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lundi 27 février 2017

Le Flegmatic

Le Flegmatic fait mon régal depuis quelques jours. La plus belle découverte de l'année, il apparait comme le John Fante, le Brautigan de la french pop, ce qui inévitablement éveille mes sens.
En 2013, le musicien du sud-ouest Thomas Boudineau, alias Le Flegmatic, entreprend son premier EP tout en jouant du trombone dans le groupe Hiddentracks. Avec quelques chansons en plus, le six titres se change en album de dix chansons au joli nom de Esprit de Conquête qui parait en février 2015 via La Souterraine, même label qui participe à la sortie du tout récent Bouleversement majeur ce mois de février 2017.



L'auteur-compositeur est un électron libre ; Il voyage, saute d'un point à un autre, insaisissable et insatiable de littérature, de musique. Il dépose dans ses chansons un peu d'humour, un peu de pudeur poétique, un peu des paysages et des kilomètres parcourus. Virtuose de la dérision, il concocte des textes colorés et animés de sentiments, de thèmes allant de Peter Falk aux Pyrénées, du boucher à l'auto-école. Comme un guide, on le suit aussi parce que les mélodies enchantent et que sa voix nous cueille illico. L'aventure prend forme dès les premières notes de Tu es venue me parler, où le son de la guitare et le chant de Thomas explosent lumineux. Dès le début, par les arrangements délicats, le chant touchant, les mots lettrés et poétiques contemporains, le Flegmatic affiche son visage artistique. Les cannibales, offre une basse au rythme virevoltant,  accompagnant le texte qui égrène des moments autobiographiques, ornés d'un harmonica souriant.



Chaque mot résonne, aussi important que dérisoire, comme sur En voiture frappée d'un style Beat Generation, qui entraine dans ses harmonies palpitantes et bouillonnantes où l'on passe du bitume impersonnel à la promenade familière, main dans la main. A l'auto-école, joué à la guitare et contrebasse, brille, marque la mélodie et file comme un courant chaud qui enrobe sur Mythes et alarme les sensations. Le Flegmatic dépose des émotions dans ses textes qu'il parvient à sculpter, tournant les thèmes matérialistes et réalistes en sujets romanesques. Puis Thomas resplendit sur Dark, malgré le titre et donne de la substance dans chaque corde, dans le grain de sa voix à la géniale douceur et simplicité. Même Chez le boucher, les tomates farcies et le gratin dauphinois apparaissent comme de véritables miracles mélodiques qui me rappellent le romantisme et la drôlerie de J'étais fait pour les sympathies chanté par JC.Brialy et signé S.Gainsbourg. Touchante et brulante, l'interprétation est savoureuse. Le chant, guitare, claviers, glockenspiel, harmonica, sont savamment dosés pour offrir une orchestration fine et cristalline.



D'ici on voit les Pyrénées s'inscrit dans l'album comme une ode au coin familier de l'auteur-compositeur avec qui on fait ce bout de chemin. Grand barrage, dans la veine de Peter Faulk sur le premier album, règle un petit compte personnel sur des joyeux 'shalala' d'une pop soyeuse et minimaliste adorable modelée pour créer un air accrocheur. Désert fourmille de sonorités, grouille de sentiments, et l'humour alterne avec la mélancolie. Sur Statue, la rythmique puissante apporte de la grandeur comme un tremblement de terre pour conclure sur un "je n'ai rien dit" triste, toujours nuancé, assez décalé pour allumer un sourire. En écoutant Le Flegmatic, ses airs joués, ses mots chantés, on est séduit par ses inflexions, ses réflexions, ses écarts de conduite tendres qu'on pardonne en fredonnant allégrement ses chansons.
Bouleversement majeur porte bien son nom. Il offre de l'émoi et de l'inspiration. A son écoute, je me mets même à rêver d'un roman signé Le Flegmatic.
LeFlegmatic



Très Oui

Très Oui est un groupe texan de pop dansante qui brandit un joli nom français et signe le 4 février 2017 le solide EP Singles Going Nowhere chez le label Austin Town Hall Records comptant dans ses rangs Literature et Ramesh (Voxtrot).
VoxtrotRamesh
Le quintet Très Oui, Nathaniel Cardaci, Seth Whaland, Steven Garcia, Ian Jensen (membres de Literature) et Doran Rawlinson, offre des mélopées garage et psyché, où la pop trottine, déjantée et glorieuse. Nat compose les titres avec une fibre indie-pop fort british, ce qu'il assume complétement étant amateur du genre ayant comme influence Robyn Hitchcock. Avec Literature, les musiciens ont signé deux albums brillants, Arab Spring de 2012 et Chorus en 2014.



Fall Back commence le disque avec son rythme dynamique où les guitares, la batterie, le synthétiseur cosmique de Ian se lancent coriaces dans des riffs décalés sur le chant de Nat, qui monte, descend, fait des boucles à perdre la tête. La bombe pop au style low-fi Everything Disco's débarque tonique et galbée pour danser frénétiquement. Suit la splendide Prince of Pop dédié à Prefab Sprout et les guitares galopent, les voix enthousiastes bondissent autant que la passion qui anime les paroles. Party Planner poursuit la fête quand Dead Ringer surprend et déroute. D'abord les arrangements mellow enrobent avec volupté la mélodie puis les arpèges groovy se trémoussent sur la basse somptueuse de Seth pour concocter deux dernières minutes stylées qui gravissent un échelon jangle supérieur.
Philip's calling typé coldwave immunisée à l'indie-pop rappelle la brit-pop de New Order sur un condensé de rythmes, des envolées de notes power-pop et synth-pop qui marquent d'une véritable identité musicale les Très Oui qui devraient s'affirmer et ensoleiller une prochaine longue production. A suivre.
TresOui







samedi 18 février 2017

Bendith

Dylan Thomas, célèbre poète gallois qui a inspiré le nom d'artiste à Bob Dylan disait de son peuple "Dieu soit loué, nous sommes une nation mélomane". Avec le rugby, sa culture, la nation de Saint-David, du Land of my Fathers et de la jonquille bientôt célébrée (1er mars) n'est pas du genre à renier ses traditions, au contraire, leur maintien est vivace. Les gallois les perpétuent en chantant, de préférence en choeurs, comme leurs ancêtres celtes en transmettant les légendes. Le sentiment patriotique qu'ils ont dans le sang est respecté. Les gallois, aiment autant la fête, la religion, la poésie, le service à la nation, le jeu, le sport, les arts et Dame Nature.

Bendith c'est la jolie collaboration de deux groupes Plu et Colorama dont je parlais en août dernier : ColoramaPiggledyPop2016
"Le Pays de Galles regorge de précieux artistes et Colorama, de Cardiff, y dépose sa pierre pop psychédélique depuis 2008 avec un premier album Cookie Zoo. Le thème favori qui fait ritournelle dans les chansons est 'la musique', ce qui n'étonne pas sachant qu'on a affaire à Carwyn Ellis, un activiste de la pop, producteur, auteur-compositeur, multi-instrumentiste (...) Cette année Colorama s'allie au trio Plu, Elan Mererid Rhys, Marged Eiry Rhys et Gwilym Bowen Rhys pour signer en octobre 2016 un album sous l'alias Bendith. Carwyn y dévoile son amour pour le Carmarthenshire, l'endroit où il passe son enfance, la maison de ses grand-parents appelée Danybanc, sur des arrangements et des harmonies intimistes splendides."

Carwyn Ellis


Colorama
Carwyn Ellis, auteur-compositeur, est aussi multi-instrumentiste et producteur. Dilpômé de la Royal Academy of Music, il a signé avec son grand ami écossais Edwyn Collins (Orange Juice) en 2003/2004 l'album solo Red Kite de Sarah Cracknell, (Saint-Etienne).





Plu


Plu
En bonus, tendez l'oreille au projet solo de Gwilym Bowen Rhys, O Groth y Ddaear, qui après son groupe Y Bandana et le trio Plu, se dévoile en cavalier téméraire du haut de ses 25 ans : GwilymBowenRhys



Aujourd'hui je me penche précisément sur Bendith. Ce mois-ci, le groupe signe un nouvel EP magique, simplement nommé Bendith. Il fait suite à l'album du même nom d'octobre 2016 et à Danybanc de mai 2016. Je pensais que le projet était ponctuel et en écoutant le nouvel EP je me réjouis de la continuité.
Carwyn, gallois de souche, inspiré par la maison de ses grand-parents, Danybanc, la région Carmarthenshire et la nature alentours, compose l'instrumental Dinas, vallée que la maison surplombe, et réussit à nous transporter dans ce petit coin de paradis. Ce morceau génial de 4.40 minutes ranime toutes les âmes de bardes et de ménéstrels grâce à l'orchestration majestueuse du quintet, violons, violoncelle, contrebasse et harpe et au talent des musiciens Georgia Ruth et Patrick Rimes.



Le mystère, la délicatesse, l'attachement sentimental aux paysages prend forme dans les voix de Mis Mehefin, écrit par Marged. La langue galloise alliée aux arpèges de guitares et partitions de violons sonne follement musicale comme sur Cân Am Gariad . Les musiciens se partagent le travail dans une bien belle ambiance inspirée. Carwyn compose la plupart des musiques et Plu, la plupart des textes. Connaissant la renommée de l'accueil des gallois, ce principe d'hospitalité, règle ancestrale, déshonorable si pas appliquée est presque croisée avec la japonaise dont le titre hommage Hwiangerdd Takeda est un chant traditionnel du Japon, revisité. Dan Glo (Fersiwn) boucle le magnifique EP sur une note pop cuivrée, cinématique et aérienne qui offre une instrumentation à quatre temps époustouflante. Pour accompagner la poésie et la beauté culturelle de la campagne de Danybanc, Bendith fait appel à Asami Fukuda, peintre de Tokyo et fan d'indie-pop, pour des aquarelles représentant la maison et sa campagne en guise de pochettes d'albums. L'atmosphère qu'offre Bendith dans ses mélopées est printanière, romantique, et les héritiers du pays de Merlin l'enchanteur donnent le sourire aux lèvres.
Bendith





mardi 14 février 2017

The Pearlfishers

Les Pearlfishers sont un groupe de Glasgow qui pêche des perles et les sculpte façon indie-pop depuis 1991 à l'initiative de David Scott accompagné de Jim Gash et Duglas T. Stewart ses deux compères depuis 1986 quand le trio formait les BMX Bandits. Avec eux jouent Dee Bahl, Brian McAlpine et Mil Stricevic. Après quatre EP Sacred, Hurt, Woodenwire et Saint Francis Songs, 1993 voit leur première longue production, du joli nom de Za Za's Garden. L'EP Living in a Foreign Country sort en 1994 suivi d'un second album en 1997 The Strange Underworld of the Tall Poppies signé chez le label Marina Records, association active jusqu'à aujourd'hui. Suivent les EP Even on a Sunday Afternoon et Banana Sandwich dont les noms évocateurs annoncent le troisième album en 1999, The Young Picnickers. The Pearlfishers ne désamorcent pas leur créativité, David Scott compose et écrit, joue sur scène sans arrêt et signe les lumineux albums Across The Milky Way en 2001 et Sky Meadows en 2003. Un EP consacré à Noël suit en 2004 A Sunflower at Christmas avant le somptueux Up With The Larks de 2007 consacré par le Sunday Mail qui le nomme meilleur album de l'année au Royaume-Uni jusqu'au fabuleux Open Up Your Colouring Book de 2014 qui récolte toutes les éloges de la presse les comparant à Paul Simon et aux Beach Boys.




Tout en les aimant tous, ma préférence va à Sky Meadows.
Les écossais sont les rois pour parler de la météo, écrire sur les éléments de la nature, les mettre en musique avec un talent génétique. Sensibles à leur paysage, leur identité, ce qui est légitime, ils ont aussi la musique pop-rock 'underground' dans la peau. Ce cocktail nous offre depuis des décennies, notamment via Sarah Records, des musiciens admirables. Quand Sky Meadows commence avec son Flora Belle, dédié à la fille de Brian McAlpine qui vient de naitre, la composition, les arrangements de bongos et tambourins splendides, l'interprétation qui peut aisément monter dans les tours, montrent que David Scott a de la pop qui coule dans les veines. Il assure l'écriture, le chant, la guitare, le clavier, la basse, les arrangements et la production. A ses côtés, le grand batteur Jim Gash, les excellents guitaristes Keith Matheson, Gabriel Telerman et bassiste Deepak Bahl. L'entourent dans les choeurs son ami Duglas T. Stewart, Amy Allison, Tom Clelland, Jim Gash, David Grimason, Louise Higgins, Derek Star, Midori Terasawa et des élèves de l'école primaire Crosshouse de l'East Killbride qui brillent au chant et font carillonner les cloches.

Le piano resplendit sur la guitare électrique de Todd is God, hommage à Todd Rungren, orné d'un ensemble fantastique de cordes et cuivres (voir liste en P.S). Les mélodies magiques indie rappellent XTC, Prefab Sprout, Cardinal, Teenage Fanclub. Sky Meadows est une pièce nostalgique émouvante où les voix en avalanche sur le trombone, la trompette et les violons, rendent fort fleur-bleue tandis que les paroles sont drôles avec des 'monkeys driving trains through the clouds'. L'esprit scottish poursuit sur My Dad the Weatherfan, au swing profilé Burt Bacharach, où David dit toute l'admiration pour son père qui 'always knows when the rains are due and isn't shocked when the sun breaks through'.



The Gay Fishmonger nous replace dans les Highlands, nous maintient dans l'atmosphère écossaise marine et neigeuse, métaphore pour décrire un type citadin, quand le galopant et optimiste piano aux allures pop de Pantohorse donne furieusement envie de danser façon Gene Kelly sous la pluie et les belvederes de Glasgow. Le piano et l'orgue de Berlin se lient à la basse pour un instrumental digne d'une bande son de film dans la veine de Georges Delerue, titre dédié au collectif japonais musical Maher Shalal Hash Baz pour qui David a travailler sur l'album Blues du jour. Les notes sautillantes brit-pop du souriant I Can't Believe You Met Nancy parle des Beatles sur fond de déclaration romantique. Saddle Sore est une aquarelle indie, mellow et sucrée, où brille une trompette mélancolique quand la mélodie de Swan Dreams poursuit poétique et langoureux, décrivant un cygne royal qui poursuit sa route, son vol majestueux quelques soient les obstacles. Enregistré avec des jeunes d'un orchestre local, le morceau aérien et cristallin offre David au chant et piano accompagné de Stephanie à la flute et de Jemma à la trompette. Haricot Bean And Bill arrive sur la platine et on pense à Uncle Albert de McCartney, prenant de l'ampleur au fur et à mesure de l'orchestration, exaltant. Sky Meadows termine sur Say Goodbye To The Fairground, ancien titre jamais enregistré que nous concocte David avec son amie Amy Alison au chant et cordes, une jeune chorale pour le dernier couplet qui image à la perfection le sujet de la chanson, la vie d'un cirque qui va de ville en ville "say goodbye to the fairground, baby, say goodbye to the painted clowns, say goodbye, don't expect a postcard, when they move on to another town".
Sky Meadows est un des albums les plus marquants des Pearlfishers, un petit diamant pop qui photographie magnifiquement l'univers artistique des musiciens écossais. Je le chouchoute sans perdre de vue, ni d'ouie, les autres productions toutes aussi belles et solides.
Pearlfishers
Kidd

John Beales et Lawrence Dunn (violons), Alison Lucas (alto), Wendy Weatherby (violoncelle), Colin Steele (trompette et cornet), Johnny Durrant (cor), Stephanie Kelly (flûte), Jemma Quin (trompette), Nigel Cox (trombone), Derek Star (percussions)



samedi 11 février 2017

Jens Lekman

Le suédois Jens Lekman revient fort et puissant. Le 17 février 2017 paraitra son troisième album Life Will See You Now, suite à When I Said I Wanted to Be Your Dog de 2004 et Night Falls Over Kortedala de 2007. Ce maestro de la pop comme je le nomme souvent est actif, fertile et signe d'autres mélopées entre ses albums comme Oh You're So Silent Jens en 2005, travaille avec d'autres artistes Jose Gonzales, El Perro Del Mar, Vapnet, Ladybug Transistor, The Concretes etc et concocte une chanson par semaine depuis le début de l'année 2015 réunies sous le nom Postcards offrant ainsi 52 pépites pop qu'il décrit :
"Here’s my new years resolution for 2015: While working on my next album, I will sit down once a week, write down my thoughts, turn them into a song and share it with you directly. Think of these songs as little postcards. Little greetings from me to you. (...) And I’ve been longing to share my thoughts and life with you a bit more. I’ve been longing to write about things that make sense one particular day but that might make no sense once the album comes out. Then at the end of this year we can sit down you and me and listen through these 52 songs, and remember where we were and when we were there, who we kissed and who we missed. I’m looking forward to that."
JensLekmanPiggledyPop2012



L'année a été éprouvante et elle l'a été aussi pour ce génial auteur-compositeur, décrit comme troubadour parce qu'il a ce don de nous emmener dans ses chansons, écrivant si bien ses histoires en un temps réduit et sachant ornementer ses textes de mélodies alternatives furieusement harmonieuses. Dès l'entame de l'album avec To Know Your Mission, s'entendent ses influences disco, funk, indie pop, les Kinks, Velvet Underground, Byrds, et met cette matière, cette manière, qu'ont les artistes suédois d'utiliser des instruments traditionnels pour les faire muer en outils modernes. Aux premiers mots et notes de Jens Lekman pose le décor et l'époque, avec son humour, son don de la narration, il nous propulse en 1997 'Through a clear-as-crystal Gothenburg morning', quand le jeune Jens croise un mormon qui prêche dans la rue "To have a dream, A GPS in your heart, A path to follow, Through the dark, Well, Jens says I write songs sometimes, But they're kinda bad, So if that doesn't work out, I want to be a social worker just like my dad, I just want to listen to people's stories, Hear what they have to say".



Evidemment, le rythme emporte et souffle des airs dansants. C'est un délicieux Evening Prayer qui suit, virevoltant d'arrangements sur un texte évoquant le cancer comme Jens aime composer des notes entrainantes quand le thème l'est moins, traité avec des connotations sarcastiques 'How I pray that I could stop the pain, When the pain needed more than ibuprofen.' Puis Hotwire The Ferris Wheel continue d'envelopper par son tempo sensuel et sa basse coquine qui groove sur les violons, titre orné de sous-entendus qui prêtent à rosir des pommettes sur fond de bord de mer au milieu des rollercasters et merry-go-round 'The lonely cry of a seagull (You say), I say, "Let's do something illegal, Let's get ourselves in trouble'. L'ambiance sensuelle continue avec What’s That Perfume That You Wear? où la mélodie trottine tropicale sur la lavande, la lotion solaire, citron, vetiver au sortir de la douche à l'hôtel. La chanson comporte un sample de The Path titre de Ralph MacDonald, 1978 “one of my favourite records ever" dit Jens.



Du soleil ardant, de la sunshine pop aux effluves de l'hémisphère sud comme sur Our First Fight, Jens nous ramène en Bretagne avec Wedding in Finistère. J'ai vu il y a quelques mois une vidéo de Jens, invité à un mariage de deux fans français. Mon petit doigt me dit que la chanson leur est dédiée. 'I was booked for a wedding on the coast of Finistère, After the rehearsal I took a walk down to the harbor, They say, "This is where the world ends", Or maybe where it's beginning', métaphores subtiles pour décrire le mariage. Suit How We Met, dansant et éclatant de couleurs avant un How Can I Tell Him, balade griffée Lekman qui fait étinceler les cordes des guitares, violons, piano et une basse royale qui sur les bongos, décoche une mélodie émouvante. Arrive une des chansons hebdomadaires de 2015, Postcard #17, avec sa batterie gaillarde, ses rythmiques qui subjuguent et ensorcellent.
Le somptueux Life Will See You Now, caressé par la patte du producteur Ewan Pearson (M83, The Chemical Brothers, Goldfrapp) se termine sur Dandelion Seed qui évoque la fabuleuse 'Lisa' bien connue des fans de Jens Lekman qui nous comble encore une fois. Piggledy Pop classe l'album dans son panthéon de disques pop qui dorlotent si joliment les oreilles.
JensLekman



Concert filmé en 2007 à Malmö avant le départ de Jens Lekman d'Europe pour partir vivre en Australie.


jeudi 9 février 2017

The Son(s)

Signé sur le label écossais Olive Grove Records, The Son(s) fait paraitre son troisième album The Things I Love Are Not at Home en 2014, après Léviathan de 2012 et The Son(s) de 2011. La pochette est offerte avec courtoisie par le photographe Alastair Cook et va comme un gant à l'ensemble des titres nostalgiques et poétiques.
Vinny & Ronnie Creeping on the Waitresses est une carte postale pop instrumentale qui décline une série d'instruments, où sections de cuivres, cordes, choeurs, se côtoient joyeusement pour ériger la mélodie luxuriante qui ouvre l'album. L'atmosphère cinématographique s'impose et s'immisce dans les oreilles. Ce délicieux effet s'étend sur Paint Eyes on Your EyelidsSon(s) offre un chant chaud et doux.



Le musicien d'Edimbourg fait voyager, le titre Death, With Castanets évoque la mémoire et la descendance sur des arrangements dansants. La grande énergie musicale qui apparait est plus comparable à la pop de Gruff Rhys et autres groupes dont Son(s) est fan tels que Teenage Fanclub, Brian Eno, David Bowie, Midlake, Beach Boys, Robert Wyatt, Fleet Foxes, Grizzly Bear, Department of Eagles. La fragilité émouvante dans la voix de The Numbers Have You Wrong, posée sur le piano et l'orgue, puis dans la guitare, donne les frissons. La diversité et l'inspiration déroulent une partition de cordes acoustiques délicate sur Underneath the Arbor, qui tire un rideau de notes sur l'intimité d'une chambre et sur les envolées de chant de Polaroids. Puis ...And a Lick on the Ear, rythmé et vitaminé, relance le tempo gaillard pour titiller encore plus l'épiderme. La volupté du chant, des harmonies de When Calm Reaches Down apporte un moment de douceur, une échappatoire sonore fort réussie. Comme sur les albums précédents, le thème de la mer, de la navigation, inspirent The Son(s) et c'est le cas derechef via On the Forth We Float qui termine somptueusement l'album sur la mandoline et la flûte de The Long Fuse. L'album The Things I Love Are Not at Home est excellent, contenant l'univers trop méconnu de The Son(s) qui s'impose dans toute bonne maisonnée indie-pop.
TheSon(s)



dimanche 5 février 2017

U.N.P.O.C

Depuis que U.N.P.O.C s'est glissé dans mes oreilles il y a quelques semaines, je ne lâche plus son album Fifth Column qui date de 2003, suivi de la session de 2004, Live at King Tut's. Un de ses titres, Here on my own, sera salué et recomposé, paraissant sur le film Hallam Foe de 2007 pour récolter l'award de la meilleure musique de film au festival de Berlin.
U.N.P.O.C est l'alias du musicien écossais Tom Bauchop qui promène son génie en bandoulière et compose des odes pop psychédélique intemporelles et proche de la perfection. Tom fait partie de Fence Collective, label écossais crée à Fife par King Creosote, où se retrouvent une clique d'excellents musiciens et groupes de la scène de Glasgow comme James Yorkston, Rozi Plain, Lone Pigeon, Deaf Mutes, Withered Hand, Delifinger, The Shivers, Eagleowl, Randolph's Leap, Kid Canaveral.



U.N.P.O.C est addictif. Son style nous embarque dans ses mots décalés, doucement dingues, avec cet humour élégant et mystérieux sur des accords de guitares déjantés et le son du tambourin gentiment siphonné. Quelques soient les noms que portent ses mélopées comme Amsterdam, Nicaragua ou Avignon, soyez sûrs que vous serez ramenés par le col dans la majestueuse et magique Ecosse. D'ailleurs, quand Amsterdam ouvre l'album, le décor est planté avec le chant de Tom sur la mélodie jouée par la guitare junky et la basse cristalline "I was born a thousand million miles away, In the forest they call Amsterdam, A direct descendant of the kings and queens, though they won't say that I am". La silhouette des harmonies surréalistes scotchent au siège (où se trouvera votre séant) quand Been A While Since I Went Away arrive et en moins de deux minutes, éclaire sur les sentiments amoureux qui animent Tom. La drôlerie adorable de I Don't Feel Too Steady On My Feet décrit sur ses 'la la la la' poppeux un garçon un peu fatigué qui rêve de vacances tout en rendant hommage au tambourin (à chacun ses priorités). Puis joue Here On My Own où toute la puissance de la personnalité de Tom Bauchop apparait. Le multi-instrumentiste est rejoint à la batterie par le talentueux Stu Bastiman. Le tambourin revient taquiner Avignon et offre un savoureux moment de sifflement pop rieur et de melodica sautillant. Ce cocktail néo folk-punk-pop psychédélique qui fait se croiser Syd Barrett et les Pixies subjugue, intrigue. Le mystère qui saisit poursuit sur Come In, panoramique sonore et lyrique qui nous envahit et submerge comme un sable mouvant. C'est une pièce maîtresse lo-fi. L'alien U.N.P.O.C continue son tour de magie quand I Love You, Lady Luck lance sa rythmique endiablée où Tom se déchaine sur sa guitare, sa basse, son tambourin et son chant brut, écorché, fort solide. Le somptueux Dark Harbour Wall vogue, navigue dans les harmonies de voix qui jonglent avec des 'pa pa pa' dans le sillage de Neutral Milk Hotels comme sur le grandiose Jump Jet Friend, aux arrangements sunshine-pop assez délurés et révoltés pour m'envoûter.



Beautiful To Me dévoile un romantisme fou et une mélodie troublante ramenant aux sixties et aux bases fondamentales de la pop. Les titres s'enchainent et créent une atmosphère psyché digne du Psycho Killer de Talking Heads et du Hold me now de Polyphonic Spree comme dans See you Later et le grandiose Some Kinds Of People. A l'écoute des paroles voluptueuses et déjantées de So in Tune, de l'orgue et la guitare complices sur une myriade de voix en écho "I cannot sleep or eat but still I feel fine. Old ladies help me cross the street, they're so kind. I cannot concentrate or focus my mind. I cannot keep the pace, I'm falling behind. Cos I love you" il y a matière à fondre d'admiration. Nicaragua offre une veine et une verve révoltée, une batterie énervée, une guitare électrique chargée où Tom Bauchop brille et convertit par son charisme. U.N.P.O.C concocte un Fifth Column débordant d'harmonies et de charme. Pour les curieux, il y a aussi l'album The artist Paints avec 8 titres confidentiels qui devrait sortir à la lumière tellement c'est un joyau brut et également une présence sur le titre Summer Song de James Yorkston en 2008 totalement joué par Tom Bauchop.
Piggledy Pop est fan. Never-ending thanks to my Scott.
UNPOC



samedi 4 février 2017

Guillaume Stankiewicz

Je parlais de Guillaume Stankiewicz ici après l'avoir découvert sur le net puis lors du Disquaire Day 2016, petit concert public offert chez le disquaire A la Fabrique des Balades Sonores à Paris. C'est un réel coup de coeur et je suis ravie de constater qu'il est partagé par d'autres amateurs de 'très belle' musique indépendante comme l'organisation La Souterraine qui propose à Guillaume de ressortir de derrière les fagots d'anciennes chansons. Cette initiative est donc mise en forme sous le nom d'album Les Années paru le 16 janvier 2017.
Véritable keepsake pop, une sorte de roudoudou musical qu'on savoure sur 11 titres, je redécouvre les couleurs de Guillaume Stankiewicz aussi poivrées que pastels avec un univers artistique somptueux.
Ce que j'apprécie en particulier, c'est le charme poétique dans le langage et la préciosité des harmonies que j'aime dans les premières chansons de Philippe Katerine, Dominique A, Jean-Louis Murat, Louis Philippe, et bien sûr Serge Gainsbourg. Parallèlement au fait d'assumer sa langue natale et de la faire vivre en musique, l'artiste français a son propre univers, reconnaissable et griffé. Sa voix singulière et charismatique accompagne harmonieusement les instruments, met en valeur des textes qui résonnent et déjà sont chantants ce que je décrivais il y a quelques mois "Guillaume joue avec les mots qu'il mélange avec dextérité aux mélodies et à l'instrumentation en osmose avec les thèmes, comme sur Nous ne sommes personnes où les 'pam pam pam' animés des choeurs enluminent la musicalité et le lyrisme diantrement et sacrément diablotins. C'était vous, familiers termine l'écoute en blindant de romantisme cette magnifique chanson, du petit lait pour les 'fleur-bleue' et en délivrant des paroles sublimes, portées par un chant tout aussi harmonieux et exquis."
GuillaumeStankiewicz-PiggledyPop



Les années commence avec le titre Qui d'autre déjà présent sur l'éponyme de 2014, comme La nuit et Si je savais qui suivent. Apparait aussi le titre Sans cesse et sans bruit paru sur l'EP du même nom au printemps 2016 sur lequel Guillaume s'entoure de Jean Thévenin alias Jaune ( et François & The Atlas Mountain), de Sophie Deshayes à la flûte, de Gael Duguet ( alias On a White Lane) à la guitare et de Zorica Stanojevic au violon. Le musicien a le don, ce sacré talent pour mêler joie et nostalgie, comme sur les 'vieilles nouveautés' telle que En chantant très fort qui s'adresse à son père avec qui il chante, me ramenant inévitablement à des souvenirs personnels mais qui objectivement est un bijou acoustique où voix et guitare argumentent et imagent une tendre complicité. Le plaisir continue de sautiller avec Come along with me, le seul titre en anglais, où les choeurs sautillent guillerets sur une mélodie stylée années folles. La crevasse arrive majestueuse, variant sur les thèmes favoris qui dessinent la poésie de Guillaume avec 'ses pas', 'la nuit', 'le ciel', son adorable 'vous', l'histoire du temps, de la distance, de la danse, évoqués toujours avec cette intense élégance.



Puis Dehors peint une nostalgie claire et heureuse celle qui rassure parfois, où tous les sens sont titillés. Orné de voix en chorale, le titre french pop offre un refrain en anglais 'à l'accent irréprochable' et de savoureux claviers qui chatouillent les cordes. La délicatesse des accords et la douceur du grain de voix continuent de souffler des notes magiques sur Solaire, vibrante. La version de Sans Cesse et sans bruit revue avec de nouvelles rythmiques est pleine d'inventivité et reste quelque soit ses arrangements une ode à la pop, marquant le génie de composition de son auteur. Le pastoral et amoureux Parti et revenu joue au yoyo avec ses allers et retours sensuels dans les mots et dans la construction évolutive de la partition de l'orgue et de la guitare. Our Dance conclut magnifiquement sur les cordes et le chant qui fait du hula hoop et danser la mélodie, un bijou alternatif pour finir en volupté. Ce grandiose et crépusculaire Les Années qui, sur le chemin prometteur de Guillaume Stankiewicz, offre un détour, une traboule pop pour déposer des petits cailloux blancs et laisser une bien belle marque de son passage.
GuillaumeStankiewicz