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dimanche 29 janvier 2017

Brent Cash

Brent Cash signe il y a deux jours The New High. J'aime ce musicien magicien d'Athens depuis ses débuts en 2008, auteur-compositeur et multi-instrumentaliste dont je parle pour ces deux pépites sunshine-pop, orchestrées dans la tradition de Phil Spector et Todd Rundgren, How Will I Know If I'm Awake et How Strange It Seems, ici :
BrentCashPiggledyPop2008
BrentCashPiggledyPop2011
Toujours dans l'élégance, la sophistication des harmonies et des orchestrations resplendit de force et dès la première écoute, c'est évident que l'artiste a pris ces cinq dernières années pour s'appliquer à l'écriture et à l'instrumentation. Sa voix savoureuse enveloppe les instruments et offre une sensation d'élévation, d'énergie précieuse. Comme je le décrivais il y a presque 10 ans, The New High dessine "une sophistication bénite, ... une sorte d'exploration archéologique qui ferait renaitre de ses cendres Burt Bacharach, Harry Nilsson et les Beach Boys."



Globalement, la veine musicale auréole les sonorités des années 60 et 70 mais pour la première fois, quand le titre The New High ouvre le bal, les seventies sautent aux oreilles. Les arrangements de cordes s'envolent, planent, laissant derrière eux un sillon de particules majestueuses. Le piano de Out for Blood poursuit avec sa mélodie dynamique et ses mots ronds de métaphores alliés aux clap-hands accrocheurs jusqu'au jazzy The Wrong Thing, magnifique 'pop song' qui frétille et galope sur des images souriantes pour dissuader une Juliette d'un Roméo qui pourrait s'avérer être un boulet. La rythmique ne freine pas quand joue les notes brillantes de Every Inflection, balade pleine de zig-zag dans les guitares et le clavier qui taquine les maracas. Les airs défilent voltigeants, créant un régal musical. Dim Light qui a séduit mon épiderme immédiatement, semble rassembler et créer le même effet chez les autres amateurs du grand Brent Cash. Pépite alternative, cathédrale pop, les harmonies et orchestrations sautillent aussi gaillardes et fraiches que le texte, le grain de voix est somptueux autant que le mellotron qui pousserait quasi à la génuflexion. The Way You Were, en guise de mini scenario, embarque dans l'univers orchestral pop maitrisé par son auteur qui arrange sa mélopée en recto-verso, en montagnes russes, créant l'effet d'un délicieux vertige.



La cavalcade continue avec le taquin I'm Looking Up, ses choeurs romantiques et printaniers, qui ramène à l'esprit Gilbert O'Sullivan, The Carpenters, Mary Queen of Scots et Harry Nilsson. Les paroles nous promènent du printemps à l'hiver, le nez au vent ou planté dans la neige, quand Edge of Autumn décrit l'éveil aux sentiments par les saisons avec une poésie aérienne qui continue langoureusement sur All in the Summer, dont la guitare et les voix en chorale offrent une mélodie dorée. Un break délicat et richement intime aux allures de Van Dyke Parks propose un piano-voix. Cette ambiance touchante poursuit d'enivrer quand arrive Fade/Return, orchestrée avec piano-guitare-voix d'abord, dessinant une atmosphère de confidence, évoluant doucement sur une orchestration cinématique. Le génial Perfection Comes Near qui termine l'album, comète scintillante pop, est un titre émouvant, mêlant nostalgie et culpabilité, montrant le talent inoui de composition, d'orchestration, et d'interprétation du maestro Brent Cash. Il joue tous les instruments sur ce grand disque accompagné aux cordes de Kenneth Lambert également à la flûte, des violonistes Sarah Park Chastain et Patrick Shelc, avec Nan Kemberling au violoncelle. The New High comble et fait chavirer. Sa pureté et son perfectionnisme se marient sans se chevaucher, au contraire, l'alliance crée un prisme pop lumineux que je classe dans le panthéon des disques Piggledy Pop.
BrentCash



samedi 28 janvier 2017

Henri Cartier-Bresson

"Je suis visuel … J’observe, j’observe, j’observe. C’est par les yeux que je comprends."
Henri Cartier-Bresson. Life. 15 mars 1963

Henri Cartier-Bresson m'intrigue et me fascine. Poète amoureux de Nerval et de Rimbaud, peintre féru de Piero della Francesca et photographe, je trouve sa personnalité passionnément et courageusement humaine, sa véritable âme d'artiste, admirables. Cette beauté intérieure se reflète sur ses clichés. Son oeil était sensationnel, au sens du terme. Son doigt appuyant sur son légendaire Leica qui ne le quittera jamais, jusqu'à sa mort emmailloté dans un mouchoir, prêt à dégainer, telle l'arme du chasseur, créait des oeuvres d'art. Ce petit appareil il se l'offre en 1932 et ne quittera plus la paume de sa main jusqu'en 2004. Au travers de ses photographies, Cartier-Bresson, tempérament avant-gardiste, témoigne, loue la vérité que seule son oeil de lynx cherche. Le respect de l'être humain prime. Ce qui compte c'est " l’homme, l’homme et sa vie si courte, si frêle, si menacée ". Il s'est attelé toute sa vie à fuir les étiquettes, sauvegardant son autonomie et ouverture d'esprit sur le conseil de son ami photographe Capa : "Attention aux étiquettes. C’est sécurisant. Mais on va t’en coller une dont tu ne te remettras pas : celle de petit photographe surréaliste. Tu vas être perdu. Tu vas devenir précieux et maniéré. Prends plutôt l’étiquette de photojournaliste et garde le reste dans ton petit cœur".





Né en 1908, il traverse un siècle, commençant par quitter le lycée, il décide de prendre des cours de peinture au sein de l'atelier d’André Lhote en 1926 où il travaille ardemment et apprend à cadrer artistiquement ses émotions. Mais il se rend compte que son tempérament, surnommé dans sa jeunesse par ses collègues scouts "anguille frétillante", ne peut pas se résigner à la patience du peintre. Féru de chasse de gros gibier, il chasse même la nuit quand il acquiert son appareil photo portatif à 26 ans et s'éprend du 'tir photographique'.
Dès lors, avec curiosité, il voyage accompagné de son ami André Pieyre de Mandiargues qui dit "J’ai vu naître 'Henri Cartier-Bresson' par une sorte d’activité spontanée, une espèce de jeu d’abord qui s’était imposée à ce jeune peintre comme à d’autres gens s’impose la poésie. Ce qui est extra, c’est que nous avons découvert, ensemble ou pas, ce qui allait devenir essentiel : la peinture cubiste, l’art nègre, le surréalisme, Rimbaud, Lautréamont, James Joyce, la poésie de Blake, la philo de Hegel, Marx et le communisme…". L'aventure les mène en Espagne, en Italie, à Paris et le "merveilleux quotidien" de ses rues, gare Saint-Lazare, Place de l'Europe... Il mitraille. 




Henri Cartier-Bresson dira "Je ne quittais jamais mon appareil, toujours à mon poignet. Mon regard balayait la vie, perpétuellement. C’était là où je me sentais très proche de Proust lorsqu’à la fin de la « Recherche » il dit : la vie, la vraie vie enfin retrouvée c’est la littérature, pour moi c’était la photographie ! ".


Les magazines Voilà et Photographie publient ses images, sur papier mat au charme diablement irisé privilégiant les cadres originaux et le premier plan, qui seront dès 1933 exposées par la galerie Julien Levy de New York et l’Ateneo de Madrid. Puis il s'aventure au Mexique, en passant par New-York où de nouveau, son art de flanquer des harmonies dans ses clichés fait objet d'exposition en 1935 avant de revenir à Paris pour assister Jean Renoir sur La vie est à nous et Partie de campagne en 1936. Il tourne des documentaires et reportages comme With the Abraham Lincoln Brigade sur la vie des soldats américains pendant la guerre, ou le couronnement du roi Georges VI d’Angleterre pour le journal Ce soir et la Guerre d’Espagne, L’Espagne vivra. Il travaille encore avec Renoir pour La Règle du jeu en 1939 avant de rejoindre la 3ème armée et être fait prisonnier en juin 1940. Il tente de s'évader deux fois et la troisième fois sera la bonne. Il rejoint la Résistance. 1944, l'éditeur alsacien Pierre Braun des éditions Brauns lui fait une commande de série de portraits naturels, sans artifices, sous forme de reportages où se dévoilent Claudel dans sa maison de campagne en 1945, Matisse au milieu de ses colombes, Braque, Sartre et sa pipe sur le pont des arts...





Henri Cartier-Bresson aime 'l'instant décisif', notion qu'il emprunte au cardinal de Retz, thème récurrent dans son discours ; Cet instant où se nouent "sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur". 1947 à New-York, son travail est exposé au MOMA. Il met en action son 'instant décisif' en créant l'association Magnum Photos, regroupant les photographes internationaux, Robert Capa, David Seymour (dit Chim), George Rodger et William Vandivert. Il rencontre Eli une indonesienne qu'il épouse en 1948 et sillonnant l'Inde, les circonstances lui font photographier Gandhi sur son lit de mort. Suivront la Chine de Mao et son mouvement 'en marche' des communistes, l'URSS où il est le seul a obtenir un visa et une autorisation en 1953 étant devenu grand-reporter . Il revient en Europe, ses oeuvres sont exposées à Londres et Paris. Il repart au Mexique, en Chine, puis Cuba en 1963, le Japon, l'Inde...1966, il rencontre Martine Franck, photographe et l'épouse en seconde noce. Fin précurseur, il est où il faut être pour immortaliser le moment. 1968, la France est en ébullition et sera le sujet d'un de ses derniers reportages. Il va sur les routes du pays si cher à son coeur et mitraille des milliers de clichés. Le Reader’s Digest les publie en 1970 sous le nom Vive la France avec un texte de François Nourissier couronné d'une exposition au Grand Palais. Il fait un court séjour à Moscou en 1973 puis rentre et pose ses valises, à Paris, recherche de la sérénité.


Ses photographies traversent le siècle, les continents jusqu'en 2000 quand éloigné de Magnum, il crée avec sa famille, sa femme, leur fille Mélanie Franck, la Fondation Henri Cartier-Bresson, destinée à rassembler son œuvre, à créer un espace d’exposition ouvert à d’autres artistes, reconnue en 2002 d’utilité publique par Jacques Chirac.



"Faire un portrait est pour moi la chose la plus difficile, C’est un point d’interrogation posé sur quelqu’un.", le grand photographe aura eu dans son point de mire, dans sa pupille, dans son viseur, dans son regard : Marcel Duchamp, peu de temps avant sa mort, jouant aux échecs avec Man Ray, William Faulkner, Arthur Miller, Marilyn Monroe, Robert Kennedy, Jean Genêt, François Mauriac, Roger Nimier, Alberto Giacometti, son ami, Truman Capote, Dali mais aussi des inconnus qui à mes yeux sont les plus touchants, comme la poissonnière à Marseille, les enfants rue Vaugirard, le dandy autrichien à monocle . Les yeux perpétuellement en recherche de vérité, de beauté absolue, passent du « tir photographique » à « la réceptivité » du motif. Jusqu'à la fin de sa vie il continue de photographier ses proches, ses chats, se consacre au dessin, à la lecture, jusqu'à fermer les yeux en 2004, ses yeux, témoins magnifiques du XXème siècle.
FondationHCB

" Proust et Saint-Simon : ils savaient regarder, ceux-là "
Henri Cartier-Bresson




samedi 21 janvier 2017

Anthony Atkinson & The Running Mates

Depuis une semaine, mes oreilles sont nourries de Broken Folks que je viens de recevoir, superbe album d'Anthony Atkinson and the Running Mates mais aussi de ses deux premiers albums (Thank you so Mark!). C'est actuellement les longs congés d'été en Australie et à l'écoute de Broken Folks pris sous l'aile du fabuleux label Lost & Lonesome, on a les pieds dans l'eau et le bout du nez rougi par les UV.
Anthony signe en 2003 Come Home For Autumn suivi en 2006 de Loyalty Songs chez Candle Records. Je suis amoureuse de ces deux albums, deux pièces pop magnifiques remplies de mélodies arrangées avec soin dans la veine des compatriotes Lucksmiths & Co. Les musiciens se connaissent bien, jouent ensemble depuis des années, Anthony Atkinson a écrit le titre Smokers in Love sur Staring at the Sky des Lucksmiths enregistré en partie à Paris en 2007, chez Wilfrid avec la participation et l'ingéniering d'Etienne Jaumet. Les Lucksmiths sont aussi présents sur ce dernier bijou pop d'Anthony Broken Folks, ainsi que d'autres musiciens de The Zebras et Mid-State Orange.



L'auteur-compositeur excelle depuis des années dans la composition, l'interprétation, usant ses semelles sur scène inlassablement sous le pseudo d'abord des Simpletons puis de The Mables. Candles Records nait en 1994 à Melbourne sous le patronat de Chris Crouch, guitariste et producteur des Simpletons, première signature du label qui compte dans ses rangs des musiciens locaux. Dans cette jeune formation on retrouve Darren Hanlon et David Trump. Le label continuera de concocter les albums des Lucksmiths, Darren Hanlon, The Girls From The Clouds, Mid-State Orange, The Small Knives, Jodi Phillis, Tim Oxley, Stella One Eleven et le fabuleux Ruck Rover aka Fred Astereo, aka Man In The Wood, aka The Fish John West Reject, aka Tlot Tlot, le "mystère australien" en la personne de Stanley Paulzen, musicien fantastique, ma pop-star favorite de l'underground, qui tient les rênes du label Lost & Lonesome .
Lost&LonesomePiggledyPop2010
LucksmithsPiggledyPop2008
DarrenHanlonPiggledyPop2012
FredAstereoPiggledyPop2008



Je me suis délectée donc cette semaine dans le froid parisien de cette pépite de 10 titres, qu'au delà du bol d'air pop, je qualifierais de soupière pop, une marmite de sonorités indie orchestrées et arrangées avec de l'âme et du charisme. Les guitares dominent, dans la tradition indie avec des line-up brit-pop parfois americana et des textes ficelés, imagés, qui trottinent sur la pointe des pieds. Attaquant avec I lost my Way, I found a Friend, la rythmique galopante emporte illico. La trompette et la batterie élève le tempo soutenu par un texte sur la rédemption somptueusement pop. Puis Calm & Collected vient chatouiller nos lobs avec sa douce mélodie qui habille le thème du lien qui dégénère avec un voisinage, ornée d'envolées de cordes et cuivres. Suit It Radiates qui révèle la sensibilité d'enseignant qu'est Anthony dans la vie et un certain engagement humain où resplendit toute la dextérité du bassiste Marty Donald (Lucksmiths).



La buccolique Lake bondit sur les guitares dont le line-up est assuré par Louis Richter (Lucksmiths, Mid-State Orange) et le chant d'Anthony, qui décrit joliment la dégradation d'une relation via les métaphores des éléments naturels. Le dépaysement poursuit avec Her Place, qui évoque le déracinement géographique et familial sur des accords grandioses des Running Mates qui me rappellent l'univers des Lloyd Cole & Commotions et des Dexys Midnight Runners. Some Border Town et son banjo magique joué par Chris Baker est un duo brillant d'Anthony et de Kimba Mitchell, son amie de longue date (The Mabels) offrant une ballade qui sort de son écrin pop folk à ce moment de l'album. La tête se remet à dodeliner fébrilement sur les guitares country de Into Night Again qu'Anthony a composé ayant en mémoire l'adaptation de Wilco du titre de Woody Guthrie, California Stars et qui se clôt sur une partition de trompette succulente. Le rythme continue avec Trade Winds qui parle d'exil et Labour Day qui évoque une employée courageuse qui songe en travaillant à des ailleurs. Les mélodies s'enchainent, belles et touchantes, celles qui fonctionnent si bien pour mettre les fans de pop à genoux ; Un coup de maitre d'Anthony Atkinson qui conclût avec le morceau émouvant acapella Broken Folks.
J'ai appris hier que Melbourne venait de subir trois attaques terroristes dans la journée. J'espère que 'Tout' le monde va bien.
AnthonyAtkinson&TheRunningMatesOnLost&Lonesome





dimanche 15 janvier 2017

The Innocence Mission

Originaires de Lancaster en Pennsylvanie, Don Peris et Karen Peris jouent des mélopées sous le joli pseudonyme The Innocence Mission. A leurs côtés, se trouvent Mike Bitts à la basse et Steve Brown à la batterie. Les airs pop sont justement arrangés, finement interprétés, les cordes et la voix forment une rythmique voltigeante.
The Innocence Mission est un vrai duo où Karen et Don composent et écrivent à quatre mains avec la fibre de Joni Mitchell et de Nick Drake depuis 1986. Le premier EP qui dores et déjà annonce leur univers fort romantique, Tending the Rose Garden est suivi des albums, The Innocence Mission (1989), Umbrella (1991), Glow (1995), Birds of My Neighborhood (1999), Small Planes (2001), Befriended (2003), Now the Day Is Over (2004), mon favori We Walked in Song (2007), My Room in the Trees (2010) et en 2015, Hello I Feel the same.



Le single Trip vient de paraitre en 2016, faisant suite au titre At Sea sur la compilation de mars 2016 du label de Minneapolis Korda Records qui signe The Ocean Blue, The Starfolk, Jim Ruiz Set etc. The Innocence Mission a signé en 2015 un très bel Hello I Feel the same où trône une ribambelle de ballades pop, joyeuses, naives, colorées mettant guitares, tambourin et le chant en exergue. L'opération réussie me subjugue à l'heure où nombre de groupes boulottent des tubes de bourrins pour décérébrés. Ici le couple qui n'a cure des modes, propose des chansons poétiques, dans une tradition presque folk, où gambade un chant en dentelle pour narrer des histoires émouvantes comme sur Tom on the Boulevard. Les nuances de vert, de neige sur les fleurs, d'étoiles confrontées à la lumière du jour resplendissent sur le piano de Washington Field Trip.



Le voyage, il en est souvent question et les Peris parviennent à nous emmener grâce aux cordes pincées et dorlotées de la guitare classique sur When the One Flowered Suitcase qui nous propulsent dans le temps, dans la folk des seventies, un rêve où Joan Baez rencontrerait The Kings of Convenience, et dans l'espace à travers la Finlande "We meant to start here. A new year, in Finland, with cloud banks slanting down. We thought that it mattered- it did not, like no money, and we've got to keep on, and carry each other, through these forests, through these long buildings, up every stair flight."
Barcelona poursuit son chemin pop bossa instrumentale avant le fabuleux State Park qui m'évoque à la fois Paul Simon et les Carpenters mais où clairement l'américaine apporte son propre style, sa griffe singulière sans ombrage, sans prétention ni complexe. L'humilité dans les arrangements, montre force dans la composition et fertilité dans l'inspiration. Et les airs de The Innocence Mission coulent de source, s'acheminent aériens et cristallins de titre en titre.



Les accords d'orgue et de guitare resplendissent tout au long de Fred Rogers où se mêlent là encore la météo, le passé et le mouvement puis les couleurs reviennent, comme une carte postale décrite par un(e) troubadour, sur Blue and Yellow. Les guitares et les claviers assaisonnent la déclaration poétique qui traverse les saisons et les chemins sur la poésie de Daily et de Spring Is Written on Your Door où l'espace d'un instant on plonge dans la préciosité d'un certaine lyrisme "Flying today. No fear, no fear. See blue into orange, green into golden,on waking over the land." L'esprit pastoral des troubadours compose le dernier morceau magnifique The Color Green. "The color green was sent to me in four beat measures, of fields and their walkers in cardigan sweaters, with the lavender sky that was just beginning to, rain down into the music. This is how it was sent, in and out of weather."
Hello I feel the same est un bijou hors du temps, appliqué dans les mots comme dans l'orchestration où la famille Peris fait briller son univers artistique plein de beautés. Avec Don à la guitare et aux arrangements, Karen écrit un album familial Violet en 2012 où même leurs enfants participent en jouant du violon sur deux titres. Je conseille d'ailleurs l'album de chants de Noel de Don Peris paru en 2007 Brighter Visions Beam Afar, puis Go When The Morning Shineth de la même année, The Old Century en 2013 où Karen joue de l'accordéon et leurs enfants Anna et Drew, là aussi, du violon. La discographie de The Innocence Mission est obligée dans les foyers indie pop.
TheInnocentMission





samedi 14 janvier 2017

The Aluminium Group

The Aluminium Group est un duo de Chicago composé des deux frères Frank et John Navin qui signe depuis 1995 un keepsake de titres pop, composant leurs albums et participant également à d'autres projets comme la reprise Cinnamon Girl avec Dylan Mondegreen en 2008 ou encore le morceau Hopp Around the Klopp avec Daniel Carlson en 2010.
Inspiré par la pop sixties de Claudine Longet et les Carpenters, The Aluminium Group griffe ses mélodies de pop orchestrale easy-listening avec une pincée de style Burt Bacharach. Wonder Boy apparait en 1995, suivi de Plano en 1998 et Pedals en 1999. Les élégants arrangements de cuivres et de cordes habillent ces albums grâce au don de John Ridenour (alias Johnny Ride) à la guitare, Tito Carillo à la trompette et cor, Liz Conant à la harpe, violon et piano, avec une âme bossa ou des sonorités eighties qui viennent délicatement flotter.






Les textes lyriques et poétiques, agrémentés d'humour, saupoudrent les harmonies et sont déclamés avec les voix de John et Frank qui tour à tour, exercent un chant somptueusement velouté. Avec des visites d'amis comme Stereolab ou les High Llamas, le duo d'américains poursuit la composition avec Pelo en 2000, Happyness en 2002, More Happyness en 2003 sur lequel jouent Jim O'Rourke et John McEntire puis Little Happyness en 2008. John et Frank, ce dernier étant sculpteur et designer, sont tous les deux passionnés d'art, d'architecture, de musique classique et de mets délicats nourrissant leurs chansons de ces sensibilités comme sur Chocolates, The Mattachine Society, Miss Tate, Colored Town etc. Avec plus de sept albums (le génial Pedals est mon favori), les Aluminium Group auront apporté une jolie signature dans l'univers de la pop ces trois dernières décennies. A se procurer.



Sam Evian

Avec sa pochette aux couleurs eighties, son tempo funky, son saxo boogie, sa voix seventies, ses riffs de guitares sixties, l'album Premium de Sam Evian se boit comme du petit lait. Efficace, il donne envie de danser et de rester en sa compagnie. Paru en septembre 2016, son auteur-compositeur new-yorkais fait résonner dans ses chansons toute l'âme de la big Apple. Auparavant dans une autre formation, pas né de la dernière pluie, Sam Owens, aka Sam Evian, sort désormais l'artillerie en solo, enregistre ce bijou à Brooklyn et signe des arrangements griffés de nostalgie, jouant avec des harmonies incroyables dans la voix, pétillante et limpide, déjà brillants dans les singles Cherry Tree en janvier 2016 et Sleep Easy en juin dernier. Le slide des guitares accroche dès l'entame de Sleep Easy où la basse gambade princière et moelleuse, sculptant une ballade idéale pour cocooner. Cactus poursuit sur le même schéma, onctueux et doux, évoquant la chaleur de l'été, la dépendance des sentiments, avec le cactus en guise de métaphore. Puis Dark Love enchaine avec ses synthétiseurs lumineux de Michael Coleman, qui vient de sortir un superbe EP Michael Rocketship contenant la cover d'Harry Nilsson I'll never fall in love again.



Le style sensuel dans le tempo s'ajoute à une mélodie qui fait tinter l'âme des Beatles, ornée du saxophone taquin d'Eddie Barbash. La délicatesse de Big Car offre une carte postale romantique qui ronronne et roucoule, amoureuse, sur des accords langoureux et savamment orchestrés dream-pop. Comme sur Carolina, l'ambiance soul rappelant The Band ou les influences de Sam Evian : Chris Cohen et Cass McCombs poursuit magnifiquement sur le sarcastique I need a Man. Le groove en relief qui dévale les partitions de basse et de batterie est assuré par des musiciens de talent aux côtés de Sam: le batteur Austin Vaughn (Here We Go Magic, Luke Temple) et le bassiste Brian Betancourt (Hospitality, Here We Go Magic, Luke Temple). Avec les voix de Cassandra Jenkins et d'Hannah Cohen réunies dans les choeurs, Premium termine avec un Summer Running qui fait resplendir chaleur et lumière sur une mélodie ronde de quiétude, idée qui se retrouve sur Golden Skull avec les dextérités immédiates des guitaristes Dan Lead (Cass McCombs) et Steve Marion (Hospitality), des bassistes Shahzad Ismaily et Eli Crews (ex Beulah et membre de Elephant 6 Collective). Se terminant sur le cotonneux Tear, Prenium est un album velouté, concocté pour la couette l'hiver et les orteils décapitant les pâquerettes l'été. Sam Evian bien inspiré décrit ses pépites pop ainsi "I just remember wondering if I'd ever feel the same surreal freedom that I felt, flying across the bayou at 70 mph in my old Ford.."
SamEvian
MichaelColeman






dimanche 8 janvier 2017

Last Days of April

La musique procure parfois un effet magique (pourvu qu'on y soit sensible et surtout qu'elle soit bonne). On a beau être assis sur un vélib à Paris, avec Last Days of April dans le casque, projet d'un musicien suédois établit à Stokholm, on se prend à bander son arc en chevauchant un canasson sur les cimes de l'Arizona pour dégommer le premier cowboy qui passe. Le transport de France aux USA en passant par la Suède s'effectue l'espace d'une partition.
Ayant reçu l'orfèvrerie nommée Sea of clouds, avec ses neuf titres incroyablement bons sortis en juin 2015, la magie opère effectivement. Blindé de mélodies arrangées dans un style proche de Neil Young, l'album émeut et touche. Contenant une veine americana, britpop et folk, son talentueux auteur chrysalide Karl Larsson depuis des années, évolue, surprend et coûte que coûte, envoûte.

Petit topo : Last Days of April alias Karl Larsson joue depuis vingt ans et depuis les ep de 1997, Henrik, Last Days of April, Wedding, les albums Rainmaker de 1998, Angel Youth de 2000, Ascend to the Stars de 2002, If You Lose It de 2003, Might as well Live de 2007, Gooey de 2010 qui a fait jouer l'artiste sur les routes avec le groupe Air Castles, puis 79 de 2012, Sea of Clouds arrive comme un diamant brut dans la discographie.



Sur le schéma de Songs for Beginners de Graham Nash, Larsson écrit de manière déclinée et logique, évidemment poétique et métaphorique, sur son expérience de musicien éclaboussante dans The Artist. D'abord agrémenté d'americana sur les premiers morceaux, le genre change au fur et à mesure de l'avancée des chansons en pop orchestrale, ou en ballade britpop, pour finir sur le sautillant Get You qui donne envie de danser comme une damnée dans le tipi.
Travaillé sur une technique d'enregistrement analogique à l'Atlantis Studios de Stockholm, où sont passés des légendes comme ABBA et les Cardigans, le son des guitares est mis en exergue sur la voix de Karl Larsson qui pousse le curseur dans le mouvement et le relief pour sans cesse ravir, combler. Le studio, ancien cinéma dans les années 50, est un endroit mythique pour les musiciens, plein d'âme et inspirant. L'énergie de The Way Things Were est amenée avec maturité et savoir faire de Karl en cavalier seul depuis 2004. Oh Well, galbée de dream-pop romantique, poursuit la promenade musicale cristalline, scintillante de tremolos dans les cordes de guitare. Les ballets de batterie décochent une rythmique élégante quand les bandes inversées à la 'Beatles' entrent sur The Thunder & The Storm aux résonances brit rock dans les voix en chorale. La fabuleuse éternelle histoire d'amour sur Everybody Knows où gravit l'analogique fait dodeliner les cervicales.



Puis Sea of Clouds enserre les oreilles de volupté. Comme une écharpe de notes, le titre tient chaud, moelleux et duveteux dans le chant, le texte, les instruments, chanson écrite en dernier dans la composition de l'album, que Karl dédie à son fils. Elle est suivie par la rythmique galopante de Someone for Everyone, extrêmement pop et proche de l'univers de Last Days of April qui décoche des mots oxygénés 'Don’t give up! There’s hope out there!'
Every Boy’s Dream poursuit intime, délicat et lumineux, et parlera aux musiciens, ceux qui créent. Enfin Get You offre un moment délicieux, qui décoiffe, joyeusement aiguisé et sarcastique, avec la distance qui va bien, pour boucler ce génial et ample album indie-pop Sea of Clouds.
Thank you Tapete Records!
LastDaysofApril
TapeteRecordsLastDaysofApril



Sofa City Sweetheart

La frétillante pop de Sofa City Sweetheart crée ma surprise en 2016 et sera fort attendue en 2017 avec la sortie prévue d'un nouvel album en cours de mastering. L'univers musical de Juan Lopez, qui est l'auteur-compositeur interprète, contient de la vivacité, de l'inspiration dans le sillage des Beatles, Jon Brion, Ben Folds avec, comme le décrit la presse, l'esprit d'Elliott Smith, des Beach Boys ou des Kinks. Les orchestrations sont luxuriantes, parfois acoustiques, habillées d'instruments à cordes, avec le timbre de voix sémillant de J. Lopez offrant un ensemble solidement mélodique. Doué et talentueux pour l'écriture, l'artiste californien applique une instrumentation élégante et intelligente. Les influences sixties y sont expérimentées, la tonalité des chansons reste audacieuse et nouvelle et la musique de Sofa City Sweetheart, tout comme son nom, se fait largement accueillante.
A l'écoute de l'album Christmas on the Sofa de 2012, du single de la même année The Things She Do, de la pièce psychédélique Dem Owes de 2013 qui propose des inédits et des reprises, les titres se savourent en un tout garni de grâce mêlée à beaucoup d'humour.



Pour découvrir le travail de Sofa City Sweetheart, l'album éponyme de 2008 et ses cinq titres est idéal. Quand Good News For Jackie joue ses notes d'introduction, la basse saisit presto, comme le piano et la guitare qui accompagnent la voix puissante de justesse de Juan.
Masteurisé au studio Bernie Grundman d'Hollywood avec la participation de Jorge Huaman à la production qui prête sa voix aux choeurs sur certains titres, le titre Maria qui suit est arrangé de violoncelle avec la présence de Melissa Piotrowski. Entourés de Ryan Petersen à la batterie et de Pauline Lay au violon, monsieur J.Lopez est aussi bien servi sur scène pour les concerts avec Jimmy Tran à la batterie, Sammy Lamba et Daniel Bonaparte à la basse. Julia (We Never Wanted You) qui enchaine montre la descendance artistique 'Lennon'. Enveloppées de sunshine pop, de choeurs beach-boysiens, les mélodies se font caressantes et chaudes telle que Sunflowers avec son texte imagé dans une pure tradition pop sixties, naïve en surface, psyché en underground: 'Me and Lucy would go out to the yard, Me and Lucy would go out to the yard, To plant the seeds we got from Ma and Pa, We put those suckers right into the ground, A few weeks later, you might guess what we found, And they were so yellow, They were so yellow ...'
Le jeu des guitares, solide et efficace, orné de piano, sur The Magic Umbrella, conclut magistralement les ballades power-pop tissées de fils d'or et de soie qui habillent l'album que je conseille aux lecteurs de Piggledy Pop en attendant les nouvelles très bientôt.
SofaCitySweetheart