sucrées et rafraichissantes de My green bird nous rappelle les Beatles avec sa mélodie qui accroche, son clavier sixties et ses guitares qui gambadent princières. Les harmonies énergisantes, peaufinées de The Glance, pop psychédélique sixties, fait opérer le charme. Les arrangements ont de l'allure et scintillent d'élégance systématiquement sur chacune des pistes.



Le groove magique de Bring me the moon déroule un jeu malin de guitares et basse entremêlées qui semblent être tombées dans le chaudron pop. Le chant d'Elie grandiose offre du funk langoureux et brillant sur The Night I Found Out tatouée d'un son underground presque baggy. La flûte vient jubiler et batifoler avec la guitare acoustique sur In the morning quand la balade We Will Lose, dont le style alternatif inspiré et coloré aspire totalement l'attention, vient chevaucher le genre rock-psyché de ses particules acoustiques et électriques. La basse, intense, captivante poursuit sa course folle sur Dark Room qui pousse goulûment à danser et à se dandiner sur les vivifiants tambourin et clap-hands . Les textes amoureux nous prennent par la main pour des visites d'endroits aux décors mystérieux et rocambolesques. To Be A Queen poursuit dans la découverte d'espaces ronds de sensualité ; Idem sur Desert Sky qui démantibule la colonne vertébrale par ses gigotements frénétiques. Les guitares, basse, caisse claire et claviers ferment la marche sur un A Casual Warning habile et assuré. Human Expression est un album fin et abouti, aux titres entêtants et musclés d'inspiration, d'harmonies maitrisées qui guide les Magic & Naked sur le chemin du succès.
Magic&Naked



dimanche 1 octobre 2017

Eoin Dolan + Biggles Flys Again

Biggles Flys Again
Voilà une équipe que j'aime située dans la très belle Galway irlandaise. Ce sont deux spécimens, deux entités qui se sont croisées. Mixées, elles détonnent et délivrent un territoire indie garni de mélodies pop.

Eoin Dolan

Il y a d'abord Conor Deasy que j'écoute depuis plusieurs mois avec son projet Biggles Flys Again. Je l'ai découvert grâce à une vidéo concoctée par le réalisateur-designer compatriote Marc Corrigan. Suivez la flèche ⇒ MarcCorriganPiggledyPop



Le maestro est un guitariste talentueux et un auteur-compositeur ingénieux. Sa sensibilité déposée sur les partitions est d'une beauté infinie. Le premier EP de 2007 expose son univers artistique avec des chansons mélodiques et accrocheuses. Le jeune homme est un musicien qui partage son art avec idée et inspiration; L'EP Biggles Flys Again de 7 titres est varié, enregistré avec un 12 pistes à la maison ce qui lui donne une dimension humaine fort séduisante. Il est suivi le 1er mai 2008 de Chocks Away. Ce qui marque, en plus de la qualité sonore, c'est la musicalité dans la voix délicate, en relief, de Conor Deasy. Une série de singles parait Summer's Coming Soon en 2011, Friends en 2012 et Old Pop Song en 2013 dont je suis friande. Puis en 2013 Biggles Flys Again offre l'album grandiose Remember Saturday reprenant quelques singles et beaucoup de nouveautés, à savourer comme l'EP Chambers, dernière production en date.
En écoutant Conor Deasy, on se promène à son bras, battant la campagne, les saisons, avec son chien en éclaireur, parlant d'amour et musique sur des orchestrations de guitare, basse, piano et glockenspiel.
BigglesFlysAgain



Il y a non loin de là, un autre musicien et auteur-compositeur du nom d'Eoin Dolan. Quand Biggles Flys Again fait une pause en 2013, Eoin apparait avec le majestueux EP Placid Ocean en 2014. Suivi de singles qui annoncent le second EP Something Good, solide et entêtant sur lequel apparait comme guitariste un certain... Conor Deasy. Autour d'eux il y a une bande d'amis aussi talentueux, James Casserly à la batterie, Robin Van Der Klooster à la basse, Maidhc O HEanaigh à la flûte et pour rester en famille, Brendan Dolan est là, au trombone. En 2016, l'album Eoin Dolan arrive avec ses 9 titres somptueux, qui proposent aussi une ballade romantique iodée qui part des côtes irlandaises en larguant les amarres en compagnie d'Ocean Girl pour aboutir à Spain. Les singles suivent avec Rockefeller Christmas Address et I can make you hurt at will en 2016, One Girl et Good human being en 2017 qui accueillent Adam Sheeran à la basse.



Il y a une semaine, le 22 septembre est paru le sublime album Ubique. Eoin Dolan signe les 11 titres, chante, joue guitare et claviers, Conor Deasy est à la guitare et aux voix, James Casserly à la batterie et Adam Sheeran à la basse. L'aventure musicale prend place avec les effets flash-back du jeu de pistes à l'envers sur Good Human Being qui d'emblée m'évoque les Beatles. Ella continue la promenade pop sur des guitares joviales et une rythmique bondissante pour nous inviter à découvrir les grand-parents d'Eoin, Mícheál et Molly Dolan, Frank et Marcella Finn, à qui il dédicace le disque. Une sacrée musicalité émane des claviers et des cordes electro de My Life Grows on You où la basse charismatique et envoûtante, voltige. Elle se met au galop sur la dansante Sea of Hope où le chant analogique sème des particulaires interstellaires et cosmiques comme si John Lennon accompagnait les Neutral Milk Hotel pour une session en studio.



L'ambiance synthpop continue sur Civilized où la poésie s'immisce, planante et langoureuse comme sur It is Good That We Dream offrant des guitares magnifiques au son qui trottine taquin et furieusement funky. L'atmosphère est marine, vintage, avec des arrangements sixties mêlés de modernisme finement explorés comme le montrent l'instrumental Sunset Moon suivi de One Girl, carrousel de notes synthétiques et brutes. Crater of my Heart est un bijou de production blindé d'un romantisme sarcastique. Puis Forgotten Star, qui assure les frissons, est un coup de maitre en écriture et en interprétation, me rappelant cette sensation, cette émotion, à la première écoute de Placid Ocean et son casino en bord de mer. La voix et les mots en écho d'Eoin qui s'accompagne à la guitare sont extraordinaires. Le titre Ubique boucle l'écoute en douceur, aérienne et magique, démontrant qu'Eoin Dolan est un perfectionniste dans ses orchestrations, excelle dans la production pop kaléidoscope gratifiée d'une écriture élaborée.
EoinDolanUbique







vendredi 29 septembre 2017

French Boutik

Groupe pop mods parisien French Boutik apparu en 2012, quator fondu des sixties enregistre ses deux premiers EP, Ici Paris de 2012 et Mieux comme ça de 2014 en Allemagne. Les nouvelles m'arrivent toujours d'outre-Rhin quand French Boutik signe en octobre 2016 son album Front Pop chez Copase Disques, très chouette label de Hambourg.

Gabriela Giacoman au chant, Zelda Aquil à la batterie, Serge Hoffman à la guitare et Jean-Marc Joannès à la basse offrent des mélopées stylées pop 60's à couper le souffle. Avec un esprit très underground et cinématographique à la Truffaut, les titres sont romantiques et drôles, nostalgiques et enthousiastes. On y retrouve autant la fibre de la jeune Françoise Hardy que l'âme rieuse borderline de Nino Ferrer. Les French Boutik sont passionnément mods et pour se dorloter les oreilles avec leurs mélopées, on glisse sans compter les pièces dans le juke box. Gabriella, américaine, apporte sa touche d'exotisme avec son adorable accent. Les chansons sont principalement chantées en français même si l'anglais se faufile de temps à autre.



Serge qui aime The Eggstone, Dutronc, Supergrass, Divine Comedy, Blur fait de la scène depuis les années 80 avec son groupe influencé par les Jam, nommé Les Ventura’s. Puis il fonde le trio Chatterton dans les années 90 avant de rencontrer Zelda dans un bar à Paris où elle est Dj en parallèle de ses groupes Sixtits et Riot Girl. Ils signent ensemble en 2007 le titre Kinky Allumette qui mettra le feu aux poudres et lancera l'idée d'un groupe. Les deux amis rencontrent ensuite Gabriella qui écoute exclusivement de la pop mods, les Zombies. Tous les trois aiment la brit-pop, Paul Weller, XTC, Burt Bacharach, la Motown et jouent souvent en Angleterre accompagnés d'Olivier Popincourt aux claviers. Enfin, Jean-Marc arrive avec sa basse et son appareil photo, domaine dans lequel il excelle. Les French Boutik - avec un 'k' comme Kinks- sont au complet et se trouvent sur le terrain de l'esthétisme, du dandysme rebelle, de l'humour et de la musique.



Dans Front Pop, s'entendent les influences des quatre amis. Il y a de la soul, de la pop garage et psychédélique, des arrangements joviaux sixties et une griffe personnelle qui est la simplicité avec des textes géniaux qui parlent d'amour, d'amitié, de politique. Le Mac par exemple ouvre le disque; Zelda dégaine des paroles succulentes "Ca tourne autour de l'aspect grotesque de cet imposteur (Macron pour ne pas le nommer) et de l'impact qu'il peut avoir sur la société française. Une supercherie, un peu comme une publicité pour une lessive, mais en bien plus dangereux. Là, on est en plein dans l'actualité, je crois". Les Rickenbacker sont rutilantes, le clavier trottine sur les arrangements rock garage et la basse rayonne, avec entrain. Gabriella chante avec mordant 'où sont passées les voix contraires, elles n'ont aucune chance dans la bataille'. Le tempo devient plus groovy et bossa avec Sur mon écran, chanson délicieuse de drôlerie qui évoque une rencontre avec des affinités improbables. Le clap-hands et la batterie y resplendissent et les harmonies déroulent une rythmique solidement dansante. Puis c'est aux médias, aux analystes et journalistes politiques au garde à vous d'en prendre pour leur grade sur Expert où la plume truculente de Jean-Marc dénonce une propagande insupportable, indigeste dont souffrent les français.



Hitch a ride savamment orchestré avec la flûte traversière de Suzanne délivre une sacrée mélodie pop sucrée de fière allure, suivie de la rieuse Je regarde les tigres où flotte l'âme brit-pop. C'est Gabriella qui se frotte au texte avec un esprit taquin pour évoquer les gens qui s'insultent sur les réseaux sociaux au sujet de politique et redescendent de leur belle 'conscience' quand il s'agit de commenter des photos de 'chats'. Serge signe Impitoyable, un clin à Houellebecq par le style incisif et souriant sur des harmonies galopantes comme celles de Le casse qui enchaine, une embardée pop qui dépote en guise de bande son d'un Audiard. Costard italien propulse un air pop musclé typé Eggstone, à la touche moderne psychédélique, agrémentée du style parisien avant la fabuleuse reprise d'Hardy Je ne suis là pour personne, effeuillée avec réussite et honneur. L'esprit dandy arrive avec La chemise déchirée arrangée de claviers pertinents et d'un rythme finement révolté quand The Rent boucle la pépite pop de 11 titres de sa mélodie mellow, son texte fleuri de romantisme et son interprétation élégante. Front Pop de French Boutik est un régal de style, une brillante collection d'harmonies indiepop mods qui réveille et fait fondre les sillons.
Vielen Dank Heinz!
FrenchBoutik
CopaseFrenchBoutik



mardi 26 septembre 2017

Milk Teddy

Milk Teddy, alias du fabuleux guitariste, chanteur et auteur-compositeur Thomas Mendelovits accompagné de son frère Jonathan Mendelovits à la batterie, Alexis Hall aux claviers, Bronwyn Potts à la guitare et Rachel Stanyon à la basse, musiciens de Melbourne, signe le premier album Zingers en 2012.
Paru sur le label australien Lost & Lonesome renommé pour avoir dans son catalogue de véritables petits bijoux pop depuis une décennie, Time Catches Up est le deuxième album du groupe. Les titres sont formidables, du début à la fin. Invitations au voyage, les textes voltigent de villes en villes, de pays en pays, sous fond d'amour et d'indie-pop.



Le génial New York Rhapsody présente d'emblée une ligne de guitares ornée d'une rythmique vivace et fleurie. Les oreilles sont propulsées dans la ville magique et lumineuse grâce au tempo renforcé par le chant éclatant. Sans transition ni silence, la promenade ultra pop se poursuit candide, le nez au vent, sur la fraîche Rock 'n' Roll Cretin. La tête commence à dodeliner frénétiquement sur l'excellente Seletar Airport qui offre une mélodie ingénieuse, vrombrissante à l'image des réacteurs d'avion pour continuer sur la synth-pop envoûtante de Sweet Bells Jangled. La musique pop est à l'honneur, les harmonies de guitares sont formidablement dansantes. Les voix sont aussi élégantes que porteuses de spontanéité. Breakfast Impasto nous propulse dans une ambiance indie stylée et charmante, où l'écho danse dans les cordes. Le chant plane léger au-dessus du plateau de petit-déjeuner où jonglent pommes et muffins de Londres. La batterie revient vigoureuse sur les 'aie aie aie' souriants de la poppeuse Gothic Skyline qui redonne une énergie infaillible à la 'city'.




On retourne en Australie avec la conquérante et amoureuse Dreambone, sa rythmique ensoleillée et ses claviers donnent un sérieux béguin pour la chanson. De manière logique avec l'esprit qui émane des titres par la voix si belle et entrainante de Thomas Enthusiasts suit, bombardant des notes de guitare ardentes et un tempo splendide. L'ambiance devient drôle et alternative sur Mopey Tonight qui déroule une magnifique mélodie, comme sur la surprenante Funny Feeling au son lointain d'un concert live. Puis le glorieux Iron Rose raconte façon spoken-words les aventures d'un couple sur des arrangements originaux et vibrants de sensualité digne d'un céladon pop énamouré. Le disque finit sur un splendide Too Young to Vote Too Old to Cry dreamy et rutilant avec ses cinquante dernières secondes inattendues, rappelant Tokyo et ses kimonos. Les 12 somptueux titres nous font faire un périple géographique et musical dans une veine pop eighties réussie formant un Time Catches Up de toute beauté, une des plus belles signatures de l'année 2017.
MilkTeddy
Post-scriptum :  Je parlais en mai dernier de Milk Teddy dont je suis fan. Pour ceux qui ont manqué la chronique c'est par là MilkTeddyPiggledypop2017




dimanche 17 septembre 2017

Pete Fij and Terry Bickers

Le sublime album de Pete Fij and Terry Bickers, We Are Millionaires, paru en juillet 2017 m'accompagne depuis le printemps et plus je l'écoute, plus il me touche, devenant presque familier et surement addictif. Les deux musiciens ne sont pas des débutants et j'en fais un billet il y a trois ans quand parait leur premier album Broken Heart Surgery que je classe au top des albums Piggledy Pop.



"Pete Fij utilise son nom Piotr Fijalkowski en 1991 à Coventry pour former Adorable qui signera deux albums avant de splitter, puis suit le nom Pete Fijalkowski pour le projet Polak qui signera deux fabuleux albums en 2000 et 2002, formation dans laquelle joue aussi son frère Krzysztof Fijalkowski du groupe The Bardots. Apparaissant parfois avec House of Love, étant ami de longue date de Terry Bickers, en 2008 Pete avec une poignée de nouvelles chansons est prêt à entrer en studio quand un festival l'invite à venir jouer sur scène, il appelle son complice pour l'accompagner. L'idée de travailler ensemble fait son chemin et en 2013, Pete Fij/Terry Bickers édite un premier single, puis plusieurs, qui aboutiront sur Broken Heart Surgery le 7 juillet 2014. Une première version acoustique précède l'album comprenant les reprises réussies, Homeboy de Adorable et Love Vigilantes de New-Order. Quant à Terry Bickers, avec la création de House Of Love en 1986, il ne sait pas encore qu'il entre dans l'histoire de la britpop, de la pop, simplement, et en deviendra un acteur incontournable au mêmes titres que Felt, The Pastels, Teenage Fanclub, The Jesus and Mary Chain, My Bloody Valentine etc."
PeteFij&TerryBickersPiggledyPop2014



Dès l'amorce du disque avec Let's Get Lost Together, on plonge dans l'univers pop autant romantique que rock, poétique et épidermique, où rôde éternellement l'âme de Lou Reed. Les deux artistes réunis sont au sommet de la mélodie, inspirée, efficace, et de la pratique technique. L'introduction de We are Millionaires presse le jus qui va arroser tout le disque de vitamines, de parfums et de notes sucrées. Les guitares aux cordes tendues et gaillardes s'allient élégantes au chant de Pete et de Terry qui en osmose, se répondent et s'accompagnent donnant forme à leur belle et unique amitié.
Pete : "I was interested in having a song that had two males having a ‘bromantic’ moment. I couldn’t really think of anyone else who had done that. We are very different people, and work in different ways, but we’ve learned to deal with each other’s quirks. I quite enjoy the singularity and purity of a duo: there is only us two to hone and discuss the music, and there’s no band politics to work through." "There’s a genuine friendship between us which is very rewarding. I love Terry, and find him exasperating and exhilarating in equal measure, and I sense the feeling is mutual"

La batterie de If The World Is All We Have sort délicatement les balais pour laisser champ libre au clapfingers et à la basse . Les voix subjuguent dans un jeu d'écho pour imager un sentiment amoureux plein d'espoir qui devient délicieusement insistant sur Love's Going To Get You. Là aussi le grain de voix qui joue sur les arpèges en croonant façon Lee Hazlewood réussit à attraper les oreilles sur le tempo langoureux. La romance prend forme sous forme de métaphores, souvent proches du cinéma et de personnages de fiction avec un rythme permanent, hypnotique, qui nous capte et nous cueille. Le bouquet de notes offert, le vigoureux tapis de cordes de guitares sur We Are Millionaires de toute beauté laisse clairement place au désir "We both love downbeat movies (...) Inhabit a monochrome world, where the beat-up hero never seems to get the girl". Puis le réalisme toujours présent entre les lignes se mêle joliment à la poésie de Waking Up où les yeux, le regard sous les cils de velours battent la mesure. L'écriture est classieuse, l'interprétation de Pete qui susurre, charme et mordille est enchanteresse.



La mélodie de Mary Celeste m'émeut avec son mouvement typé Velvet Underground et son personnage mystérieux, qui se dévoile par touches comme un puzzle. Trottant dignement comme dans un film en noir et blanc, un peu ambigüe, d'espionnage ou d'amour, ou des deux, Over You délivre une impression de bande-son cinématographique. En guise de sniper positif, Pete déclame doucement et fermement ses mots mélodieux sur la guitare acoustique. Les arrangements soyeux et inspirés, sa palette d'émotions, sont magnifiques sur I love You . Le chant sensuel aussi tendre que passionné fonctionne à merveille sur les harmonies de guitares ingénieuses. Sous une veste mélancolique, Sometimes Soon dessine tout le positivisme de Pete et le génie de Terry à la guitare qui brille sur tout l'album. Le titre clôt en beauté les neufs titres tout en pensant à la suite. Le duo offre des mélodies et des orchestrations subtiles s'accordant aux thèmes d'une splendeur romantique. We are Millionaires se transforme en voûte artistique emplie d'étoiles. (Coup de coeur pour la pochette d'album signée de la photographe Rosanne De Lange.)
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